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Mon père était un terroriste

Il fut un temps, que je n’ai pas connu, où le "Monde Libre" avait besoin de
terroristes pour se libérer. Il en a fait des héros. Il les fête. La journée de
la Résistance est.

Mon père était un terroriste.
Il avait à peine 20 ans quand il rejoint le maquis de l’Ardèche.
Combien de pains de plastic a t’il posé ? Combien de locomotives a t’il mis sur
le flanc ? Combien d’embuscades, de guet-apens, d’exécutions sommaires ?
Il gardé longtemps dans le fond d’une remise le ceinturon d’un soldat allemand
qu’il avait du aider à mourir...

Mon père était un terroriste et je suis fier de lui.
Il a participé à la libération de la France. Il s’est battu contre l’oppresseur
Nazi. Il s’est battu contre ceux que les financiers de la Ruhr avaient mis au
pouvoir quand le mécontentement montait en Allemagne. Il s’est battu contre
celui que le capitalisme allemand avait fabriqué et qui, un jour s’est mis à
voler de ses propres ailes. Il s’est battu contre celui qui voulait exterminer la différence.

Mon père portait des armes dans la montagne cévenole. Il ravitaillait les camps.
Il ouvrait le chemin. Il appliquait les consignes d’un mystérieux chef que
personne n’avait vu...

Mon père était un terroriste.
Sans lui, sans tous ceux qui, dans le réseau, ont joué le rôle qui leur était
assigné, peut-être que l’occupation aurait duré plus longtemps ; peut-être
durerait elle encore ; peut-être ne serions-nous pas. Peut être qu’il n’y aurait plus de Juifs, plus de Tziganes, plus de communistes, plus d’estropiés...

Mon père était un terroriste...
Mais les mots de nos jours ne veulent plus dire la même chose, forcément puisque
nous sommes devenus l’oppresseur ! Et, ce qui était noble hier, est ignoble
aujourd’hui.

Mon père était un terroriste.
Il a encore dans la tête le bruit sourd des bombardiers, là-bas derrière la
montagne avant qu’ils n’apparaissent à l’horizon pour lâcher leur chapelet de
bombes sur la cible, mais aussi bien autour, sur les populations civiles. Mon père enterrait, aussi, les mots civils.
Il a encore à l’oreille le bruit de l’avion qui pique sur le flan de la montagne
pour arroser de quelques rafales de mitrailleuse ces salauds de terroristes -
montagnards insaisissables, maquisards anonymes.
 

Je connais des enfants qui, demain, diront ou qui crieront, un peu avant que
le silence total nous retombe sur la tête :
Mon père était un terroriste, et je suis fier de lui.

 


 
P.S.
 
 
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