Suicides dans les prisons

Les suicides dans les prisons françaises entraînent le décès d’un peu plus de cent prisonniers par an et l’on s’interroge à raison sur les moyens de réduire ce chiffre. Trouver les causes de ces suicides et mettre les moyens financiers et humains permettrait d’agir. On connaît les facteurs aggravants : la surpopulation carcérale qui gêne les surveillants pour faire leur prévention et la promiscuité dûe au manque de cellules. Les causes premières seraient l’isolement, la dépression et la démission.

Une centaine de morts de détenus dans les prisons françaises. Un chiffre dont notre société n’aurait pas de quoi être fière si tant est que nous étions responsables de l’état d’esprit dépressif des détenus qui choisissent de se suicider. Le sommes-nous ? Un peu, sans doute, car nous tolérons le manque de moyens dans les prisons. La vraie question : Est-ce que la société devrait prendre en charge chaque détenu et le suivre pas à pas pour s’assurer qu’il n’a pas des idées noires en tête ? La réponse est oui, si nous disposions par ailleurs de structures pour soutenir chaque citoyen, détenu ou non, jeune ou vieux, qui risque le suicide.

Il y a plus de 3000 morts par suicide chaque année chez les vieux de plus de 65 ans, à comparer avec 100 dans les prisons. La proportion parle d’elle même. Les raisons sont clairement identifiées, il s’agit là aussi de l’isolement, de la dépression et de la démission. Il est vrai que dans nos sociétés le suicide des personnes âgées est accepté, car on le considère comme un choix légitime. Les détenus dans les prisons sont encadrés par des surveillants qui contribuent à limiter le nombre de suicides. Nous, la société, payons pour cela. Payons-nous des « surveillants » pour limiter le nombre de suicides des personnes âgées ?

Nous naissons seuls, souffrons seuls physiquement et mentalement, affrontons la mort seuls, et mourons seuls. C’est la condition humaine, hélas. Chacun d’entre nous a, ou a eu, des raisons d’en finir avec la vie. Certains succombent à l’envie, les autres résistent. C’est le cas des détenus et des personnes âgées, ainsi que de tous ceux qui souffrent tant qu’ils choisissent la mort. Cette triste constatation ne signifie aucunement qu’il ne faille rien faire dans les prisons, mais elle plaide aussi en faveur de l’aide aux personnes âgées en détresse. À quand une société qui sert de béquilles permanentes à tous ceux qui sont fragilisés par l’âge, la détention, ou la souffrance ? Je crains que ce soit une utopie, même si les intentions sont nobles.

Quant à ceux qui crient au scandale en prétendant qu’une civilisation se mesure à l’aune de l’état de ses prisons, je rétorque qu’une société se mesure surtout en fonction du soutien mérité à nos aînés. Ne les laissons pas mourir seuls, eux qui n’ont même pas commis de délits comme les détenus de nos prisons.

Ashoka


 
 
 
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1 commentaire
  • > Suicides dans les prisons 6 novembre 2008 00:47, par AICHA DIOP

    merci pour cet article criant de vérité et pour l’adage qui devrait être une valeur :"on voit la valeur d’une société à la manière dont elle traite ses ainés".
    la derniére phrase me fait toutefois réagir :"eux qui n’ont même pas commis de délits comme les détenus de nos prisons" ?
    la vie d’un détenu aurait moins de valeur que celle d’un autre ?n’est-ce pas la société qui a engendré les personnes peuplant nos prisons ?toutes les personnes incarcérées méritent-elles de l’être ?et quand bien même...sont-ce des sous hommes ?

 
 
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