partie 1

Nathalie Dubois entretien avec Abderrahmane Zenati, artiste peintre et écrivain marocain

Ma profession de journaliste dans un magazine littéraire français paraissant à Nîmes, m’amène à rencontrer beaucoup d’artistes à Paris, Nantes, Avignon ou Strasbourg…J’ai croisé peintres, musiciens, chorégraphes, écrivains, poètes… comédiens… cinéastes… On s’est parlé, on a dîné et discuté ensemble. J’ai très souvent été déçue par le mercantilisme de certains, la nullité, les prétentions ou la fausse modestie de la plupart…

Et un soir, au Maroc, précisément à Saïdia, cette belle plage méditerranéenne qui fait la fierté du Maroc-Oriental, enveloppés par une chaude nuit d’été, j’ai rencontré, par hasard, au boulevard du front de mer, un peintre marocain… Un sexagénaire d’une simplicité touchante qui présente des œuvres où le Maroc traditionnel avec sa richesse, ses hommes, ses chevaux, ses couleurs, ses odeurs, ses souks, ses paysages de ses campagne et ses médinas sont stylisés. Des thèmes que l’artiste semble toujours chérir. Une place est également faite, dans ses toiles, aux musiciens richement colorés et autres figures liés de près ou de loin à la musique... L’artiste, dans ses travaux abstraits fait preuve d’une grande maîtrise… La technique du dessin, des tons et des espaces et de la couleur. Le peintre dont il est question n’est autre que le doyen des artistes du Maroc-oriental Abderrahmane Zenati.

Nathalie Dubois : Bonsoir monsieur Zenati, lui dis-je sous un fond de musique berbère ou arabo-andalouse. Je suis journaliste, j’écris pour un hebdomadaire culturel français… J’aime beaucoup ce que vous faites... Il y a comme une philosophie inhérente qui se dégage de vos œuvres… Moi qui passe mes vacances dans cette charmante plage, je ne m’attendais nullement à trouver de si belles œuvres…
Abderrahmane Zenati : Merci beaucoup... Je ne vous cacherai pas que, pour tous les artistes, tous les compliments et les hommages sont réjouissants, jouissifs et stimulant... N.D : Votre peinture m’intéresse ! Elle s’est imposée à moi très vite. C’est de la beauté dans la simplicité… Pourrais-je avoir un entretient avec vous ?
A.Z : Avec joie ! C’est toujours un vrai plaisir de discuter avec une personne qui s’intéresse à mes œuvres !...
N.D : A vrais dire, je n’ai préparé aucune question… Vous travaillez avec quelle matière ? Qu’est-ce qui donne ce relief dans chacune de vos toiles ?...
A.Z : C’est un mélange de peinture à l’huile, de vinyle et de morceaux de cuivre des vieux plateaux à thé que je récupère dans le souk aux puces …
N.D : Il y a vraiment dans votre travail des couleurs qui accrochent l’œil et des formes qui ne laissent pas insensible….
A.Z : Merci mademoiselle… Je travail avec mes sentiments et mon cœur et ce qui est fait avec le cœur, va droit aux cœurs !...
N.D : Je remarque que dans presque toutes vos toiles, il y des chevaux…
A.Z : J’aime beaucoup le cheval, autant pour sa beauté que pour l’harmonie qu’il forme avec la nature. Au milieu de cette nature, le cheval donne une échelle. Il offre des propositions plastiques intéressantes avec la mer et le ciel par exemple. J’aime la vie, et le cheval, avec sa plastique et sa fougue, me ravit. Vous êtes un des artistes qui symbolisent le cheval, votre style m’a l’air bien affirmé...
A.Z : Je suis heureux de vous l’entendre dire… Mais vous savez, même si je peins depuis plus de quarante ans, en toute humilité, je ne me considère pas du tout comme « artiste » avec un grand A… Je veux dire, être « Artiste » ce n’est pas une fin en soi… Je suis en perpétuelle recherche que ce soit en ma personne profonde ou dans le monde qui m’entour.
N.D : Je crois que ce quelque chose dans votre peinture qui s’impose tout de suite, c’est le sujet, la pensée, l’esthétique… La forme de vos chevaux ou les formes des êtres humains qui composent le sujet de vos tableaux sont magnifiques. Je trouve que dans votre peinture incarnée et généreuse, il y a de la méditation…
A.Z : Encore merci mademoiselle !!... Les gens regardent ma peinture avec les yeux, mais vous, c’est avec le cœur...
N.D : Parlez-moi un peu de votre art…
A.Z : Parler d’art, c’est comme parler d’amour et de sentiments : c’est indélicat, puisque finalement, quand tout est dit ou du moins, quand on a essayé de tout dire, la magie n’est plus. L’Art, c’est comme l’Amour, ça ne se dit pas, ça se vit...
N.D : A la lecture de votre biographie, on voit que les Européens apprécient beaucoup votre peinture.
A.Z : Je pense que cela tient à mon mode d’expression, à ma manière de traiter les formes et la couleur, et surtout à mon goût pour le cheval. Je ne suis absolument pas un peintre réaliste. J’aime que les choses soient suggérées, et même qu’elles restent mystérieuses. J’ai l’esprit qui simplifie. J’essaie toujours de donner la quintessence avec peu d’effet, de dire beaucoup avec peu.
N.D : Monsieur Zenati… Et si vous vous présenter vous-même, à mes lecteurs en quelques mots ?…
A.Z : Je crois que se présenter n’est pas chose facile… Cependant, je vais le faire avec une grande confiance… Je m’appelle Abderrahmane Zenati. Je suis marocain ordinaire, simple et humble. On peut vivre une vie humble et puis avoir des rêves aussi, vous savez… Je suis autodidacte et j’aime peindre et écrire en langue française. Je compose des poèmes aussi. J’édite mes ouvrages à compte d’auteur. Quand je dis autodidacte, c’est dans le vrais sens du terme. Je n’ai jamais fréquenté une classe durant mon enfance. Jusqu’à l’âge de douze ans, je ne savais lire ni A, ni B. Il m’a fallu beaucoup de volonté, de curiosité, de patience et d’amour, des années de lutte, de travail acharné, d’observations et de recherches pour apprendre tout seul à lire et à composer la plus simple des phrases.
N.D : Et de là vous êtes arrivé à écrire tous ces livres que je vois sur votre table ?… Combien de livre vous avez écrit ?
A.Z : J’ai écris 163 et j’en ai édité 52.
N.D : C’est surprenant… C’est fabuleux et prodigieux … Vous avez fait bien du chemin, je vous félicite… Et qu’est-ce que vous abordez comme sujet dans vos livres.
A.Z : Dans les uns, je raconte mon enfance déchirée, Je suis la personne que je connais le mieux donc c’est plus simple que je raconte ma vie plutôt que celle de mes voisins, qui est sûrement aussi intéressante... Dans d’autres ouvrages, je parle un peu de tout … de tout ce que je vois autour de moi dans mon pays, de tout ce que je ressens… Je suis le témoin oculaire de mon époque…Cela dit, dans la vie je ne passe pas mon temps à parler de moi....
N.D : Comment êtes-vous devenu artiste-peintre ?
A.Z : Vous savez, pour être artiste peintre, conteur populaire, parlementaire ou même président d’une république, nul besoin d’école ou de diplôme !... Il faut juste oser et j’ai osé ! Ceci dit, en vérité, ce n’est pas moi qui ai décidé d’être peintre... C’est la peinture qui m’a choisi, depuis mon enfance…
N.D : Parlez-moi un peu de votre enfance…
A.Z : J’avais un peu plus que dix ans et, orphelin de père, je fus abandonné par ma mère qui, elle-même était dépassée par la misère… Je vivais seul dans la rue et les terrains vagues à Oujda… Comme des centaines d’enfants, filles et garçons abandonnés à cette époque, je dormais à la belle étoile. Aujourd’hui, je me demande si c’était bien moi cet enfant fragile que je vois dans mes souvenirs et mes insomnies… Je me revois toujours maigre comme un clou, crasseux, vêtu de guenille et affamé… Je pataugeais jusqu’au cou dans la misère et l’ignorance. Pour subsister, je mangeais n’importe quoi...Tout ce que je trouvais de mangeable dans les poubelles et les décharges publiques.
N.D : Votre enfance n’était pas joyeuse, c’est vrai. Mais, elle est tout pleine d’espoir et de couleurs qu’avec votre façon de faire des mixtures, vous avez fait toute une Vie… Mais de là à être l’excellent peintre que vous êtes, comment cela s’est-il produit ?
A.Z : Le hasard !... Je me rappelle un matin, pas comme les autres. C’était l’hiver et il faisait très froid. J’avais faim. Il n’était pas encore sept heures et je faisais les poubelles pour trouver quelque chose à manger. Devant une porte d’une famille française, face au cimetière chrétien, j’ai trouvé une vieille boite de peinture à l’eau, déjà entamée... En étalant, par instinct, de la couleur avec mes doigts sur un vieux carton, j’ai vu apparaître des couleurs qui m’ont ravi. Les mélanges obtenus par hasard m’avaient fasciné... D’un blanc et d’un rouge, un rose parut par enchantement... D’un bleu et d’un jaune un vert prit forme... Ce fut pour moi une immense joie. Cette découverte m’amusa et occupa mon esprit. Elle m’avait fait oublier pendant quelques instants ma faim et ma désolation. Ce mélange des couleurs a été le déclic qui déclencha spontanément ma passion et ma sensibilité pour la peinture.... Plus tard, toujours par instinct, par amour, par plaisir, je passais des heures à noircir les murs avec du charbon en dessinant les personnages de bandes dessinées que je trouvais dans les poubelles ou que j’achetais devant la porte du cinéma Vox : Zorro avec son masque, des cow-boys sur des chevaux, des indiens coiffés de leurs plumes, Tarzan et ses animaux sauvages... Lions, singes, éléphants, girafe...Je dessinais n’importe quoi sur n’importe quel support, surtout sur les portes des écoles... Cela émerveillait les enfants de chaque cartier que je fréquentais. J’avais compris alors que grâce au dessin, les enfants des familles riches acceptaient ma présence parmi eux. Mes modestes talents artistiques me permettaient de partager leurs jeux, leurs discussions et leur goûter... Au fond de moi-même quelques choses s’étaient ancrées ou avaient bourgeonné. Je me sentais devenir autre. Il s’est produit un remarquable revirement chez les parents de mes petits camarades, quand ils ont vu mes dessins... quand ils se sont rendu compte que je n’étais pas le monstre qu’ils imaginaient et, au contraire, avaient découvert en moi une sensibilité et un soupçon de don, ils me témoignèrent de la sympathie et les sourires avaient remplacés les brimades... Les mots d’encouragement s’étaient succédé aux injures...
N.D : C’est magnifique !...
A.Z : Depuis, j’ai eue la chance d’exposer dans les meilleures galeries du Maroc et aussi en Europe, Paris et Berlin entre autres. Mes œuvres sont actuellement chez de nombreux collectionneurs, tant marocains que chez les étrangers. Vous pouvez les voir actuellement dans les banques et dans les hôtels.
N.D : C’est l’audace qui paye et ça fait plaisir… Vous avez fait bien du chemin… Bravo !
A.Z : Depuis 1994, j’ai déserté les galeries et je présente mes peintures et mes livres directement dans la rue. À bord de ma camionnette bleue qui porte l’enseigne de « L’art qui bouge », j’ai sillonné presque tout le Maroc Je suis allé un peu partout, dans les petits villages du Sud et dans les grandes villes... Rabat, Casablanca, Marrakech où Agadir... Aujourd’hui j’ai posé ma valise à Saïdia...
N.D : Pourquoi justement Saïdia ?
A.Z : Ici, je trouve le calme pour peindre et écrire…En dépit des obstacles et des difficultés que j’éprouve avec certains représentants des autorités, j’expose quand même mes œuvres chaque été dans la rue. Cette manifestation que j’estime une excellente animation culturelle de la rue, reçoit la visite des gens de tous les milieux, les riches comme les défavorises qui font connaissance avec ma peinture et mes écrits... Je pense que l’art et la culture peuvent permettre aux groupes sociaux marginalisés dans notre pays à maintenir une cohésion sociale... L’art et la culture, permettent aux individus de trouver une identification positive qui se situe à l’inverse des conséquences de la non-insertion sociale et de la délinquance...
N.D : Vous avez fait bien du chemin… Bravo ! Mais dites-moi monsieur Zenati, qu’est qui fait qu’un homme comme vous expose dans la rue ? Qu’est qui fait qu’un homme avec votre riche passé et votre expérience opte pour étaler ses œuvres en vrac dans la rue ?
A.Z : Si j’expose dans la rue, c’est pour vaincre cette crainte chez les gens de franchir le seuil d’une galerie d’exposition ou d’une librairie... J’ai exposé dans la rue à Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger, Fès, Meknès et Agadir… Certains responsables de ces villes acceptaient que j’expose dans la rue, d’autre me tolèrent à peine et d’autres me refusent... Il faut dire que si j’ai opté pour exposer dans la rue, parce que tout simplement, il n’y a pas jusqu’à présent de vraies galeries dans les villes marocaines, à part Casablanca et Rabat… Dans les autres villes se sont les encadreurs qui jouent le rôle des galeristes... C’est un véritable nomadisme endémique que nous connaissons nous autres artistes. Jeunes ou moins jeunes, connus ou inconnus, nous sommes tout le temps en quête d’un espace convenable pour exposer. Et dire qu’ils construisent des mosquées et des stades couteux, mais presque rien pour l’art et la culture… J’en avais marre chaque fois de solliciter une autorisation d’exposer difficilement accordée par certains responsables ignorants et insensibles à l’art. Chaque fois, j’ai l’impression de démarcher ma première sortie publique. Quand bien même certains peintres auraient-ils un dossier de presse substantiel et un parcours plus long que les années, ils devraient eux aussi procéder soit par relations interposées soit en faisant des concessions. Et comme un artiste, c’est quelqu’un de vulnérable, ou il admet ce qu’on lui propose comme conditions d’accrochage, c’est-à-dire « offrir » des œuvres ou de l’argent aux uns et aux autres ou alors c’est le rejet… A Saïdia c’est pareil… Et puis, si j’expose ma peinture et mes livres dans la rue, parce qu’ici, comme je viens de vous le dire, il n’y a pas de galerie... Et dire que c’est une ville à vocation touristique... Une ville où l’art est totalement absent. Ici, le touriste bronze idiot. A part la mer et le couscous il n’y a pas autre chose à voir ou à faire... D’ailleurs, ici, certains responsables locaux s’en fichent complètement de l’art et des artistes... Tout ce qu’ils veulent c’est ce remplir les poches de n’importe quelle façon…
N.D : Quels sont les échos des estivants face à votre idée d’exposer dans la rue ?
A.Z : Le public apprécie et vient massivement visiter mon exposition. Il se montre intéressé. Ses réactions sont très rassurantes. Mes visiteurs me donnent assez de temps pour communiquer agréablement avec eux… Ce boulevard de front de mer est devenu un carrefour d’échange, de dialogue et de retrouvailles qui œuvre pour la promotion et le développement des arts plastiques dans cette région et qui vient, comme je viens de vous le dire, combler ce manque criant de galeries à Saïdia.
N.D : Je vois que votre initiative à fait école… D’autres peintres exposent maintenant en plein air, ici à Saïdia et dans d’autres villes du Royaume.
A.Z : Oui, en effet, certains artistes ont suivit mon chemin et exposent dans la rue. Ce qui est désolant, c’est que certains me copient et signent même leur plagiat par mon nom…
N.D : Quelles sont vos sources d’inspiration ? A.Z : C’est très énigmatique comme question. Mes sources d’inspirations sont : mon vécu, mon histoire personnelle. Tout m’inspire… L’amour m’inspire,, la société m’inspire, la beauté du ciel du Maroc, la nature, une discussion constructive… le voyage m’inspire aussi… N.D : Lorsque vous commencez une toile, avez-vous une idée précise de l’aboutissement souhaité ?
A.Z : Pour certaines toiles oui, mais pour la plupart non.
N.D : Est-ce un casse tête de trouver un tire à une toile ? Avez-vous déjà confié cette tâche à une autre personne ?
A.Z : C’est difficile à dire, je crois que pour moi, l’impulsion de la peinture est née grâce aux autres, du fait de vivre en société, il me semble que ma peinture, tend vers le « Nous », vers le « faire ensemble », qui lie le peintre au public. J’essaie parfois de laisser les autres participer, imaginer et donner un titre à une toile.
N.D : Aujourd’hui, à travers le monde, il y a différentes techniques picturales quelle est celle que vous préférez ?
A.Z : La question de la technique, n’est pas trop importante pour moi. Je suis autodidacte et je pense que qu’il faut se donner une certaine liberté pour créer… La liberté de ne pas se laisser enfermer dans des techniques classiques… J’aime les techniques mixtes le mélange de tout dans une seul toile. Les peintres aborigènes en Australie utilisent la terre et la boue dans leurs toiles et dans certaines des miennes, il y a le sable de la plage de Saïdia…
L’artiste m’invita à m’asseoir à coté de lui, m’offrit un thé chaud à la menthe dans un grand verre et aborda avec moi des sujets variés : La vie en France, le Maroc qui bouge, le jeune Roi M VI.
N.D : En tant qu’artiste, que pensez-vous du jeune Roi M VI. _ A.Z : Notre bon et sage Souverain encourage l’art et les artistes. Il fait bouger le Maroc dans le bon sens. Il a choisi pour ce pays que j’aime et pour son peuple la voie des réformes courageuses dans tous les domaines. Ce jeune Souverain ne cesse d’œuvrer pour la prospérité de tous les Marocains et pour la paix et la stabilité dans la région et dans le monde. Quel merveilleux et louable exemple donne aujourd’hui ce Roi dynamique que j’aime et qui est entouré de cette respectueuse et universelle sympathie ! Quel exemple donne le Maroc à d’autres pays à travers le monde qui ont tant de mal à décoller en dépit de leur pétrole et de leur gaze… Ces pays qui ont tant de mal à définir leur propre identité et qui sont toujours à la recherche d’une histoire ! Comme j’aimerais que ces pays s’inspirent de ce qui se fait au Maroc, sous les directives sages et éclairées de notre Souverain ! » L’artiste me parla ensuite longtemps de ces extrémistes musulmans, chrétiens et juifs :
A.Z : Ce n’est que dans un but politique que ces gens endoctrinés endoctrinent à leur tour les ignorants en leur miroitant les splendeurs d’une époque révolue avec le « paradis » en prime. Puis il aborda le conflit israélo-palestinien :
A.Z : Il faut vraiment faire attention à tenir des propos haineux et ne pas confondre judaïsme et sionisme… le premier étant une religion monothéiste pratiquée par des millions de personnes qui sont parfaitement dans leur droit de croire et pratiquer cette religion, le second (sionisme) étant une idéologie raciste, expansionniste, coloniale et fachiste… La question palestinienne est une affaire de colonisation face à une résistance qui veut libérer ses territoires. Le lobby sioniste lui est certes soutenu par des individus à travers le monde qui se disent de confession juive, mais la réalité est que ces individus utilisent la religion beaucoup plus qu’ils ne la respectent ou croient en ses véritables enseignements. Nombreux sont les juifs qui sont anti sionistes, à commencer par les juifs de Palestine qui y vivaient avant l’arrivée des colons, beaucoup d’entre eux se sont exilé, refusent le sionisme et l’occupation et militent en faveur d’un Etat palestinien. Les ashkénazes sont en majorité la source du problème, car persécutés en Europe le siècle dernier et depuis des siècles, sont aujourd’hui en majorité les dirigeants qui promouvaient le sionisme et ses idées. Et bien souvent des austro-hongrois de descendance aristocratique et de confession juive, venus directement de l’Europe avec des idéaux coloniaux ont mis à feu et à sang la terre palestinienne pour y arriver tout en pratiquant la ségrégation envers les juifs séfarades et les autres confessions monothéistes ; chrétiens et musulmans.
L’artiste me donna son opinion sur l’invasion de l’Irak par l’armée américaine… sur ces jeunes marocains qui, à leur risque et péril, pour la recherche « du pain et de la dignité », selon l’expression de mon interlocuteur, traversent la méditerranée dans des embarcations de fortune et nombreux parmi eux se noient à la fleur de l’âge. Il me parla longuement des travaux de restauration et d’« embellissement » d’Oujda et de Saïdia… Aussi du tourisme sexuel qui fait sa brusque apparition dans la région, puis, il me parla du différend entre l’Algérie et le Maroc, de la fermeture des frontières entre ces deux pays :
A.Z : Vous savez, mademoiselle… Beaucoup de faits, dans l’Histoire des Algériens qui avaient trouvé refuge chez nous à Oujda et dans l’ensemble du Maroc, durant la guerre d’Indépendance d’Algérie, restent dans le non-dit… Beaucoup d’événements qui ont marqué les Oujdis à vie restent à l’intérieur d’une zone d’ombre voulue ou par manque de témoignages.
N.D : Et vous, vous en savez quelque chose sur ces « événements » que vous dites ?
A.Z : J’ai abordé ce sujet dans certains de mes livres…. J’étais jeune à cette époque où Oujda était dominée par la forte colonie algérienne, mais je me souviens de tout ! Je me souviens aussi de la guerre entre les Moudjahidines algériens et l’armée française. Chaque soir, au-delà de Ras Asfour, du Djebel Sidi Boussaïd, les montagnes qui entourent Oujda et qui font frontière entre le Maroc et l’Algérie, la bataille faisait rage. Le grondement des canons, les détonations des grenades et les tirs des mitraillettes étaient entendus dans tous les quartiers comme s’ils étaient à l’intérieur de la ville même. Je me rappelle, la nuit, je voyais dans le ciel des boules de feu qui précédaient les explosions, et comme un feu d’artifice, les balles des armes automatiques partaient dans toutes les directions et leur luminescence se mélangeait dans le ciel avec celle des étoiles lointaines... De puissants projecteurs balayaient les rues sombres de la ville. Mon quartier, Rue Maâzouza, était de temps à autre éclairé par de puissants projecteurs comme si c’était le plein jour. Au début, bien sûr, cela m’effrayait. Je me demandais, si l’armée française n’allait pas un soir braquer ses canons et toutes les foudres de ses armes infernales sur ma ville, mais avec le temps, j’ai compris que les braves moudjahiddines lui donnaient suffisamment de fil à retordre dans les montagnes d’Algérie pour qu’elle pense à utiliser ses armes et ses munitions contre ma ville. A la longue, comme tous les habitants d’Oujda, je me suis habitué aux détonations et aux sifflements des balles... C’était presque comme un spectacle... Je venais d’être recruté comme aide-soignant à la santé publique. L’hôpital d’Oujda était réservé aux moudjahidines algériens blessés. Il n’y avait pas un seul médecin marocain. A part quelques français et espagnols, tous étaient algériens. A cette époque, le F.L.N. (Front de Libération National) s’activait fébrilement à Oujda. De gré ou de force, il plaçait trois à six moudjahiddines dans chaque famille d’origine algérienne de la ville. Les artificiers du F.L.N fabriquaient de puissantes bombes artisanales à l’intérieur des maisons dans les quartiers populaires. Plusieurs d’entre elles éclatèrent accidentellement, Aucun journaliste n’a apportait son témoignage de ces nombreuses d’explosions qui furent des dizaines de victimes parmi les Oujdis... Aucun historien ne parla non plus de cet avion français venu du territoire algérien et qui largua ses bombes sur une caserne tenue par l’armée algérienne en plein centre ville d’Oujda.
N.D : J’ai entendu dire qu’il y avait beaucoup de refugiés algériens à Oujda… _ A.Z : En effet… des centaines de familles algériennes avaient fuit la guerre d’Algérie qui faisait des massacres parmi la population civile. Je me rappelle ce matin où j’ai vu arrivé à Oujda toute une marrée humaine… Ce jour-là, il faisait froid et la pluie tombait par averses. Femmes, enfants et vieillards traversaient la frontière par les routes, les campagnes, les oueds, enfin par tous les chemins qui mènent à Oujda, Ahfir, Beni-Drar, Touissit, Aïn Beni-Mathar, Tendrara, Bouaffa et Figuig. Ces malheureux algériens étaient exténués et affamés, après des jours de marche à travers la montagne où les massacres étaient permanents. Les enfants pleurnichaient. Les adultes étaient affolés avec des yeux effarés. Ils venaient des villes et des villages algériens avoisinant le Maroc et même des villes lointaines. Balluchons dans les mains et valises sur la tête, enfants sur le dos, ils avançaient sur les routes, sous la pluie en marchant sur la boue. Certains avaient une famille d’accueil et d’autres s’installaient n’importe comment et n’importe où… dans les vergers, les jardins publics ou carrément dans la rues. D’autres encore s’étaient organisés entre eux dans des campements de fortune. Ils vivaient, mangeaient, dormaient à même l’asphalte. Une odeur de peur et de misère, une odeur inhumaine, presque animal, s’élevait de ce troupeau hagard, chassé par les colons et par l’armée française de chez eux... Ils racontaient que des centaines d’hommes qui n’avaient rien à voir avec les moudjahiddines étaient égorgés par des soldats algériens sous le drapeau tricolore. L’Arabe tuait l’Arabe. Tel était le mot d’ordre du colonialisme français. Comme ailleurs, entre tutsies et Hutus, le service d’action psychologique de l’armée française s’activait dans la zizanie entre les arabes et les berbères… Pour faire parler les suspects, la torture n’avait pas de limite. Certains kabyles endoctrinés par l’armée et chauffés à blanc étaient sans merci pour leurs compatriotes… Ils furent des centaines de victimes dans des massacres aveugles que rien ne pouvait contenir. Les réfugiés racontaient que certains éventraient les mères, piétinaient les fœtus et les découper en morceaux… D’autres ajoutaient que des bébés étaient écorchés à vifs, devant le regard de leurs mères… des enfants, symboles de l’innocence, étaient dépecés, carbonisés par les égorgeurs entraînés par les légionnaires. Des femmes et des gamines en bas âge étaient, volées puis massacrées sauvagement. C’était inhumain… Les Algériens étaient plongés dans le désespoir le plus total. Ils savaient, qu’ils n’avaient aucune chance de revoir vivants les leurs laissés en Algérie. Je n’étais qu’un enfant et j’étais sensible à cette souffrance de ces réfugiés algériens traqués qui fuyaient la mort. En plus des bruits des armes lointains, les cris des enfants, les plaintes des vieillards, les larmes des femmes rendaient les jours et les nuits d’Oujda tristes et interminable. Après cent trente ans d’occupation, l’Etat français, avec le décret Crémieux, à donné la nationalité française à tous les juifs d’Algérie, 130 000 personnes environ ; tandis que la population Algérienne musulmans vivait toujours exploitée par les colons. Les algériens n’avaient aucun droit dans la terre de leurs ancêtres. Ils subissaient toutes les injustices, les vexations et les privations. Ils étaient tous opprimés par les colons, l’administration et l’armée française.
N.D : Vous êtes une mémoire vivante, monsieur Zenati…
A.Z : Je ne suis pas historien, j’ai juste des souvenirs à raconter… Si certains réfugiés optèrent pour s’installer dans le centre du pays, la plupart avaient préféré s’établir à Oujda, Ahfir, Berkane, Aïn-béni-Mathar, Taourirt, Nador et d’autres villes proches de l’Algérie où ils n’étaient guère dépaysés. L’accent oriental est identique au parler algérien et des décennies marquées par un va-et-vient incessant. Marocains et algériens avaient fini par créer des liens solides des deux côtés de la frontière.
N.D : Est-ce que les Marocains étaient solidaires avec ces Algériens qui venaient en masse ?
A.Z : Durant la guerre d’Algérie, les Marocains, n’avaient jamais caché leur sentiment de compassion et de solidarité avec ceux qu’on appelle « Nos frères Algériens ». C’était un sentiment humain et fraternel qui régissait les rapports avec ces malheureux qui arrivaient à fuir l’horreur des massacres et l’insécurité qui régnaient là-bas, en Algérie.
N.D : Combien étaient-ils ?
A.Z : Difficile de répondre. Lorsque des milliers quittent leur pays en viennent en masse, de manière informelle échappe, en principe, à tout décompte.
N.D : Ils étaient donc si nombreux ?
A.Z : Oui ! Et plus la guerre se prolongeait, plus elle faisait des massacres, plus le mouvement s’accélérait.
N.D : Est-ce que ces réfugiés algériens avaient rencontré à Oujda un bon accueil par les autorités marocaines de l’époque ?
A.Z : Oui... Et l’accueil par les autorités marocaines, et l’amitié des Oujdis. Ils avaient trouvé chez nous la sécurité et le calme.
N.D : Qui s’occupait d’eux ?
A.Z : Nombreuses étaient les organisations non gouvernementales qui leurs venaient en aide. Entre autre, les quakers des Etats-Unis, les volontaires Suisses et les donateurs Belges…

N.D : Les réfugiés étaient-ils mélangés tout naturellement avec la population marocaine locale ?
A.Z : Oui... La plupart d’entre eux avaient trouvé du travail. Avec le temps, beaucoup gagnèrent assez d’agent et achetèrent des maisons et des fonds de commerce. Certains ont pu acquérir des immeubles, des hôtels et des fermes au Maroc qui, jusqu’à nos jours restent leurs propriétés. Parmi les enfants des réfugiés, beaucoup étaient devenus mes amis... Aujourd’hui je déplore avec beaucoup d’amertume la fermeture des frontières terrestres depuis 1994. Les familles marocaines ont deux choix pour se rendre en Algérie : aller à Casablanca et prendre un avion ou emprunter une voie moins légale en franchissant clandestinement les frontières. Je déplore aussi avec tristesse cette incorrigible position politique algérienne qui continue avec obstination de soutenir cette bande de séparatistes qui se donne le nom de « Polisario ». Les responsables algériens, perfides et ingrats, ont oublié le soutient du Roi du Maroc et de son peuple à leur cause nationale et soutiennent injustement ces perdants au détriment des intérêts réels du peuple algérien, à savoir la normalisation définitive de ses relations avec le Maroc… Pourtant, le peuple algérien et le peuple marocain ne sont qu’un seul et même peuple !...
N.D : C’est finalement cette affaire du Sahara qui bloque tout entre les deux Pays.
A.Z : C’est une épine douloureuse dans le pied qui empêche tout le Maghreb d’avancer… Mais enfin, dites-moi, mademoiselle ! Pourquoi ne parle-t-on que du « Sahara Occidental », qui, tout le monde le sait, historiquement et juridiquement, est une terre marocaine ? Mais pourquoi ne parle-t-on jamais du "Sahara Oriental" qui se trouve dans le territoire algérien et qui est si riche en pétrole et en gaz ? Souvenez-vous, lors des négociations d’Evian, le colonialisme français ne voulait pas lâcher le Sahara « algérien ». Et puis, pourquoi parle-t-on du peuple sahraoui et du référendum juste du côté marocain et pas de celui du côté algérien ? Il faut être logique tout de même ! Pour moi, toute cette affaire du Sahara n’est qu’une sorte de bombe à retardement laissée par le colonialisme pour envenimer les relations entre les deux pays frères… Grave affaire qui risque, tôt où tard, de mener les deux pays droit vers une guerre fratricide… Une guerre qui ne profite qu’aux ennemies des magrébins et des musulmans. L’Algérie n’a pas à jouer au gendarme dans la région et les frontières ne devront même pas exister. C’est une honte qu’elles restent fermées. Leur ouverture créera une grande zone économique, les entreprises pourront s’installer aussi bien au Maroc qu’en Algérie en fonction des avantages complétifs de chaque pays… Ce que j’ai pu relever tant chez les marocains que chez les Algériens que j’ai rencontrés, c’est un sentiment d’amertume et d’impuissance devant une situation où des considérations politiques entre deux pays voisins influent sur les relations familiales.
N.D : Je suis certaine, qu’au fond de chaque algérien il n’y a pas de mépris ni de rancune pour les Maroc et ça va de même pour leurs frères marocains
A.Z : Vous avez entièrement raison. Le peuple algérien et le peuple marocain s’aiment et s’entendent très bien. C’est les hauts responsables d’Alger qui bloquent tout… Je pense notamment au Président Abdelaziz Bouteflika que j’ai côtoyé un peu durant ma jeunesse à Oujda... Qu’est-ce qui motive cet homme à nier volontairement dans sa biographie officielle d’être né à Oujda ? Il est écrit simplement : « Né le 2 mars 1937 »… Certains biographes de ce Président algérien amnésique ont raccommodé l’histoire pour le faire naître quelques kilomètres plus loin d’Oujda, plus exactement à Tlemcen, dans le territoire algérien… Quel mensonge grotesque et quelle honte !... Comme si naître à Oujda était une tare. Mais Oujda est une ville millénaire qui a un riche passé culturel et héroïque. Jamais les ottomanes qui ont conquit l’Algérie n’ont pu mettre le pied dans cette ville de résistants. Le colonialisme français non plus. Souvenez-vous de la bataille d’Isly… Il fallu des négociations serrées pour que le maréchal Lyautey entre à Oujda en 1907 alors que l’Algérie était conquise par le maréchal de Beaumont depuis 130 ans…
N.D : C’est bizarre tout de même ! Je ne vois pas pourquoi ce Bouteflika nie d’être né à Oujda…
A.Z : Autrefois, j’ai discuté assez longtemps avec lui !... Il venait voir son frère qui travaillait avec moi au service d’ophtalmologie à l’hôpital Maurice Lousteau d’Oujda. Aujourd’hui, Al Farabi. Son frère était d’ailleurs un excellent paramédical. Il lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. Lorsque le future Président venait le voir et, surtout pour voir une belle infirmière marocaine dont il était éperdument amoureux. (Jeunesse oblige) il avait toujours une histoire à raconter. J’ai relaté longuement ce chapitre dans mob récit autobiographique : Al Hogra. D’après une personnalité très fiable dans l’entourage de la présidence algérienne, monsieur Abdelaziz Bouteflika à bien lu mon livre.
N.D : De quoi il parle cet ouvrage ?
A.Z : De l’histoire de la cohabitation entre algériens et marocains à Oujda à l’époque du protectorat français et durant la guerre d’Algérie… Ce livre a engendré beaucoup de polémiques.
N.D : Ainsi, vous me dites que vous connaissez Abdelaziz Bouteflika durant sa jeunesse…
A.Z : Il n’y a pas de quoi être fier, vous savez !... Il faut dire que durant sa jeunesse, cet homme à la tête de l’Algérie, fréquentait un groupe de jeunes Marocains et Algériens qui étaient de véritables fouineurs de bibliothèque. Je pense au poète si Azzouz Bendali, à Brixi Mourad, à Jamal Kachouan… Belkacem Boutouil… à Gaouar Sidamed... Je pense au musicien Ouarad Boumediene. A Cheikh Salah… A Ben Aouda, le chef de la clique municipal d’Oujda. J’étais louveteau au groupe du S.M.A « Scoutisme Musulmans Algériens » et tous ces braves gens venaient nous parler du patriotisme, de l’éducation civique, de la culture, de l’art, et des penseurs et philosophes arabes… Le professeur Bouhassoun nous parlait de la « mouquadima » d’Ibn Khaldoun, de Taha Hocein, de Gibran Khalil Gibran…Il nous disait : « … Il faut savoir aller contre les évidences. Contre cette épouvantable banalité d’un destin tout tracé, plus par la violence des faits que par une vraie décision. Il faut chercher à infléchir le chemin des victimes les plus exposées. Il faut permettre à chacun de trouver sa place dans la société. La vraie exclusion n’est pas seulement la pauvreté. C’est surtout l’ignorance. C’est l’ignorance qui engendre la misère. Alors, il y a trois façons pour changer la vie. La première, l’école. La seconde, l’école. La troisième, l’école. C’est la seule solution pour changer la puissance des faits sur l’enfant et l’arracher à l’évidence de sa condition… »… C’est incroyable… Cet homme était bon. Il avait changé ma vie. A travers ses causeries, il m’avait donné le goût du savoir, de la lecture. Le goût d’entreprendre et d’aller jusqu’au bout de mes rêves… Quand monsieur Bouhassoun aimait un auteur, il nous parlait de lui jusqu’au bout. Chacune de ces personnalités algériennes, qui elles, aujourd’hui, n’ont pas honte de dire qu’elles sont nées à Oujda, nous parlait d’un des auteurs, poètes ou homme de science français ou arabe... Je n’allais pas en classe et c’est dans le scoutisme que j’ai appris à m’exprimer en langue française, grâce à si Azzouz Bendali. Cet homme avait une culture encyclopédique pour un instituteur de cette époque. Il était né pédagogue. Il avait d’emblée l’intuition des procédés efficaces et excellait à inventer des formules mnémotechniques qui permettaient à chacun de discipliner sa mémoire. A chaque réunion de groupe, il nous lisait quelques passages des ouvrages de Louis Ferdinand Céline, Marcel Proust, Fédor Dostoïevski, Apollinaire, Victor Hugo, Balzac, Arthur Rimbaud … Enfin, tous les classiques que lisait ce poète algérien qui vit actuellement en Suisse. N.D : Quel souvenir gardez-vous de Abdelaziz Bouteflika ?
Je me souviens... Lorsqu’il venait voir son frère, au service ophtalmologie, il était toujours vêtu en blue-jean et blouson de cuir, (c’était l’époque de « Sur les quais », de « L’équipée sauvage » de Marlon Brando et de « Autant en emporte le vent » de Clark Gable). Pour épater « son » infirmière, parfois il se prenait pour un acteur et faisait des poses comme son acteur fétiche Clark Gable et parfois il jouait à l’intellectuel et citait de mémoire, et le Coran, et de la poésie arabe et française. Il citait machinalement des pages et des pages de certains auteurs, arabes ou français et il avait déjà cette manie de répéter trois fois la même phrase. Son frère, mon ancien collègue à la santé publique, à qui j’avais offert quelques une de mes peintures, m’invitait souvent à diner chez lui en famille, ainsi je connaissais et la mère de Bouteflika, Lalla Al Mansouria et son père Si Ahmed…
N.D : Que pensez-vous de cet homme, aujourd’hui à la tête de l’Algérie ? Personnellement, je suis marocain et je n’ai pas à me mêler de la politique algérienne, mais si j’avais mon mot à dire, je dirais volontiers que c’est bien dommage que cet ancien Oujdi fait main basse sur ce riche Pays et s’incruste pour le présider à vie... Il était peut-être bon une ou deux fois comme Ministre des Affaires Etrangères de son pays, mais je pense sincèrement qu’il n’a jamais était fait pour être Président... Rien n’a beaucoup changé depuis qu’il dirige ce pays. Le riche est devenu plus riche et le pauvre encore plus pauvre… Et puis il est déjà vieux ! L’Algérie à besoin de sang neuf… Parmi ses hommes et ses femmes, il y en a de véritables intellectuels et de personnes aptes à faire ce métier. Beaucoup d’algériens sont vraiment compétents pour conduire ce "bateau" vers la prospérité...
N.D : Si vous auriez l’occasion de rencontrer Bouteflika, qu’est-ce que vous lui diriez ?
A.Z : Je ne pense pas que j’ai envie de rencontrer cet homme, par contre, j’aimerais bien lui écrire un jour une lettre ouverte.
N.D : Que lui diriez-vous ?
A.Z : Je lui dirais tout simplement : « Monsieur le Président... Vous et moi, nous avons presque le même destin. Moi, rien ne me destinait à être « artiste peintre » et vous, rien ne laissait prévoir qu’un jour vous allez être le « Président de le République Algérienne ». Le jour où vous étiez élu, tous les Oujdis, qui vous considèrent toujours comme un des leurs, étaient fier de vous et de votre réussite. Monsieur le Président, puisque vous êtes à la tête de ce respectable Pays, je peux me permettre, en toute fraternité, de vous dire de tout faire maintenant pour instaurer un climat d’apaisement entre votre pays de naissance, le Maroc et votre pays d’origine l’Algérie. Ne perdez pas cette belle occasion qui vous est offerte de rentrer par la grande porte de l’Histoire Universelle comme un homme de sagesse, un homme de paix… Vous qui êtes né et avez grandit à Oujda… Vous, qui Aujourd’hui, vous dirigez ce grand Pays respecté, ce pays d’un million et demi de martyres, ne perdez pas cette opportunité d’être le réconciliateur qui rapproche les deux peuples frères. Soyez, Monsieur le Président, le ciment catalyseur qui soude et solidifie la fraternité entre Marocains et Algériens. Dans sa sagesse et sa clairvoyance, Sa Majesté Mohamed VI, notre souverain bien-aimé, vous tend la main fraternellement pour instaurer ce climat de paix tant souhaité par les peuples maghrébins. Le Souverain désire vraiment unifier le grand Maghreb. Nous sommes tous des musulmans, monsieur le Président. Nous croyons au même Dieu, nous lisons le même Coran, nous parlons la même langue, nous fêtons les mêmes jours religieux et nous avons le même destin. Le Maghreb-uni c’est peu être pour certains une utopie mais moi j’y crois très fort. Arrêtons ce nationalisme qui nous divise, monsieur le Président... Souvenez-vous, de ce groupe d’intellectuels Algériens d’Oujda que vous connaissez si bien et qu’aucun historien algérien n’évoque à présent. Souvenez-vous, ils étaient de fervents hommes de paix et des bâtisseurs qui avaient, avec leurs frères Marocains, posé les premières pierres pour l’édification du grand-Maghreb. Souvenez-vous du docteur Lazrak, du docteur Haddam, du docteur Clouch... Souvenez-vous du docteur Soufi, du pharmacien Abdelatif Abrous, du transitaire Abbas, du tailleur Kh’lil… Souvenez-vous des professeurs Hassini, Berezgui, Almoutaouakil et Kébir…Ne faut-il pas rester attaché et fidele à la vision de ces Algériens d’Oujda et de ces Marocains qui avant partagé avec leurs frères algériens le même combat pour libérer leur Pays du joug du colonialisme ? Monsieur le Président... Vous-même qui êtes né à Oujda, ne viviez-vous pas vous et les vôtres en parfaite harmonie avec vos amis scouts Marocains du groupe Hassania ? Souvenez-vous aussi du collège Abdelmoumen où vous avez étudié Souvenez-vous de vos camarades marocains de classe… Belgaïd, Boulouiz, Osman, Rochdi, Ben Mira… Monsieur le Président... Personnellement, ayant voyagé a plusieurs reprises en Algérie, sur invitation des autorités algériennes, à des fins artistiques, je voudrais sincèrement témoigner de la chaleur de l’accueil qui m’y a été réservé par ce peuple accueillant et fier… Monsieur le Président... quand on voit comment les allemands, les belges, les italiens, les polonais... se rapprochent au sein de l’Union-Européen et ce avec tous les points de divergences qu’on leur connait, aussi bien culturels, religieux que politique. Alors que nous, deux nations sœurs n’arrivons pas a nous entendre ca m’attriste, ca m’attriste, ça m’attriste, « comme vous, je répète trois fois les mots »… Oui ça m’attriste ; d’autant plus que si le colon avait tracé la frontière entre nos deux pays un peu plus a l’est ou un peu plus a l’ouest, je serais aujourd’hui d’origine algérienne ou mes cousins de Marhnia seraient marocain. C’est vraiment des foutaises… Monsieur le Président... Marocains et Algériens se tournent le dos, pendant ce temps, d’autres ont marché sur la lune, vont marcher sur mars, cherche des vaccins contre le cancer... Le poète Mouloud Maâmmerri qui est bien votre compatriote avait dit : « Quand trop de sécheresse brûle les cœurs, Quand la faim tord les entrailles, Quand on bâillonne trop de rêves, C’est comme quand on ajoute bois sur bois sur le bûcher. A la fin il suffit du bout de bois d’un esclave pour faire dans le ciel de Dieu, et dans le cœur des hommes, le plus énorme incendie » Assise à côté de l’artiste qui dédicace ses livres et vend ses peintures aux passants, je me sentais bien dans ma robe légère d’été. J’étais tout le contraire de la « journaliste choc » que l’on voit à la télévision, au cinéma ou que l’on décrit dans les romans policiers.
N.D : Vous écriviez depuis combien de temps ?
A.Z : Depuis toujours… Du moins dans ma tête. Pour le dire vite. Les premiers textes qui, si on peut dire, ont été publiés dans la revue de la foire d’Oujda. C’était en 1970, j’avais 33 ans. De se voir imprimé pour la première fois, moi qui n’avait jamais fréquenté l’école, c‘est une émotion assez disproportionnée quand on mesure le plaisir qu’on éprouve aux quelques lignes qui ont mérité de la typographie. Par la suite, j’ai publié à peu près régulièrement des articles dans le quotidien l’Opinion. J’étais pour un certain temps le correspondant régional. Il m’a fallu plusieurs années pour vraiment trouver une forme qui corresponde à ce que j’avais envie de faire. J’ai commencé à me sentir plus à l’aise en 94, quand j’ai commencé à écrire mon roman autobiographique : Les cigognes reviendront-elles à Oujda ?. L’artiste me renseigna sur des questions techniques de sa peinture : collage, répétition des œuvres, liberté d’expression artistique, la beauté et le sens de la création, la couleur, le geste, la matière, la lumière, la forme… et le rapport entre l’écriture et la peinture… Dès la première minute de ma rencontre avec Abderrahmane Zenati, j’ai senti en lui un homme à l’esprit ouvert. Un peintre en perpétuel mouvement, qui est confronté en permanence à ces situations de création et d’exposition… de vendre surtout ses toiles aux touristes pour vivre, car, seule la peinture est son gagne-pain, me précisa-t-il. Il m’a ensuite invitée à faire un tour à Saïdia by night inondée de jeunes émigrés déambulant et parlant haut et fort dans une ambiance de relents de frites et de l’assourdissante musique raï… Puis, en toute amabilité, l’artiste me convia à visiter sa petite maison. Je ne sais si c’est par goût de découverte, par besoin de communication, ou je ne sais quoi, comme on se jette à l’eau, j’ai dis oui à cet homme qui m’inspirait confiance et je suis partie avec lui dans un quartier dont les touristes ne connaissent pas l’existence. Un quartier qui incarne la fracture irréductible entre les riches marocains privilégiés et les pauvres oubliés et exploités… Un désordre indescriptible, régnait chez l’artiste. Des dizaines d’œuvres s’étalaient ici et là toutes pétries d’un talent fou ou d’un talent de fou, comme vous voulez. Il semble produire ses tableaux comme Renault fabrique ses voitures. Des dizaines de toiles de toutes les formes aux couleurs chocolat sombre mais belles, des configurations généreuses donnant un relief agréable à l’œil. Des morceaux de cuivre de toutes aspects incrustés dans la matière, des têtes de chevaux démoniaques, des compositions abstraites tout droit sorties de la subconscience et sans continuité d’un thème à l’autre. M’observant du coin de l’œil et voyant en moi une femme visiblement intéressée par ses toiles, sans doute pensa-t-il trouver en moi une cliente potentielle, il entra dans une longue explication théorique :
A.Z : Vous savez, mademoiselle, peindre et écrire n’est pas aussi facile qu’on le croit… il y a un temps de peindre et un temps de méditer… Personnellement, après chaque exposition, je traverse une période de confusion et de désordre intérieur. Selon l’importance de l’événement, il me faut quelque jour ou plusieurs semaines pour prendre de la distance. Je n’arrive plus à peindre, je ne peux rien décider ni organiser. Je suis entre parenthèse. Je n’arrive même pas à réfléchir, mes idées vont dans tous les sens, en ordre éparpillé. Si je tente de faire quelque chose sur le plan concret, je produis des catastrophes et, en plus, c’est extrêmement pénible. Alors, j’accepte de « perdre du temps ». J’entre dans une période qui me place hors du temps… Un temps qui me paraît extérieure à la trame de mon existence.


 
P.S.
 
 
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2 commentaires
  • C’est à Alger que j’ai lu AL HOGRA. d’Abderrahmane Zenati.. Ce livre, écrit par un marocain avait toute chance d’être considéré, en Algérie, comme une indécente provocation. Songez que l’auteur parle de l’histoire avec un grand H... domaine qui n’est pas de sa compétence. Or, loin d’être relégué dans l’enfer de la littérature anti-algérienne, cet ouvrage a été jugé recevable par l’opinion algérienne éclairée et il a fait l’objet d’un véhément débat. Sans doute cela tient-il, d’abord, au sérieux reconnu des recherches de cet artiste peintre autodidacte. C’est en recourant, en effet, à une documentation considérable qu’Abderrahmane Zenati avait pu écrit Al Hogra..

  • Pourquoi la critique au Maroc ignore-t-elle l’artiste peintre et écrivain francophone Abderrahmane Zenati ??? Ce grand monument de l’art et de la culture dans notre ville et notre région, peint comme il respire. Sa soif de créer est intarissable. Artiste qui s’exprime sans tabou et sans frontière, son monde est sans limite. Avec sa palette magique et de sa plume audacieuse, il nous fait rêver et nous transporte dans la quatrième dimension.

    Cet artiste de chez nous qui, depuis sa tendre enfance, aime tout ce qui touche a l’art, nous offre une peinture élégante, comme une leçon de beauté, de vérité et de bonheur.
    Il nous offre à travers ses livres le plus bel hommage rendu à notre ville.
    Les sujets de prédilection qu’il peint sur la frontière du réel, avec une peinture résolument contemporaine jusque dans sa matière, sont les rues animées d’Oujda. La beauté et les couleurs de la médina, les visages sillonnés de rides des hommes et des femmes fiers de cette ville. Les chevaux pur sang de la région.

    A travers ses ouvrages nous retrouvons notre oasis Sidi Yahya tel qu’il était autrefois, lieu magique qui berça nos plus belles années.

    On est irrésistiblement attiré par l’art de la description de ce sorcier de la plume qui, avec ses phrases ciblées, a su arrêter le temps à l’heure de l’éternelle fraîcheur et charme du maroc-oriental.
    Dans ses livres, Abderrahmane Zenati nous propose l’histoire, les traditions, les coutumes et tout l’héritage culturel de notre charmante région. En peintre qu’il est, il brosse Oujda quartier par quartier à la manière des impressionnistes, les couleurs d’une amitié régnant en maîtresse absolue sur cette ville qu’il aime tant. Son art consommé de la description des scènes pittoresques de la rue a su nous émouvoir grâce à des phrases empreintes de sensibilité et de nostalgie.

    Dans chacun de ses 160 magnifiques ouvrages, il nous invite par la lecture à revivre la prodigieuse aventure des gens de chez nous, Abderrahmane Zenati nous entraîne dans un tourbillon émotionnel, nous aidant à revisiter nos quartiers, nos cités, nos jardins, nos cafés, le décor de notre exceptionnel destin.
    Cependant, c’est le souvenir et l’hommage rendu aux habitants d’Oujda qu’il faut surtout relever dans ses écrits. Abderrahmane Zenati il a su éviter la mode et le snobisme des mots pour faire revivre dans nos mémoires endolories une ville que ni l’éloignement, ni le temps ne pourront effacer.

    En dépit de ses nombreuses expositions tant au Maroc qu’à l’étranger, en dépit de sa forte production de toiles expressives et fascinantes cet artiste qui, peint depuis plus de cinquante ans, demeure cantonné dans l’ombre à Oujda, sa ville natale, loin des projecteurs qui mettent en lumière les autres artistes du Royaume. En dehors de Rachid Nini qui a réalisé avec lui la remarquable émission Nostalgia, les journalistes marocains ne parlent jamais de ce fils de l’Oriental qui, sous sa modestie et sa discrétion apparentes, cache un talent puissant et confirmé, une forte humanité et une fraternité sincères…
    Pourquoi la critique marocaine ne s’intéresse-t-elle pas à cet autodidacte, dans le vrai sens du terme, auteur de plus de 160 ouvrages, dont l’un fut choisi par l’académie de l’Oriental pour l’examen du baccalauréat pour des milliers d’élèves ???
    Pourquoi la presse tourne-t-elle le dos à ce doyen des artistes de la région de l’Oriental qui aime les gens et encourage les vocations en herbe ???
    Zenati reste pour nous une véritable mémoire vivante d’Oujda. Avec sa sensibilité touchante et son inspiration inépuisable, il crée pour nous des toiles expressives et richement colorées… il rédige pour nous des ouvrages remarquables, écrits d’une plume trempée dans la sève de l’émotion poétique.

 
 
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