Milan Kundera est-il coupable ?

Dénonciateur. Quel vilain mot ! Au cours des temps troublés, les dénonciateurs ne manquent pas. On en a eu à la pelle en France lors de l’occupation allemande. Cette fois-ci c’est le remarquable écrivain Milan Kundera, Français d’origine Tchèque, qui est accusé de dénonciation et d’avoir envoyé au bagne pendant 14 ans un compatriote, Miroslav Dvoracek. Accusé, Milan Kundera nie. Est-il coupable ?

À l’origine de l’accusation, un document miraculeusement retrouvé dans les papiers de la police tchèque, plus d’un demi-siècle plus tard. À moins que la déposition du jeune Milan Kundera à la police Tchèque prétendument reçue le 14 Mars 1950 soit un faux, un mythe est tombé. Ceci dit, je croyais que les dépositions étaient signées par le délateur et je n’ai pas vu la signature de Milan Kundera sur le document, qui pourrait être un faux. Les tampons présents sur ce document sont aisèment falsifiables, bien plus qu’une signature.

Il faudrait retrouver le policier signataire de cette déposition, l’auditionner ainsi que ses chefs et collègues de l’époque. Il faudrait vérifier si à cette époque les dépositions étaient signées par la police ou par le déposant.

Comme toujours, les accusateurs vont vite en besogne. On détruit la réputation d’un suspect en quelques minutes, alors que Milan Kundera s’est forgé, preuves à l’appui, une réputation justifiée de résistant. Tel son combat avec Vaclav Havel lors du printemps de Prague.

À moins que Kundera avoue ou qu’on mène une enquête complémentaire qui confirme les faits, c’est la parole de Kundera contre un papier sans signature autre que celle d’un policier. Même si ce document jette une ombre de suspiscion sur l’auteur de « L’insoutenable légèreté de l’être », tant qu’il ne sera pas étayé par une enquête solide et sans ambiguïté il faut laisser à Milan Kundera le bénéfice du doute. Salir la réputation par la manipulation et la falsification est facile et peu coûteux. Les exemples de désinformation sont nombreux, de l’incendie de Rome à celui du Reichstag.

Alors, attendons la suite de l’enquête, que devrait exiger Milan Kundera pour rétablir la vérité. Nous devons bien cela à un écrivain de génie dont l’engagement actif dans la résistance ne fait aucun doute.

En attendant, la presse se pose des questions. Je relève dans "Le Point" du 13 Octobre une affirmation de ce journal qui m’étonne. "En charge de la gestion des archives communistes, un jeune historien tchèque, Adam Hradilek, qui travaille actuellement à l’Institut de Prague, vient de tomber par hasard, sur un document stupéfiant. Il a découvert une déclaration de dénonciation datée du 14 mars 1950 et signée d’un jeune étudiant nommé... Milan Kundera. " Moi je n’ai pas vu sur la déposition la signature de Milan Kundera. Alors, l’affirmation du Point "dénonciation signée d’un jeune étudiant nommé Milan Kundera" me fait croire que je ne sait pas lire ou alors que c’est le journaliste du Point qui n’a même pas pris connaissance de la "dénonciation". Preuve, une fois de plus, que les réputations sont pulvérisées par un journalisme de jean foutre".

Dans la même veine, le début d’un article paru le même jour dans "Le Monde". "L’écrivain Milan Kundera, auteur du best-seller "L’Insoutenable Légèreté de l’être", a dénoncé, en 1950, un étudiant à la police communiste, ce qui conduisit à l’arrestation et à une condamnation à vingt-deux ans de prison de celui-ci." Selon Le Monde, Kundera n’aurait pas "peut-être" dénoncé un étudiant, il l’aurait carrément dénoncé. Ces grands journalistes auraient-il oublié l’usage de la langue française qui, selon Rivarol, est incorruptible. "C’est de là que résulte cette admirable clarté, base éternelle de notre langue" selon Rivarol. Avec Le Point et Le Monde, la vérité et la langue française ont du souci à se faire.

Ashoka


 
 
 
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1 commentaire
  • > Milan Kundera est-il coupable ? 17 octobre 2008 17:45, par vasionensis

    Votre article appelle au moins trois commentaires :

    1° La référence à l’occupation allemande est courante mais un peu facile, surtout en considération du bain de sang qui a accompagné à partir de 1944 le retour sans partage de la Fraternité sur les pièces de monnaie.

    2° La réputation de résistant de Kundera : c’est une réputation, ce n’est pas une preuve.

    Si tous les résistants auto-proclamés de 1944 avaient été dans les mêmes sentiments en 1940, comment la Wehrmacht aurait-elle seulement pu mettre un seul maillon de chenille de char sur le sol français ? Si vous savez la réponse, n’allez pas la dévoiler aux malheureux profs d’histoire qui soûlent les gamins de levées en masse et de moulins de Valmy.

    Ensuite, résistant à quoi ?
    Aux Allemands ? Cela n’empêche pas de dénoncer aux communistes. Aux communistes ? Par quels actes un Tchèque après 1948 pouvait-il résister aux communistes ? Bref, quel est le critère ?

    J’avoue ne rien savoir de la vie de M.Kundera, mais la reprise ne varietur d’une réputation de résistant ne me satisfait pas plus qu’une accusation sans preuve de délation.

    3° La pièce à conviction : un rapport de police. Qui l’a vu ? Qui l’a authentifié comme tel ? Signé ou pas de Kundera ?

    Si non, ne pas confondre ’signataire’ et ’déclarant’.
    Si oui, comment authentifier la signature ?

    Evidemment, l’ensemble de ces questions laisse planer un malaise mais, comme vous le rappelez, le doute doit profiter à Kundera.

    Enfin, si machination il y a, Kundera est-il assez considérable pour qu’elle soit entreprise ? Je n’en sais rien, mais si c’était le cas non seulement il aurait dénoncé un étudiant, mais il aurait aussi empoisonné une maîtresse et jeté une tante à héritage dans les escaliers.

 
 
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