29 janvier, zéro heure zéro zéro

Demain, le 29 janvier, il s’agira de nous rappeller que nous sommes des citoyens, des êtres humains de chair et de sang, que notre liberté est inaliénable et que résister, se révolter contre un pouvoir oppressif est un devoir.

Nous ne quitterons pas les rues et les places. Ce sont les nôtres. Nous les forcerons à en partir parce que, pire que briser nos vies, ils endeuillent nos rêves.

Il est l’heure.

Il est l’heure de mettre le feu au trône en carton et de chasser les marchands tricolores des demeures de Marianne.

Nous allons sortir et respirer, dans la rue, dans l’espace, ouvrir les fenêtres, ouvrir les fenêtres de nos cœurs et de nos vies.

Ca suffit, il est l’heure.

Nous ne défilerons pas, nous ne serons pas au pas, oh non !...Nous serons là, définitivement là, là où est notre place. Hommes, femmes et enfants qui ne supportent tout simplement plus l’espèce de peste grisâtre dont ils métastasent nos villes, nos forêts, nos rivières, nos pensées, nos petits souvenirs et nos beaux élans.

Maintenant, ça suffit. Nous ne revendiquerons pas, nous reprendrons la rue, nous reprendrons la démocratie.

Qu’ils s’en aillent tout droit, par derrière ou sur le côté, avec regrets, avec remords, avec atermoiements et larmoiements, peu importe. Nous leur laissons le misérable avantage de se défiler. Evidemment, ceux qui auraient la courtoisie de rester, pour notre plaisir nous les bastonneront joliment, jusqu’à ce qu’un peu de leur sang bleu et sans vigueur tâche la soie des gilets qu’ils volent, avec billets en compensation..

Ceux dont nous parlons se reconnaîtront, je le crois. Ce sont ceux à qui l’écran ou danse la mort imagée fait table ouverte. L’écran ou l’on vend de l’avenir à la criée et de l’espérance à deux euros, de la crotte pré-emballé et du mensonge relifté. Ils sont là déjà depuis bien plus longtemps que nous n’osons le craindre. Ils se parent de titres qu’ils ont achetés et prostituent leurs fonctions avec délectation. Ils habitent les palais et ils braillent désespérément qu’ils savent et agissent pour nous.

Leur savoir est sombre et contagieux. Ils apprennent, avant de naître, à sourire comme la mort et à vendre l’alpha et l’oméga, pour pouvoir un jour, une heure encore, plastronner au milieu de l’écran comme les tombeaux qu’ils sont, blancs, horribles à regarder et plein de vers à l’intérieur.

Ca suffit, il est notre heure.

Voilà ce que nous allons faire. Je le leur annonce pour les tourmenter gentiment, avant de les botter.

Nous allons créer de grandes vagues, des vagues capitales, des vagues régionales et des vagues villageoises. Les plus grandes ne seront pas forcément celles qu’ils croient, avec leurs esprits infectés de hiérarchie et d’uniformes, de grands malades qui envoient les autres mourir pour abonder leurs comptes en contrées exotiques et paradis électroniques.

Nous allons laisser les usines, laisser les bureaux, laisser les bus et les métros, et les quartiers ou ils nous parquent pour que nous dormions immobiles et soumis comme des animaux déchus. Laisser les appartements idem, qu’eux et leurs amis nous louent et nous vendent à des prix de négriers, eux qui détestent les nègres.

Nous allons prendre un peu l’air et nous le parfumerons de soixante-huit couleurs inédites. Nous allons secouer les banderoles, transfigurer notre jour de jolis mots, joindre nos bras, faire un lit moelleux à leur ridicule achevé, à leurs ordres Guntergenerahpanzerhullulés.

Et ce jour, nous nous n’en verrons pas le bout, car nous ne le laisserons pas se coucher.

Il faut tout le temps du monde pour notre gâteau de vie, de forces, de rires et de grandes pensées pour une société ou vivre ensemble enfin. Un gâteau que nous parerons goulument de grandes pauses, dans l’herbe que nous auront posée sur leurs bitumes policiers.

Il faut le temps, oui, que tout le monde comprenne ce qu’ils sont. Ou plutôt ce qu’ils ne sont pas, eux qui prétendaient trop avoir ne serait-ce que le droit de nous critiquer. On ne critique pas le Peuple, on l’écoute et on se soumet.

Oyez, posez vos têtes plates sur le plancher de vos palais usurpés. Il va vous faire leçon.

C’est pour cette immense faute que vous partirez, il faut enfin que vous le compreniez, même si dans l’ensemble vous êtes dramatiquement décervelés. Première et majeure des fautes gravées sur une liste qui grandit en grondant plus fort chaque seconde.

Rassurez-vous représentants en farces et attrapes périmées, nul doute que l’autre opérette de nation, l’autre trône cartonné dans son petit cagibi, avec sa petit mitre sur la tête et ses postillons, vous fera une toute petite place.

Vous avez oubliés, savez-vous ?...Vous ne comprenez rien. Vous ne vivez même pas. Ici et maintenant, gentils robots cravatés en agapes officielles, le temps est fini pour vous. Vos nostalgies vert-de-gris excèdent les patiences les plus belles.

Il faudrait vous réapprendre la vie. Brûler à nouveau vos châteaux, et toutes vos ridicules babioles hors de prix. Cingler vos prétentions, étouffer votre morgue longuement.

A quoi bon ?..

Vous n’êtes rien, nous sommes des dizaines de millions. A quoi bon nous fatiguer à vous accorder remises à niveau, remises de peine ? Vous rechuteriez en grands malades de l’Avoir et du Pouvoir que vous êtes. Nous pourrions évidemment, indéfiniment vous mettre en cage. Les enfants viendraient vous jeter quelques bananes, nous ririons un peu avant de rentrer dans nos demeures misérables, communautaires et magnifiques.

A quoi bon ?...Il vous manque quelque chose que toute une carrière ne pourra vous apporter. Une affaire que le plus brillant de vos avocats ne pourra gagner. Il vous manque de la vie, il vous manque des pleurs, il vous manque le courage simple de vous dire que vous n’êtes pas grand-chose et que c’est un véritable honneur, un brevet d’humanité, un doctorat d’aptitude essentielle à construire une société. Il vous manque juste l’essentiel.

Alors à quoi bon, partez. Mais rappelez-vous, nous avons gagné. Maintenant, vous pouvez faire semblant de pleurer.

Nous avons gagné demain. Très simplement d’ailleurs. Un immense coup de fil télépathique nous a connecté. Les morts même sont revenus à nos côtés. J’ai reçu, ce matin, un fax exprès pour vous signifier congé, définitivement, par Carlo Giuliani et Gilles Deleuze, Karl Marx et Salvador Dali, Edith Piaf et Angel Parra. Une goutte de rosée m’a dit en confidence que le Palais Principal du Primus allait tomber.

Vous avez quelques jours pour vous préparer. Débranchez les micros, prenez vos fiches, vos dossiers, vos plans et vos compte secrets. Laissez les écharpes que nous avions, dans notre grande candeur, posé en travers de vos torses gras et mous. Laissez les privilèges, aussi datés que vos calculs minables, et vos despotiques compulsions.

Laissez toute espérance et nous vous laisserons peut-être, dans notre mansuétude, vos petits châteaux barricadés, vos palaces puants et vos yacht clinquants.

S’il vous prenait envie avant l’oubli, de tenter la dernière chance des faisandés, un radeau vous attendra au coin du Luxembourg. Vos petits bras vous mèneront peut-être aux portes de l’empire ravagé, à droite en sortant de la faille de San Andréas.

Le 29 janvier, le soleil se lèvera à minuit une. Mamétéo-France à prévu qu’ils ne se couchera pas avant six mois.


 
 
 
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2 commentaires
  • > 29 janvier, zéro heure zéro zéro 27 janvier 2009 07:48, par André Chenet

    Votre colère est décidément revigorante, et tellement justifiée. Tout a été dit, ressassé, analysé... jusqu’à l’écoeurement, l’intolérable. Il nous faut mettre à bas ce système économique aussi absurde qu’inique. Changer de perceptions, créer des structures, des organisations horizontales entièrement nouvelles, en tenant compte des expérimentations du passé. Nous n’avons même plus le temps d’en rêver. Le pire est à venir. Nietzsche ne disait-il pas que pour bâtir un temple nouveau, il faut détruire l’ancien ?
    Je vous salue, compagnon.

    Voir en ligne : zéro heure

  • > 29 janvier, zéro heure zéro zéro 27 janvier 2009 18:42, par Onoée

    Ce texte est aBsolument splendide, c’est une vraie Marseillaise des Temps Modernes !

    Bravo à l’auteur...

    Quelle qualité !

    Sa sincérité de Coeur nous émeut et nous emporte...

    Et l’image... ! Succulent !

    Voir en ligne : http://www.amaranthes.fr/

 
 
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