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CHIRAC : LE VRP PASSE CONTRAT

Chirac, à l’instar de la corona, se bonifierait-il en vieillissant ? Les Arabes ne sentent plus mauvais et ses oreilles corréziennes supportent, aiment même, le bruit produit par eux, fussent-ils du Raï. "Raï", la raison en arabe. Chirac deviendrait-il sur le tard "raisonnable" ?Ou nous confirme-t-il qu’il est habité, ainsi qu’il a confié un jour à un proche, par une démagogie quasi surréaliste ?

Jacques Chirac fait dans le VRP, very real politic. On le connaissait amoureux de la culture japonaise et singulièrement des sumo, friand de Corona, toujours partant pour flatter le cul des vaches et voilà qu’on le découvre humaniste. Vous avez connu l’escroc, vous avez découvert le menteur, vous avez été bousculé par le démagogue, en des temps plus lointains, vous l’avez admiré croqueur de pommes, baissez bien bas aujourd’hui votre chapeau pour saluer le Gandhi corrézien, le Camus de la France profonde.

Fini le bruit et les odeurs, fini le thème de l’insécurité et, en filigrane, sournoisement induit, les immigrés par qui le fléau s’abat. Exit un ministre, Pasqua qui « partageait avec le Front National des valeurs communes ». Aujourd’hui le président de la République fort d’un pouvoir qu’aucun gouvernement n’a jamais su concentrer au cours de l’histoire contemporaine de la France, assuré d’être à l’abri de toute poursuite judiciaire, se découvre, l’âge aidant, des velléités humanitaires.

Tandis que le flic le mieux habillé de France nous fait des ronds de jambe à longueur d’antenne, lui, Chirac, nous la joue « petit père des peuples ».
Tout est parti d’un discours prononcé à Troyes le 14 octobre dernier.
Chirac, évoquant « la cohésion sociale », après nous avoir abreuvé il n’y pas si longtemps de « fracture sociale », s’est penché sur l’intégration, érigeant même celle-ci au rang de priorité au même titre que la sécurité et la politique de la ville. Rien de moins.
Il l’a dit, n’y revenons pas : « le mot d’intégration semble dépassé » puisque, selon lui « les jeunes issus de l’immigration réussissent en général bien et sont à l’aise dans notre société ». Tous les videurs de boites de nuit, les bailleurs, les chefs d’entreprises français peuvent en témoigner tout comme ceux à qui ils ont affaires, au hasard d’un CV, d’une recherche d’appartement ou simplement d’un verre à boire un samedi soir.

Très en forme en cette mi-octobre, le président de la République s’est voulu vigoureux dans ses propos et viril dans ses prises de position : « il faut lutter sans faiblesse contre les manifestations d’intolérance, contre toutes les formes de discriminations qu’elles soient racistes, sexistes, religieuses ou homophobes ».
Il a tant à se faire pardonner Chirac, comme ces menus plaisirs de bouche qui coûtaient chaque jour au contribuables parisiens 1000 euros. Mais quand on aime..
Reste que l’idée avancée demande d’abord à être éclaircie, puis à être mise en oeuvre et avec quels moyens.

Cela dit, de belles âmes à gauche se montrent dubitatives, à défaut d’avoir été simplement actives sur cette question. Mamère flaire le coup fourré, d’autres, plus prudents ou plus lâches, « attendent de voir ».
De voir ce qu’ils ont été incapables de mettre en application en deux décennies même si l’idée reprise par Chirac n’est pas neuve : en 1999, et fort du soutien de nombreuses associations, le député socialiste Jean-Michel Belorgey proposait une orientation dans ce sens. Sens que s’efforce de poursuivre, contre vents et marées, depuis près d’un demi siècle, le Fond d’Actions Sociales.

Cela dit, les grandes et belles idées défendues naguère par Mitterrand soi-même qui, souvenons-nous proposait dans son programme de 1981 d’accorder le droit de vote aux immigrés, au moins sur le plan local, en sont restées, par la bonne grâce des bonnes âmes socialistes, de grandes et bonnes idées.
Une gauche, toutes tendances confondues qui, au pouvoir, n’a jamais cru bon de proposer à un « jeune issu de l’immigration » le moindre secrétariat d’Etat. Il a fallu que Chirac soit réélu pour, au-delà des personnes nommées et de l’importances des postes attribués, que deux ministres portent des noms à consonance maghrébine.
Est-ce à dire que le soleil brille mieux pour les gens d’origine nord-africaine lorsque le gouvernement en France est de droite ?
C’est ce qui se murmure en tous cas dans cette communauté.
Chirac, l’intuitif, a tout simplement senti cela. Pendant que certains, parmi l’élite socialiste, se pavanent dans les journaux, coupe de Dom Perignon à la main, lui s’exhibe, ostensiblement à la télévision, une chope de bière à la main. Il est vu par plus de monde et ce monde se reconnaît ainsi davantage en lui.
Et quand il déclare qu’il ’« attache la plus grande importance à ce que nos concitoyens puissent mieux mesurer combien la France a pu s’enrichir, tout au long de son histoire, des apports de ceux qui l’ont, siècle après siècle et si nombreux, rejointe », Jacques Chirac n’enfonce pas une porte ouverte, il en ouvre une nouvelle : en direction d’un nouvel électorat potentiel.
C’est ça un VRP.

Djam


 
P.S.

Illustration : Alin ? (Si l’auteur se reconnait, il peut nous contatcter).

 
 
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