29 janvier 2009, ce n’est qu’un début

Les syndicats réunis nous appellent dans les rues, le 29 janvier 2009. Dans cette période ou triomphe une politique d’atomisation et d’éradication des demandes, des besoins, des vies, il ne s’agit plus de reculer en bon ordre.

Les syndicats réunis nous appellent, le 29 janvier de la nouvelle année, "à participer massivement à la grève et aux manifestations aux côtés des autres salariés du privé et du public".

Nouvelle année, vieille pratique. Défiler une journée, nous faisons ça depuis une éternité et le recul des droits, des libertés et des acquis se poursuit, s’amplifie même, ces derniers mois.

Le chômage et la pauvreté atteignent des niveaux inégalés. Les morts dans la rue et les suicides au boulot se multiplient. Le quota des animaux scotchés et emballés pour Ouagadougou ou Bucarest, en retour charter, grossit.

Si certains commencent à penser que l’on mélange ici la carpe et le lapin, je leur désignerai un seul des fils tissés entre ces réalités sociales et politiques, apparemment séparées. La chasse au sans-papiers, décision éminemment politique des sarkozystes, handicape les régularisations, donc favorise le travail au noir. Travail au noir qui gomme les perspectives d’embauches que, déjà, le patronat refuse d’inclure dans sa vision des choses depuis une vingtaine d’années. Sans parler du fait que disposer d’une main-d’œuvre top-secret, taillable et corvéable à merci, fait objectivement chuter la hausse possible des salaires.

Alors, naturellement, dans cette situation dramatique, une unique journée de démonstration des salariés, limitée dans ses revendications et sa durée, ne servira strictement à rien.

Il faut une grève générale reconductible.

Il faut fortement gripper la machine économique, qui, de toute façon, se sert des salariés pour les desservir très gravement.

Economiquement, l’arrêt doit être massif et durable pour perturber très sérieusement les patrons et les politiques enfermés dans leur bunker de certitudes, de caste et de police, pour les obliger à lâcher quelques choses essentielles : nationalisation des banques, grenelle des salaires, augmentation immédiate du SMIC à 1500€, autorisation de licenciement réactivée et conditionnée à une absence de bénéfices prouvée.

Symboliquement, arrêter le travail sans limite constitue déjà une revendication minimale et un socle qui montre qu’on est radicalement hostile à cette prison productiviste vouée à enrichir la racaille financière.

Il renoue, incidemment, avec une revendication ancienne dans une autre vie, déjà difficile mais magnifique par rapport au cloaque actuel qui nous aspire, à une époque ou discuter avec un flic ne constituait pas un motif de garde-à-vue.

Le productivisme, c’est l’autre nom du capitalisme, régime d’accumulation qui est en train de nous détruire.

Dos au mur, nous sommes. Répétons-le, il ne s’agit pas de papillonner dans la demi-mesure comme en concoctent trop, dans notre dos, les bureaucrates de la lutte salariale, à la tête de la plupart des centrales syndicales. Quand ils n’accompagnent pas carrément, explicitement, les mesures anti-sociales que mènent les gouvernements du Marché depuis au moins 20 ans.

Ils ont évidemment table ouverte dans les médias pour prêcher la « responsabilité ». Cette véritable irresponsabilité, ce mensonge en drapeaux rouges, oranges, verts, etc, peut aussi s’appeler renoncement.

Il se traduit par des défaites continues pour les salariés, les retraités, les entre-deux, sans parler des atypiques, des sans-papiers et des SDF.

SDF, symboles de l’errance où nous a conduit la politique structurée par le "turbo-capitalisme". SDF représentant la misère à nue, déchirante et la plus grande peur de notre société.

Alors, on les harcèle, on les chasse, on les embastille avec la dureté la plus totale. Il s’agit de bien enfoncer le clou et montrer que devant les diktats politiques la vie humaine n’a qu’à se pousser, s’étioler, s’excuser et mourir.

Oui, après une année 2007 d’effondrement constant de l’économie, nous nous retrouvons dans une situation sociale, et même sociétale, rien moins que bouleversante. D’autant plus que derrière chaque regard, dans la rue, dans le métro, dans l’épicerie du coin, on devine la certitude que les lendemains ne chanteront plus.

Parce que pas d’embauche à l’horizon, parce que salaires minables, parce que retraites iniques, parce que la racaille financière a fait exploser son Zeppelin, parce que nos gouvernements se lancent contre des moulins à vents qui, au mieux, n’ont rien à voir avec les problèmes réels, au pire nous coûtent des sommes faramineuses et des vies. Parce qu’il y a dix pour cent de millionnaires en euros supplémentaires en 2008, en France. Parce qu’on a un pouvoir réduit à inventer des actes terroristes pour détourner l’attention du champ de ruines où nous errons.

Alors la journée du 29 janvier ne doit pas faire la Une, mais être notre début.


 
 
 
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