U.E. et Russie : Pour un avenir commun

Intégration de la Russie dans l’Europe, ou désintégration de l’Europe dans une guerre mondiale ? Il faut choisir. Avant le Ier septembre.

Dénonçons la désinformation, une fois de plus, le prétendu choc Occident-Russie dans lequel on voudrait nous entraîner. La Russie n’est pas notre ennemie, c’est nous, dans le sillage des Etats-Unis, qui l’avons décidé arbitrairement. La Russie a sa place en Europe, pleinement. Pour une grande Europe, pour un monde multipolaire, et pour la paix.


Tout ce qui touche à la Russie m’interpelle. Je suis d’origine russe, par ma mère Ukrainienne. Et je me sens profondément slave.

Par curiosité, j’ai voulu découvrir le pays de ma mère, voici une trentaine d’années, à titre personnel. Je suis partie pleine de préjugés, ceux qu’on vous plante dans la tête à longueur de désinformation : Pas de liberté, la dictature, la pauvreté pour tous...

Au risque de décevoir tous les grincheux, j’ai pu circuler partout, ouvrir toutes les portes. Peut-être avais-je derrière moi un agent du KGB, en tous cas il a été très discret puisque je ne m’en suis pas aperçue. Et j’ai vu un pays où il n’y avait pas de chômage, pas de délinquance, pas de clochards, pas de misère. Tout le monde avait un toit, certes exigu, mais pour le prix d’une voiture, parce que les Russes considéraient que c’était l’équipement le plus nécessaire. Oui, pas l’automobile !

Le métro ne coûtait presque rien, et chaque citoyen pouvait bénéficier de la crèche, de l’école, de l’université, des soins, des équipements de loisirs, gratuitement. Les produits de première nécessité étaient subventionnés. Cerise sur le gâteau, les écrivains étaient rémunérés, à condition de ne pas critiquer le gouvernement. Normal, non ?

L’Occident a tout fait pour contenir le communisme - et la Russie. Victorieusement. Et la puissance russe s’est désintégrée, avec Eltsine au pouvoir. Les vampires des pays "démocratiques" se sont emparés, à bas prix, des richesses des Russes. Ainsi, le centre de Moscou s’est vidé de ses habitants, relégués à la périphérie et surtout à la rue, au profit des oligarchies du monde "libre". Le pays a été pillé. La mafia s’est installée, des grosses fortunes sont nées, souvent fruits de la pire corruption, et la pauvreté a gangréné le pays. Des hordes d’enfants ont pris possession de la rue, partageant le bithume avec les retraités privés de leurs pensions, bientôt rejoints par les fonctionnaires sans fonction. La Russie a dévalué sa monnaie et s’est retrouvée en rupture de paiement. Ses habitants se sont consolés avec la Wodka, et la durée de vie a décliné dangereusement. L’ogre américain jubilait : L’ancien rival communiste était exsangue.

Et Poutine est arrivé, Poutine, la coqueluche des Russes, leur idole ! On les comprend. Joueur d’échec, sportif, musclé, une volonté de fer et une détermination sans faille, le nouveau maître du Kremlin se moque des honneurs, de l’argent, des prébendes. Il a accepté le pouvoir par amour pour son pays, pour redresser la Russie, pour servir son peuple. Une denrée rare, aujourd’hui, où l’on se saisit du pouvoir à des fins personnelles, pour accroître sa fortune ou son prestige, sinon les deux. En s’aplatissant à qui mieux mieux devant les Américains.

Et la Russie s’est redressée, et la Russie a reconquis sa place dans le monde. Au premier rang. Désormais, il faut compter avec elle, avec ses compétences scientifiques et techniques, une croissance économique forte, une armée réorganisée et modernisée, une assurance et un dynamisme retrouvés, une parfaite maîtrise spatiale, et bien sûr des ressources minières à rendre jaloux ceux qui sont moins gâtés - comme les Américains, justement. Terriblement dépités.

Le terrain d’affrontement est moins idéologique, aujourd’hui, bien qu’on reproche à la Russie son autoritarisme centralisateur aux relents totalitaires, son absence de goût pour la démocratie selon les critères occidentaux : Il s’est déplacé. Les Etats-Unis ne tolèrent pas d’autre puissance que la leur. Le monde, pour eux, doit rester unipolaire, dominé, bien peu démocratiquement, par eux, encore eux, toujours eux, et personne d’autre. Les prétentions hégémoniques n’ont pas changé. Les Russes doivent être contenus - c’est ce que l’on appelle la politique de "containment", d’encerclement : Géographiquement, bien sûr, car la Russie, une par la culture et la langue, a la taille d’un Empire ; militairement, en installant des bases américaines sur sa périphérie ; économiquement, en la privant, notamment, de son monopole du transport du gaz et du pétrole.

L’arrogante Amérique a provoqué le chaos georgien. Ce pays du Caucase, en réalité dirigé par Washington, et en partie formé militairement par Israël, a attaqué l’Ossétie, au mépris des lois internationales, en bombardant des civils, et même un hôpital, et en tuant des Casques bleus russes.

Les médias occidentaux ont fustigé la barbarie russe. La guerre de propagande a pris le relais. Le nouvel ennemi des Européens, c’est désormais la Russie. Comme au temps de la guerre froide. Et tant pis pour le ridicule. Un ridicule qui peut tuer....

Mais la Russie a triomphé. Par sa rapidité, par son efficacité, par sa retenue, par sa maîtrise parfaite des événements. On sent la main de Poutine. Oui, désormais il faut compter avec la Russie. Elle a retrouvé sa place, la première, dans le concert des grandes nations. Et c’est une bonne chose, pour l’équilibre du monde. Un monde unipolaire, dominé par l’hégémonique Amérique, est dangereux. Inhumain. Condamné, à terme.

Alors, doit-on craindre la bouillonnante Russie ? Personnellement, je dis non. Un non franc et massif. Et motivé.

La Russie peut-être une chance pour le monde, et pas seulement pour son équilibre. Mais aussi pour la paix. A condition qu’on n’entretienne pas l’idée, artificielle et pernicieuse, du choc de civilisations. Du choc Est-Ouest, et plus seulement barbarie (arabe, ou musulmane) - civilisation (occidentale) comme on le prétend.

Si la guerre contre la terreur hitlérienne a été gagnée, contrairement à ce qu’on laisse croire, ce n’est pas à cause des Américains. C’est essentiellement grâce à la Russie, qui a marqué un coup d’arrêt à l’expansion nazie. Historiquemeent, comme culturellement d’ailleurs, la Russie est liée à l’Europe.

Cet Etat, contrairement aux Américains, ne menace personne, et surtout pas les Européens ; Il défend son dernier pré-carré, ses débouchés, ses voies de communication, son indépendance stratégique, sans cesse amputés par l’agressivité jalouse des Américains et par la menace que constitue l’installation de boucliers anti-missiles à sa lisière, l’empêchant, le cas échéant, de protéger ses propres intérêts.

Gardons-nous de tomber dans le bellicisme des anciens pays satellites de l’URSS, hélas membres de l’Union européenne. Leur esprit de revanche ne peut être que source de problèmes.

Gardons-nous des mauvaises intentions des Etats-Unis, pétris de jalousie envers la puissance retrouvée de la Russie, et du désir, infiniment malsain, de dominer la planète.

Gardons-nous de nos faux amis, et vrais dirigeants européens, viscéralement, fondamentalement, soumis à Washington. Ils nous conduisent à une pente fatale. Celle de l’affrontement, tôt ou tard, avec la Russie. Pour le seul profit des Américains, et de leurs multinationales de mort ou de la reconstruction.

Nous avons mieux à faire : Pour affermir nos intérêts économiques (la Russie est grand fournisseur de matières premières dont nous avons tant besoin, et elle est appelée à constituer un puissant débouché pour nos produits), pour consolider la vocation de puissance européenne dans le monde, pour assurer la paix sur la planète, pour ces trois grandes raisons, nous devons impérativement coopérer avec la Russie, au lieu de chercher à la contourner, à l’encercler, ou pire encore à l’affronter comme on souhaiterait nous y conduire. Mieux, nous devons l’intégrer à l’Union européenne.

En accomplissant une telle intégration, nous ferions un immense pas vers la consolidation de notre propre puissance, l’indépendance de l’Union Européenne et sa spécificité, et la paix dans le monde qui passe, inévitablement, par le refus de l’unilatéralisme et par l’équilibre des intérêts et des pouvoirs.

L’occasion peut nous en être fournie le Ier septembre prochain, lors du sommet européen qui aura lieu à Bruxelles sous l’égide de Nicolas Sarkozy, consacré à l’avenir de l’Europe... et de la Russie.

Ensemble, pour un avenir commun complémentaire, serein, indépendant, fort, multipolaire, et de paix.

Il est temps de faire prévaloir l’intérêt des peuples, l’audace de la pensée, et la Sagesse.

Alors, l’humanité aura fait un grand pas... pour l’accomplissement du meilleur. Pour une fois !

Chantal DUPILLE

http://chantaldupille.over-blog.com


 
 
 
Forum lié à cet article

4 commentaires
  • > U.E. et Russie : Pour un avenir commun 26 août 2008 14:24, par Cristobal

    Excellent article.

    Merci. :))))

    Mais, lorsqu’on observe la brochette des médiocres qui sont à la tête des différents pays de l’Union Européenne, lorsqu’on contemple toutes ces échines courbées devant les restes encore debout d’un Empire Américain au bord du gouffre, au bord de l’effondrement, lorsque nous avons pu constater à quel point le suffrage universel a été bafoué par "les représentants du peuple" en France, lorsqu’il s’est agi d’entériner le "Traité Simplifié" (simple copie conforme de cette Constitution Européenne rejetée par le peuple), n’aurons-nous que nos yeux pour pleurer et notre bonne conscience éclairée, pour déplorer les mailles peut-être bientôt étouffantes et meurtrières de la propagande déversée ad nauseam par les médias de masse ?

    Peut-être une pétition, une autre, encore ?

    Une manifestation pour la paix, une autre, encore ?

    Peut-être, malgré tout, si nous unissons nos esprits résolument contre les barbares ignares et soumis qui dirigent nos pays respectifs, peut-être pourrons-nous faire reculer le mensonge et les guerres suicidaires.

    Pour cela, il faut désirer ardemment la paix.

    Il faut construire dans nos têtes cette vaste Europe de l’Atlantique à l’Oural, car, effectivement, intégrer la Russie à l’actuelle et très fade et très déliquescente Union Européenne, constitue bien notre seul avenir possible, réel et raisonnable.

  • > U.E. et Russie : Pour un avenir commun 28 août 2008 01:43, par chantal

    Bonjour Cristobal

    Merci de ton message, oui c’est en effet la solution la plus raisonnable

    Que faire ? Via internet, se concerter pour dans le monde entier, au même moment, dire que les peuples ne veulent pas de guerres !

    Ecrire aux Rédactions pour protester, en masse, contre la désinformation ? Protester en masse devant les Rédactions ? Internet peut-être un outil de rassemblement, ils le savent en Haut lieu !

    Bien à toi, Chantal

    Voir en ligne : A Cristobal

  • > U.E. et Russie : Pour un avenir commun 30 août 2008 11:00, par helène

    de gaulle disait :
    "l’europe, de l’atlantique à l’oural", et il avait parfaitement raison, là aussi.
    bravo pour cet article, une bouffée de vérité dans un océan de propagande à la goebbels.
    un énorme coup de geule contre les dernières menace de l’invraisemeble koucher, partant pour toutes les guerre israélo-américaine et dont la place n’est décidement pas en europe mais bien à telaviv ou aux usa,( ce qui est pratiquement la même chose)

  • U.E. et Russie : Pour un avenir commun 4 mars 2009 07:12, par picpus

    J’ai vécu la même expérience que vous quand je suis allé en Slovaquie, dans les Tatras, afin que ma grand-mère me présente à la famille. J’y ai vu beaucoup de joie de vivre. Je suis heureux que la Slovaquie et l’Europe aient un destin commun. Pour la Russie, ce doit être la même chose. La puissance anglo-saxonne depuis deux cents ans divise le continent pour pouvoir mieux régner sur le monde. Elle programme la fragmentation de la planète afin de conquérir le pouvoir mondial. De grands travaux transcontinentaux pourraient relancer l’économie de 800 millions d’Européens et de leurs proches voisins.
    Les Anglais ne sont venus en Europe que pour la désintégrer de l’intérieur. Il faudrait unir le continent, proposer trois ou quatre langues offiielles dont le Russe, l’Allemand et le Français. Et si les Anglais continuent de comploter contre le reste du monde, et bien, il faut les virer...L’Eurasie peut commencer à Calais et finir à Vladivostock...

 
 
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