L’Angola : Les élections, le Pouvoir et les Droits de L’Homme

Les élections législatives en Angola ont été enfin officiellement marquées, par décret présidentiel, pour le 5 septembre.
Dans ces élections, les premières depuis 1992, deux partis seulement possèdent les structures et les cadres politiques, permettant offrir un débat « plus profond d’idées », le MPLA, le parti au pouvoir depuis l’indépendance et son archi-rival politique et militaire l’UNITA.
Le président José Eduardo dos Santos a rappelé que les citoyens et les partis politiques doivent respecter la loi et l’ordre établi, afin que la campagne et l’acte électoraux se déroulent dans un climat de grand civisme.
Selon lui l’Angola « pourra donner l’exemple au continent et au monde, montrant ce que sont des élections démocratiques, libres et transparentes. » Devant le peu d’enthousiasme que la campagne a suscité dans les populations et la léthargie apparente des organisations politiques de l’opposition, les analystes admettent que les partis se préparent surtout pour les présidentielles qui devront avoir lieu en 2009. La Constitution donne tous les pouvoirs au Président de la République. C’est lui qui choisit le gouvernement, le Parlement n’ayant été jusqu’à maintenant qu’une claque d’appui inconditionnel.
C’est l’histoire tragique de toute l’Afrique, de ses élites corrompues, de ses dictateurs au grand jour et des ses autocrates à visage humain, à quI les leaders des nations dites avancées, continuent de faire allégeance par intérêt économique et politique. Élu Président en 1979, José Eduardo dos Santos, à la tête d’un parti tout puissant, a su ramasser, pendant ces vingt-huit ans, en toute impunité, pour lui, pour ses familiers et pour les élites politico-militaires complices, les immenses richesses de ce pays et attirer de grands groupes économiques et financiers. L’Angola du pétrole et des diamants est en pleine croissance économique, c’est aujourd’hui l’endroit où il faut investir.
Tandis que ses populations continuent de s’enfoncer jour après jour dans le chaos social, ne cessent d’affluer à Luanda, attirés par un eldorado de la crapule, les investisseurs de tout poil. « Les démocraties stabilisées continuent d’accepter des élections frauduleuses et injustes, accuse Human Rights Watch, en permettant que des autocrates jouent les démocrates, tout en violant les droits civiques et politiques. Les Etats Unis, l’Union Européenne, et d’autres démocraties influentes deviennent ainsi complices dans les violations des Droits de l’Homme partout dans le monde. »
Le journal angolais “O Apostolado” a dernièrement cité un communiqué des Nations Unies, émis par la Commission pour la Promotion et Défense des Droits de l’Homme, où L’Etat Angolais est accusé de ne pas présenter des compte-rendus sur les Droits de l’Homme depuis treize ans.
Sur la récente fermeture de la représentation de cette agence à Luanda, par le gouvernement angolais, Louise Harbour, Haut Commissaire pour les Droits de l’Homme aux Nations Unies, a affirmé que l’Angola doit encore faire face à de graves problèmes concernant le non-respect des Droits de l’Homme. « L’organisation rappelle que l’agence de l’ONU était en Angola depuis Mai de 2003, où elle a joué un rôle dans l’établissement d’une institution nationale de droits humains » Des successifs communiqués de défenseurs des Droits de l’Homme, en Angola et en Europe, parlent de détentions arbitraires pratiquées par la police nationale. Devant ces alertes le ministre de l’Intérieur suggère que les Européens s’occupent des droits humains dans leurs propres pays et aux USA.
Questionné sur les accusations de torture subies par des témoins du procès du journaliste José Lelo, le ministre demanda aux journalistes s’ils confondaient Angola avec Guantanamo. « On ne pratique pas la torture en Angola »
L’ex-correspondant de Voix d’Amérique, a été arrêté en Novembre 2007, à Cabinda, la province rebelle sous l’accusation de « instigation à la rébellion et complot contre l’État. » Selon l’avocat du journaliste angolais, les six militaires qui ont témoigné contre José Lelo ont été soumis à des séances de torture pendant 30 jours. Les gouvernements du Portugal n’ont jamais voulu regarder de très près la situation politique de ce pays. Les richesses d’Angola sont des raisons suffisantes pour faire taire les consciences. Or tout le monde sait que, depuis toujours, la pauvreté généralisée et les violations des droits de l’homme ont été accompagnées par l’enrichissement impressionnant de la famille dos Santos.
Le Premier-ministre du Portugal dans sa récente visite en Angola a dit : « Je suis venu exprimer ma confiance dans le travail que le gouvernement angolais ne cesse de faire, et que je trouve important. Il suffit de regarder les indicateurs. » Pour le socialiste Socrates, les indicateurs auxquels il se réfère sont évidement les indicateurs d’investissements privés portugais, banques et grands groupes économiques, qui, alliés des familiers du président, se banquètent à la table de la richesse angolaise. Aux quelques miettes qui tomberont dans l’assiette du peuple on appellera pompeusement « développement économique. »
Les vrais indicateurs économiques et sociaux placent l’Angola entre les dix pays avec l’Indice de Développent Humain le plus bas, au même niveau que les nations les plus pauvres du continent africain.
Dans un de ses derniers rapports sur l’état de l’économie, L’Université Catholique d’Angola, insiste sur « l’existence de deux mondes opposés. » D’un côté, le monde paradisiaque de la haute finance, de l’immobilier de luxe et de la spéculation, des shoppings avec ses grandes marques internationales, ses produits hors-prix, et de l’autre côté, le monde de 70% de la population, vivant dans l’enfer de la pauvreté.
Quel que soit le parti vainqueur de ces élections, le peuple n’attendra des seigneurs qui gouverneront leur pays qu’une petite chose : « qu’ils (les politiciens) réussissent à changer l’Angola, pour que l’on ait un avenir meilleur pour nos enfants, qu’ils mettent fin à la corruption, installent l’eau courante dans nos maisons, l’énergie électrique, que l’école soit obligatoire, qu’ils éduquent la police afin qu’elle respecte les droits de l’homme, que les juges ne puissent plus monnayer les sentences, que l’ont protègent les propriétés des paysans et des communautés rurales, que l’on donne un salaire digne aux fonctionnaires... »


 
 
 
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