Légumes : Le droit à la différence

Faute de commenter les progrès du parti socialiste, puisque il n’y en a guère autre que l’habituelle discorde et la descente aux enfers dans les oubliettes d’un passé qui fût plus glorieux, autant parler de légumes. Bruxelles mettra en œuvre, à partir de Juillet prochain, une initiative qui devrait faire baisser les prix.

Jusqu’ici, les légumes biscornus et difformes ne pouvaient être vendus au détail. Ils allaient directement à la poubelle ou bien encore servaient aux plats préparés. La loi en vigueur est absurde. Elle oblige les concombres, les carottes et les courgettes à avoir une forme longiligne comme les mannequins de haute couture ce qui, ajouté à de sévères critères de taille et de couleur disqualifie une partie de la production agricole. Le fait que ces légumes soient comestibles au même titre que leurs homologues aux formes parfaites a été enfin reconnu, en ces temps où les prix des produits alimentaires connaissent une forte hausse.

Attendons-nous donc à trouver sur nos étalages des oignons biscornus, des endives et des poireaux difformes, des haricots, des choux fleurs et des aubergines aux formes bizarres, des artichauts et des avocats pas tout à fait verts, des abricots comme des cerises et réciproquement, des melons disgracieux comme des choux et des asperges bicéphales.

Par contre, la législation actuelle s’appliquera encore aux tomates, aux pommes et aux fraises. On se demande pourquoi. Les fruits et légumes qui bénéficieront de la mouvelle loi permettront au consommateur de réaliser une économie de près de 40%.

Espérons toutefois que ces mesures ne se retourneront pas contre les producteurs, et soyons vigilants. Les distributeurs pourraient payer certaines catégories de légumes moins chers et les afficher au prix fort.

Voilà enfin une mesure qui permettrait à un producteur ingénieux de créer par manipulation génétique une variété de carottes en forme de bananes ou des melons en forme d’aubergines, ce qui ferait le bonheur des consommateurs. En poussant la logique à l’extrême et si tous les légumes poussaient de travers, on réduirait de 40% leur prix de revient. Ça me rappelle une histoire d’œufs cassés et d’œufs pas cassés avec Fernand Raynaud.

Plus sérieusement, cette mesure doit être saluée positivement car elle permettra aux familles les plus pauvres de s’alimenter comme les autres. Et je soupçonne que les enfants s’amuseront, en les mangeant, des formes bizaroïdes des légumes dans leurs assiettes. Pour les carottes râpées, c’est râpé, elles auront changé de forme dans la cuisine avant d’arriver dans la salle à manger.

Les fruits et les légumes viennent d’acquérir leur droit à la différence, contrairement aux obèses et aux personnes disgracieuses qui, dans nos sociétés, sont parfois regardés de travers. À quand une directive de Bruxelles pour remédier au problème ?

Ashoka


 
 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes