Vers un nouveau Bretton Woods

La crise financière actuelle aura au moins servi à quelque chose. Elle forcera les gouvernements à réformer le système financier international. Dans les prochains mois, les acteurs économiques les plus importants de la planète mèneront des négociations pour aboutir à un nouveau Bretton Woods. La première réunion aura lieu le 15 Novembre 2008.

En 1944, les accords de Bretton Woods avaient imposé le dollar américain comme principale monnaie d’échange. Même si les Etats-Unis étaient alors au faîte de leur puissance économique, représentant plus de la moitié du PIB mondial, ils avaient dû lâcher du lest et adosser le dollar à l’or, en s’engageant sur la convertibilité en or de leur devise. Après Bretton Woods, l’inflation était bien contenue, garantissant un bon pouvoir d’achat en évitant de creuser les déficits budgétaires. En 1971, Nixon déclarait la fin de la convertibilité du dollar en or. Les déficits budgétaires se creusèrent et l’inflation fit plus que doubler, réduisant le pouvoir d’achat.

Depuis, le système financier international s’était complexifié à un point tel que plus personne ne s’y retrouvait et que même ses acteurs, banques et organismes financiers, furent lamentablement débordés. Au cours des dernières semaines, le monde horrifié assistait à la débâcle du système financier international. Les finances publiques ont sauvé de la déroute la majorité des coupables, hélas, sous prétexte que la crise aurait été insoutenable. On pourrait en débattre.

Les rapports de force économiques ont changé dans le monde depuis 1971. Les Etats-Unis, qui représentaient en 1944 près de 52% du PIB mondial, ne représentent plus aujourd’hui que 20% du PIB mondial, comme l’Europe et les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). La débâcle américaine a fait peur aux autres pays et il n’y a pas de meilleure occasion pour redistribuer les cartes, d’où l’initiative d’un nouveau Bretton Woods. Les Etats-Unis disposent encore aujourd’hui d’un privilège majeur, qui fait que les réserves de change mondiales le sont encore en majorité en dollars américains, quoique sur une année la part du dollar ait été réduite de 72% à 60%, traduisant déjà le déclin de cette monnaie.

Les Etats-Unis perdront leur rôle de banquier mondial. On peut penser que le nouveau Bretton Woods verra l’avènement d’une agence mondiale de clearing, qui détiendrait des réserves en devises de plusieurs pays, pondérées par le volume de leur commerce international. Cela pourrait être le dollar américain, le Yen japonais, l’Euro et le Yuan chinois. Par ailleurs il faudrait exercer un contrôle des capitaux aux frontières, limiter la création de monnaie sans contrepartie ce qui contiendrait l’inflation et permettrait un meilleur pouvoir d’achat, et cette agence centrale réduirait le volume des flux spéculatifs entre pays.

Voyons ce qu’apporteront les réunions des participants à ces négociations. Il est dommage qu’il ait fallu ce désaveu cinglant du vieux système de Bretton Wood de 1944 revu en 1971 pour forcer le monde à changer de système. Sarkozy, en qualité de chef de l’État Français et Strauss Kahn en qualité de patron du Fonds Monétaire International, auront un rôle à jouer. Voyons comment ils le joueront.

Quoiqu’il arrive et quelles que soient les modalités du nouveau Bretton Woods, les États-Unis seront les grands perdants. Et l’ultralibéralisme à la Milton Friedman est mort. Deux bonnes raisons de se réjouir de ce qui va arriver. D’autant plus qu’indirectement ce nouvel équilibre mondial devrait induire un renforcement du pouvoir des États, avoir un effet positif sur l’environnement et porter quelques coups à la globalisation. Mais ne tuons pas la peau de l’ours et attendons les négociations qui seront féroces, tant chacun voudra une plus grosse part du gâteau. Et les États-Unis vendront chèrement la part qu’on veut leur enlever.

Ashoka


 
 
 
Forum lié à cet article

4 commentaires
  • > Vers un nouveau Bretton Woods 2 novembre 2008 12:48

    Cet article est intéressant mais oublie un fait essentiel : les Etats Unis détiennent de fait un droit de véto pour toutes modifications importantes concernant les missions du FMI et de la Banque Mondiale. Ainsi rien ne se fera contre eux. Les Etats Unis ne seront donc pas les grands perdants de ce "nouveau Bretton Woods"... A moins que les autres grands pays industrialisés décident de sortir de ces 2 institutions les rendant dès lors caduques. Évidemment pas à l’ordre du jour.

    En ce qui concerne le contrôle des changes (tout à fait souhaitable), il est rigoureusement interdit par le Traité de Lisbonne... J’imagine donc mal les Européens défendre cette idée.

    — 
    Olivier Lorillu, CADTM France
    www.cadtm.org

  • > Vers un nouveau Bretton Woods 2 novembre 2008 16:32, par Ashoka

    Les accords et les traités sont respectés jusqu’à ce que les conditions restent assez stables. Les USA ne représentent plus que 20% de l’économie mondiale, contre 52% quand ces accords ont été signés. Faisons un raisonnement par l’absurde. Imaginons qu’ils ne représentent plus un jour que 1% de l’économie mondiale. Pensez vous que le reste du monde s’en tiendra à des accords du passé ? La signature d’accords léonins n’assure à personne un droit éternel.
    Ashoka

  • > Vers un nouveau Bretton Woods 3 novembre 2008 23:36, par farid

    Bonsoir,

    le dollar s’est imposé et malheureusement il continura à s’imposer.
    La part du dollar dans les reserves de change dans le monde est prépondérante : 60 % des devises detenus par les banques centrales est en dollars. L’euro represente 25 % le Yen 4 %. L’hégémonie du dollar est flagrante ni l’Euro, ni le yen ne sont en mesure pour le moment de remplacer le dollar. Les regles du jeu sont clairement du coté americain.
    On peut compter dans l’avenir sur la Chine mais n’oublions pas l’emergence possible d’une entité économique independante des accords de Bretton Woods qui se deploit dans les pays d’amerique latine (Venezuela, Bolivie, brezil, equateur ...)apres avoir tourné le dos au FMI.

    Farid

  • > Vers un nouveau Bretton Woods 6 novembre 2008 00:34, par AICHA DIOP

    hélas je crains fort qu’on ait plus à redouter ces nouveaux accords qu’à en espérer un retour positif...hélas !

 
 
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