En Afghanistan, la liberté ne meurt jamais....

Christophe de Ponfilly . Qui n’a pas vu son documentaire ? Moi, je l’ai vu - et revu. Je dois vous dire que j’ai rarement vu un documentaire aussi beau. Il m’a rempli d’émotion, d’émotions....

L’Afghanistan, d’abord. Images saisissantes. Un pays sauvage, aride, montagneux, majestueux, une beauté à la fois rude et douce, paisible. La nature préservée. A l’état pur. Non déflorée par l’homme. Les Afghans font corps avec la montagne. Ils la prolongent, ils l’animent. Perchés sur leurs ânes. Au pas tranquille. Une vie au même rythme que celle de leurs ancêtres. Lente, humaine. Les Afghans aiment leur terre. Elle est si belle....

Et puis les couleurs, brun, ocre, créent une impression surréelle. En voyant ce documentaire, je songe au béton de nos villes, aux buildings américains, à leurs centres commerciaux rectilignes, sans âme, aux maisons posées comme des cubes sur le sol, toutes identiques, sans âme elles aussi. En Afghanistan, nature et humains se mêlent, s’entremêlent, se marient, dans l’harmonie. Le pays est si beau qu’on vibre à l’unisson. Une émotion forte. Une émotion que j’ai ressentie avec les Indiens d’Amazonie, au milieu de la forêt verte, impénétrable, humide. Mais préservée, indemne. Vierge. L’autochtone fait corps avec la nature, l’étranger la souille ou la défigure. Surtout l’Occidental, qui a troqué la poésie de la vie contre Mâmon. Le matérialisme engloutit tout. L’Argent n’a pas d’odeur, dit-on. Et surtout pas d’âme.

Beauté des paysages, beauté des visages afghans, burinés, ocres, majestueux, beauté des couleurs, beauté des villages qui se fondent dans le roc ou le sable. Les Afghans ont défendu leur terre, et on les comprend, contre tous ceux qui l’ont envahie. Ce sont des hommes libres. L’Amérique ne viendra pas à bout d’eux. On ne vient pas à bout d’hommes attachés à leur sol, et décidés à rester libres.

Tôt ou tard, l’Amérique sera vaincue. Même les Russes ont été chassés, et pourtant ils ont triomphé de Napoléon et d’Hitler. Et Sarkozy, allié indéfectible, embourbera notre armée en Afghanistan. Comme d’autres avant lui au Vietnam. Mais l’Occidental ne comprend pas. Il est sourd, englué dans ses préoccupations matérialistes. L’Afghan, l’Indien d’Amazonie, écoutent la terre, les anciens de leur village, le rythme de la vie. Leurs envahisseurs ont mis l’argent à la place des vraies valeurs. Un portefeuille à la place du coeur. Ils ne comprennent rien à la vie. Ils ne comprennent pas qu’ils sont perdus. Les Afghans resteront maîtres de leur sol. Il leur appartient, tout simplement. Et ils lui ressemblent : Apres et tendres comme la terre qui les a vu naître. En osmose. Complètement.

Et puis, il y a Massoud. En parfaite harmonie avec son pays. Fier, rude, poète. Beau. Paisible. Tranquille. Attaché à sa terre. Aimant la liberté plus que tout. La liberté...

Les Américains, eux, sont attachés à leur statue de la Liberté. Que représente celle liberté-là quand on tue celle des autres ? De la poussière. Moins belle que celle des sentiers afghans. Hideuse, même.

Et parce qu’ils veulent s’emparer de l’Afghanistan, le coloniser, le soumettre - mais soumet-on des hommes réellement libres ? -, offrir cette terre rebelle à leurs multinationales, les Américains ont envoyé des journalistes piéger le Lion tranquille de l’Afghanistan dans ses montagnes. Juste avant d’envahir le pays : Massoud est un résistant. Un homme libre. Il n’aurait jamais accepté de voir l’Etranger fouler son sol pour l’asservir à l’Argent.

Alors, le pays de la liberté érigée en statue a tué la liberté vivante. L’Amérique a tué Massoud. Sans état d’âme. L’argent n’a pas d’âme. Elle a assssiné l’homme vraiment libre. Massoud est mort. D’autres Afghans se sont levés pour la relève. Fiers, libres comme lui. Et nos soldats vont s’engluer là-bas.

Peut-on tuer la liberté, la vraie ?

Les enfants de Massoud sont prêts. L’Afghanistan retrouvera sa liberté. Pour toujours. Parce que l’Afghan aime la liberté par-dessus tout - la vraie. Et celle-là, nul ne l’éteint.

TAGS : Afghanistan, Massoud, l’Occident, Russes, l’Argent, Américains, Liberté, résistance, Indien, Amazonie, multinationales, Napoléon, Hitler, Christian de Ponfilly.

Le blog de l’écrivain Chantal Dupille, http://chantaldupille.over-blog.com


 
 
 
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