Benoît XVI, rêveur et gaffeur

Tout le monde a déjà pris la mesure de la vague d’indignation qui a suivi la déclaration de Sa Sainteté sur le préservatif et le Sida. Après les autres bévues de ce Pape qui prend un malin plaisir à alimenter les controverses, on se demande quelle autre ineptie il inventera pour perdre encore plus de sa crédibilité, sérieusement entamée.

Un vœu pieu ! C’est tout ce que ce moraliste qui s’est trompé en mettant le préservatif à l’index (sait-il où ça se met une capote ?) propose comme solution au Sida. Je le cite : « La solution peut être double, l’humanisation de la sexualité et une vraie amitié envers les personnes qui souffrent ». Bon ! « L’humanisation de la sexualité » relève du doux rêve. Quant à « la vraie amitié entre les personnes qui souffrent », cela ne veut rien dire et en tout cas on ne voit pas bien quelle solution cela pourrait apporter pour limiter la contagion. Autre ineptie « on ne peut pas régler le problème du sida avec de l’argent ». Certes Benoît, mais ça aide, non ? Ne serait-ce qu’à faire de la prévention et distribuer des préservatifs à bas prix. Le rêveur du Vatican, lui, propose probablement d’essaimer, là où frappe ce fléau, des milliers de religieux qui vont enseigner comment on peut humaniser la sexualité. Vingt ans plus tard et des centaines de millions de morts du sida enterrés, personne ne connaîtra la recette pour humaniser leur sexualité.

Quand en finira t’on, en ce XXIème siècle de tous les périls pour l’humanité, de se tourner vers de pompeux et ignares gurus pour éclairer les sociétés ? Les centaines d’associations, les dizaines de milliers de personnes qui parfois ont dédié leurs vies pour lutter contre le sida vont devoir faire face à un handicap supplémentaire de taille, la position de l’Église sur le préservatif. Le décalage de l’Église, représentée par son Pape, est ahurissant.

L’Église et la religion sont des réconforts pour ceux qui souffrent, et tant mieux si on se sent mieux après une bonne confession et la pénitence qui va avec. Écouter des sermons instructifs, se recueillir dans l’atmosphère propice d’une église, pourquoi pas ? Envoyer ses gosses au catéchisme, très bien ça pourrait leur inculquer quelques principes utiles. Mais comment écouter sans rire ou sans pleurer les stupidités prononcées par des religieux sur la sexualité, sujet sur lequel ils ne sont pas toujours les plus expérimentés.

C’est sûr que si un pauvre, en Afrique ou ailleurs, se sert d’une capote et la refile à ses potes pour qu’ils s’en resservent à répétition avec des partenaires différents, il y a grand danger. Mais ça, justement, on peut l’éviter par la prévention et la formation. Tandis qu’aller leur raconter qu’ils feraient mieux d’humaniser leur sexualité, tu vois la tronche qu’ils feraient dans les classes face aux religieuses en cornettes ?

Bref ! Benoît XVI a, une fois de plus, perdu une bonne occasion de se taire. À moins qu’il pense, comme disait Coluche, que ce n’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule. Sa Sainteté est encore jeune. Aussi aurons nous sûrement des dizaines d’occasions de goûter à ses réparties caustiques et d’apprécier ses positions éculées. Amen !

Ashoka


 
 
 
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