Election au Parlement européen : l’abstention va compter.

L’élection pour désigner le futur Parlement européen approche. Aujourd’hui la question n’est plus de savoir quelle sera la représentativité des partis à l’intérieur de la prochaine assemblée strasbourgeoise, mais quelle popularité conserve encore l’idée d’intégration européenne. Les partis politiques, et les idéologues à leur service, font comme si c’était une élection capable de métamorphoser les données objectives, alors qu’ils connaissent les règles du jeu et savent parfaitement qu’il n’en est rien.

Depuis 1979, date de la première élection des représentants au Parlement européen, la courbe abstentionniste n’a cessé de monter et celle de participation de descendre, elle est en baisse constante depuis les premières élections européennes de 1979.

En 1979, le taux de participation aux élections européennes était de 63% dans l’Europe des 9. Il n’a cessé de diminuer depuis, pour atteindre 61% en 1984, 58,5% en 1989, 56,8% en 1994, 49,8% en 1999 et enfin 45,7% en 2004. En France, il est passé de 60,7% en 1979 à 42,76% en 2004.

Notons que le Luxembourg et la Belgique où le vote est obligatoire renforcent un peu le taux de participation.

Finalement, au lieu de mesurer la popularité de l’idée européenne, c’est bien l’impopularité de cette idée que cette élection va mesurer.

Quelques rappels :

Sous tous ses avatars successifs, Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) en 1951, Marché Commun et Communauté Economique Européenne (CEE) en 1957, Union Européenne (UE) en 1992, traité de Rome de Rome (1957), puis de Maastricht (1992, d’Amsterdam (1997) et de Nice (2001), l’organisation de la prétendue unité européenne a été construite comme une institution ayant pour objectif la défense du mode de production capitaliste en Europe (face d’abord à la « menace soviétique ») et c’est tout naturellement qu’elle est devenue l’arme de choc pour détruire tous les acquis sociaux et même les maigres éléments de régulation de l’État keynésien et plus spécifiquement, en France, les avancées sociales de la libération inspirées par le Conseil National de la Résistance (CNR.)

L’Union Européenne sous toutes ses appellations a très bien fonctionné pour ce qu’elle était censée faire. Elle a été l’outil de destruction des nations, des services publics, de l’industrie, des garanties collectives des travailleurs et de leur protection sociale, de leurs retraites, du Code du travail, des statuts. Enfin, s’agissant de l’environnement, par une incitation à une agriculture productiviste de type industriel, la Politique Agricole Commune (PAC), et le plan Mansholt de 1968, n’ont cessé de favoriser une agriculture intensive, avec la suppression de plusieurs dizaines de milliers d’exploitations par an en France et en Europe (119 000 en France entre 2000 et 2005 selon l’INSEE) dont on peut mesurer les effets néfastes : pollution des sols et des nappes phréatiques, perte de la biodiversité, assèchement des réserves en eau, lessivage des sols, pollution aux produits phytosanitaires… Les espèces d’insectes pollinisateurs, notamment l’abeille, risquant de disparaître.

Les politiques lorsqu’ils sont au pouvoir désignent souvent l’UE pour expliquer qu’ils n’en peuvent puisque les règles de l’Union européenne doivent s’appliquer, ce qui n’est pas faux puisque dans la plupart des domaines s’applique le principe de primauté des règles communautaires. Lorsqu’ils sont dans l’opposition, les mêmes désignent tout naturellement le gouvernement en place de tous les méfaits que subissent les populations, sans jamais désigner l’Union européenne. Ainsi on remet en cause des individus qui sont seulement des éléments conscients d’une logique de classe avec parfois des ego démesurés et non le système capitaliste intégré.

Qu’en est-il réellement ?

Avec le traité de Maastricht, les compétences communautaires sont étendues à de nouveaux domaines : éducation, formation professionnelle, culture, santé publique, soit disante protection des consommateurs, réseaux transeuropéens et politique industrielle. C’est-à-dire tout ce qui touche la vie courante des personnes.

Depuis les compétences communautaires se sont renforcées continuellement et nos députés qui siégent au Palais-Bourbon se prononcent à 80 % sur des transpositions de l’Union européenne en droit français, ce qui explique en partie que, la plupart du temps, les bancs de cette assemblée soient vides puisque les décisions sont prises ailleurs.

La transposition des directives communautaires constitue une obligation communautaire et une exigence constitutionnelle, dont le respect implique une transposition fidèle, complète et ponctuelle.

La même exigence s’attache à l’insertion des décisions-cadres mentionnées à l’article 34 du Traité sur l’Union Européenne (TUE), lesquelles, tout comme les directives visées à l’article 249 du Traité instituant la Communauté Européenne (TCE), lient les États membres quant au résultat à atteindre tout en laissant aux instances nationales la compétence quant à la forme et aux moyens.

Lorsqu’un État membre ne respecte pas ce droit, la Commission européenne dispose de pouvoirs propres (le recours en manquement), prévus aux articles 226 du traité CE et 141 du traité CEEA (Communauté Européenne de l’Energie Atomique, appelé aussi traité Euratom) pour tenter de mettre fin à cette infraction et, le cas échéant, elle saisit la Cour de justice des Communautés européennes [1].

Cette « machine » à IMPOSER la concurrence libre et non faussée vise par ladite concurrence à faire baisser sans cesse le prix du travail.

L’ UE, son mot d’ordre c’est : travailleurs de tous les pays, concurrencez-vous ! [2]

Un exemple récent vient le confirmer. Continental ferme son usine de Clairoix (France) en justifiant la crise et ouvre simultanément une usine à Timisoara (Roumanie.) Le salaire moyen de l’entreprise est de 300 euros en Roumanie contre 1 700 euros en France [3].

Au milieu des années 60, le taux de profit s’éffondre. Pour sortir de la crise des années 70, la libéralisation des capitaux élargit la sphère de valorisation du capital au monde entier qu’on appellera la mondialisation qui n’est autre que la mondialisation du capital dans un grand mouvement de concentration et de restructuration de ce même capital. Simultanément, la mise en concurrence des travailleurs de tous les pays entraîne la baisse de la part salariale dans la valeur ajoutée, donc un renforcement de l’exploitation de la force du travail.

L’Union européenne a bien joué son rôle pour mettre en place cette stratégie concurrentielle : exploiter au mieux le monde du travail et augmenter les profits. La chute du mûr de Berlin aidant, elle a permis une concurrence renforcée entre les travailleurs de l’Europe avec l’adhésion de nouveaux pays.

Dès lors, l’explosion des revenus du capital a nourri la financiarisation. La finance disponible (les profits) a cru pouvoir parier sur les vertus de la spéculation (le monde virtuel de la finance), mais elle a explosé (la crise) parce que rattrapée par cette contrainte : seul le travail produit de la valeur. Le capitalisme épuise les deux sources de richesse, qui ne se réduisent pas à leur valeur, que sont le travail et la nature.

Cette situation vient contredire cette idée d’une faillite des élites, sous entendu les Commissaires européens et les Chefs d’Etats, les grands patrons, ne seraient pas capables de répondre aux exigences de la société contemporaine. Hors au contraire, d’un point de vue capitaliste, ces « élites » ont su se débarrasser des protections sociales nationales, pousser la logique du capital, augmenter les taux de profits, tout en convaincant idéologiquement certains dirigeants politiques eurosceptiques d’hier en partisans convaincus aujourd’hui d’une Europe intégrée.

Ces quelques remarques marquent le rôle néfaste joué par l’Union européenne, son rôle destructeur sur les peuples, sur leur niveau de vie, sur la nature dans laquelle ils vivent, sur la démocratie.

Le Parlement européen

Le Parlement européen a pour mission de participer à la mise en œuvre de la politique de l’Union européenne mais c’est la Commission européenne qui est la gardienne des traités, qui a le monopole du pouvoir de proposition ou du droit d’initiative.

Le traité de Maastricht est clair : « Le parlement européen peut, à la majorité de ses membres, demander à la Commission de soumettre toute proposition appropriée sur les questions qui lui paraissent nécessiter l’élaboration d’un acte communautaire, pour la mise en œuvre du présent traité. »

Résumons.

Un : un député européen n’a aucun pouvoir, puisque toute proposition doit être soumise à l’accord de la majorité des membres du parlement.

Deux : une proposition doit s’inscrire obligatoirement dans le cadre de la mise en œuvre des traités européens qui dictent par exemple les privatisations et la concurrence libre et non faussée.

Trois : en dernier ressort c’est la Commission européenne qui décide.

En fait, le Parlement européen sert à justifier des décisions qui ne sont pas prises en son sein. Il intervient à la marge. C’est un parlement « croupion ». Avec lui, la démocratie est un leurre. Lorsque quelques députés courageux (il y en a) avancent une idée qui peut apparaître moins avantageuse au capital, ils sont renvoyés à leurs études. Il est vrai qu’avec un parlement ou le rapport de force est largement favorable aux forces conservatrices [3], ils n’ont guère de chances de voir une proposition non favorable aux forces de l’argent soutenues et être entendues à Bruxelles.

Les exceptions qui confirment la règle se comptent sur les doigts d’une main. Elles servent d’exutoire pour quelques euro béats qui s’appuient sur celles-ci. Par exemple, la Commission européenne a tenu compte du rejet par le Parlement européen de sa directive visant à libéraliser les services portuaires (une sorte de nouvelle directive Bolkestein.) Notons que le Parlement s’exprima dans ce sens avec de valses hésitations et après que d’énormes grèves paralysèrent les ports d’Europe et que des manifestations se déroulèrent à Strasbourg.

L’Union européenne contre la démocratie

Tout le monde est pour la démocratie, c’est une affaire entendue. Rappelons toutefois que la démocratie c’est le pouvoir au peuple. Qu’en est-il de ce pouvoir avec l’intégration européenne ?

Le centralisme de l’Union européenne éloigne les gens des lieux de décision qui se trouvent à Bruxelles. A Bruxelles de hauts fonctionnaires siègent et prennent des décisions pour les peuples d’Europe sans jamais n’avoir de comptes à rendre à ceux-ci.

A Bruxelles, c’est environ 15 000 fonctionnaires européens qui travaillent. Ils sont « renforcés » par environ 15 000 à 20 000 lobbyistes dans le langage courant qui deviennent, avec l’hypocrisie verbale de l’UE, des représentants de la société civile. Ils représentent de grands groupes industriels et financiers. C’est-à-dire l’importance des lobbyistes. Ce sont des acteurs reconnus à part entière de l’Union européenne.

La plupart des principaux responsables des commissions sont inconnus des populations. Qui connaît Catherine Ashton, Neelie Kroes, Jacques Barrot, Stavros Dimas respectivement commissaire européenne au commerce extérieur, commissaire européenne chargée de la concurrence, commissaire européen chargé de la justice et de la sécurité, commissaire européen chargé de l’environnement ?

La Banque centrale européenne (BCE) basée à Francfort, est indépendante et soustraie donc le pouvoir monétaire au contrôle démocratique et son directeur (actuellement Jean Claude Trichet) n’a pas non plus de compte à rendre aux élus, encore moins aux peuples (article 108 instituant la Communauté européenne.)

La primauté des règles européennes sur les règles nationales annule les raisons d’être des différents niveaux de représentativité des nations. Les élus locaux et nationaux n’ont de décisions à prendre que sur la forme d’appliquer une politique mais plus d’en discuter le fond. Quelque soit sa décision, le citoyen n’a de choix que sur le ou la meilleur (e) candidat (e) d’appliquer les décisions prises à Bruxelles.

« A cette échelle (l’UE), pas d’alternance possible : une politique unique est mise en œuvre, et elle s’applique à chaque pays, quels que soient les partis au pouvoir » constatent Bernard Cassen et Louis Weber [5]

Les élections européennes sont la caution d’une bonne conscience générale qui permet l’expression du mépris des pouvoirs économiques envers les populations. Ainsi, il n’est pas étonnant de ne pas trouver une fois le mot « peuple » dans le traité de Lisbonne. En définitive, le parlement européen n’est qu’un alibi de la normalité de l’intégration européenne.

A la page 14 du rapport Balladur sur l’aménagement du territoire [6] : Il est temps de décider, on peut lire, « L’échelon régional est apparu au Comité comme le mieux adapté aux conditions nouvelles de la compétitivité étant observé, au surplus, qu’il existe un consensus européen sur l’importance du niveau régional dans les politiques de développement. »

En France, cette Commission Balladur, en répondant aux exigences européennes marque la fin de la démocratie de proximité héritée de la révolution française. Un vrai retour en arrière. Exit les communes et les départements au bénéfice de grandes régions rappelant les provinces de la royauté des ducs et des duchesses. Car en effet, de petits roitelets pourront exercer leur souveraineté avec des liens privilégiés avec Bruxelles, sans avoir de compte à rendre à l’Etat.

Ces régions espèrent-ils seront assez grandes pour noyer la démocratie et suffisamment faibles pour moins résister que les nations avec leurs histoires, leurs traditions et leurs acquis sociaux. Les nations sont donc considérées comme un obstacle à la construction européenne. Avec ce nouvel aménagement du territoire, l’homogénéité et la solidarité nationale seront cassées et la concurrence inter région sera amplifiée et pourra faire baisser encore le prix du travail. Laquelle baisse est interprétée comme un synonyme de compétitivité.

Le veto enregistré dans presque tous les (rares) pays où un référendum sur le cadre politique de l’Union européenne a été organisé a marqué une défiance, voire un refus de nouvelles propositions. Les référendums sur le traité de Lisbonne en France, au Pays Bas et en Irlande ont tous été annulés sous prétexte que la réponse donnée à la question ne correspondait pas aux vœux des eurocrates. L’Union européenne cultive le mépris de la démocratie.

Traité de Lisbonne : les irlandais vont revoter …pour nous aussi.

Le 12 décembre 2008, le Conseil européen a décidé d’annuler le Non au traité de Lisbonne exprimé par les citoyens irlandais six mois plus tôt. Le gouvernement de ce pays s’est plié à cet oukase en promettant d’organiser un second vote à l’automne 2009.

Rappelons que le traité de Lisbonne c’est pouvoir prendre les décisions à la majorité et non plus à l’unanimité, pour que si un peuple, ou un gouvernement influencé par son peuple, veuille s’opposer à une mesure, cela ne soit pas possible, même à la marge comme c’est encore parfois le cas [7]. C’est la politique du cliquet, sans retour en arrière possible. Avec ce traité, une décision pourrait s’imposer même si le peuple ou son gouvernement sont contre.

« Le supranationalisme consiste à concentrer l’essentiel des pouvoirs de décision, d’une part, dans les mains de Bruxelles et, de l’autre, dans celles des régions. Or le traité de Lisbonne marque un pas radical dans cette direction », dénonce le Président de la République tchèque, VacIav Klaus [8].

Nous connaissons pour l’avoir subit ce que comporte un référendum sur l’Union européenne en matière de propagande, de chantages de toutes sortes avec des économistes et des pseudos experts, interprètes, pour la plupart d’entre eux, d’une même orthodoxie capitaliste qui se relaient dans les journaux, à la radio et à la télévision.

Le quotidien irlandais Irish Times (4 février 2009) a déjà révélé que la Commission européenne dépenserait 1,8 millions d’euros d’argent public (celui des contribuables de l’Union européenne) dans une campagne de propagande ciblant les femmes irlandaises, les jeunes et les familles à faible revenu. Cette somme financerait aussi une campagne sur Internet.

Nul doute qu’un vote en légère augmentation début juin pour élire le Parlement européen serait considéré par les européistes comme une grande victoire. Et cela quelque soit la couleur du bulletin de vote (voire même un vote blanc.) Déjà, certains spéculent sur ce qui pourrait être interprété comme une abstention positive. C’est dire la peur du résultat de juin et de l’abstention.

Cette élection de Juin pèsera donc certainement sur le nouveau référendum irlandais. Nul doute qu’a une urne un peu plus lourde correspondrait un chantage plus important sur les irlandais et qu’une urne encore moins fournies en bulletins en juin qu’aux précédentes élections n’inciterait vraisemblablement pas le peuple irlandais d’accepter en septembre 2009 ce qu’ils ont refusé précédemment. Une adhésion à l’intégration européenne pour le moins discutée, voire refusée, de Stockholm à Athènes et de Londres à Vilnius n’aurait pas de raison d’être acceptée à Dublin.

Rappelons que sous réserve du nouveau vote en Irlande, tous les traités européens rappelés dans le traité de Lisbonne sont forclos. C’est ce que veulent cacher tous les sauveteurs du projet européen qui appellent à voter pour l’élection du Parlement.

Le résultat du vote pour le Parlement européen et le poids de l’abstention (le boycott [9] est le seul acte comptabilisé dans les statistiques et sera, soyons-en certains le plus commenté après le 7 juin) seront donc lourds de conséquence pour l’avenir de l’Union européenne, car, par déni de démocratie, les irlandais restent les seuls à décider pour tous les peuples. Pour le dire clairement ne pas voter peut aider les irlandais … à bien voter.

L’Europe, quelle Europe ?

En matière de propagande, les mots sont importants. Pour faire accepter Maastricht on a eu recours aux expressions : « l’Europe c’est la paix », « ensemble nous serons plus forts ». On sait aujourd’hui que pour la paix, on repassera. Ce n’est pas les peuples des Balkans qui diront le contraire, sans compter les aventures africaines ou afghanes (toujours avec l’OTAN.) Pour le plus fort, c’était entendu contre les autres, déjà la théorie du choc des civilisations, mais pas seulement, il y avait une connotation économique. L’expérience prouve que la guerre économique a bien lieu : les travailleurs, les jeunes, les retraités de tous les pays trinquent et les plus riches aussi … au champagne.

L’Europe de l’intégration européenne a des soucis géographiques. L’Islande, la Norvège, la Suisse ne font pas partie de l’Europe. La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique, Saint Martin, Les Canaries, les Açores, Saint Pierre et Miquelon, les îles Malouines, Madère et Mayotte, vestiges de l’époque colonialiste, en font partie. Pourtant ces îles auraient intérêt de commercer d’abord au plus près pour des denrées moins chères et une meilleure protection de l’environnement. Que nenni, elles sont intégrées à l’Union européenne !

Evidemment, l’intégration européenne et son union ne sont pas l’Europe. L’Europe de l’Union européenne n’est pas définit de l’Atlantique à l’Oural mais comme l’espace où s’exerce l’autorité de la Commission européenne et des Conseils européens. C’est un espace à géométrie variable et les traités n’existent que pour des valeurs économiques qui ne sont pas celles des intérêts des plus grand nombre mais pour les intérêts des plus fortunés. On l’a vu.

S’agissant des droits de l’homme, dans cette Union européenne, en plus du droit de travailler et de gagner sa vie qui n’est pas à l’ordre du jour, on pourrait parler du droit des personnes à être reconnues en tant qu’être humain qui est bafoué, tant à Sangatte (France), ce cul-de-sac de l’UE, qu’à Chop (Ukraine) qui reçoit tous les réfugiés de l’UE qui sont repoussé par la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie et qui sont dans des conditions matérielles lamentables.

Et que penser de la prétention de cette Union européenne, qui s’aligne docilement sur la position d’ingérence étasunienne, à donner des sanctions politiques et diplomatiques à Cuba sous le seul prétexte d’une absence sur l’île caribéennes d’une économie de marché ? [10] Sanctions, toutefois remisent en cause le 23 juin 2008, après d’âpres discussions et à la condition siné qua non que la situation soit réexaminée chaque année.

Les nouvelles propagandes

Selon les idéologues les plus conservateurs la matrice européenne serait d’origine chrétienne. S’il est vrai que Robert Schuman et Jean Monnet [11] fréquentaient plus souvent l’église que le Mur des Fédérés, cette idée n’a rien à voir avec la charité chrétienne, elle est dangereuse. Elle contient une logique d’empires qui s’opposent. Il y aurait l’empire européen ou occidental et les autres, les barbares, les non chrétiens contre lesquels il faudrait se protéger. C’est le choc des civilisations cher à Samuel Huntington [12], une logique de guerre.

La démarche n’est pas nouvelle, pour trouver une base culturelle à l’empire, en son temps Charlemagne tenta d’inventer une matrice chrétienne. Malgré les efforts déployés par son conseiller, le moine irlandais Alcuin, l’entreprise se solda par un échec.

Selon d’autres idéologues, avec une version idéalisée de la première, de nature humaniste, un nouveau thème (électoral) a surgi : la libre circulation des capitaux, baptisée « concurrence libre et non faussée », serait la « dérive » malheureuse, récente et inattendue d’une Europe initialement « sociale ». Alors que dès sa création l’Union européenne, alors Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier avait d’autres objectifs que sociaux.

Des idéologues (politiques, grands patrons, journalistes grassement payés, experts autoproclamés), bien comme il faut, définissent celles et ceux qui refusent l’intégration européennes comme des attardé-e-s mentaux, des protestataires qui souffriraient de crispation, de repli, d’égoïsme, d’individualisme, de conservatisme, de populisme, voire de racisme et peut-être, de socialisme (un très gros mot lorsqu’il n’indique pas les partisans de la rue de Solférino.) et bien entendu, de souverainisme.

Ces mêmes, à partir d’analyses plus proches de l’invective et du sectarisme que du sérieux, n’hésitent pas à accuser de nationalisme rampant les partisans d’une nation indépendante et des peuples souverains libres de décider pour eux-mêmes. Ainsi les partisans d’une démocratie plus directe sont assimilés à des partisans des régimes totalitaires. Un glissement outrancier, où l’art de renverser les rôles. Cette opération est perverse et peut tromper des cœurs généreux. Elle vise à diviser celles et ceux qui ont les plus de raisons de s’unir.

Enfin, pour certains d’entre eux, l’Union européenne pourrait être aménageable, (re) devenir plus social, le parlement pourrait acquérir de nouvelles fonctions, la BCE pourrait être réorientée. Là où le bât blesse c’est qu’ils ne nous disent pas comment ils pourront réaliser ce miracle. A moins d’un véritable cyclone politique en Europe, c’est pour le moins ni à court ou à moyen termes qu’ils y arriveront mais à la Saint-Glinglin. Apparemment, ils sont prêts à sacrifier quelques générations. Plus sérieusement, ils se contentent d’accompagner un processus qui offre des postes, à défaut d’offrir des changements.

L’Union européenne ne faisant pas recette auprès des peuples, les partis en lice promettent des changements. Leurs slogans se ressemblent à s’y méprendre. Par exemple, Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP indique dans les Echos du 24 mars 2009 : « Je ne vais pas ménager mon énergie pour montrer qu’on peut bouger l’Europe. » L’UMP est en retard, en 1999, le Parti communiste français (PCF) proposait déjà de bouger l’Europe. Le parti socialiste, quant à lui, propose de changer l’Europe maintenant. Mais dans quel sens, sinon vers plus d’inégalité sociale qu’imposent les traités européens ?

Un nouveau vocabulaire est mis en avant pour accompagner l’intégration européenne. Les « partenaires » sociaux « dialoguent » pour établir de nouvelles normes sociales et européennes. Les services deviennent « universel » et remplacent les acquis nationaux. Ainsi on espère effacer les clivages exploiteurs/exploités, riches/pauvres. Les intérêts sont communs. La lutte de classe n’existe plus, sauf dans la vraie vie évidemment.

Une question qui n’est plus taboue.

Quand on passe un traité avec d’autres pays, si la situation change, évolue dans un sens que l’on considère comme négatif, on peut changer d’avis. Les derniers traités de l’Union européenne, avec un article, ont d’ailleurs prévus cette possibilité [13]. Pour un retrait de l’Union européenne, il s’agirait donc de faire jouer ce droit de retrait.

Mais la propagande intégriste, la superstructure idéologique, est telle, depuis des décennies, que cette idée pourtant évidente et logique n’était pas vraiment accessible pour la plupart des personnes.

Des années d’expérience de l’Union européenne, la connaissance de sa nature et de son objet, font qu’aujourd’hui la question d’une rupture avec celle-ci n’est plus taboue. Des voix, s’élèvent de milieux très divers pour dire : c’est est assez !

Toutefois, les principales organisations politiques, syndicales, associatives sont en retard sur l’expression de cette prise de conscience, peut-être faut-il y voir le peu de personnes qu’elles représentent réellement, un manque de démocratie en leur sein, des modes de vies des dirigeants plus proches de celles des privilégiés économiques que de la majorité des citoyens ? Enfin, une foi élus, les députés européens, en ce qui les concerne, ne se considèrent-ils pas comme des missionnaires de l’intégration européenne, coûte que coûte ?

Au contraire, des organisations plus éloignées du pouvoir, n’ayant pas prétentions aux fonctions électives les plus prestigieuses, plus proche du citoyen ordinaire ainsi que des militants ou élus de proximité, posent ou commencent à se poser la question de la sortie du processus de l’Union européenne.

Evidemment cela suppose des modalités de sortie de l’UE, formaliser de nouvelles démarches européennes basée sur le respect de la volonté des peuples, sur l’équité et l’équilibre des échanges de toute nature ; économiques, écologiques, sociologiques et culturels, proposer de nouvelles relations internationales, créer une indépendance monétaire, proposer une réelle démocratie avec de nouveaux droits pour les personnes (ne consistant pas seulement à choisir la couleur des bacs à fleurs) et ainsi pour la France se débarrasser de la constitution actuelle, se poser la question de l’appropriation sociale des grands moyens de production et d’échange où l’économie ne serait pas reine mais outil, celle de la gestion de l’eau [14]. La première étape consistant à un référendum pour asseoir la légitimité démocratique de la démarche.

Aujourd’hui sur toute la planète, des expériences sont tentées pour un autre ordre international multipolaire, respectueux du droit des nations, et de la possibilité de répondre aux besoins de la majorité ; mieux, des relations de coopération mutuellement avantageuses, des relations de solidarité, s’esquissent. Elles peuvent servir d’exemples. Toutefois, à chaque situation correspondent des solutions originales, il ne s’agit pas de copier in extenso ce qui se fait sur un autre continent [15].

Un vaste chantier de réflexions et d’actions reste donc à ouvrir. Le plus tôt sera le mieux.

En attendant, voter, c’est donner une légitimité à une démarche et à une intégration européenne qui n’en à pas ; ni du point de vue historique, ni du point de vue démocratique, ni du point de vue social, ni du point de vue moral.

Notes et sources :

[1] http://europa.eu/

[2] L’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, notamment demandée par le Président des Etats-Unis, permettrait d’augmenter encore cette concurrence mondialisée et ferait perdre aux turques leurs acquis nationaux.

[3] Le Monde du 30 – 03 - 09

[4] Sur 732 députés (+ 35 observateurs roumains et 18 bulgares), à Strasbourg, actuellement, les groupes PPE-DE (conservateurs et démocrates-chrétiens : 288 députés), PSE (socialistes : 200 députés), ADLE (libéraux : 100 députés) s’accordent sur le fonctionnement de l’Europe intégré, ils se partagent les commissions du parlement, les rapporteurs (à quelques exceptions près) sont toujours issus de ces groupes. Ces groupes ne considèrent pas la logique libérale et capitaliste comme une option éventuelle, mais comme une évidence (les autres groupes critiquant à la marge). Ces groupes, après s’être opposés pour le partage des sièges lors des élections au parlement européen sous des étiquettes nationales (en France : UMP, PS, MoDem), une fois élus, à Strasbourg, forment une entente. A noter que tous les partis à vocation européenne sont financés par l’Union européenne. D’où l’importance pour les partis toujours à la recherche de financement de créer une organisation intégrée à l’Union européenne.

[5] « Elections européenne, mode d’emploi », pages 119 et 120, Bernard Cassen et Louis Weber, éditions du croquant, mars 2009

[6] http://www.ladocumentationfrancaise...

[7 Actuellement, contre l’avis de la Commission européenne et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les opinions publiques empêchent l’Allemagne, l’Autriche, la France, la Grèce, la Hongrie et le Luxembourg d’accepter la semence OGM (organisme génétiquement modifié), du maïs MON 810 du géant américain de l’industrie agronomique Monsanto (clause de sauvegarde, article 23 de la directive 2001/18/CE et l’article 18 de la directive 2002/53/CE) Pour l’instant, il devient difficile de réunir la majorité qualifiée nécessaire (une majorité d’Etats représentant les deux tiers des habitants de l’UE) pour imposer les cultures transgéniques. Jusqu’à quand ?

[8] Son interview à l’Observatoire de l’Europe : http://www.observatoiredeleurope.com/ et discours devant le parlement européen du 19 février 2009. Rappelons que c’est le même VacIav Klaus qui fit rentrer cinq ans plus tôt son pays dans l’Union européenne. Un retour en arrière commandé par l’expérience ?

[9] Des militants, syndicalistes, politiques, ont décidés d’ouvrir un site pour appeler au boycott : http://boycott.ouvaton.org/Bienvenu...

[10] Salim Lamrani, « Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme », Paris : Editions Estrella, 2008

[11] C’est en 1950 que Robert Schuman et Jean Monnet, avec d’autres, ont imaginé les bases de l’Union européenne. Ils sont considérés comme des pères fondateurs de celle-ci.

[12] Samuel Huntington, « Le Choc des Civilisations », Éditions Odile Jacob, Paris, 2007 – Voir aussi sur cette question, en réponse : « La Stratégie du choc : La montée d’un capitalisme du désastre », Naomie Klein, Editions Actes Sud, 2008.

[13] Article intitulé I-60, du Traité constitutionnel européen (TCE) dont la première phrase est la suivante : « Tout Etat membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union. »

[14] Voir au sujet de l’eau, « L’or Bleu - L’eau, Le Grand Enjeu du XXIème Siècle », de Maude Barlow, éditions Hachette, collection Pluriel, 2007. Un livre qui fait le point sur les enjeux de l’eau.

[15] Il s’agit notamment des pays de l’Alternative bolivarienne pour les peuples d’Amérique (ALBA), impulsé par le Vénézuéla et auquel appartiennent, en outre, La Bolivie, Cuba, le Honduras, le Nicaragua, la République Dominicaine (l’Equateur participe en tant que pays observateur).


 
 
 
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4 commentaires
  • Election au Parlement européen : l’abstention va compter. 29 avril 2009 19:08, par GAUTIER GERARD

    Je pense qu’une nouvelle fois le scrutin pour les européennes de 2009 sera, en France, une élection de dupes.

    Si en effet,dans leur ensemble les Français se déclarent favorables à l’Europe initiée par Jean Monnet et Robert Schuman, il apparaît que le divorce s’accentue sans cesse entre eux et cette institution.

    En effet, comme indiqué dans l’article précédent,le taux de participation diminue lors de chaque scrutin européen.

    Il y a de nombreuses raisons à ce regrettable état de fait !

    Les citoyens
    - ignorent le rôle des députés européens
    - ne se sentent pas directement concernés
    - constatent le manque de débats sur les véritables enjeux et les perspectives concernant l’institution européenne
    - manquent de confiance dans les institutions communautaires qu’ils ne comprennent pas : pour eux, l’Europe est livrée à la financiarisation de l’économie et aux seuls intérêts des multinationales et autres monopoles trusts contre les PME/PMI, et loin de toute équité sociale.
    - regrettent « l’incohérence » du découpage des circonscriptions (?)
    - déplorent, que, de par la volonté du Président de la République, leur vote ait été remis en cause après le référendum pour la constitution
    - ont assisté à l’abandon par certains élus de leur mandat européen pour un national,
    - n’ont plus confiance dans leurs représentants qui les méprisent et ne se rappellent de leur existence qu’au moment des élections.
    mais surtout

    Les Français assistent au spectacle pitoyable des marchandages et autres parachutages des deux partis majoritaires qui entendent se servir dans de nombreux cas, une nouvelle fois, de manière indécente, des élections européennes comme, d’un véritable « Pôle emploi » pour cumulards en quête de nouveaux privilèges ou anciens élus en manque de mandat.

    Il n’est donc pas surprenant que le sondage « Eurobaromètre » démontre, que le taux des abstentions est annoncé, une nouvelle fois, sous la poussée de la défiance démobilisatrice, en forte progression.

    MALGRE CELA IL FAUDRA VOTER !

    Il ne faut pas, pour autant, cautionner les politiciens qui n’ en veulent qu’au mandat qu’ils sollicitent !

    NE VOUS ABSTENEZ EN AUCUN CAS !

    Ne faites pas le jeu des politiciens…qui vous refusent la reconnaissance du vote blanc.

    Ils se moquent de votre défection !

    Pour les prochaines européennes comme pour tous les autres scrutins, les partis se moquent du nombre des abstentions !

    Ils ont intégré cela depuis longtemps.

    La preuve est que pour leur financement, outre que la loi de 1995 - qu’ils ont eux-mêmes votée - leur a permis de "faire une OPA et main basse sur la vie politique et la démocratie en France ils ont décidé que les "mannes publiques" - c’est à dire nos impôts - serviraient.

    En effet ce financement s’établit sur le nombre des inscrits et non sur le nombre des votants ! C’est à dire pour le contribuable qu’il vote ou non !

    Je viens de procéder à une étude que je vais rendre publique sur le sujet.

    Il apparaît que malgré une abstention en augmentation de 4%, au premier tour des législatives entre 2002 et 2007, les deux partis majoritaires qui sont les responsables de la crise actuelle (en dehors de celle directement financière) se partagent plus de 75% du pactole soit une augmentation pour eux de plus 3% ...

    Il ne faut pas que les électeurs RENONCENT A LEUR DROIT DE VOTE !

    Demain ils ne l’auront peut-être plus !

    L’association BLANC C’EST EXPRIME
    LEUR DEMANDE DE
    PARTICIPER A L’ OPERATION

    « LA REVOLTE BLANCHE »

    VOTEZ BLANC… MAIS VOTEZ !

    Gérard GAUTIER
    Ancien Conseiller Régional de Bretagne
    Président Mouvement « BLANC C’EST EXPRIME »
    B.P. 330 22003 Saint – Brieuc cedex 1 Téléphone ! 02.96.33.50.34
    SITE : www.blanccestexprime.asso.fr COURRIEL : blanccestexprime@wanadoo.fr

    • Election au Parlement européen : l’abstention va compter. 30 avril 2009 18:57, par Serge Portejoie

      Peut-on considérer que le fait de voter constitue l’alpha et l’oméga de l’action politique ? L’histoire a plutôt démontré le contraire et la religion du vote a souvent servit à tromper les attentes des citoyens.

      S’agissant de l’élection pour le Parlement européen, le vote blanc n’est pas pertinent car il laisserait supposer qu’il justifie un processus pour lequel on ne trouve pas de bons candidats. Processus dont j’ai fait (brièvement) la preuve de sa malfaisance pour les peuples et de son illégitimité.

      Ce qui n’enlève rien au droit de vote qui constitue (comme d’autres droits) un droit à défendre et le vote blanc étant une forme d’expression qui devrait être comptabilisée.

      Si les citoyens ignorent les noms des députés européens, ils n’ignorent pas les mises en concurrence au nom des directives européennes qui suppriment leurs emplois, qui suppriment les services publics, qui financiarisent l’économie au seul intérêt des multinationales et c’est bien pourquoi, il votent lorsqu’il y a un référendum et qu’ils ne votent pas lorsqu’il y a une élection au parlement, sachant parfaitement que les décisions sont prises à Bruxelles et non à Strasbourg.

      Peut-on penser un seul instant que si voter gênait l’intégration européenne, que celle-ci et ses défenseurs se lamenteraient tant des mauvais citoyens qui refusent de se rendre aux urnes lors des élections pour le Parlement de Strasbourg ?

      En l’occurrence, il ne s’agit pas pour l’UE d’empêcher le vote, c’est plutôt le contraire. En effet l’UE et ses défenseurs, avec un chantage pour inciter à aller voter, fait la preuve d’une recherche de légitimité qu’elle n’a toujours pas trouvé. Cette légitimité que la majorité des hollandais, des irlandais et des français a refusé à l’UE en 2005 et pour certains (es) d’entre nous bien avant, aucune raison nouvelle ne permet de la lui donner aujourd’hui par l’intermédiaire d’un simulacre de démocratie.

      Serge Portejoie

      • D’accord sur tout sauf votre conclusion

        l’abstention ne comptera pas...elle sera complice
        " le silence n’est il pas forcément complice " comme le dit si bien le tître de ce blog ?

        Alors voter Oui c’est important ! ...le choix est faible : à gauche seules deux listes présentent l’avantage de s’être opposer au T C
        Le front de Gauche et le NPA.
        le seul signe important le 7 juin au soir sera le total de ces deux listes là

 
 
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