Mairie de Paris, première Bastille

Le 1er Mai 2009, à l’issue d’une journée de manifestation aussi ensoleillée que terriblement encadrée par des forces de polices surarmées et massives, des centaines de citoyens ont investi pour quelques heures la Mairie de Paris. Une invasion inédite qui pointe le couvercle de plus en plus lourd posé sur les manifestations populaires comme sur l’ensemble de la société.

Cette belle après-midi du joli moi de Mai 2009 nous étions plus d’un million dans les rues de notre pays. Le soleil éclairait notre joie d’être ensemble. Cette joie de mêler nos pas, nos esprits et nos volontés, qui permet de ranimer quelque chose de très profond en nous, la solidarité.

Inéluctable solidarité. Nous sommes tous mortels, conscients de notre échec devant l’éternité que nous voudrions, comme de nos faiblesses au quotidien. La vie en groupe, l’organisation n’étant que la manière de reconnaître cela, de pallier ces limites fondamentales, mais aussi de satisfaire notre envie essentielle de partage, d’échange et de don.

La manière la plus achevée que nous ayons trouvé après des millénaires d’échec, c’est de faire une société. Elle ne peut être que société des égaux. Ephérèmes et fragiles nous sommes, il faut donc nous entraider pour prolonger la vie. Première et fondamentale raison d’une collectivité.

Sans les autres, nous ne pouvons rien et nous ne sommes riens. Ce que nous leur demandons au plus profond, au plus vital de nous-mêmes, ce n’est pas de ramper ou de nous écraser, mais de partager. Deuxième nécessité fondamentale qui oblige à faire une société, une société humaine.

Les sourires traversait les visages comme des flèches de lumière, ce 1er Mai 2009, c’était beau et parfois j’avais même du mal à avaler à regarder tout ces gens vivre ensemble quelques heures volées avant de repartir vers leur intérieur familial ou solitaire, pour reprendre leur place dans cette méga-machine qu’est devenu notre société.

Une société où ceux qui ont pouvoir ont existence. Dans un territoire gris et occulté, la France, s’agitent dans l’ombre des hommes et des femmes, sans projet, sans espoir. Ils regardent les éclats de lumières qui les guident vers les brisants, pas dupes de ce qu’il se passe, pas dupes de ce qu’on leur inflige.

L’ersatz de société, grouspuculaire, spectaculaire et mensongère qui tourne quelque part au-dessus du pays réel, ne supporte plus l’erreur, l’imperfection dans l’inhumanité.

Anachroniques pour celle-ci semble être notre présence dans nos rues, notre plaisir d’y être tous ensemble et les exigences que nous y lançons. Nos cris et nos parades de joie sont devenues insupportables à ceux qui s’affranchissent toujours un peu plus de notre de notre existence matérielle et spirituelle.

Ainsi, les avenues à Paris, comme celle menant à la Place du Chatelet, étaient barrées par des grilles et gardées par des nuées d’agents de la répression publique, ce 1er Mai 2009.

Les robocops bleus circulaient un peu partout avant le démarrage de la manif. Ils semblaient toujours prêts à montrer leur haine pavlovienne d’un après-midi appartenant encore au Peuple. Ainsi, pour avoir frôlé deux fois un de ces individus, je me vis harponné par un gant autoritaire, puis menacé par une face blème d’être "collé à terre", au milieu des miens, en pleine place Denfert-Rochereau.

La volaille en civil était fort nombreuse également, merci. On repèrait sans risque de se tromper ses membres à leur dégaine de profond dégout devant l’agitation sympathique de ces journées, et bien sûr à leur yeux profileurs et haineux.

Il faut bien constater que toute cette faune destinée à mater le vrai pouvoir, le Peuple, est sans cesse plus massive, plus agressive, plus armée et qu’aujourd’hui une manifestation ne se termine jamais sans arrestations, brûtales et immotivées la plupart du temps.

Tout cela avec la bénédiction d’un de ces socialistes en carton-pâte, comme le maire de Paris, et la joie sans mélange des faucons les plus acérés de la phalange UMpiste qui ravage ce pays et ruine ses citoyens.

Une nouvelle manifestation, c’est aujourd’hui, le moyen de porter un nouveau coup de maillet plus puissant que le précédent sur la tête du Peuple, à Paris comme sur l’ensemble du pays.

Faut-il dont s’étonner que deux cent citoyens, lucides et déterminés aient envahi la Mairie de Paris pour quelques heures, ce soir de 1er Mai, chose qui ne s’était pas vue depuis plusieurs dizaines d’années ?

S’en étonneront les rats à carte de presse, les patrons de journaux sous la table, les financiers qui tueraient père et mère pour quelques euros et les politiques qui ont prostitué leur mandat.

Le pays est à bout, sa jeunesse, ses forces vives ciblent le problème et montrent la voie. Ce ne sont pas les ritournelles orchestrées par les ronds-de-cuir des confédérations syndicales, aussi agréables qu’inoffensives, qui vont transformer cette société éperdue qui ressemble de plus en plus à un Guantanamo planétaire, à déclinaisons locales.

Le problème c’est bien le pouvoir, le pouvoir de racailles qui se prétendent de nos côtés, mais qui tiennent les lieux, les palais, la parole et la répression d’Etat. Nous avons laissé trop faire, nous avons trop laissé la bride sur le cou de la représentation nationale et nous devons faire face des drogués du pouvoir, dont les médias exacerbent l’addiction.

Investir les lieux de ce pouvoir néfaste est un symbole extrêmement fort. L’invasion de la Mairie de Paris peut être la préfiguration de ce qui pourrait faire tache d’huile, comme les retenues de nos amis patrons.

Car tout le monde le perçoit de plus en plus, on nous traite comme l’étaient les attardés au sein des établissements de « soins » du siècle dernier.

On nous dit quoi faire, on nous dit quoi penser, on nous dit qui aimer et qui détester, on nous punit et on nous ment sans arrêt et sans vergogne. Le plus grand menteur est le premier représentant de la Démocratie. Ce ne sont pas les ouvriers de Gandrange qui me démentiront, ni ceux d’EDF, ni les consommateurs des hypermarchés qui voient les prix monter, encore et encore, malgré que Sarkozy de Nagy-Bocsa ait tapé sur la table.

Cela se décide, s’élabore et se réalise dans ces lieux de pouvoir qu’ils soient publics ou privés, qu’ils soient entreprises ou préfecture. La s’organise la perpétuation de cette société contraire à celle que fondementalement nous tentons depuis des milliers de bâtir. Là grandissent les moyens de perpétuer la société d’un contre tous. D’où la formidable fascination qu’ils suscitent, à la mesure de la détestation qu’ils provoquent.

Cette vision paranoïaque d’une société de millions de gens pour et par quelques haumains est absolument invalide. Il n’est pas d’être humain qui puisse grandir humainement sans les autres, au plan individuel. Il en est de même pour les groupes, qui ne peuvent se développer harmonieusement sans un projet collectif. Un projet que chacun nourrira comme il s’en nourrira.

Les sociétés confisquées et manipulées par quelques individus sont nombreuses, au fil de l’Histoire humaine. Mais aucune n’a tenu sur la seule oppression.

Hitler et Mussolini s’appuyaient sur des projets collectifs, même s’ils étaient falsifiés et falsificateurs. L’un sur le projet de regagner de la dignité, de la puissance, et d’opérer une extension vitale et normale à ses yeux, l’autre sur l’objectif de trouver et d’éliminer les causes des dysfonctionnements de sa société et de donner du travail et du pain à tous.

Même les dictatures effondrées sous le poids de ce vide, l’absence de collectif dynamique, ont débutées sur un projet qui fédérait et dynamisait parce que "nous" voulait dire "je". Pinochet à démarré avec le projet de combattre la crise économique, les Kmers rouges avec l’intention de redistribuer les richesses et d’en finir avec le colonialisme et l’impérialisme.

Nous ne sommes pas en dictature, mais en démocrature. L’absence d’arrestations de masse, de torture et une liberté d’expression relative la caractérisent. Il n’empêche que nous ne sommes plus en démocratie.

On ne nous écoute plus et on nous impose même silence sur les sujets les plus sociétaux, comme la révision de la Constitution, la distribution d’une énorme partie de notre richesse entre quelques mains de banquiers responsables de la crise, ou notre participation à un organisme ancien de guerre massive, l’OTAN, au service d’un projet qui n’est pas le nôtre.

On ne nous rend aucun compte non plus, et on nous désigne ceux à qui rendre hommage par la manipulation médiatique la plus éhontée et la plus massive.

Il est de toute première urgence de priver de pouvoir cette fraction minuscule de la société qui bâtit une anti-société, qui choisit d’accentuer la repression sans donner de projet collectif.

Au regard de l’Histoire, il y a toutes les chances que cette démocrature de marché s’effondre en France. Mais faut-il attendre qu’elle nous ait encore plus abimés ?

Nous n’avons qu’une vie, c’est notre faiblesse et notre force. Allons-nous la laisser briser encore par ceux nous saignent, à tous les sens du terme, ces faux représentants qui nous vendent au Marché et nous attendrissent à coups de bla-bla et de matraques, qu’ils soient socialistes de marché, ou umpiste marchant au soin du tiroir-caisse ?

Tous les territoires de la République, les palais et les Préfectures, les mairies, les rues et les campagnes sont à nous. C’est notre pays, et nous voulons pour lui un projet qui soit beau parce qu’il est nôtre.


 
 
 
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1 commentaire
  • Mairie de Paris, première Bastille 4 mai 2009 11:34, par André

    Magnifique et douloureux constat que nous éprouvons au quotidien. En dépit des beaux jours qui reviennent, une pellicule grise de saletés nocives nous colle à la peau, en rétrécissant notre champs créatif légitime, en étouffant nos désirs de liberté partagée... La valse des informations emporte tout, jusqu’au vertige, dans son tourbillon de faits, d’analyses, de révélations, d’images, et de commentaires ad infinitum... Nous sommes au bord de l’implosion ! Le peuple, où est le peuple ? A quoi ressemble-t-il ? Beaucoup commencent à se réveiller, sous le coup de menaces de licenciements, de fermetures de leurs lieux de travail, d’arrestations abusives, de trahisons à répétitions. Auraient-ils seulement bougé autrement ? Je ne le pense pas. Les syndicats sont à la traîne, comme d’habitude, préservant leur morceau de gras. Ils n’incitent en rien à bâtir un projet de société innovant répondant aux besoins des travailleurs, sinon, ils prendraient, s’ils étaient vraiment les défenseurs des classes laborieuses, exemple sur les expériences autogestionnaires en Argentine, la réappropriation collective des richesses (Bolivie, Vénézuéla...). Non rien de tout cela, ils continuent de plus bel à "collaborer" avec le patronat et les pouvoirs en place. Quant aux partis de gauche, je n’y vois au fond qu’une triste parodie électorale sans imagination : d’ailleurs, ce sont toujours les mêmes bizarrement qui tiennent fermement les rênes, ils reproduisent, les schémas hiérarchiques qui structurent cette société en voie de pourrissement avancé. Il faut changer radicalement les méthodes, les règles, les modes d’organisations, bousculer les traditions éculées (manifs moutonnières, réunions politiques autour d’un leader...), élaborer des stratégies multidirectionnelles afin de déjouer l’appareil reppressif, et surtout redonner un élan libertaire (libérateur) au combat politique qui actuellement reste fragmenté avec des actions au coup par coup, sans portée universelle. ILs interdisent le port de la cagoule dans les manifs ? Alors maquillons-nous, déguisons-nous, allons même jusqu’à nous voiler la face. Les flics chargent ? Jetons-nous à terre et ne bougeons plus. Organisons des assemblées, des comités, des fêtes. Dansons dans les rues,
    tous ensemble. Lançons des mots d’ordres bigarrés, débordons les lignes constitutionnelles où les luttes sont réduites à peau de chagrin. Bref, participons au démantèlement de la société capitaliste (foutons à la porte les patrons, sans préavis) dans laquelle nous avons "grandi", remettons de la poésie vivante dans la vie et fi du sérieux de circonstances qui est l’apanage des élus corrompus et des privilégiés. Un peuple renaîtra seulement dans l’action collective qui consiste à transformer le monde dans le respect du plus grand nombre. "L’insurrection qui vient" n’aboutira que si elle est portée par un projet (non un programme qui a quelque chose de définitif et de cloisonné) qui soit tout à la fois constructif, réaliste et ouvert à notre rêve incorrigible de construire un avenir qui ne dépende plus du parasitisme mortifère engendré et entretenu par l’illusion grotesque de l’économie de marché. Nous ne voulons plus de ce jeu de dupes qui ne fait qu’accroître les inégalités au-delà de toute
    Il s’agit essentiellement de réinventer la vie, de faire en sorte que la révolution soit une fête de la fraternité retrouvée. Et "ça ira, ça ira, les capitalistes on les aura" Utopiquement vôtre.

    Voir en ligne : http://poesiedanger.blogspot.com

 
 
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