Cesare Battisti : L’arbre qui cache la forêt

« La justice italienne est entièrement faite de bavardages, de délation ... »
Corriga ex-ministre de l ‘Intérieur, ex Président de la République Italienne

Le paradoxe de la vérité, c’est d’être aussi un mensonge pour qui ne veut pas l’entendre. Retour sur un livre de Fred Vargas : « La vérité sur Cesare Battisti »( Publié chez Viviane Hamy en 2004). L’ineffable Fred Vargas s’emploie à démonter l’aspect fictif des accusations portées contre son ami, comme elle, écrivain. La démonstration est sans appel. La réalité débarrassée de ce qui lui faisait écran révèle une manipulation de l’information à des fins de « basse » politique. Faux en informations, abus de complaisance par certains médias avec les pouvoirs Italiens et Français qui plaident pour l’accusation. Là où le rédactionnel suppute, charge, accuse, formule des faits sans les étayer de preuves tangibles, Fred Vargas, plaide, milite, fait la démonstration que les allégations portées contre Battisti nuisent non seulement à la vérité et par conséquent à Battisti, mais constituent « une injustice profonde pour l’homme, un affront à l’honneur de notre pays et à ses citoyens et une faute gravissime au regard de l’histoire ».

Belle ténacité pour Fred Vargas. Par ce livre, elle redonne un contenu à la réalité, d’hier comme d’aujourd’hui. Elle raconte par le détail et sur des pages entières les tortures dont furent victimes les « repentis » : tabassage, électricité sur la verge, coups sur les testicules, brûlures de cigarettes, simulacres de liquidation dans la campagne isolée, gavage à l’eau salée, blessures remplies de sel. Pour les femmes, menaces de viol, introduction de liquides douloureux dans le vagin et dans l’anus, torsion des seins, menaces sur les enfants. Si Amnesty international s’est exprimé contre la violation des droits humains, en Italie les adversaires de Battisti taisent ces monstruosités. Hier comme aujourd’hui la propagande Berlusconienne travaille l’opinion.

Il y a des livres comme ça, on les lit et ça nous donne envie d’ouvrir grand la fenêtre et de regarder le monde droit dans les yeux. Et il y a la fuite de Battisti, une fuite sans délit apparent puisque le délit repose surtout sur la mauvaise foi et la désinformation. C’est la cabale foncièrement politique orchestrée par les gouvernements de Chirac et de Berlusconi suivis de prés par les ministres de la justice des pays respectifs, relayés par des médias sulfureux, des politiques et des intellectuels cracheurs de torts, supposés libres d’allégeance ou de subordination avec les pouvoirs en place mais respectueux de l’idéologie en cours- qui a été l’élément décisif de la cavale de Cesare Battisti vers le Brésil . « La cour d’appel de Paris en se déclarant favorable à mon extradition,m’a condamné de fait à la prison à vie en Italie. Je ne pouvais pas croire que la justice française se plierait au pouvoir politique revenant sur la chose déjà jugée en 1991( en France), je ne pouvais pas croire qu’elle accepterait la contumace italienne qui ne me donne aucune possibilité de défense. »
Battisti, victime consentie mais non consentante : quand Cesare saute le pas pour se soustraire à la médiocrité ambiante, aux coups tordus qui s’annonçaient alors. Victime offerte à l’appétit de vengeance d’une justice Italienne corrompue qui ne prête qu’aux riches, offerte à la vindicte des médias que les riches subventionnent. Avant de se "soustraire à son contrôle judiciaire" Cesare Battisti se disait prêt à rentrer en Italie s’il était assuré de bénéficier d’un procès "équitable" avec des observateurs internationaux. La supercherie de la réponse française est de taille. La colère de Perben, alors Ministre de la justice en exercice se porte sur « ceux qui prennent la défense de Cesare Battisti et approuve sa fuite. En contestant les fondements du Droit Français c’est la démocratie qu’on fragilise ». Quant à Villepin, alors Premier ministre, c’est « Cesare Battisti qui a trahi la confiance de la justice française » (sic...)
La mauvaise réputation, Cesare la doit aux rumeurs doublées des mensonges médiatiques aux ordres d’une démocratie chrétienne mafieuse qu’affectionnent les groupes d’extrême droite et qui vomit toute la gauche non - collaborationniste. Bref, écoutons la raison du poète Georges Brassens « Pas besoin d’être Jérémie, pour deviner l’sort qui m’est promis, s’ils trouv’une corde à leur goût, ils me la passeront au cou, je ne fais pourtant de tort à personne, en suivant les ch’mins qui n’mènent pas à Rome, Mais les brav’ gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. »

Dans la République des « braves gens » ce n’est pas « la faute » qui détermine le délit. Sinon combien de contorsionnistes de la politique système : patrons, politiques nourris de subsides ou détournement de biens publics, d’abus de bien sociaux moisiraient en prisons. Si ce n’est pas « la faute » c’est quoi ? l‘échelle de valeur selon laquelle tu seras puissant ou misérable ... On oublie trop souvent que le pouvoir politique sur fond de crise sociale comme on le vit actuellement, continue à favoriser les couches sociales déjà les plus nanties. Opacité, injustice au service de ces pouvoirs économiques qui depuis des lustres s’auto affranchissent par des « non-lieux » de droit divin hérités tout au long des siècles de passe-droits et d’ impunité.

L’ETAT de droit ne confère pas tous les droits à l’Etat. Au contraire, ses décisions sont soumises au respect du principe de légalité et au premier chef au respect des principes constitutionnels. Ainsi les personnes physiques et morales peuvent contester les décisions de la puissance publique en lui opposant les normes qu’elle a elle-même édictées.

Revenons à la justice quand on sait que pour Battisti tout s’est joué sur un honteux marchandage. Un jour à Paris en 2002, une rencontre fortuite un 11 septembre entre le ministre Perben et son non moins sinistre confrère Roberto Castelli, fascisant comme son parti : la Ligue du Nord ( à l’origine d’un site sur Internet « Anti Francia »). Le 11 septembre c’est leur façon à eux de réactiver le spectre du terrorisme. C’est ce que l’on appelle une camisole chimique dans les cerveaux de l’opinion publique afin de l’aliéner à la raison d’Etat quand elle conspire contre les libertés. Paolo Persichetti enseignant à Paris 8, enlevé manu militari le 25 août 2002 a été extradé illégalement vers l’Italie pour y être emprisonné. Dans cette négociation du 11 septembre Cesare Battisti était le prochain promu à l’extradition et suivraient tous les autres camarades d’infortune italiens pour leur engagement il y a 35 ans. Et cela, malgré la promesse qui, 20 ans auparavant leur avait garanti le statut de réfugié politique.
La République Française, par la parole donnée du Président Mitterrand, s’engageait à accueillir en France les militants révolutionnaires Italiens qui auraient déposé les armes. Ce que l’on appela la « doctrine Mitterrand » eu le mérite d’apaiser cette situation durant 20 années. Quelle sera la stratégie de notre « Berlusconi » Français. D’un autre côté : la méthode Berlusconienne « des faits incontestables, des preuves irréfutables », une vérité obtenue parfois grâce à la torture sur des repentis et de l’autre l’acte de contrition d’un Président de la République italienne qui refuse que l’Etat de droit soit confondu avec le droit Canon. En effet cela mérite un éclaircissement. Il s’agit d’une déclaration de Francisco Corriga en 1995 alors ministre de l’intérieur à l’époque des faits et de la répression et devenu ensuite Président de la République . « La justice italienne est entièrement faite de bavardages, délation, bouffonneries ainsi que celle qu’utilisent les parquets qui se servent des repentis... Je pense présenter une proposition de loi pour changer les choses : je prends les règles de l’inquisition de Torquemada. Il y a plus de garantie que dans notre code de justice pénal d’aujourd’hui »

En voilà un qui connaît le sujet et qui a le courage de déroger à la règle « après la sainte inquisition du roi Berlusconi » et l’acharnement quasi -hystérique qui suivit en Italie contre Battisti.
C’est si simple d’user d’abus de pouvoir : on fabrique un consensus sur des allégations d’intention pour finir sur des accusations d’une justice débarrassée de préjugés. Cette fuite en avant laissera forcément des traces et ce n’est pas Sarko qui va les effacer. Lui qui rêve d’utiliser une juridiction d’exception. Malgré les grands moyens d’une justice sur commande, aucune preuve ne confond Cesare Battisti.
Mais encore faut-il qu’il y ait un vrai jugement Cependant, on ne pourra pas dire la même chose des affaires « propres » à Chirac et à Berlusconi. C’est pourtant la preuve irréfutable d’un disfonctionnement de l’Etat de droit, on peut le constater aujourd’hui : les dégâts engendrés par la crise, c’est en premier lieu la précarisation du monde du travail qui compte de plus en plus de chômeurs et de jeunes pour lesquels l’horizon est un monde fermé, avant même d’y être entrés. La jeunesse grecque a ouvert le débat , à qui le tour de prendre la parole. ?
Allons nous sombrer corps et biens (avec les droits acquis) dans une déconstruction conjoncturelle sous le prétexte de la crise. C’est avant tout dans les conquêtes des travailleurs qu’il faut chercher les origines de ce qui fait de nous des êtres sociaux dotés d’un libre-arbitre, du Droit du travail et d’un Code du travail. Et la démocratie ? elle attend, enlisée par le poids des injustices, qu’avec quelques leviers, on l’aide à se relever. Accusée de dormir dans de profonds placards - mais paradoxalement c’est de notre sommeil qu’il s’agit-, sa vitalité dépend surtout de l’intérêt qu’on lui porte vraiment. De temps en temps on la sort pour quelques occasions où seul, son nom suffit pour motiver les élections alors que sur le fond, ses concepts liberté, égalité, fraternité sont toujours ignorés. Les élections passées, la victoire empochée, les préceptes au vide-ordure. Aux portes de l’Élysée les grands patrons veillent. C’est le moment choisi par quelques prédateurs et ministres zélés pour se repaître de nos libertés. L‘entreprise paraît immense tant ont souffert tous ceux à qui nous les « devons. »
Quand Berlusconi rêve d’un purgatoire pour Battisti et ses amis d’injustice, c’est une façon d’absoudre ses troublantes affaires en faisant diversion avec quelques supplétifs nourris de haines anciennes qui jurent de venger tout le capital depuis les premières Jacqueries. Comme l’ a écrit Orwell « Sans cesse ils nous surveilleront et nous prépareront des mauvais coups. » Et c’est encore toi Cesare que l’on accusera, ou Marina Petrella ta consoeur Italienne qu’ils ont laissée dans un état de désarroi qui a frisé la folie, à deux doigts de la mort. Oui le message/menace est passé. N’est-ce pas Bernard Kouchner qui a permis à l’ignoble Papon de sortir des griffes de la prison ? Là aussi le message est passé, mais tout à fait différent.
C’est en définitive à une justice de classe à laquelle nous devons faire face. Deux poids et deux mesures. Les accusateurs de leur côté s’organisent avec des convictions fortes, animées par un désir de vengeance. Peut-être que pour nous, la prison à vie reste une notion trop abstraite. Une certaine utopie nous a un peu éloignés de cette réalité qui pèse sur Cesare Battisti. Idem sur notre propre avenir.
On peut parfois se demander si un monde trop nourri d’informations n’est pas sujet à terme à un déficit de réalité qui le condamne à une certaine passivité ? Aujourd’hui la parole insurgée remplace les barricades. Tarnac c’est un premier boulet qui entrave la marche en avant de la politique « Surveiller et Punir » Sarkoziène. Dont il n’y a rien attendre, sinon qu’il est urgent de la mettre hors-jeu et hors d’état de nuire cette escalade de réformes de la démesure qui nous entraîne vers une précarité économique et culturelle exponentielle.Je n’ose penser se qu’il adviendra de nos libertés.
Et si l’on veux préserver et reconquérir nos droits bafoués, c’est de commencer par refuser que la France fasse à Cesare Battisti ce que nous n’aimerions pas que l’on nous fasse. C’est comme ça aussi que commence par anticipation les solidarités.
Si je pouvais conseiller le Président Lula qui tient Battisti en prison au Brésil, je l’inviterais à casser le miroir aux alouettes offert par Sarko et Berlu avant qu’il ne lui pète à la figure en rappel d’autres miroirs et d’ autres bling bling qui ont aidés à la conquête, à la colonisation, aux vols des terres, et des richesses puis à l’anéantissement par un veritable génocide de millions d’ indiens

« Mais gare à la revanche quand tous les pauvres s’y mettrons. »

Luis lera


 
 
 
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1 commentaire
  • > Cesare Battisti : L’arbre qui cache la forêt 6 janvier 2009 14:40, par ciborg

    Salut a tous et encore une fois bonne année. Tu ferais bien de parler aussi
    des juges et les katsa francais associés avec qui tu connais !! qui passent leur temps a faire des pieges pour qu’ensuite c’est eux memes qui tombent dedans. !!!!
    L’article serait tres interessant surtout
    pour expliquer les methodes echappatoires a la crise developper par le genie MAM.