Les abus répétés des forces dites de l’ordre

L’inspecteur Dirty Harry pénètre dans le bar mal famé, casse quelques dents à un quidam qui ose s’interposer et finit par saisir un suspect par les testicules. Le suspect en question, innocent, ne cache rien et l’inspecteur le relâche sans s’excuser, goguenard. Scène banale dans les films d’Hollywood, qui a clairement inspiré à la police française ses méthodes sous l’administration du triumvirat Dati-Sarkozy et Alliot-Marie.

Un peloton de gendarmerie pénètre dans une école du Gers avec un chien qui montre les crocs. « Attention, quand il mord, ça pique », prévient un pandore, rigolard. Les élèves sont terrorisés. Suivent des fouilles au corps par une fouilleuse, en présence des gendarmes. Les petites filles subissent les attouchements dans leurs soutiens gorge et sur leurs petites culottes. N’ayant rien trouvé, l’équipe de choc qui vient de terroriser des enfants dans leur salle de classe quitte les lieux en disant « bravo vous avez bien planqué votre came, et abusé nos chiens ». J’ai écouté le témoignage du professeur présent dans la classe au moment des faits : " Le chien bavait sur les jambes des élèves et sur leurs sacs, il fit tomber un sac et l’ordinateur d’un élève se brisa. Le gendarme, en rigolant, aggressif, dit au pauvre gosse qu’il pouvait toujours essayer de porter plainte" . Ce professeur fut autant choqué que ses élèves. Dans une autre classe, les gendarmes quittèrent la salle en saluant d’un "salut les filles", alors que cette classe ne comportait que des garçons.

Abus verbaux, abus physiques, abus psychologiques dont les auteurs ne méritent que le mépris des Français et les instigateurs la réprobation. Le chien rappelle d’autres chiens sous des miradors dans des camps et, bien sûr, la comparaison est très nettement exagérée, sinon que les chiens, dans les deux cas, sont là pour intimider. On peut sans peine imaginer la frayeur de jeunes enfants en présence d’une escouade de pandores flanqués d’un chien prêt à montrer ses crocs et même à s’en servir à en croire le maître-chien. Le comportement des quatre gendarmes et du maître-chien fut indigne, à en juger par le témoignage des enfants et de leur professeur. De véritables loubards en virée, prenant plaisir à agresser des faibles sans défense devant "la loi".

Cette scène, et d’autres du même genre, s’est produite quelques jours avant l’interpellation musclée de l’ex-directeur de Libération. Même style désinvolte, même brutalité, même sens de l’impunité des forces de l’ordre. De deux choses l’une : Ou bien les instructions viennent d’en haut, de Sarko, d’Alliot-Marie et de Dati, ou bien l’exécutif est totalement dépassé par la police et la gendarmerie, qui outrepassent leurs droits à de trop fréquentes occasions. Si la loi n’est pas claire, il faut en voter qui protègeront les droits des justiciables, citoyens, journalistes et enfants. Si elle est claire et est abusée par une ribambelle de justiciers à la Dirty Harry qui outrepassent leurs attributions par excès de testostérone et d’égo personnel, alors il faut remettre ces gens à leur place, les punir, faire des exemples, et virer les pommes pourries. Pour qu’un uniforme, une arme et un insigne ne donnent pas tous les droits.

Vu la fréquence des dérapages, il convient d’agir vite et avec fermeté. Ne pas confondre fond et forme. S’il convient sur le fond de faire appliquer la loi et de faire de la prévention, y compris en matière de drogue, il faut que la forme respecte la loi autant que la dignité des personnes. N’ayant pas la naïveté de croire aux coïncidences, il semble clair que si les forces de l’ordre agissent ainsi, c’est sur instructions d’en haut, d’où leur sentiment d’impunité manifeste.

L’indignation est justifiée. Que la justice française actuelle de cow-boy hollywoodienne, nourrie par les feuilletons télévisés et les films violents, retrouve ses esprits. Il est inconcevable de choquer des élèves en les traitant comme des criminels. Que le trio infernal Alliot-Marie, Dati-Sarkozy révise sa copie, et abandonne ses méthodes d’un autre âge. Bien sûr, ce n’est pas encore la Gestapo de sinistre mémoire, mais si ça continue on fera bientôt subir à nos enfants le supplice de la baignoire. Pourquoi pas ? Après les chiens menaçants et les attouchements publics.

Dati et Sarkozy, ressaisissez-vous pendant qu’il en est encore temps ! Et pour faire bonne mesure il faut y rajouter Alliot-Marie. La France ébahie vous observe, et vos méthodes arbitraires, brutales, injustifiées et illégales nous dégoutent et nous choquent. On connaît votre mépris du peuple, c’est inscrit en grand sur vos visages et ça transparaît de façon puante dans vos actes, mais le pouvoir ne vous donne pas tous les droits et notamment celui de nous humilier quand nous sommes à votre merci. Laissez en paix nos enfants et nos journalistes, et si c’est vrai comme l’affirme l’association des jeunes avocats qu’il y a en France chaque année des dizaines de milliers de cas similaires, changez vos méthodes ou démissionnez. Vos procédés sont indignes d’une démocratie. Que l’opposition, ou ce qui en reste sans en faire l’office, agisse au plan politique pour que cessent ces intimidations et ces abus. Ces affaires sont suffisamment graves pour descendre dans la rue pour manifester. Elles le sont aussi pour justifier des plaintes au pénal. Que les gendarmes soient jugés et révoqués, et subissent les mêmes peines de prison que les loubards qui agressent les personnes faibles dans le métro.

Tout, dans ces lamentables affaires, n’est pas mauvais. Car à toute chose malheur est bon. Si elles peuvent servir à humaniser les interventions de la police et des gendarmes et les empêcher de commettre des abus, elles auront servi à quelque chose. Mais pour ce faire il faudra changer bien des choses et suivre l’évolution des changements, une tâche ardue et de longue haleine vu les sales habitudes développées depuis des années.

Ashoka


 
 
 
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