Contre la pudibonderie et le maniérisme moral d’une idéologie criminelle.

Pour une morale pleinement humaine.

L’inaction de l’homme politique, parce qu’il s’est proposé à l’action bénéfique pour la communauté qui l’y a préposé, est un crime contre la morale et la société. L’inaction ou le silence du citoyen, quant à eux, sont complices coupables de l’indécence politique du pouvoir.

L’exigence de sens, l’obligation de signification chez un être social qui interagit avec ses semblables et les structures au cœur de la société - chez un être où l’intuition de la signifiance et de fin excède de loin l’immédiate absurdité de l’impermanence du Multiple c’est-à-dire des éléments épars qui constituent le nombre nombré du nombre nombrant global qu’est l’Un indivis de l’univers - aboutit nécessairement à des règles de vie qui commandent le mode d’être de l’individu dans son rapport à l’univers et à la société. Ce rapport de la conscience humaine au cosmos et au social est projeté de cet autre rapport insondable qui est le dialogue intérieur existentiel de l’homme avec lui-même, l’indescriptible et imprescriptible Rapport à Soi. Naturellement pour manipuler les hommes, après avoir émietté la morale et y avoir substitué une éthique fonctionnaliste-utilitariste, la ploutocratie ose parler de démocratie au moment même où elle utilise les hommes comme marchepied de son enrichissement dans le mode de production et de travail, pour la monopolisation de toutes les ressources planétaires et la violence et l’excès de toutes sortes contre l’humanité et l’environnement. Pour centrer notre point de vue, nous devons ici nous rappeler que deux catégories de valeurs jalonnent l’empan du sens : la valeur logique et la valeur morale.

La première (la valeur logique) réfère aux choses et aux faits et répond strictement à nos exigences herméneutiques, où nous entreprenons de comprendre la signification immanente des choses. C’est le champ de l’entendement et la mise en acte de l’intelligence dans l’appréhension, la quête interprétative du monde.

La seconde (la valeur morale) renvoie à l’action et est du domaine du jugement et de la responsabilisation de l’homme agissant. Elle est transcendante à l’acte posé et implique la conscience de l’homme agissant qui ne peut se dérober en tant qu’être libre à sa responsabilité d’étant choisissant et volontaire.

Rejet de la « métaphysique » opportuniste et réactionnaire de croissance personnelle.

Il existe de mon point de vue trois grands schèmes d’existence pour l’homme : l’ontologique, l’organique et le politique.

1) L’ontologique référant au fait d’être me met constamment dans mon rapport au sens transcendant de l’espèce avec toutes les grandes questions métaphysiques auxquelles chacun répond selon sa foi, la lecture de son rôle dans l’univers...

2) L’organique est le schème du rapport au corps à sa vie ses exigences de subsistance, de bien-être, son fonctionnement en tant qu’organisme mortel qui a besoin pour bien vivre d’un certain nombre de satisfaction de ses besoins.

3) Le politique est ce rapport dynamique des hommes aux structures sans quoi la société eût été statique. C’est donc l’univers du social avec tous les stratagèmes individuels d’intégration, de relation au pouvoir de la structure et du groupe.

En tous les trois, la morale est la voie et l’arbitre de l’action et de la réaction de l’homme. C’est par elle que cette action et réaction signifie et est jugée à la fois comme intention et fin, indépendamment de leurs prémisses et conséquences.

Contre la métaphysique des morales réactionnaires de fausse responsabilité du sujet humain pris au lasso du social et contre les mystifications d’un certain mysticisme oriental de soumission et d’opportunisme social de l’individu, la morale libérée et libératrice doit évaluer les vraies responsabilités personnelles de l’humain sans absoudre bêtement les manants profiteurs des structures qui se cachent en coiffant la kunée d’une idéologie structuraliste refusant sciemment de voir l’immonde culpabilité humaine dans l’horreur historico-structurale justement façonnée et planifiée dans le temps par les maîtres économiques et politiques de la société, qui exploitent et subvertissent l’orientalisme moral très communautaire derrière un individualisme mesquin d’une soi disant réalisation de soi. Fort d’un tel constat, nous disons que nul n’a le droit d’accuser ceux qui refusent l’assimilation voire la phagocytation de leur être global sous prétexte d’intégration dans le social faite à ses dépens ontologiques. Car nul n’est tenu de faire abnégation de son essence humaine pour les miettes de l’acceptation sociale ! Je sais que pour l’esprit de notre temps de prêche d’opportunisme moral prôné à l’individu pour qu’il profite des opportunités structurelles, ma pensée est ici impie car elle risque de maintenir l’individu dans la marge, mais n’est-ce pas dignité, cette chose inestimable de la morale vraie, que d’affronter le social en confrontant ses bêtises idéologiques, plutôt que de se prostituer pour une aise matérielle déshumanisante ! Voilà pourquoi le christianisme authentique et sans cléricalisme, celui qui, rejetant toutes les églises, s’oppose à l’injustice sociale du monde sans la démagogie d’une nécessaire harmonisation de l’homme et du social, m’a toujours paru supérieur à toutes les morales orientales et leur « sociodicée mystique » mystificatrice, soi disant proposée en vue d’une « harmonie » supposée de l’individu avec la société où il y a toujours en filigrane une culpabilisation personnelle du révolté ou marginal face au social qu’il n’accepte pas, un autodénigrement allant à l’autopunition de l’homme qui ne se laisse pas assimiler. Morale de croissance et de réalisation personnelle dans le monde qui condamne le refus de la pseudo-intégration de la personne humaine à l’ordre sale qui lui demande de se nier et de nier tout idéal de justice sociale pour « se réaliser » en collaborant - ne serait-ce que par son silence, son abnégation - avec la réification de l’homme qui sévit structurellement dans nos sociétés. Il semble donc que le tribut à payer dans un monde de monstres idéologiques mangeurs d’homme, est la marginalisation de quiconque ose dire non aux ploutocrates et à leur horde barbare de proxénétisme et de réification de tous ! Le mode de cette corruption de l’essence humaine sied bien à nos maîtres corrupteurs vides de toute valeur sinon le besoin pathologique d’écraser leurs semblables en brandissant l’argent comme référence de grandeur et de supériorité par laquelle ils instituent leur propre idolâtrie chez les masses. Il s’agit ici du vide qui se pare de maniérisme et d’arrogance pour dominer. L’absence d’intériorité totale des ploutocrates ne peut donc qu’engendrer la discrimination sociale, puisque leur système établit une pseudo-hiérarchie entre les humains selon leur acquisition matérielle ou leur appartenance aux institutions ploutocratiques. Là, il ne s’agit plus de blessure narcissique des corrupteurs qui se défoulent sur les paupérisés, mais de blessure spéculaire car il n’y a pas la contemplation de soi à laquelle le narcissisme fait référence malgré son excès qu’il décrie ! Il n’y a que le désespérant vide des bêtes cupides qui s’autoproclament maîtres des vies et des biens, seigneurs qui font vivre le reste du monde par leur prétendu mode de production ! Comme si aucun autre mode de production ni de monde n’est possible fors le leur si abjectement immoral et inhumain !

Le monde-profit contre le monde-humanité...

L’un des dualismes lexicaux qui m’a toujours fortement interpellé dans l’Écriture néotestamentaire est celui qui entoure le concept Monde. Ce dualisme, cette ambiguïté sémantique se retrouve particulièrement chez l’apôtre Jean qui dans les propos liminaires de son évangile (Jean 3, 16) nous dit « Dieu a tant aimé le monde... » et qui, dans sa première épître, 1 Jean 2:15 se rétracte par « n’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde... l’amour du monde est inimitié contre Dieu. » Nous sommes en présence de la sempiternelle dialectique du monde humain (l’humanité) et le monde du système socio-politico-économique qui vilipende toute humanité. Entre la hauteur céleste et divine de l’humanité vocationnelle de l’animal humain et l’abysse satanique de la structure qui l’enfonce dans bien pire que l’animalité c’est à dire dans la choséité par la réification, les forces du bien et du mal se livrent encore bataille aujourd’hui plus que hier.

Que les plus matériellement riches d’entre cette espèce rare de ceux qui croient à la dignité humaine et la justice, créent des fraternités pécuniairement libres selon des modes de production humains permettant à ceux qui sont marginalisés dans la société globale, de travailler dignement sans que le travail ne soit jamais but mais moyen, et ainsi de subsister dans un monde haineux de tout homme qui croit à son humanité, à l’humanité !

Car les jeux sont faits, les maîtres de monstruosité du système social tératogène et déshumanisant refusent de cohabiter dans leur structure avec des hommes non transformés en ombre ou rouage de leur machine. D’ailleurs la pauvreté dans le monde, sévissant même dans les pays les plus riches, est maintenue et planifiée pour réduire les majorités au stade d’essuie-pieds des riches sur qui ils peuvent cracher à leur guise. Le manque d’estime de soi des ploutocrates bâtisseurs d’empire, en leur égo gangreneux, ne peut se glorifier qu’au détriment d’autres hommes, paupérisés, transformés en loques pour idolâtrer les possédants et leur armée de consommateurs compulsifs simiesquement accrochés aux basques de leur système, qui ne manquent pas, en sous-produits de l’ordre de discrimination capitaliste, de piétiner l’humanité des exclus.

Et vive la canaille ploutocratique amorale et ses lobbies !

L’amoralité est donc l’effigie du monde des ploutocrates qui monopolisent tout, font pression pour éviter le moindre soutien de l’État aux moins riches et accaparent toutes les subventions étatiques sur le dos des contribuables, subventions qu’ils utilisent pour leurs intérêts particuliers d’entrepreneurs, puisqu’ils délocalisent comme bon leur semble sans rien devoir à quiconque pour chercher ailleurs des paradis fiscaux et travailleurs esclaves. Dans cette platitude où l’homo œcnomicus, lui-même décrié pour sa réduction unidimensionnelle à l’ordre économique, est un stade pour lequel il faudrait se battre tant le morphème « homo » référant à l’homme, ne peut même plus être appliqué à une économie boursière tributaire de la finance et des spéculations des financiers au mépris de l’économie réelle produite des humains, le non-sens et l’insignifiance qui s’ensuit, ponctue l’empire du vide qu’est l’ordre de l’argent pour l’argent. Nous devons nous rappeler que le sens vient de l’intuition intérieure, immanente, vécue par la conscience spirituelle. L’on comprend d’emblée, la privation de vie intérieure qui fait des hommes en présence, tant les puissants qui réifient et les faibles qui sont réifiés dans ce qu’il convient d’appeler l’entraliénation, aliénation réciproque où les maîtres corrupteurs et leurs asservis réduits au stade de pacotilles d’un ordre malsain sont la proie de toutes barbaries et d’un nihilisme plural. Nihilisme qui est ici comme toujours un envers criant de la vérité ontologique de l’homme.

Dans un monde où la racaille criminelle de l’argent est héroïque et glorieuse, dans un contexte où l’argent sale est pureté selon ceux qui le manipulent, où l’engeance riche se paie économistes et idéologues de tous poils pour berner l’opinion publique, où la canaille de l’oseille soudoie la crapule de la politique, la morale n’est plus que l’inepte bobard de la presse de propagande refilé au peuple dans l’emballage des faux débats et des élaborations désinformantes ! La ploutocratie crée des connotations factices et manipulatrices pour accoutrer le sens. Elle bricole un sens adapté à la configuration idéologique qu’elle entretient sur la ruine de toute humanité. Hélas ! Même la salissure de leur face maculée - de pillage, de prédation et de déprédations des biens collectifs de la planète - passée à l’étamine de leur cynisme et par la flagornerie de la cour permanente que leur voue leur système et la presse jet set, est rendue orgueil insulteur intumescence abêtissante du peuple plutôt que honte morale face à leurs méfaits contre l’humanité ! Et malgré ces torts les uns irréparables et les autres non réparés par mépris, se profile la perte de la pudeur ou d’une certaine retenue face aux forfaits fomentés sans égard contre le monde et l’environnement. Les montres gargantuesques ont toujours faim et sont avides de règne et de gaspillage ! Oui, la perte de la vraie pudeur pour une pudibonderie vestale, s’offusquant du dévoilement d’un sein de Janet Jackson dont la robe s’est déchirée volontairement ou par accident à la suite d’un pas de danse brusque sur scène, prouve que les pires catins et proxénètes du crime de toutes sortes sont les plus affectés de fausse chasteté !

Dans un monde où toutes les valeurs sont inversées, j’en arrive à me demander ce qu’un ami de ma grand’mère exprimait en créole et que je traduis ici : « à la foire des salauds que devient ce monde, la merde pèserait-elle vraiment plus lourd que le sel ? »

J’ose croire que non, l’humanité n’est pas perdue, encore faut-il que les vraies valeurs trouvent le courage des hommes prêts à les montrer ! Car la dignité existe ne manquent que les hommes dignes dans la communication de masse et l’espace public ! Alors les valeurs se retrouvent marginalisées, noyées par la mer démontée et putride de prostitution et d’aliénation soutenue par les vautours, sybarites et idéologues, ceux qui parmi les journalistes, les spécialistes, les éducateurs acceptent l’imposture inhumaine d’une éthique au rabais pour défendre l’infamie systémique mondiale, l’immoralité mondaine du jet set contre l’humanité sacrifiée pour les excès hédonistes des profiteurs de toutes les ressources expropriées aux peuples et majorités.

Tandis que les herses immatérielles de l’idéologie marchande ultramatérialiste prennent forme comme un carcan substantialisé écrouant et pourrissant les pensées et comportements, le plus bel élan de la morale par ces temps d’Érèbe et d’opacité, aura toujours dans les consciences amies de la liberté et du bien, l’exhalaison explosive, volcanique de la révolte et du refus !

La morale vraie est et restera éternellement celle qui trône la primauté des dimensions ontologique, somatique et politique de l’homme au-dessus de l’intérêt des oligarchies et de leur structure de pouvoir.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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1 commentaire
  • > Pour une morale pleinement humaine. 29 septembre 2008 19:07, par vasionensis

    Votre article a le mérite de débuter par un aphorisme assez clair pour qu’il soit permis de supposer que la suite en est le développement et l’illustration - ce dont je ne suis pas encore assuré, dans le souci présent de founir un contre-exemple :

    La foule se rue pour soumettre un homme à la loi de Lynch.

    Le magisrat, élu - ou du moins nommé par le pouvoir élu, ce qui moralement devrait revenir au même - tente de s’y opposer soit (hypothèse faible) parce que les formes légales ne sont pas observées, soit (hypothèse forte) parce que la culpabilité de l’homme ne lui paraît pas établie (avec tous les cas intermédiaires qu’il vous plaira d’imaginer).

    Au son de quelle chanson va-t-on peut-être commencer par écharper le magistrat ? J’ignore l’air - dans ces situations, la verve populaire fait merveilles - mais je sais les paroles : votre aphorisme :

    "L’inaction de l’homme politique, parce qu’il s’est proposé à l’action bénéfique pour la communauté qui l’y a préposé, est un crime contre la morale et la société."