{id_article}
 

Point de vue sur le Forum Social Européen de Florence

D’abord un sentiment de sérieux… Beaucoup de gens travaillent, réfléchissent, s’écoutent. Les interventions sont pertinentes, préparées, souvent par des gens qualifiés, voire très qualifiés. Il s’est passé quelque chose de très important au niveau européen, à Florence, du point de vue des idées…

Le fait que tant de gens, de jeunes discutent avec passion des grands thèmes qui concernent leur avenir, notre futur, et que la conclusion de cela soit une manifestation totalement pacifique, avec une absence absolue de violences physiques est en soi un acte politique de très haut niveau culturel, totalement moderne.

On apprend maintenant que des « militants anti-mondialisation » sont arrêtés en Italie, avec des accusations incroyables. L’explication politique est immédiate : les effets et sensations positives du Forum ont été trop nombreux, les réactionnaires sont ébranlés et ils veulent rapidement fabriquer un rééquilibrage émotionnel et politique dans l’opinion publique.

La politique est donc interpellée.

Le fait que ce FSE se soit tenu en Italie et soit un peu « imprégné » de la sensibilité culturelle et politique italienne est positif. La tradition politique italienne est sophistiquée, elle ne découpe pas la réalité en rondelles. Elle ne se coupe pas des autres modalités de réflexion et d’action, au contraire elle les imprègne et les relie pour leur donner du sens et orienter leurs dynamiques.

Ainsi l’approche française qui distingue souvent deux espaces, le Politique et le Mouvement Social et s’interroge sur la nature de leurs rapports (hiérarchiques ou pas, instrumentalisation ou pas, récupération ou pas …) n’est pas pertinente.

Il est évident que les débats du FSE sont totalement politiques, quel que soit le rôle ou l’absence de rôle qu’y jouent les formations politiques. La politique est à l’œuvre dans le mouvement et les idées qui y mûrissent et le nourrissent, qu’elles soient « labellisées » ou non par telles ou telles formations politiques, ça n’est pas le problème.

En fait, le processus politique est multiforme. Pour schématiser, il a deux grands « versants » :

- Celui qui est à l’œuvre dans la société dite « civile », les quartiers, associations, syndicats, groupes citoyens, intellectuels etc.…

- Celui qui est porté dans les institutions par les formations politiques et leurs élus. Pour l’heure ces deux versants sont disjoints. Ils n’entretiennent pas de rapports dynamiques créatifs. Les militants de ces deux « versants » entretiennent même parfois des rapports conflictuels. Il n’y a pas de confiance dans les institutions : ceux qui y œuvrent sont soupçonnés et accusés de vouloir confisquer le pouvoir. On parle de « classe politique ». Les élus (de gauche) sont assimilés à un groupe qui défend un pouvoir, des avantages, qui cherche à se reproduire par la cooptation. Ce groupe est accusé par de nombreux militants politiques de la « société civile » de ne connaître que les rapports de force : Ils ne viennent se montrer que quand il y a du monde dans la rue, « pour faire les beaux, pour piquer les voix ».

La crise de la politique est là : le mouvement politique de la transformation sociale ne dispose pas de formations politiques lui permettant de porter ses exigences, ses projets, ses réflexions dans les institutions, qui d’ailleurs ne sont pas faites pour cela.

C’est comme ça, ça n’est pas une affaire d’apparence, de malentendu, de communication défaillante.

Le mouvement, sa diversité (pour ne pas dire sa multitude) met d’ailleurs en avant la nécessité de transformer les institutions dans le sens de la participation citoyenne, le partage du et des pouvoirs en Europe et bien au-delà, cela à tous les niveaux.

Une des grandes questions politiques posées est :

De quels types de formations politiques le mouvement a-t-il besoin pour démultiplier son efficacité, se donner les moyens de transformer les institutions et la manière d’exercer le pouvoir politique et économique, donc pour porter la politique et ses pratiques multiformes ?

Quelles formations politiques pour mettre la politique sous le contrôle des citoyens, dans la perspective d’une extension infinie de la démocratie, du partage du pouvoir, de la responsabilité.
Le cadre de la politique institutionnelle ne permet pas à la créativité des forces de transformation sociale de s’exprimer, d’intervenir sur les choix de société.

Le FSE de florence a abordé et précisé des pistes de réflexions, des suggestions d’actions internationales que les formations politiques, au nom de leur « indépendance », auraient grand tort d’ignorer …Cela serait sûrement même une faute politique majeure.

De grands axes politiques pouvant constituer la base d’une plate-forme progressiste européenne se sont esquissés et cela dans une diversité de situations institutionnelles, économiques, politiques, syndicales, historiques très importante. On est tenté d’affirmer que la diversité et l’autonomie des approches et des pratiques est nécessaire pour mettre en relief les grands thèmes qui font consensus, qui sont issus de la co-élaboration comme on dit …

Ce sont des lignes de forces, qui peuvent se décliner dans chaque contexte socio-politique ou qui nécessitent la création d’institutions inter-nationales.

Des intervenants Italiens, mais pas seulement, ont posé avec force la question de la pertinence de l’Etat nation pour inventer et gouverner notre continent et notre planète. Ils considèrent que l’Etat nation est dépassé et en crise et met l’ensemble de la politique en crise. Ils ont aussi mis en garde avec beaucoup de conviction contre la tentation de créer un super Etat nation européen en forme de forteresse … Là est posé le problème de la construction d’une Europe politique progressiste

Voici quelques axes, brièvement évoquées, sans ordre :

- Défense et surtout développement des services publics
Comme éléments fondateurs d’une société de partage, de solidarité, d’élargissement des droits humains fondamentaux. Luttes contre les privatisations, constructions de mécanismes d’appropriation sociale des services et entreprises publiques. Ne pas se limiter à la propriété bureaucratique d’Etat et développer le contrôle citoyen de leurs missions et objectifs.

- Repenser et moderniser la démocratie de délégation.
Développer des formes de démocratie participative à tous les niveaux et notamment le contrôle des budgets publics,
Décentraliser les institutions dans le sens d’un partage des pouvoirs pour aller vers une maîtrise de la globalisation. Il faut noter que les Italiens critiquent une gestion centralisatrice de leurs régions. Inventer une notion de citoyenneté universelle avec libre circulation, droit de vote des étrangers etc. …

- Bien entendu bannir la guerre comme mode de règlement
Des déséquilibres et crises économiques, par la prévention des conflits locaux, notamment le règlement de la question historique du peuple palestinien. Poser au niveau international le problème de la reconversion des industries de la guerre sous toutes leurs formes.

.- Travailler à promouvoir un autre type de développement économique et industriel prenant en compte l’intérêt global de la planète et de l’humanité. Construire les objectifs et les revendications économiques au-delà des cadres corporatistes et nationaux et suivant une optique de co-développement, de non-pillage, de non-domination. C’est toute la question du développement durable et soutenable qui fait l’objet de grandes messes internationales sans suite …

- La mise en place de ce type de développement passe par
une autre approche de la gestion des entreprises, qui mette en cause la domination des marchés financiers et des actionnaires. Cela nécessite des droits d’intervention pour les travailleurs dans la définition des stratégies d’entreprises. Cela implique aussi dans la plupart des cas la prise en compte dans la gestion, en amont, de l’opinion des consommateurs, des représentants des territoires, de leurs élus responsables des institutions qui fournissent les infrastructures, des financements et l’éducation des travailleurs.

- Développer et moderniser l’éducation pour tous.
Donner un droit à la formation tout au long de la vie.
Défendre la diversité culturelle et les échanges de cultures contre la globalisation et l’uniformisation.
Défendre et promouvoir la propriété intellectuelle et artistique. Remettre en cause les monopoles de l’information par le développement de l’interactivité et du service public décentralisé conçu sur le principe du droit d’intervention du public par opposition à l’audimat.

- Dépasser et traquer toutes les formes de la domination
masculine, dans toutes ses formes professionnelles, privées, la marchandisation des corps.

… Donc beaucoup d’idées qui peuvent nourrir les luttes, ouvrir des perspectives à la bonne échelle.
Le prochain Forum social européen a lieu en juin 2003 à Saint-Denis. Préparons-le dans tous les chantiers de la transformation sociale.

Raymond Vasselon
Saint-Etienne


 
 
 
Forum lié à cet article

3 commentaires
  • Langue de bois 24 novembre 2002 19:57, par Elisabeth

    J’aime bien cet article : il propose un projet de société. Il énonce des problèmes et des solutions. Il sort du cadre, en remettant en question l’Etat nation (mais pas les services publique), les mécanismes de prises de décision et leur contrôle par le pouvoir, etc

    Je voudrais ajouter qu’il importe également de prendre en compte la répression dont le mouvement fait l’objet. Cette répression exercée par la police, les média professionnels et la classe politique, est de plus en plus violente et ostentatoire. Les activistes le constatent à chaque fois qu’elles/ils se font bastonner, gazer ou emprisonner. D’autres ne peuvent plus le constater car elles/ils ont été assassinéEs (ex : Carlo Giulani).

    C’est une dictature maffieuse qui est en train de se construire au niveau mondial. On ne le dit pas assez. Une dictature maffieuse ne connaît que le rapport de force, violente si nécessaire. Elle ne va pas arrêter simplement parce qu’on le lui demande.

    • > Langue de bois 25 novembre 2002 12:41

      cette question de l’état nation est très importante. On parle souvent des qualités de cette construction, mais on oubli toujours que ça c’est fait à travers la guerre, avec des fleuves de sang pur ou impur. si on relance la machine sur des ensembles très vastes et puissants (comme l’europe), attention la casse, mais si c’est pour défendre et imposer nos super valeurs universelles. Il faut inventer autre chose qui soit solidaire avec tout le monde et à bientot
      R. VASSELON

  • > Point de vue sur le Forum Social Européen de Flore 25 août 2003 08:58, par BACHAUD Yvan

    Bonjour,
    Dans le programme du FSE de Florence il était prévu " la formulation de propositions concrêtes" et parmi les séminaires thématique :
    " Droits, citoyenneté et démocratie"
    et dans le détail ;
    " démocratie partcipative" ;

    MA QUESTION :
    OU peut on trouver sur le net les proposition concrêtes faites en matière de démocratie participative et de controle démocratique du fonctionnement de l’U.E.
    Meri d’avance
    Yvan Bachaud y.bachaud@mic-fr.org
    Tel 04 72 24 65 02

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes