Pouvoir d’achat : Les gouvernements nous mentent pour nous voler

Fichtre ! Au risque de faire passer son auteur pour un clown, cette affirmation exige une explication solidement étayée de preuves. Voici donc suffisamment d’éléments pour que vous puissiez vous faire une idée.

Tout le monde comprend ce qu’est le pouvoir d’achat, même ceux qui n’ont aucune notion d’économie. Mais pour être évalué, le pouvoir d’achat nécessite le calcul du produit intérieur brut, celui du taux de croissance c’est à dire l’évolution d’une année sur l’autre du produit intérieur brut, et du taux d’inflation de base et réel.

Le calcul par les bureaux du gouvernement du produit intérieur brut et du taux d’inflation ont une importance considérable sur votre vie de tous les jours et sur votre avenir. Pourquoi ? Parce si le gouvernement fait en sorte, par de savants tours de passe-passe que je vais dénoncer ici, de sous-estimer le taux d’inflation et de sur estimer le produit intérieur brut et le taux de croissance il va pouvoir, en toute impunité et avec l’apparence de la meilleure bonne foi, indexer à la baisse nos salaires, nos prestations sociales, et nos retraites. Si le gouvernement publie un taux d’inflation de 3% et indexe nos salaires, prestations sociales et nos retraites en conséquence alors que le taux d’inflation réel est de 8%, il nous vole de 5% sur l’année.

Pour illustrer ces notions, je vais prendre l’exemple américain, qui se justifie d’autant plus que Sarkozy a confié au Prix Nobel Américain Joseph Stiglitz le soin de proposer un nouveau calcul de la croissance, et donc du produit intérieur brut et de l’inflation. Vous verrez que pour Sarko ce sera tout bénéfice de nous enfumer encore plus en intégrant à ce qui se fait déjà en France les méthodes de magouilles américaines. Les Américains n’ont pas seulement inventé le Big Mac et la bombe atomique, ils sont maîtres dans l’art de permettre aux capitalistes de gouverner les masses.

Aux Etats-Unis, Clinton, en 1996, a fait adopter par le Bureau of Labor Statistics la nouvelle méthode de Michael Boskin pour calculer l’inflation. Alors que l’inflation se mesure par l’évolution du coût d’un panier de biens et de services, Boskin a apporté trois innovations majeures, qui ont permis aux politiciens et aux intérêts capitalistes de minimiser l’inflation réelle. Ces trois innovations sont : la substitution, la pondération et l’hédonique. Passons-les en revue une à une et vous apprécierez combien le calcul de l’inflation permet de la sous-estimer, avec tous les bénéfices que j’évoquai plus haut soit la sous indexation des salaires, des prestations sociales et des retraites.

La substitution : Imaginons que le panier de biens et de services de référence pour calculer l’inflation contenait du saumon, la méthode de substitution permet de remplacer le saumon par autre chose, sous prétexte que c’est ce que le consommateur fait si les prix du saumon augmentent. Le prix du saumon est donc remplacé par le prix d’un poisson moins cher ou même d’un hot dog (ne riez pas, cela s’est réeelement passé et des dizaines de fois). Entre 2007 et 2008, le bureau des statistiques américaines (BLS) a évalué le taux d’inflation du panier de bien et de services à 4.1%, alors que le bureau fermier (Farm Bureau), un organisme tout aussi sérieux que le premier, l’a évalué à 11.3%. Plus de 7% d’écart, bien pratiques pour prétendre que l’inflation est contenue et refuser des augmentations de salaires, de prestations sociales et de retraites. L’impact du calcul de l’inflation en intégrant le principe de substitution de la commission Boskin est que l’inflation n’illustre plus le coût de la vie mais le coût de la survie. Il est bien évident qu’en passant du saumon au sandwich et pour en arriver à la baguette de pain sec, on ne vit plus, on survit.

Le deuxième artifice qui distort l’évaluation réelle de l’inflation, du produit intérieur brut et de la croissance est la pondération : Ce principe, appliqué par la commission Boskin, est que tous les biens et services du panier de référence dont le coût augmente le plus rapidement deviennent sous pondérés dans le calcul de l’inflation. Par exemple, aux USA, le coût de la santé est de 17% du produit intérieur brut, mais entre pour 6% seulement dans le calcul de l’inflation, car ce coût croit rapidement. Cet artifice grossier permet de sous estimer l’inflation, et la pondération par calcul géométrique permet de renforcer la distortion de la réalité et d’amplifier la sous estimation déjà faite avec le premier principe de substitution.

Le troisième principe de la commission Boskin qui sévit depuis 1996 et Clinton est l’hédonique, du grec « pour le plaisir de ». Voilà comment ce principe est appliqué systématiquement aux USA pour minimiser le taux d’inflation. Voici un exemple réel : Si un téléviseur était évalué 300$ dans le panier de référence de l’an dernier et que pour 300$ on a aujourd’hui le même, mais avec une meilleure qualité d’écran, le gouvernement considère que le prix du nouveau téléviseur est de 200$, même si le prix est toujours de 300$. Le même principe s’applique pour tout : Téléphones, ordinateurs, voitures, etc, etc.

Depuis 1980, un économiste expert indépendant en calcul économiques, John Williams, calcule les véritables taux d’inflation, de PIB et de taux de croissance aux USA. Pour l’année 2008, à ce jour, il a calculé que l’inflation s’établissait aux alentours de 12%, alors que le bureau des statistiques américain l’évalue à 4%. John Williams a calculé que les prestations sociales devraient être 70% supérieures à ce qu’elles sont aujourd’hui, mais que le calcul erroné sciemment de l’inflation avait permis au gouvernement américain de voler les prestataires de 70%.

Le calcul du produit intérieur brut a lui aussi été trafiqué. Pour l’année 2003 par exemple, le PIB aux USA a été de 11,000 milliards de dollars, mais il a été gonflé grâce à deux artifices. Ce montant comprend 1600 milliards de dollars d’imputations. Qu’est ce que l’imputation ? Par exemple, le gouvernement intégre au montant du PIB les loyers que les propriétaires de maisons aux USA ne doivent pas payer ! Le gouvernement a aussi ajouté 2300 milliards de dollars d’hédonique. Imputations et hédonique ont gonflé artificiellement le PIB de 35% de sa vraie valeur ! Une autre façon pour le gouvernement de gonfler le PIB réel par rapport au PIB de base est de sous estimer le déflateur, c’est à dire l’influence de l’inflation. On calcule aisément que depuis 2004 le déflateur est passé de 3.5% à 2.5%. Un pourcent de plus pour enfumer le citoyen. Inutile d’ajouter que sur estimer le PIB permet au gouvernement de clamer que le taux d’imposition par rapport au PIB est faible, puisque le dénominateur (PIB) est élevé.

La globalisation a permis d’harmoniser les calculs des taux d’inflation, du PIB et du taux de croissance entre tous les pays du monde. Les naïfs n’y voient que du feu. Les Etats-Unis sont des pionniers. La France de Sarko, vassale du grand capital et abuseur du peuple, s’apprête avec les travaux de Stiglitz à revoir le calcul de ces indicateurs économiques, à la baisse pour l’inflation et à la hausse pour le PIB et le taux de croissance.

La dégradation du pouvoir d’achat, que vous ressentez depuis des années, va faire l’objet d’un démenti du pouvoir en place, grâce à l’adoption de méthodes erronées pour le calcul des indicateurs économiques. Globalisation oblige, ainsi qu’asservissement des masses au grand capital et au pouvoir qui dirige le monde.

Quant aux mensonges sur la sévérité du taux d’inflation aux États-Unis, ils ont permis l’accumulation d’une dette de plus de 4 fois le PIB américain, et créé le problème des subprime. Qui dit estimation d’un taux d’inflation faible dit taux d’intérêt peu élevé, ce qui a permis la bulle immobilière. Les banques du monde entier ayant prêté aux emprunteurs américains, les lourdes pertes qu’ils doivent supporter aujourd’hui ont créé la crise financière qui détruit nos économies. La France, tout comme l’Europe, s’en sortira comme s’en sortiront Chine, Asie, Amérique du Sud et Canada. Il en sera tout autrement des États-Unis, où il faudra plusieurs générations pour effacer le problème commencé en 1985 et qui s’est accéléré de façon exponentielle avec George W Bush (encore lui !). Les Américains ont eu la mauvaise idée de voter et revoter pour lui. Ils le paieront chèrement et beaucoup ne pourront même pas prendre leur retraite, alors que les impôts augmenteront y compris pour les plus pauvres.

Dieu merci, la France n’a pas la monnaie qui a permis au dollar de vivre depuis les accords de Bretton Woods en 1944 sur le dos des autres. Ce privilège exhorbitant a servi les États-Unis mais sera à l’origine de leur déclin. Je suis d’un naturel optimiste, mais j’ai la conviction que la crise mondiale, surtout américaine mais aussi globale par contrecoup, n’en est encore qu’à son début. En dépit de la toute récente remontée du dollar US après 7 ans de dégringolade et de l’effondrement des cours de l’or, l’économie américaine est au seuil d’un affaissement gigantesque. Nous tous serons touchés dans notre vie quotidienne. Soit dit en passant, les prédictions de Madame Lagarde sur le taux de croissance ont rejoint le cimetière des mensonges éhontés, lieu de prédilection des politiciens qui prétendent nous gouverner.

On peut se demander pourquoi les gouvernements se livrent à des calculs économiques erronés et déformés sciemment. Une réponse est qu’ils leur permettent de boucler leurs budgets du moins de presque y arriver. Une autre réponse est que celà permet des transferts de richesse incroyables entre les masses et les très riches. Les gouvernements nous mentent pour mieux nous voler, et remplissent les poches des nantis.

Ashoka.


 
 
 
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10 commentaires
  • Ashoka nous plante totalement 19 août 2008 07:32, par Sprikritik

    Le PIB ça ne tient pas debout, même si les trafics dontn parlent Ashoka sont intéressants connaître en soi

    Plus il y a de catastophes dans un pays plus son PIB augmente

    La catastrophe météorologique d’Hautmont, par exemple, va augmenter le PIB. Et en plus, les victimes avec leur réparations quand c’est possibles et leurs achats de nouveaux équipements élémentaires vont enrichir l’état avec la TVA qui va se faire du beurre sur leur misère et récupérer ses subventions maigrichonnes. Avec l’honneur hypocrites de les avoir données.

    La catastrope météoroliogique de Louisiane a sensiblement augmenté le PIB des USA en son temps

    C’est un indice débile comme l’expliquait déjà en 1975 le célèbre inventeut du principe de Peter.

    C’est probablement des gens illustrant ce principe, c’est à dire ayant atteint leur niveau d’incompétence, qui expliquent la persistance de l’utilisation de cet "outil" trompeur faussement informatif et encore moins comparable entre pays.

  • Passer du saumon à la baguette de pain, l’exemple est un peu gros quand même... ;-)

    Sinon, je suis plutôt d’accord. Tu aurais pu faire un lien vers "ShadowStats" le site de John Williams (voir ci-dessous).

    Enfin, le gouvernement français n’a pas attendu Sarkozy pour tricher sur les statistiques. Voir par exemple le passage à l’Euro, qui n’aurait, selon la BCE, entraîné absolument aucune inflation.

    Voir en ligne : Site de John Williams

  • Concernant la méthode par substitution, il n’est même pas nécessaire d’introduire une substitution brutale. Prenons un exemple.

    Mettons que l’organisme évaluateur des prix prenne le produit de référence "poulet entrée de gamme". Et d’année en année, il établit la hausse du prix du poulet "entrée de gamme".

    Le problème, c’est qu’il y a 40 ans, le "poulet entrée de gamme" équivalait en qualité à un poulet qui correspondrait à ce qu’actuellement on appelle un poulet fermier : la qualité du poulet "entrée de gamme" s’est en effet constamment dégradée au fil du temps.

    Pour obtenir l’inflation du prix du poulet sur quelques décennies, il faudrait donc non pas comparer le poulet de base actuel avec le poulet de base d’antan, mais bien comparer des poulets de qualité équivalente. Il y a eu substitution progressive, sans tricherie délibérée, d’un produit de qualité par un produit de qualité inférieure...

    Comme cette baisse de qualité concerne à peu près tous les produits alimentaires, et que les produits alimentaires actuels de la qualité des produits de base d’il y a 40 ans sont au bas mot deux fois plus chers que les produits de base d’aujourd’hui, on peut considérer qu’on a divisé par deux environ l’inflation sur les produits alimentaires, pendant les 3 ou 4 décennies écoulées, en substituant petit à petit des produits de qualité par des produits de merde dans le panier-type.

  • L’arnaque est bcp plus simple à comprendre ; faut juste comparer ; en 1984, le Smic était à 4116 Frs, le repas au grec du coin (demi-poulet + frite, ou gros kebab) à 5 Frs, le loyer pour un studio ds le 20eme à 500 Frs. En gros, après loyer, il te restait l’équivalent de (4116-500)/5 = 723 repas poulet-frite.
    En 2008, le smic est à 1321 Euros, le kebab (tiens, y’en a moins qu’avant) à 5 euros, le loyer d’un studio pourri, 500 euros si t’as une bonne étoile. Donc il te (1321-500)/5 = 164 repas kebab pas gros dégueu. VOilà, en 24 ans, tu auras perdu l’équivalent de 723/164 = 4.4 fois ton pouvoir d’achat de kebab, ou si tu préfère 440%.
    Elle est là l’arnaque. si tu rajoutes l’énergie dans le panier ci-dessus, laisse tomber, c’est même pas la peine d’essayer, tu vas pleurer ta vie.
    Tu pouvais prétendre vivre et bouffer en 1984 (pour rappel, le chomdu était tout aussi craignos dans ces années là) avec un Smic, tu ne peux même pas prétendre survivre aujourd’hui avec le même smic.
    Alors bon, le pouvoir est tellement loin de la réalité, qu’il peut s’amuser à se faire son cinoche, que ça changera pas ce qui va lui tomber sur le coin de la gueule : non, en France, on n’a pas prétention à vivre comme en Corée du Nord ou à Katmandou, on n’a pas non plus prétention à crever la dalle quand on bosse 9h/jour 6j/7. (ce qui est le lot de la pluspart de ceux qui essayent de s’en sortir), pdt que des enfoirés nous racontent qu’il faut se la serrer depuis 15 piges, que ça ira mieux demain, qu’il faut faire un effort, s’en mettent plein les poches sur notre cul, dépense l’équivalent de 50 piges de ton salaire dans des conneries sans nom en moins d’une semaine, joue et perde en bourse l’équivalent du pouvoir d’achat d’une année de travail de toute l’europe réunis, j’en passe et des meilleurs. Donc, gaffe à ton nez M. Le Pouvoir qui joue l’autruche, quand ça va être trop, ça va craindre pour ton matricule ainsi que celui de tes amis, et ça sera bien dommage pour tout le monde. A force de nous prendre pour des cons, bah on va jouer aux cons également.

  • > Plus il y a de catastophes dans un pays plus son PIB augmente

    Sauf si cette catastrophe détruit également les capacités productives (ex : un ouragan qui coulerai des platte-formes pétrolières).

  • — - Tropical bear ---

    On lira avec le plus grand intérêt le "blog de la déflation", qui offre une information de qualité pour qui veut comprendre, un peu, les mécanismes actuellement à l’oeuvre dans la genèse et l’extension de la récession économique, aussi appelée crise financière mondiale, laquelle commence d’impacter l’Europe, comme prévu d’ailleurs par le rédacteur de ce blog.

    Ici :

    http://tropicalbear.over-blog.com/

  • Le calcul est faux. La perte de pouvoir d’achat est de 77% (723-164)/164 et pas de 440%.
    Pour le reste... eh bien je suis tout à fait d’accord

    Voir en ligne : Points de Suspension

  • Je pense qu’il ne faut pas mettre au ban si brutalement les indices de prix hédoniques. Dans des cas bien précis, ils sont fort utiles pour mesurer les évolutions réelles des prix des produits.

    Le problème vient de la définition du bien de référence.
    Dans le cas d’un marché où les biens n’évoluent quasiment pas (immobilier par exemple) l’indice hédonique fonctionne bien, puisque le bien de référence du consommateur est toujours le même.

    C’est dans le cas où le bien de référence lui-même change au cours du temps pour le consommateur (prenons l’exemple d’un disque dur) qu’il est aberrant d’utiliser un indice hédonique, puisqu’on en vient alors à calculer l’indice de prix de l’octet plutôt que l’indice de prix du produit "disque dur". Effectivement, l’octet baisse, mais on achète des disques durs de plus grande capacité, donc le prix est finalement le même pour le consommateur.

    Cela dit, on met en avant un des problèmes essentiels concernant les calculs d’indices de prix : comment comparer les prix d’un panier de biens d’une année sur l’autre si le panier change au cours de l’année ??

    Voir en ligne : Points de Suspension

  • Article exceptionnellement bien présnté. Pédagogique. Est-ce ici le blogue de l’auteur Ashoka ou a-t-il son propre site/blogue ? J’incite fortement l’auteur a reproduire su agoravox.fr et centpapiers.com. S’il n’en a pas le temps je suis prêt à le faire, en donnant la source, bien entendu.

    Pierre JC Allard

    Voir en ligne : Nouvelle Société

  • pas de probléme Pierre, allez-y.
    Ashoka

 
 
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