1929 au secours de la crise

Le système capitaliste néolibéral surmontera-t-il la crise qu’il a engendrée ? En sortira-t-il indemne ? Ces questions sont sur toutes les lèvres alors que la crise n’a pas atteint son apogée. Les réponses dépendront de la profondeur de la récession et de l’efficacité des mesures prises pour la juguler. Le capitalisme néolibéral est-il confronté à une crise conjoncturelle comme en 1997 ou à une crise structurelle comme en 1929 ?

Si la crise actuelle ressemblait à celle qui a frappé la Thaïlande, la Russie et le Brésil fin des années 1990, les tenants du néolibéralisme ne devraient pas se faire de la bile : la crise serait rapidement suivie par un retour à la normale ; les affaires reprendraient leur cours et aucune leçon ne serait tirée.

Si son scénario se rapprochait de celui de la crise de 1929, l’angoisse qu’éprouvent nombre d’acteurs sur le marché des actions pourrait se justifier, voire se généraliser. Dans cette perspective, formuler un pronostic de sortie de crise s’avère risqué. Mais rappeler comment le capitalisme est sorti de la crise de 1929 pourrait nous aider à surmonter l’épreuve actuelle.

Le débat « sommes-nous dans une répétition de la crise de 1929 » peut paraître « très académique », la palette des avis autorisés sur la question aller du « catastrophisme » à l’« angélisme », les contextes et caractéristiques propres à chaque crise les différencier, cela n’empêche pas Paul Jorion, l’un des meilleurs spécialistes du sujet, d’affirmer que « le rapprochement spontanément fait par les commentateurs entre 2007 et 1929 est [...] amplement justifié : les manifestations des deux crises sont les mêmes, leurs causes, pratiquement identiques. »

La crise que le krach boursier de Wall Street révèle en 1929 ruine l’économie mondiale. Son effondrement est tel que personne ne sait comment elle se relèvera. Ni les mesures du président Hoover ni le premier New Deal (1933-1934) ne parviennent à relancer l’économie américaine. Roosevelt, comme son prédécesseur, pèche « par excès de timidité dans la lutte contre les inégalités ». Le second New Deal (1935-1937) marque la naissance de l’État providence. En 1937, une nouvelle récession « paraît balayer tout le progrès jusqu’ici réalisé ». Aussi, dans le contexte d’une course aux armements, force est de constater que « l’accroissement des dépenses armées réussit là où les programmes civils avaient peiné ». (P. Melandri) Non seulement aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni, en France et dans les puissances de l’Axe. « Avec des décalages dans le temps, des différences d’intensité et de modalités, la production d’armements semble bien avoir été, un peu partout, appelée à la rescousse des économies en crise. » À cette aune, ajoute Yves Durand, « la guerre de 1939-1945 se situe dans le prolongement de la crise, bien plus que dans celui de la guerre précédente. »

La leçon de la crise de 1929 aurait été tirée. Les partisans de cette thèse opposent généralement l’absence de réaction ou les mauvaises réactions du passé à l’ampleur des présentes. Or, si l’Amérique des années 1930 s’abîme dans la récession, c’est « en grande partie faute d’une augmentation suffisante du pouvoir de consommation » (P. Melandri). Ce n’est donc pas un « New Deal rampant » (Y. Moulier Boutang) qui l’en sortira aujourd’hui.

Bref, le monde entre en récession. Les mesures gouvernementales ne visent qu’à assurer la pérennité d’un capitalisme néolibéral non régulé et, comme par le passé, la lutte contre les inégalités est absente des plans de relance.

Pouvons-nous dans ces conditions nous attendre à une sortie de crise rapide et en douceur ? Jean-Paul Fitoussi pronostique que « l’Europe et les États-Unis peuvent connaître deux trimestres de croissance négative, ou même trois ». Plus prudent, Daniel Cohen est convaincu « que nous sommes partis pour un 2009, sans doute un 2010, en berne ». Mais rares sont ceux qui rappellent que le Japon sort d’une récession de dix ans.

Faut-il espérer ou craindre de profonds changements dans le système capitaliste néolibéral ? Le pessimisme est généralement de mise quand nous nous penchons sur la question des modèles de société. Pourtant, « la crise économique des années 30 avait débouché sur des “réponses” politiques nationales fondamentalement différentes : nazisme en Allemagne, New Deal aux États-Unis, stabilité gouvernementale au Royaume-Uni, Front populaire en France. » (S. Halimi) En Belgique, par exemple, « les organisations ouvrières attendaient patiemment la fin de la crise, sans imaginer que le temps était mûr pour prendre en main le pouvoir politique et économique. » (E. Witte et J. Craeybeckx) Aujourd’hui, alors que le monde s’installe dans la récession, pouvons-nous souhaiter la renaissance de « l’âge d’or des relations entre partis progressistes, ouvriers, paysans, employés, intellectuels et fonctionnaires » (S. Halimi) ou devons-nous craindre la réémergence d’une menace de type totalitaire dans un monde surarmé et multipolaire ?


 
 
 
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