Sonate d’automne


Introduction et exposition

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’homme... dit moderne, est placé dans un système de production aveugle et inconscient ; dans ce système, il peut donc produire et agir sur le monde sans avoir à penser aux conséquences, encouragé par le fait que personne ne lui demandera des comptes ; et la débâcle financière du mois d’octobre 2008 ne fait que confirmer ce phénomène propre à l’aire moderne ; débâcle qui a bien failli mettre à genoux le système bancaire et financier de l’Occident (Europe et les deux Amériques) mais qui, pour sûr, plongera des millions d’individus dans la précarité, le chômage, la pauvreté et la misère.

Qu’à cela ne tienne : aucune responsabilité ne sera établie et par voie de conséquence, aucune culpabilité non plus.

Un pas de plus vers un "Ni responsable ni coupable" généralisé, cette impunité qui, nul doute, en affligera plus d’un (souvenons-nous de Eichmann qui n’avait fait que servir mais qui a tout de même fini au bout d’une corde) et qui n’est que la suite toute logique d’un "responsable mais non coupable" déjà trop familier à nos oreilles depuis une bonne vingtaine d‘années.

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Développement

Les mots se sont tus mais les bombes sont tombées ce matin.

Le facteur est donc bien passé : pas de courrier mais des bombes. Des bombes jusqu’à ne plus savoir où donner de la tête quand il nous en reste une... de tête, pour chercher un abri et, des jambes pour courir se mettre au vert, en attendant des jours plus sereins.

***

Les bombes ! Enfin les bombes ! Place au spectacle ! Spectacle hallucinant !

Pour un peu, on en viendrait presque à regretter que personne n’ait pensé à les faire tomber plus tôt, toutes ces bombes. L‘attente aurait été moins angoissante pour nos cœurs qui aujourd’hui palpitent dans des poitrines qui ne sont plus... toutes jeunes.

Alors, vraiment : quel manque de jugeote et d’à-propos !

Pensez donc ! Toutes ces bombes, c’est pas rien ! Et puis, c’est quelque chose aussi ! C’est un monde, tout un monde, cette technologie de pointe et de haut vol, et tous ces fragments de vie maintenant... sans vie ; corps fragmentés de mort qui ne demandaient que ça : qu’on s’occupe d’eux et qu’on les bichonne !

***

Désormais, on ne se contentera plus des faits divers : il nous faudra des bombes... et ce sera parti ! Plus rien ni personne ne pourra les arrêter toutes ces bombes quand elles tomberont.

A compter d’aujourd’hui, une journée sans bombes sera une journée pour rien, une journée gâchée, une journée perdue pour tout le monde.

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Récapitulation et conclusion

"Ecoutez-moi Monsieur !

- Mais... je vous écoute ! Je fais que ça !

- Aujourd’hui, il n’est plus question de rentabilité... car le besoin légitime d’un retour sur investissement finit là où commence la recherche effrénée du profit maximal ; et cette recherche-là, c’est la recherche du seuil de rupture des modes de production et de fonctionnement musculaires et psychiques de l’espèce humaine salariée. Le fameux point-mort, c’est ça ! Le moteur de cette production humaine, c’est bien le meurtre ! C’est la recherche perpétuelle du concurrent à trucider, pour occuper seul la place et imposer sa loi. Et si d’aventure on ne peut pas le tuer ce concurrent, eh bien, on s’entend avec lui sur le dos de tous les autres ou bien, on le neutralise, on l’absorbe, on l’avale et puis, dans le même temps, on expulse tous les éléments non assimilables ; éléments devenus du jour au lendemain des matières fécales dont il faut au plus vite se débarrasser avant de déféquer en douce, à l’abri des regards indiscrets. Et là, triomphants et enfin seuls, ils maintiennent les mêmes cadences infernales pour, cette fois-ci, non pas tuer la concurrence mais engranger des bénéfices colossaux. L’entreprise, c’est une machine de guerre incestueuse, scatologique et anthropophage. Une fois la concurrence éliminée et la source tarie, on jette tout le monde : les clients, les salariés improductifs et usés, et les fournisseurs récalcitrants ; ces fournisseurs qui ne veulent plus se plier aux conditions de leurs donneurs d’ordres. Ils ne supportent personne. Ils ne tolèrent que le besoin qu’il faut créer, le monopole pour le satisfaire et le profit pour ne pas perdre son temps et son argent. Dans ce système, tout le monde est le client et le fournisseur de tout le monde et seuls les donneurs d’ordres sont aux commandes : plus intolérants, plus misanthropes qu‘eux, vous ne trouverez pas. Monsieur, saviez-vous que le commerce, c’est la haine ?

- Non Monsieur mais... maintenant que vous m’en parlez, je vous crois.

- On fait des affaires le couteau entre les dents car, le moteur de cette production-là, c’est bien le meurtre. Ils sont prêts à tout pour survivre même si ce système les condamne tous à se sacrifier quand le moment sera venu pour eux de se retirer parce qu’un plus performant qu’eux les aura balayés, eux, leurs salariés, leurs fournisseurs et leurs clients. Leurs successeurs pourront toujours se réjouir, et ceux à qui ils distribuent des miettes, avec eux, insoucieux qu’ils sont, les pauvres bougres, du sort qui les attend. Bientôt, il n’aura plus de nom ce système. On ne sait déjà plus comment le nommer. Il n’a déjà plus de visage ! Lorsque le sacrifice de tous contre tous sera partagé par tous, en kamikazes d’une défaite universelle, ce système sera sans morale et sans honneur, car sous le couvert de l’anonymat, tout lui sera permis : absolument tout ! Nul doute à son sujet : le moteur de ce système, c’est bien le meurtre ; le meutre du meurtrier et de ses victimes et puis encore... le meurtre de ce même assassin qui se donne la mort en tuant. Alors, aujourd’hui, qu’est-ce qui nous reste à célébrer ? Je vous le demande.

- Eh bien, je...

- Sûrement pas la vie ! La fin, nous sommes ! La fin et les moyens... et rien d’autre. Plus rien devant nous, plus rien derrière. Plus rien ne nous précède. Plus rien ne nous dépasse. Pourquoi croyez-vous que les femmes n’enfantent plus là où ce système triomphe sans conteste ? Il vient de là, le déficit démographique : quelque part au fond de nous-mêmes, nous savons tous que nous sommes tous... déjà morts."


 
 
 
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