« Les Portes du Ciel » de l’Egypte pharaonique au Louvre

Jusqu’au 29 juin, l’Egypte antique est à l’honneur à l’espace du hall Napoléon, au musée du Louvre où le visiteur se laissera transporter à l’intérieur des visions du monde de cette civilisation qui ne finit pas de susciter de la fascination, de l’admiration voire de l’étonnement. Un voyage à l’image d’un « parcours initiatique » dans les fins fonds de la pensée spirituelle égyptienne qui dévoile « les mondes de l’imaginaire, du réel, de la mort et des croyances » qui s’ouvrent à notre raisonnement cartésien par le truchement des « Portes du Ciel », ce point de passage entre l’univers de l’au-delà et celui des hommes. Une dualité qui est au coeur de cet Univers qui permet de comprendre les représentations que les anciens Egyptiens avaient de la génèse du monde et des liens entre le monde des vivants et celui des morts.

« Les Portes du Ciel »...

Une expression que les anciens Egyptiens employaient pour nommer les portes du Naos (protection de l’image divine), chapelle située dans la partie centrale du temple où était enfermée la statue de Dieu. Lorsqu’elles s’ouvrent, ces portes symbolisent le passage du monde de la vie terrestre vers sa contrepartie spirituelle, « le monde d’en bas », c’est-à-dire l’au- delà.

« Leur ouverture met en contact le monde des hommes et celui des dieux. Elle permet à l’univers de se perpétuer en renouvelant le processus de la création et donne aux hommes à voir une image d’une réalité ineffable », peut-on lire sur l’un des panneaux didactiques de l’exposition.

Et c’est une traversée à travers ces deux mondes « dont les portes du ciel marquent, ou limitent, l’accès à tout un chacun » que propose cette exposition qui met sous le regard du visiteur qui ne peut s’empêcher de laisser échapper une note de surprise et un sentiment d’incompréhension face à un monde énigmatique à la pensée complexe, plus de 300 somptueuses oeuvres de la collection du Département des antiquités égyptiennes du Louvre et plus de 70 pièces des collections égyptologiques des musées européens : British Museum, Berlin, Turin, Florence...

Un ensemble d’objets exceptionnels représentatifs d’une période de plus de 5000 ans qui s’étend de l’Ancien Empire à l’époque romaine et qui rendent compte des représentations des Egyptiens, de leurs productions artistiques, de leur culte des Dieux, des morts, des vivants, c’est-à-dire de leur spiritualité : stèles funéraires, amulettes, sarcophages, statuettes des Dieux : Anubis, Osiris, des rois : Sethi II...

La spécificité de cette exposition réside dans le fait qu’elle s’attache à mettre en exergue les visions du monde des anciens égyptiens non pas par le biais d’un site ou d’une fonction mais à partir de lieux « centrés sur le thème du tabernacle », meuble sacré, en pierre en provenance du temple de Philae qui résume les divers aspects de l’exposition.

« Les portes de ce tabernacle – qui accueille le visiteur à l’entrée de l’exposition - ont disparu, offrant une vue directe sur l’espace divin qui matérialise la niche qui contenait la statue. Cette niche surmonte une représentation du ciel soutenu par l’image du pharaon. La structure verticale ainsi figurée « terre-roi-ciel-dieu » est le reflet de la structure de l’Univers égyptien ».

Ainsi, à la lumière de cette démarche, à la fin de l’exposition, le visiteur aura accompli un cycle « assimilable à un segment d’éternité » soit un itinéraire équivalent à « un mouvement perpétuel essentiel dans la pensée égyptienne ».

Ce déchiffrage des représentations visuelles et mentales que les Egyptiens anciens avaient du monde vise à renouveler notre regard et nos connaissances sur cette civilisation millénaire. Ainsi, selon Marc Etienne, Commissaire de l’exposition et Conservateur du Musée du Louvre, « le questionnement au coeur « des Portes du Ciel » et le résultat de recherches les plus récentes en Egypte vont à l’encontre de beaucoup d’idées reçues que continuent de véhiculer manuels scolaires et ouvrages de vulgarisation. L’objectif de cette exposition est d’inviter à regarder autrement l’image égyptienne qui nous semble si connue ».

L’exposition est structurée en quatre sections.

« l’Univers, sanctuaire des dieux »

La première section est consacrée, d’une part, aux conditions de la mise en place de l’Univers, cette « structure organisée abritant les divinités et tout ce qu’elles ont créé ainsi que les deux éternités : « la pérennité de la Terre et le cycle immuable des astres ». Elle traite, d’autre part, de la création du monde à travers les récits et mythes de l’Egypte ancienne, en l’occurrence ceux qui privilégient la lumière et le son « comme vecteurs de la naissance du monde ». Pour les Egyptiens, « le nom vaut l’image et l’énumération mentale ou orale est un acte de création ».

« le Ciel sous la terre : l’Au-delà mystérieux »

La seconde section présente les différentes conceptions de l’Au-delà, structuré en une suite d’espaces qui couvre « une zone intermédiaire entre les limites du monde visible, ou concevable, et les eaux du « Noun », « le Père des Dieux », « cette étendue liquide-qui-emprisonne en son sein des entités à caractère divin dont le potentiel n’est pas réalisé ». Sa position ainsi que son organisation sont à la fois claires et abstraites. C’est dans cette partie que le visiteur retrouve la demeure d’Osiris, les papyrus funéraires, les représentations des cercueils...

« Entrer et sortir : la chapelle de la tombe »

Dans la troisième section, , le visiteur entre dans un « espace terrestre concret », c’est-à-dire « le ciel sur la terre » qui se veut le point de passage entre le monde des morts et celui des vivants. Les portes du ciel s’ouvrent au matin. Ce processus marque le retour de la lumière et ainsi une résurrection. « Sortir le jour est pour le défunt le but de la survie éternelle. La chapelle de la tombe située sur terre, est pour lui qui se trouve dans le monde souterrain, un ciel vers lequel il doit s’envoler ». Cette section traite des différents éléments disponibles à l’intérieur de la chapelle et aux alentours y compris leur prix. Le visiteur découvre que contrairement à nos croyances, le sarcophage n’est pas l’équipement le plus onéreux mais plutôt le Livre des Morts, « véritable signe d’opulence ». Sa fonction est de rendre immortelle la vie du défunt. D’une manière générale, ces objets et monuments ont deux fonctions : le maintien du lien avec les vivants et perpétuer la mémoire des morts.

« Aux portes du Ciel : le parvis du temple »

La quatrième section de l’exposition s’attache à présenter « les portes monumentales du temple où est placé le tabernacle. Celles-ci dénotent les limites entre deux espaces : le public et le sacré. Elles sont perceptibles par tout le monde mais ne peuvent être franchies que par les prêtres. Aussi, le parvis qui se situe à proximité sert de lieu qui permet aux adorateurs profanes d’ instaurer un « contact direct impossible dans la réalité ». Le but étant de d’établir un dialogue avec « le dieu qui est derrière la porte close du tabernacle, notamment en lui présentant une représentation certes imparfaite de lui-même, son miroir dans l’autre monde, celui des humains ». Le but de cette section est de mettre l’accent sur la signification particulière de l’image qui est « avant tout un signe ».

Pour visiter :

L’exposition « Les Portes du Ciel. Visions du monde dans l’Egypte ancienne » a lieu au musée du Louvre, dans le hall Napoléon du 6 maars au 29 juin 2009. Elle est ouverte toute la semaine, sauf le mardi, de 9 h à 20 h. Des nocturnes ont lieu les mercredi et vendredi, jusqu’à 22 h.

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