Instrumentaliser la liberté et la souveraineté d’un peuple, c’est l’insulter et le trahir !

Du Tibet à l’Iran, dialectique sémantique de la théocratie en Occident.

C’est toujours on ne peut plus comique que de voir les préposés officiels au ridicule, les amuseurs publics, prendre le ton du sérieux ! Je cite cette masse d’acteurs d’Hollywood, ces totems simiesques d’un monde virtuel, sortir de leur virtualité pour agir dans la réalité, comme des agents d’opinion et guides de la conscience sociale internationale ! En effet, le cinquantième anniversaire de la révolte tibétaine alors réprimée par la Chine, a donné lieu, la fin de la semaine écoulée, à un train de soutiens hollywoodiens qui, soudain, nous rappellent la nature scénique-spectaculaire de la relation des occidentaux avec le peuple tibétain via l’opinion publique mondiale. Car il s’agit de cinoche et d’effets spéciaux pour les spectateurs et auditeurs de nos sociétés occidentales, afin de manifester par une sorte de surfait d’apparence de moralité, leur solidarité au mouvement monacal de libération du Tibet des griffes de la Chine au nom de la « démocratie ».

Aujourd’hui, toutefois, mon propos ne concerne pas l’aspect tout à fait tape-à-l’œil de l’appui hollywoodien au Dalaï-Lama, présenté à grands coups de spots médiatiques et en grande pompe en ces temps de commémoration, mais de la variation dénotative du concept de théocratie et de la réalité à laquelle elle est censée renvoyer, en vue de nourrir les connotations voulues dans l’opinion publique.

Le fait est que le Tibet constitue ouvertement une théocratie, chose que l’occident combat férocement en Afghanistan, abhorre en Iran et prévient craintivement dans tout le monde islamique, mais qu’il proclame délibérément acceptable voir idéal au niveau du bouddhisme tibétain. Nous sommes donc en face d’un criant cas d’incohérence axiologique, d’impropriété logique et d’imposture sémantique, où la défense de la « démocratie » brandie comme Valeur inviolable, passe en même temps par la réprobation et l’approbation du même phénomène, rien que par sa nuance géographique et idéologique. Qu’on ne s’y trompe pas, la nature de l’état islamique d’Iran ou de l’Afghanistan des talibans renversés et actuellement combattus militairement, est la même que celle du Tibet bouddhique : c’est de la Théocratie. En dépit du fait que Hollywood soit devenu la nouvelle paroisse des fidèles et des saints du Dalaï- Lama, quelle différence de nature entre la fonction de ce dernier et celle des ayatollahs ou mollahs ?

La nature essentiellement religieuse de la théocratie où le pouvoir hiératique des ministres de la religion prédomine celle des élus et/ou fonctionnaires laïcs de l’état (quand ces fonctionnaires laïcs existent), est à l’opposé de la « démocratie formelle » séculière de nos ploutocraties occidentales dont la carte de visite est essentiellement le choix des individus de partis présélectionnés par ces partis selon des intérêts oligarchiques mais laïcs, pour être ensuite proposés au vote du peuple dans des élections considérées comme expression de la volonté populaire voire nationale.

Cela nous amène donc en philosophie, devant un beau cas de phénoménologie du même fait théocratique à eidétique variable. L’eidétique, cette essence de la nature d’un objet ou d’un fait, est donc l’espace de la nuance et de la différence au-delà du phénomène des faits ou objets franchement différentes ou au contraire identiques dans leur nature globale. C’est le noyau qualitatif et d’adjectivation, c’est-à-dire ce qui permet de qualifier par un prédicat, un adjectif, la même essence nuancée quoique pérenne d’un phénomène. Ici, la nature théocratique dans l’islam aurait donc une essence différente dans sa nuance de la nature théocratique dans le bouddhisme ! La première violente et tyrannique ; la seconde, paisible et bienveillante ! Mais là, le public doit comprendre que nous sommes dans le prétexte du jugement de valeur de l’idéologie impérialiste occidentale qui n’a que faire de l’émancipation ni de l’Iran ni du Tibet, sinon que de défendre son hégémonie et ses intérêts de tous ordres par toutes sortes de bruits trompeurs et d’apophtegmes prétendument moraux.

Ainsi, une théocratie islamique est haïssable parce que non « démocratique » alors qu’une théocratie bouddhique s’avère souhaitable puisque « démocratique ». La contradiction dans les termes entre théocratie et démocratie semble ne pas déranger un occident qui nous a habitués chez lui au mensonge de la Ploutocratie produite en démocratie par l’idéologie. Seule la finesse argumentaire et le miracle sémantique des tenants du pouvoir de l’occident ont pu donc réaliser une diplomatie internationale aussi discriminatoire au nom justement de l’égalité des nations, tout en y ralliant des nobélisés de la paix, des saltimbanques hollywoodiens, des journalistes pétris de « droits de l’homme », des spécialistes de tous horizons et des intellectuels de tous acabits.

De l’Iran au Tibet, le parcours sémantique de la diplomatie et son idéologie, nous offre un bel objet de constatation de la multitude de références connotatives et herméneutiques auxquelles un seul et même objet peut donner lieu par le sophisme idéologique. Et si pour certains, je n’appuie pas assez le bon Dalaï Lama, c’est parce que je le vois trop aisément pactiser avec le diable occidental pour combattre le démon chinois. Ici, l’instrumentalisation de la cause tibétaine est lapalissade tant elle saute sur les sens ! Or instrumentaliser la cause de la liberté ou de la souveraineté d’un peuple, est trahison de cette cause au départ ! Et quand on sait que les prédateurs et charognards des pires colonialismes, sont les Usa et leurs alliés occidentaux, je m’esclaffe donc narquoisement devant cette instrumentalisation mesquine et crapuleuse du Tibet et du Dalaï-Lama par la bête occidentale à qui je lance un glaviot de mépris, bête occidentale si dégoutamment et crassement matérialiste, qui joue les civilisés spirituels dans cette occurrence politico-diplomatique !

Haro sur les fondateurs de sens, les maîtres de l’idéologie, déviants tyranniques de l’opinion publique et de la faculté des citoyens à comprendre et à juger !

L’heure de la saisie des rapports entre sens et essence des choses, entre dénotation naturelle et connotation idéologique doit sonner, pour que les peuples désinformés soient à même de comprendre ce que les idéologues du pouvoir leur demande d’appuyer ou de récuser à travers les propagandes de la presse. Parmi les sens sans dénotation de nos vocables de sociétés très clivées : paix, justice, égalité, liberté, fraternité…, la position occidentale face à l’eidétique théocratique, allant du Tibet à l’Iran, exprime les implications politiques d’une dénotation à double sens où sévit la vieille discrimination du « deux poids » « deux mesures » pour une même réalité de droit international !

L’occident « démocratique » est-il, dans ses principes, contre la théocratie ? Ce qui serait un cas de violation du droit international d’égalité des peuples et nations souverains de choisir selon le principe d’autodétermination politique, le type d’État qui les gouverne ! Mais dans l’occurrence que nous évoquons, c’est avant tout une question cruciale de sens : notre occident est-il contre le principe de théocratie ou seulement contre certains pays théocratiques qu’il ne contrôle pas ?

Je tiens ici, à être clair, j’appuie, comme les droits du peuple palestinien à un état, le combat des tibétains, étant pour un statut onusien spécial du Tibet sans contrôle étasunien [1] (voir mon article Le Tibet entre rapace et vautour). Toutefois, par souci de sens et d’intellection de la logique élémentaire des faits, il me fallait, chers lecteurs, souligner à votre attention, ces sortes de torsions idéologiques du sens qui altèrent la signification des actes politiques de nos États, dénaturent le jugement collectif et déforment l’opinion des peuples par la manipulation et la désinformation venant du pouvoir en nos soi disant démocraties.

[1]http://www.oulala.net/Portail/spip....

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
Forum lié à cet article

7 commentaires
  • Beaucoup trop d’arrogante certitude de la part de l’auteur de cet article.

    Le bouddhisme ne peut être une théocratie puisqu’il n’y est pas question de Dieu.

    La comparaison avec les théocraties d’origine musulmane est inadéquate.

    L’ouverture d’esprit et le sens de l’universel d’un Dalaï Lama n’a vraiment rien à voir avec l’enfermement d’autres responsables de religions qui peut aller parfois jusqu’à des conflits belliqueux et des guerres au nom d’un Dieu.

    Il n’en reste pas moins que l’occident n’a aucune leçon à donner aux croyants de tous pays et l’on sait bien que l’islamophobie a des racines politico-économiques tout à fait perverses. Il est dommage que le Dalaï Lama soit soutenu par un pays comme les USA, ce qui crée une ambiguïté insupportable. On sait bien que les USA manifestent ce soutien pour des raisons de stratégie politique anti-Chine aussi cyniques que ses stratégies anti-islam..

    • Appelez-le dieu ou divin, dans le Bouddhisme, on est en présence d’un Principe cosmique sacré immanent intelligent et suprême qui, paradoxalement, transcende ce monde dont il prône le détachement tout en appelant les hommes au nirvana. De ce fait, quiconque mène des hommes voire un peuple en tant que moine du Principe cosmique sacré de cette religion "athée" qui n’est quand même pas qu’une philosophie, est un théocrate au moins par la manière.

    • Qu’appelez-vous arrogance, sofia ? Serait-ce le fait que Me C. Loty Malebranche soit objectif, critique, profond et refuse le parti pris occidental pour la théocratie tibétaine ? Vous devriez éviter de vous payer de mot sans conséquence !
      Moi, je lis un article serein qui réfute les confusions entretenues par nos médias. J’en remercie CLM.

      Bien à vous.

      • Je suis en total accord avec cet article et notamment avec les raisons reelles du soutien a l’autodetermination d’un peuple.
        Les positions occidentales n’ont jamais ete, ne sont pas et ne seront jamais basees sur l’amelioration du standard de vie des populations, mais toujours sur ses interets hegemoniques divers jamais annonces, et toujours masques par des foutaises democratiques qui n’ont d’interets que quand... les interets sont sauvegardes.

        Vu d’Afrique, c’est encore plus vrai quand des rigolos comme ce "Clown" de bonhomme qui s’est cru dans "Urgences" et qui flanque de son pere vient faire la lecon sur le Darfour,(les interets sont largement entre les mains de la Chine via El Bechir le president du Soudan) ne dit le moindre mot sur le drame en Republique Democratique du Congo, en coma avance grace... aux puissances occidentales pour justement achever la partition d’un geant dont ils estiment que la reconstruction nuirait a leur predation naturelle en materiaux de plus en plus essentiels a leur "developpement".

        (les liens Bollore et le chef de guerre stoppe par le Rwanda,Nkunda, seront un jour connus, l’implication des diamanteres d’Anvers avec les soit disant republicains du RUF en Sierra Leone a cause plus d’estropies, de degats humains qu’une guerre conventionnelle entre 2 armees,etc...)

        Maintenir des satrapes plus de 40 ans comme au Gabon, sans la moindre avancee democratique, avec meme un recul sanitaire, pour exploiter les diverses richesses du sous sol et du sol, pourrir la jeunesse africaine avec des jeux de hasard, (le PMU de Pasqua en Afrique), sans oublier tous les autres o combien nombreux n’a jamais empeche quelques donneurs de lecons democratiques a la Chine de dormir sur leurs 2 oreilles.

        En fait l’occident n’a rien a faire de tous les principes qu’il evoque ! Seuls ses interets le guide et cet article le montre clairement. Il sera difficile sur la base de faits coherents d’en contester le fond.

  • Heu... On fait des efforts méritoires pour s’instruire un peu, mais il faudrait tout de même quelques éclaircissements, par exemple au sujet de "la variation dénotative du concept de théocratie" ou encore sur l’art et la manière de "nourrir les connotations". Il se trouve que la maquette de ce site Internet permettrait aisément d’insérer des croquis dans la marge pour faciliter la compréhension, il serait judicieux d’en profiter !

  • Le gouvernement tibétain n’est plus une théocratie depuis longtemps. Résumer l’histoire du Tibet à une date butoir hypothétique, c’est faire le jeu du parti communiste chinois.

    Si l’on déplace le curseur temporel de la France, on peut aisément dire qu’elle est monarchiste. Mais on fait alors une erreur de 220 ans ! Pour le Tibet, l’erreur d’une cinquantaine d’années !

    Par ailleurs, cela ne justifie pas le moins du monde l’invasion d’un pays, sinon il faudrait envahir Rome !

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes