Eduardo Galeano interviewé par Jorge Majfud : « Je suis aussi la somme de mes gaffes »

Deux écrivains, vieux amis et uruguayens, parlant de littérature, de politique et d’histoire, et de cette éternelle question comment et jusqu’où peut-on changer le monde.

Par Jorge Majfud

I. Passé

Jorge Majfud : Une vision humaniste considère l’histoire comme un produit humain, produit de la liberté des individus et des divers groupes qui l’ont réalisé et interprété. Une vision anti-humaniste affirme que, en revanche, ces individus et ces groupes sont le résultat de l’histoire même et leur liberté est une illusion. Si je me permettais une limite artificielle au sein de ce spectre possible, où se situerait t-elle ?

Eduardo Galeano : A travers ce que je vois et j’écoute, j’ai l’impression que nous faisons l’histoire qui nous fait. Quand l’histoire que nous faisons s’avère un peu boiteuse, ou est usurpée par ces rares qui nous commandent, nous disons que c’est sa faute, à elle, l’histoire.

GM : Dans cette vision il n’y a pas de place pour le déterminisme matérialiste ou pour quelque type de fatalisme religieux...

EG : Les fatalismes sont pratiques, ils te permettent de dormir à poings fermés, le destin est écrit dans les astres, l’histoire avance seule, ne sois pas amère, il faut accepter ou accepter. Les fatalismes mentent, parce que si la vie n’est pas une aventure de la liberté, que quelqu’un vienne et m’explique si cela vaut la peine de vivre. Mais attention, les illuminés aussi mentent, les élus qui s’attribuent le pouvoir de changer la réalité en la touchant avec leur baguette magique : et si la réalité ne m’obéit pas, elle ne me mérite pas.

GM : Si le temps des révolutions modernes, c’est à dire des révolutions abruptes et violentes est passé, la meilleure alternative à notre époque est-elle la progression ou la résistance ?

EG : Va savoir combien de mondes il y a au sein du monde, combien de temps au sein du temps. L’histoire avance avec nos jambes, mais parfois elle avance d’un pas très lent, et parfois elle semble tranquille. De toutes façons quand les changements viennent d’en bas, depuis le fond, à court ou à long terme, ils trouvent leur chemin, au rythme qu’ils veulent ou peuvent. D’en bas, je dis, du pied, comme chantait Zitarrosa. Les seuls qui se font d’en haut ce sont les puits.

GM : Dans ton dernier livre, "Espejos", tu faits un effort en même temps créatif et archéologique sur un vaste espace géographique et temporel. Quelles périodes de l’histoire crois-tu remporteraient le premier prix de la cruauté et de l’injustice ?

EG : Il y a trop de favoris dans ce championnat.

GM : Bon, plus ponctuel, pourrais-tu résumer la cruauté en une image, en une situation qu’il t’est arrivé de vivre ?

EG : Cela m’est arrivé il y a des années, dans un camion qui traversait la forêt du Alto Paraná. Sauf moi, tous étaient des gens du coin. Personne ne parlait. Nous étions très serrés dans la plage arrière du camion, bringuebalés. A mes cotés, une femme très pauvre, avec un bébé dans les bras. Le bébé brûlait de fièvre, pleurait. Elle a seulement dit qu’elle cherchait un médecin, que quelque part il devait y avoir un médecin. Enfin nous sommes arrivés, je ne sais combien d’heures étaient passées, cela faisait longtemps que le bébé ne se plaignait plus. J’ai aidé cette femme à descendre du camion. Quand j’ai pris le bébé, j’ai vu qu’il était mort. L’assassin qui avait commis cette cruauté était tout un système de pouvoir, ce n’était pas la prison, ni voyager dans des camions déglingués.

GM : Avec de souvenirs comme celui la nous devrions en finir là. Mais le monde continue de tourner. Crois-tu que le passé pré-colombien a survécu à tant d’années de colonisation et de modernisation, pour définir une forme latinoaméricaine d’être, de sentir et même de penser.

EG : Depuis des siècles, les dieux viennent en aide, qui sait comment, depuis le passé américain et depuis la forêt africaine et depuis tous ces endroits. Nombre de ces dieux ont voyagé et avec des faux passeports, parce que leurs religions se nomment superstitions et ils restent condamnés à la clandestinité.

II. Présent

GM : Sommes-nous en présence de la fin du capitalisme, d’un paradigme basé sur le consumérisme, et le profit financier, ou simplement s’agit-il d’une crise de plus qui renforcera le même système, la même culture hégémonique ?

EG : Régulièrement je reçois des invitations pour assister à l’enterrement du capitalisme. Nous savons bien, cependant, qu’il vivra plus de sept vies ce système qui privatise ses bénéfices mais qui a l’amabilité de socialiser ses pertes, et si cela ne suffisait pas, nous convainc que c’est de la philanthropie. En général, le capitalisme se nourrit du discrédit de ses alternatives. Le mot socialisme, par exemple, est devenu vide de sens, à cause de la bureaucratie qui l’a utilisé au nom du peuple et à cause de la sociale-démocratie qui en son nom a modernisé le look du capitalisme. Nous savons que ce système capitaliste s’arrange bien pour survivre aux catastrophes qu’il déclenche. Nous ne savons pas, en revanche, combien de vies pourra vivre sa principale victime, la planète que nous habitons, pressée jusqu’à la dernière goutte. Où déménagerons-nous quand la planète restera sans eau, sans terre, sans air ? L’entreprise Lunar International est déjà entrain de vendre des lots sur la lune. Fin 2008, le multimillionnaire russe Roman Abramovich y a offert un petit terrain à sa fiancée.

GM : Peut être prétend-il être le premier homme qui offre un morceau de lune à une femme, ce qui revient à être une espèce de capitalisme romantique. Crois-tu que si la Chine avait une économie hégémonique elle se convertirait rapidement en un nouvel empire, asservissant et colonialiste comme n’importe quel autre empire ?

EG : Si j’étais un prophète professionnel, je mourrais de faim. Je n’y réussis même pas au foot où pourtant je m’y connais. Tout ce que je peux te dire, c’est ce que je peux voir : La Chine est en train de mettre en pratique une combinaison réussie de dictature politique, dans le vieux style communiste, avec une économie qui fonctionne au service du marché mondial capitaliste. La Chine peut ainsi fournir une main d’œuvre ultra bon marché aux entreprises étasuniennes comme Wal Mart, qui interdit les syndicats.

GM : Justement, lors du dernier « vendredi noir », le jour de l’année aux Etats-Unis où les grandes chaînes de supermarchés vendent à prix coûtant, une avalanche d’acheteurs n’ont pu attendre que les portes d’un de ces Wal Mart s’ouvrent et ont piétiné un employé. L’homme est mort écrasé. Au-delà que tout cela est absurde, pouvons-nous penser que l’humanité se trouve dans un état plus mûr des droits individuels et de conscience collective ? Que c’est le meilleur de notre temps ?

EG : Au XX ème siècle, la justice a été sacrifiée au nom de la liberté, et la liberté fut sacrifiée au nom de la justice. Maintenant nous sommes au XXI ème siècle, et le meilleur qu’il a, c’est le défi qu’il a : il nous invite à lutter pour aider les retrouvailles entre la justice et la liberté. Elles veulent vivre bien collées, dos contre dos.

GM : Pouvons- nous comparer l’apparition d’internet avec la révolution qu’a produit l’imprimerie au XV ème siècle ?

EG : Je n’ai pas la moindre idée, mais l’occasion vaut la peine de se souvenir que l’imprimerie n’est pas née au XV ème siècle. Les chinois l’ont inventé deux siècles avant. En réalité les trois inventions qui ont rendu possible la renaissance européenne étaient chinoises : l’imprimerie, la boussole et la poudre. Je ne sais si maintenant l’éducation s’est améliorée mais avant nous apprenions une histoire universelle réduite à l’histoire de l’Europe. Sur le Moyen-Orient rien ou quasi rien. Ni un mot sur la Chine, rien sur l’Inde. Et quant à l’Afrique, nous savions seulement ce que nous enseignait le professeur Tarzan, qui n’y fut jamais. Et du passé américain, du monde précolombien, quelques trucs folklo, des plumes de couleur ... et salut.

GM : Quel est le plus grand danger du progrès technologique dans la communication ?

EG : Dans la communication et dans tout le reste. Les machines ne sont pas des saintes mais ne sont pas responsables de ce que nous leur faisons faire. Le plus grand danger c’est que l’ordinateur nous programme comme la voiture nous conduit. Avec une facilité stupéfiante nous nous convertissons en instrument de nos instruments.

GM : Comme écrivain et comme lecteur, quel type de lectures occupe la majeure partie de ton temps ?

EG : Je lis de tout, à commencer par les murs qui accompagnent mes pas dans les rues des villes.

GM : Sont-ce la cruauté et l’injustice les principales sources de la littérature d’Eduardo Galeano ?

EG : Non. Si c’était ainsi, je serais déjà tombé malade d’une irrémédiable tristesse. Par chance je suis questionneur, curieux de naissance, et je vais toujours en cherchant la troisième rive du fleuve, ce mystérieux endroit où se rejoignent l’horreur et l’humour.

GM : Pourquoi crois-tu qu’on se souviendra de notre époque dans les siècles à venir ?

EG : Se souviendra-t-on ? Il y aura des siècles à venir ? Que dieu t’entende et si Dieu est sourd que le diable t’entende.

III. Futur

GM : Est ce que le monde ira vers un plus grand équilibre de ses scissions géographiques, sociales et culturelles ou au contraire, nous sommes condamnés à répéter les mêmes formes de ce que nous considérons aujourd’hui comme une violence physique et morale ?

Condamnés... nous ne le sommes pas. Le destin est un défi, même si à première vue il parait une malédiction.

GM : Une amélioration de notre présent réside t-elle principalement dans l’approfondissement des valeurs humanistes de la tradition européenne ou dans une revalorisation d’une origine perdue dans les peuples « périphériques » ?

EG : La tradition européenne ne suffit pas. Nous les américains sommes fils de nombreuses mères. L’Europe oui, mais il y aussi d’autres mères. Et pas seulement les américains. Tous les humains, le monde entier est beaucoup plus que ce qu’il croit être. Mais l’arc en ciel terrestre ne brillera pas, dans toute sa lumière, tant qu’il restera mutilé par le racisme, le machisme, le militarisme, l’élitisme et tous ces « ismes » qui nient la plénitude de notre diversité.
Que ce soit dit en passant, cela n’enlève rien de mettre au clair que les valeurs humanistes de la tradition européenne se sont développées bien que l’Europe exterminait les indiens en Amérique et vendait de la chair humaine en Afrique. John Locke, le philosophe de la liberté était actionnaire d’une entreprise négrière.

GM : Oui, quelque chose comme les démocraties impériales, depuis l’antique Athènes jusqu’aux Etats-Unis. Mais cela veut-il dire que l’histoire se répète toujours ?

EG : Elle ne veut pas se répéter, cela ne lui plait pas même un peu mais très souvent nous l’obligeons. Pour prendre un exemple d’actualité, il y a des partis qui arrivent au gouvernement en promettant un programme de gauche, et ils finissent en répétant ce qu’a fait la droite. Pourquoi ils ne laissent pas la droite poursuivre ce qu’elle fait, elle qui a l’expérience ? L’histoire s’ennuie, et la démocratie se déprécie quand elle nous invite à choisir entre le même et le même.

GM : Quel rôle remplissent aujourd’hui dans la société les intellectuels " non organiques " ? Continuent-ils, au moins pour une minorité, à être une force critique et provocatrice ?

EG : Je crois qu’écrire n’est pas une passion inutile. Mais cette généralisation, « les intellectuels » organiques ou non, ne ressemble pas beaucoup au monde réel. Il y a de tout dans la vigne du Seigneur. Dans mon cas, je peux te dire que je travaille avec les mots, que je suis un inutile total, et il n’y a que cela qui me va plus ou moins bien, et je suis conscient par expérience propre et celle d’autrui, que l’acte de la lecture est un secret, et parfois une féconde une cérémonie de communion. Qui lit quelque chose qui vraiment vaut la peine, ne lit pas impunément. Lire un livre de ceux qui respirent quand tu les mets au creux de l’oreille ne te laisse pas de marbre : cela te change, même si c’est un petit peu, cela t’apporte quelque chose, quelque chose que tu ne savais pas ou n’imaginais et cela t’invite à chercher à demander. Et plus encore, parfois cela peut aller jusqu’à t’aider à découvrir la véritable signification des mots trahis par le dictionnaire de notre époque. Que peut vouloir de plus une conscience critique ?

GM : Mais les écrivains contemporains ils tendent à éviter ce mot « intellectuels ». Pourquoi ?

EG : Je te réponds pour moi, pas au nom des « écrivains », qui d’ailleurs est une généralisation douteuse. J’écris en voulant dire et me dire dans un langage « sentipensé », une parole precise que m’ont enseignés les pêcheurs de la cote colombienne de la mer des Caraïbes. Et pour cela, juste pour cela, cela ne me plait pas du tout qu’on m’appelle intellectuel. Je sens qu’ainsi on me convertit en une tête sans corps, situation pour le moins incommode, et qu’on me fait divorcer la raison de l’émotion. On suppose qu’intellectuel c’est la capacité d’entendre, mais je préfère la capacité de comprendre. Cultivé, c’est qui sait écouter, écouter les autres et écouter les mille et une voix de la nature dont nous faisons partie. Pour dire, j’écoute. J’écris dans un voyage d’aller-retour, je recueille les mots que je rends, disons à mon mode et ma façon au monde d’où ils viennent.

GM : Justement, quelle est ta technique narrative, tes habitudes et conduites d’écriture ?

EG : Je n’ai pas d’horaires. Je ne m’oblige pas. A Santiago de Cuba, un vieux joueur de tambour, qui jouait comme un dieu, me l’a appris : « je joue, m’a t-il dit, quand la main me démange. Et j’obéis ». Si cela ne me démange pas, je n’écris pas. Je n’ai jamais signé un contrat qui me met des échéances pour livrer un livre. Dans la littérature comme dans le football, quand le plaisir se convertit en devoir, cela devient quelque chose qui ressemble plutôt à de l’esclavage. Les livres s’écrivent, grandissent à l’intérieur de moi, et chaque nuit je dors en leur disant merci, parce qu’ils me permettent de croire que l’auteur c’est moi. Je dis cela en t’expliquant que j’écris beaucoup de fois chaque page, que je raye, supprime, réécrit, déchire, recommence, et tout cela fait partie du bonheur, de la joie de sentir que ce que je dis ressemble, et parfois ressemble beaucoup a ce que mes pages veulent dire.

GM : Tes livres, après les dictatures militaires d’Uruguay et d’Argentine, après l’exil ont changé de style. Ou qui sait ont approfondi une caractéristique : ton regard continue à être celui du rebelle non-conformiste, mais ta voix est devenue plus lyrique. Si je ne me trompe pas, ce fut Jean-Paul Sartre qui a dit que la technique d’un écrivain s’en remet à sa conception du monde. Comment définirais-tu ton style ? Reflète t-il ta perception du monde ou qui sait tes aspirations sur lui, ou le style est-il aussi accidentel, une forme de faire les choses qui vient d’une histoire de l’esthétique, d’une influence de l’adolescence ?

EG : Mon style est le résultat de nombreuses années d’écriture et de ratures. Juan Rulfo me l’a dit, me montrant un crayon de ceux qu’on ne voit quasi plus maintenant : « j’écris avec la mine de devant, mais j’écris davantage avec la partie de derrière où se trouve la gomme ». Cela je le fais ou j’essaye de le faire. J’essaye de dire plus avec moins.

GM : Un élément commun de la littérature d’engagement, des utopies révolutionnaires jusqu’aux années 70, des années précédent les dictatures en Amérique du sud semble être la joie. A titre d’illustration nous pourrions faire une exposition de photographies des portraits sévères de Pinochet d’un coté, et des portraits souriants de Che Guevara de l’autre. Existe-t-il une connexion entre l’ « esthétique de la tristesse » de la littérature du XX ème siècle et les forces conservatrices de la société ? Dans quelle mesure la joie est-elle subversive, l’épicurisme dont parlait Americo Vespucio se référant à certaines images des « natifs » indigènes américains ?

EG : Je retourne à la côte colombienne et te raconte que là bas la pire insulte est « amargao » (amer). Ils ne peuvent rien te dire de plus grave. Et ils ont raison, parce que tout compte fait, il n’y a personne au monde qui ne mérite pas le rire. Si la littérature de contestation n’est pas en même temps une littérature de célébration, elle s’éloigne de la vie vivante et endort ses lecteurs. Cela suppose que ses lecteurs doivent bouillir d’indignation, mais ils tombent de sommeil. Il arrive souvent que la littérature qui dit diriger le peuple dirige seulement les convaincus. Sans risque aucun, cela ressemble plus à la masturbation qu’à l’acte d’amour, même ils m’ont dit que l’acte d’amour c’est mieux par ce que on connaît des gens. La contradiction remue l’histoire, et la littérature qui vraiment stimule l’énergie du changement nous aide à deviner les soleils secrets que chaque nuit cache, cet exploit humain de rire contre toute évidence. L’héritage judéo-chrétien, qui fait tant l’éloge de la douleur, n’aide pas beaucoup. Si je ne souviens bien, dans toute la Bible, on n’entend pas l’éclat d’un rire. Le monde est une vallée de larmes, ceux qui souffrent le plus sont les élus qui montent au Ciel.

GM : Comment imagines-tu le monde dans cinquante ans ?

EG : Avec l’âge que j’ai, j’imagine que d’ici cinquante ans je ne serai plus. Comme tu vois j’ai une imagination prodigieuse.

GM : Parfois Onetti dit qu’il écrivait pour lui même. Galeano écrirait-il s’il avait le peu de chance de d’être l’unique survivant d’une catastrophe mondiale.

EG : L’unique survivant ? Aïe ! Je mourrai d’ennui. Peut être j’écrirais pareillemnt, parce que j’ai le vice, mais écrire pour personne est pire que danser avec sa sœur. Onetti s’est fâché avec moi quand une nuit j’ai commis une insolence de jeunesse. Il m’a dit ceci, que lui écrivait pour lui, et je lui ai proposé de mettre au courrier ces lettres pour Juan Carlos Onetti, rue Gonzalo Ramirez, Montevideo... Il s’est fâché. Il s’est fâché parce qu’il mentait, et le savait bien. Qui publie ce qu’il écrit, écrit pour les autres.

GM : Que ferais tu différemment si tu avais l’expérience et l’opportunité de le faire à nouveau ? De quoi se repentit Eduardo Galeano aujourd’hui ?

EG : Je ne me repentis de rien. Je suis aussi la somme de toutes mes gaffes.

Traduction de l’espagnol pour El Correo de :Estelle et Carlos Debiasi


 
 
 
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