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Les guerriers de l’info sont prêts

Tandis que les GI’s se préparent toujours à mener la guerre à l’Irak, l’administration Bush et le Pentagone plus précisemment s’attèlent à mettre au point une stratégie de communication qui justifiera leur "descente" sur Bagdad. A ce propos, The Rendon Group ferait bien l’affaire.

Les 17 experts de la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection de l’Onu (COCOVINU) et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sont arrivés, lundi, à Baghdad. Leur mission : établir si l’Irak possède encore des armes de destruction massive, quatre ans après l’interruption des inspections par l’Unscom. ils ont commencé leur travail hier. Le chef de la COCOVINU, Hans Blix, a prévenu de son côté que « si l’Irak devait déclarer ne pas avoir de programme d’armement de destruction massive, il lui serait nécessaire de fournir des documents convaincants ou autres preuves ». La résolution 1441 du Conseil de sécurité de l’ONU impose à l’Irak de fournir d’ici au 8 décembre une liste « complète, exacte et à jour » de ses programmes d’armement. Selon la porte-parole de l’AIEA, Melissa Fleming, les inspecteurs entendent mener « des inspections surprises » et ne diront « jamais » où ils se rendront. Ils comptent « geler » tout mouvement dans les sites qu’ils exploreront, c’est-à-dire qu’ils interdiront tout en chefs d’équipe. Les irakiens se sont dit prêt à coopérer. Seulement, plusieurs observateurs estiment que, de toute manière, la guerre aura lieu et les américains attaqueront l’Irak. L’ancien inspecteur en désarmement de l’ONU, Scott Ritter, a affirmé lundi que « les Etats-Unis se serviront de la nouvelle mission d’inspection onusienne en Irak pour justifier une intervention militaire contre le régime de Saddam Hussein, réunir des renseignements et renverser le raïs irakien ». Pour cet ancien Marine, l’attitude américaine va représenter « l’obstacle majeur » au travail des inspecteurs de la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations unies (COCOVINU). Il a ainsi demandé à ces derniers de se méfier de toute interférence de la part des autorités américaines. Le magazine U.S. News and World a annoncé samedi dernier qu’ « un consensus est en train d’apparaître au sein de l’administration Bush en faveur d’une période initiale de régime militaire en Irak à la suite d’une éventuelle offensive américaine ». Selon ce journal, « des responsables du gouvernement américain préparent un plan en trois phases élaboré par un comité exécutif de direction pour gouverner l’Irak de l’après-guerre ». L’ayatollah Sayed Mohammed Baqer Al-Hakim, chef de l’Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak, (ASRII), l’un des deux mouvements chiites d’opposition au gouvernement irakien a déclaré, lundi 25 novembre, au quotidien français Le Figaro, que « malgré la résolution 1441, tout indique que la guerre aura lieu ». Pour plus d’un, ce n’est qu’une question de jours. Une forte mobilisation s’est installé en Europe et aux Etats-Unis contre une probable guerre en Irak. Des manifestations ont eu lieu. Des pétitions ont été signé notamment par des personnalités très connues tel que le réalisateur Oliver Stone. Seulement, cela suffira-t-il à faire reculer l’administration Bush ? Certains dirons que c’est une éventualité à écarter. Devant cette sorte de résistance à la guerre, comment vont faire les responsables US pour entraîner avec eux l’opinion publique ? La, les méthodes sont multiples et l’autre guerre, celle de l’information, jouera pleinement son rôle.

The Rendon Group : L’information de « guerre » avant tout

Dans son édition du 21 novembre dernier, le journal français Intelligence On line annonçait qu’ « A Washington, la firme de lobbying, The Rendon Group(TRG), travaille depuis quelques semaines pour le département américain de la défense afin d’élaborer une stratégie de communication justifiant le recours à la force militaire en Irak ». Ainsi, le choix a été déjà fait et les préoccupations des américains sont liées à la « fabrication » d’une bonne « image » pour que leurs soldats soit vus comme les « sauveurs » d’une population. The Rendon Group, un cabinet de conseil international basé à Washington dirigé par John W. Rendon junior, un ancien aide de camp du Président Jimmy Carter, a déjà travaillé avec l’administration US ou bien précisément avec le Pentagone. TRG ne s’en cache pas et se vante même d’avoir eu à mener des missions au Koweït ou au Kosovo. Seulement, pour les responsables de cette boîte, TRG « sous-traite » les relations publiques. Pour quelques observateurs, elle est chargée de mener à bien la « désinformation et la propagande ». Elle a eu un rôle important durant la guerre du golfe. Le quotidien français, Le Monde, a annoncé dans son édition du 19 février 2002 que c’est ce groupe qui a été désigné par le Pentagone pour aider le nouveau bureau appelé, Bureau d’influence stratégique (Office of Strategic influence-OSI). « Le bureau du Pentagone, petit mais largement financé et qui fut crée peu après les attaques terroristes du 11 Septembre, constitue une réponse aux préoccupations exprimées par l’administration sur la perte du soutien de l’opinion publique à l’étranger pour sa guerre contre le terrorisme, particulièrement dans les pays musulmans », lit-on à propos de l’OSI, dans cette même édition du Monde. Le 24 février 2002, Donald Rumsfeld, secrétaire d’état à la défense, a annoncé la mort de l’OSI qui avait provoqué un certain remous aux Etats-Unis.

Selon toujours ce journal, et dans ce même article The Rendon Group « est payé environ 100.000 dollars par mois, et a accompli de nombreuses missions pour la CIA, la famille royale du Koweït et le Congrès National Irakien, le groupe d’opposition au Président Seddam Hossein ». Donc, les missions de ce groupe qui consistent officiellement « à fournir une assistance de communication aux entreprises, organisations diverses et gouvernements pour qu’ils atteignent leurs objectifs » n’étaient pas aussi « saines » et relevaient surtout de « l’information de guerre », à savoir : désinformation, intox et propagande. Selon Le Monde, « Des officiels de Rendon Group ont déclaré que les termes de leur contrat avec le Pentagone leur interdisaient de parler de leur travail ». Le site Internet Info Guerre, précise que ce groupe a, également, « participé en 1989 à la campagne de Guillermo Endara contre Manuel Noriega après l’opération « Juste Cause » au Panama, ainsi qu’après l’intervention américaine à Haïti pour restaurer le pouvoir du président en exil Jean-Bertrand Arisitide ». Bien sur, le rôle de TRG durant la guerre du golfe est, à chaque fois, soulevé. On peut lire aussi sur ce site qu’ « un rapport révéla qu’en 1998, le Rendon Group dépensa plus de 23 millions de dollars pour épauler, avec l’aide de la CIA, Al-Mu’tamar al-watani al-iraqi (le Congrès national irakien), la coalition d’opposition au régime de Seddam Hossein qui regroupait 19 organisations irakiennes et kurdes ». L’hebdomadaire, The Village Voice a affirmé, il y a quelque temps que « si Saddam est destitué, une des créations de Rendon Group se prépare à entrer en scène : le Congrès national irakien (CNI). » Cette coalition de dissidents irakiens menée par Ahmed Chalabi et sans aucun ancrage irakien, est aujourd’hui considérée par le gouvernement américain comme une alternative politique possible en Irak. « Or, sans Rendon, le groupe de Chalabi ne serait rien », explique The Village Voice. Des informations indiquent, d’autre part, que « cette firme de relations publiques, a était recruté pour quatre mois et en contre partie de la somme de 397,000 dollars afin de faire ce genre de travail lors des attaques américaines en Afghanistan ».

Rendon : « Je suis un guerrier de l’information ».

Lors d’une conférence en 1998 au National Security Conference, John Rendon, fondateur et président du groupe, s’est qualifié ouvertement de guerrier de l’information et de manager des perceptions (« I am an information warrior, and a perception manager »). Sur le site Internet du groupe, on peut lire ceci : « TRG est un bureau de consultation stratégique globale de communications fournissant des produits et des services aux clients de secteur public et privé. L’expertise de TRG inclut des communications stratégiques de consultation, planification et évaluation ; stratégie et opérations de l’information ; public et relations de médias, projet et exécution ; gestion de crise ; collection et analyse de situations ; recherche d’aperçu ; production de médias ; et déploiement d’équipe de communications tactiques ». Donc, il est clair que The Rendon Group n’est pas une de ces boîtes aussi banales. Sur ce même site, il y a un aperçu sur le rôle de cette boîte durant la guerre du golfe. On peut lire que « TRG a été partie prenante dans la coalition internationale qui a libéré le Koweït en concevant et en mettant en application une campagne internationale pour apporter l’attention à la situation difficile des koweïtiens ». On apprend, par la même également, que TRG a joué un rôle pas des moindres durant la guerre balkanique. D’autre part, cette boite s’occupe de la privatisation en Zambie. « L’agence de privatisation de la Zambie (ZPA), financée par la banque mondiale, a engagé le groupe Rendon pour concevoir un programme de communications afin de créer un climat plus positif pour le programme de privatisation », indique la boîte.
Le président du groupe, John W. Rendon Junior, selon la biographie diffusée sur le site, « consultant en matière de communications chez le département US de la défense, le gouvernement du Koweït, le gouvernement de la Zambie, le gouvernement du Panama, le gouvernement de l’Argentine et de la Bosnie Herzégovine », comme « Il a développé des programmes de formation stratégiques de communications pour les Caraïbes, l’Afrique du Nord, les pays sud-américains, le Moyen-Orient et l’Europe ».

En fin de compte, la guerre va être menée en Irak et c’est le groupe Rendon qui va s’occuper de l’information et va tenter de donner l’image d’une Amérique salvatrice. Réussira t-il à le faire ? Il ne faut pas oublier que cette fois-ci il y a la chaîne de télévision Al Jazzeera. Durant les attaques menées en Afghanistan, ses messages étaient les seuls à passer dans l’opinion publique arabomusulmane. Plusieurs médias occidentaux se sont attaqués à cette chaîne satéllitaire arabophone.

Ghany Aïchoune


 
P.S.

Illustration : OLT

Paru dans le quotidien algérien L’Actualité du 28 novembre 2002

 
 
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