La guerre en Géorgie : l’Israeli Connection

par Arie Egozy in Yediot Ahronot, 10.08.2008
traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier
War in Georgia : The Israeli connection

Depuis sept ans, des firmes israéliennes aident l’armée géorgienne à se préparer à la guerre contre la Russie, au travers de contrats d’armements, d’entraînement de l’infanterie et de conseils en matière de sécurité.

Les combats qui ont éclaté durant le week-end entre la Russie et la Géorgie ont placé l’engagement intense d’Israël dans la région sous les projecteurs. Cette implication inclut la vente d’armes sophistiquées à la Géorgie et l’entraînement des hommes de l’infanterie géorgienne.

Le ministère [israélien] de la Défense a tenu dimanche dernier une réunion spéciale afin de discuter des divers marchés d’armement détenus par Israël en Géorgie, mais aucun changement de politique n’a été annoncé pour l’instant.

« Cette question est sous monitoring étroit », ont indiqué certaines sources du ministère de la Défense. « Nous n’agissons en aucune manière qui serait susceptible d’aller à l’encontre des intérêts d’Israël. Nous avons rejeté de nombreuses requêtes impliquant des ventes d’armes à la Géorgie, et ceux qui ont été approuvés ont été dûment étudiés. Jusqu’ici, nous n’avons imposé aucune limitation à la vente de mesures de protection ».

Israël a commencé à vendre des armes à la Géorgie voici environ sept ans, à la suite d’une initiative de citoyens géorgiens ayant immigré en Israël et y étant devenus des hommes d’affaires.

« Ils ont contacté des responsables de l’industrie de l’armement, ainsi que des marchands d’armes, et ils leur ont expliqué que la Géorgie dispose de finances relativement confortables et qu’elle pourrait être intéressée dans l’achat d’armes israéliennes », a indiqué une source impliquée dans les exportations d’armes israéliennes.

La coopération militaire entre les deux pays s’est développée très rapidement. Le fait que le ministre géorgien de la Défense, David Kezerashvili [je me plais à imaginer que cela signifie, en géorgien : « le fils du Khazar »... à confirmer..., ndt] soit un ex-israélien à l’hébreu impeccable a contribué à la bonne marche de cette coopération.

« Sa porte était toujours ouverte aux Israéliens qui venaient proposer à son pays des systèmes d’armements ‘made in Israel’ », indique cette même source. « En comparaison des pays d’Europe de l’Est, les marchés, dans son pays, étaient conclus promptement, principalement grâce à l’implication personnelle du ministre de la Défense ».

Parmi les Israéliens qui ont su profiter de l’opportunité et qui ont commencé à faire du business en Géorgie, nous citerons l’ex-ministre Roni Milo et son frère Shlomo, ancien directeur général des Industries Militaires, le brigadier-général (de réserve) Gal Hirshch, ainsi que le major-général (de réserve) Yisrael Ziv.   Roni Milo a conclu des marchés en Géorgie au nom d’Elbit Systems et de la société des Industries Militaires, et c’est avec son aide que les industries israéliennes de la défense ont réussi à vendre à la Géorgie des véhicules à pilotage automatique (Remote-Piloted Vehicles - RPV), des tourelles automatiques pour véhicules blindés, des systèmes anti-aériens, des systèmes de communication, des mines et des missiles.

D’après certaines sources israéliennes, Gal Hirsch a conseillé à l’armée géorgienne de créer des unités d’élite dans le genre de la Sayeret Matkal (israélienne), de se réarmer ; il a donné plusieurs cours dans les domaines de la guerre du renseignement ainsi que des combats en zones urbanisées.

« Ne provoquez pas les Russes »

Les Israéliens opérant en Géorgie ont tenté de convaincre les Israeli Aerospace Industries de vendre divers systèmes à l’armée de l’air géorgienne, mais ils ont été rabroués. La raison du refus était les relations « spéciales » nouées entre Aerospace Industries et la Russie, en termes d’amélioration des avions de combat supersoniques produits dans l’ex-URSS, ainsi que la crainte que la vente d’armes à la Géorgie ne suscite la colère des Russes, les amenant à revenir sur les contrats déjà signés.

Les activités des Israéliens en Géorgie et les contrats qu’ils avaient signés dans ce pays étaient, tous, autorisés par le ministère de la Défense (israélien). Israël voyait dans la Géorgie un pays ami, auquel aucune raison ne s’opposait à ce qu’il lui vendît des systèmes d’armements similaires à ceux qu’Israël exporte vers d’autres pays, dans le monde entier.

Tandis que la tension montait entre la Russie et la Géorgie, toutefois, des voix se faisaient entendre, de plus en plus insistantes, en Israël - en particulier au ministère des Affaires étrangères - exhortant le ministère de la Défense à se montrer davantage sélectif dans l’approbation des marchés avec la Géorgie, de crainte qu’ils ne défrisent la Russie.

« Il était évident qu’une surabondance de systèmes typiquement israéliens, dans la possession de l’armée géorgienne, aurait eu l’effet d’une amulette rouge agitée devant un taureau en furie, aux yeux de la Russie », a expliqué une source interne à l’establishment de la défense.

Ainsi, entre autres choses, les Russes virent dans l’opération concernant le RPV d’Elbit Systems une véritable provocation.

« Les Russes étaient manifestement furieux », dit une source de l’establishment de la défense, « et l’interception de trois de ces systèmes de commande à distance de véhicules (RPV) au cours des trois mois écoulés était une expression de cette colère. Mais d’aucuns n’ont pas compris à quel point Israël touchait un nerf sensible en fournissant un système d’armement aussi sophistiqué à un pays dont les relations avec la Russie sont soumises à une tension extrême. »

En mai, il fut finalement décidé d’approuver de futurs marchés avec la Géorgie uniquement en ce qui concerne la vente de systèmes d’armements non-offensifs, comme du renseignement, des communications et des systèmes informatiques, et de ne pas approuver des accords concernant la vente de fusils, d’avions, de bombes, etc...   Une source de haut rang au sein de l’industrie militaire israélienne a fait savoir, samedi dernier, qu’en dépit de certains reportages, l’activité de l’industrie géorgienne de l’armement était extrêmement limitée.

« Nous avons fait quelques menus travaux pour eux, il y a quelques années », a-t-il dit. « Quant aux autres contrats, ils sont restés au stade de l’encre sur du papier ».

Dov Pikulin, un des propriétaires de la compagnie Authentico, spécialisée dans les voyages d’études dans la région, dit toutefois que « l’Israélien est le principal investisseur dans l’économie géorgienne. D’ailleurs tous les investisseurs israéliens sont présents là-bas, directement ou indirectement... »

Un ministre géorgien : « Israël devrait être fier... »

« Les Israéliens devraient être fiers d’eux, en raison de l’entraînement et de la formation militaires reçus par les soldats géorgiens », a dit, samedi dernier, le ministre géorgien de la Défense Temur Yakobashvili.

Yakobashvili est juif, et il parle couramment l’hébreu. « Nous sommes aujourd’hui en guerre contre le géant russe », a-t-il dit, « et notre seul espoir est de recevoir de l’aide de la Maison-Blanche, car la Géorgie n’est pas en mesure de survivre toute seule

« Il est important que le monde entier comprenne que ce qui se produit aujourd’hui en Géorgie va affecter l’ordre mondial dans sa totalité. Ce n’est pas les affaires uniquement de la Géorgie, mais cela concerne le monde entier. »

Un parlementaire géorgien ne s’est pas contenté, samedi dernier, d’en appeler à l’aide américaine : il a exhorté Israël à aider son pays à stopper l’offensive russe : « Nous avons besoin de l’aide de l’Onu et de nos amis, au premier chef desquels les Etats-Unis et Israël. Aujourd’hui, la Géorgie est en danger - demain, tous les pays démocratiques dans la région, et dans le monde entier, seront en danger, eux aussi. »

[Zvi Zinger and Hanan Greenberg ont contribué à ce reportage]


 
 
 
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