Lettre de l’ambassadeur du Venezuela en France au directeur du journal Le MOnde

Monsieur Eric Fottorino
Directeur du Monde

Monsieur le Directeur,

C’est avec un grand respect que je souhaite vous exprimer, au nom du peuple vénézuélien et de notre gouvernement, mon sincère étonnement face à l’article selon moi tendancieux de votre correspondant, Monsieur Jean-Pierre Langellier, que j’ai eu l’opportunité de découvrir en parcourant les pages de votre quotidien daté du 19 mai dernier.

Cet article, dont j’ai constaté avec surprise qu’on le qualifie « d’analyse », reprend à son compte les plus incroyables stéréotypes et contrevérités colportés depuis dix ans par ceux qui ne comprennent pas la volonté souveraine des vénézuéliens – démontrée à maintes reprises dans les urnes – de se choisir un modèle original et alternatif de développement.

Retranché derrière sa supposée objectivité journalistique, Monsieur Langellier dresse au fil des lignes un portrait de notre pays digne d’une parodie de Tintin et les Picaros : plusieurs chiffres et discours sont utilisés hors de leur contexte et les sources sont occultées. De ce fait, Monsieur Langellier trompe sciemment vos lecteurs, en contribuant à forger une vision de l’Amérique Latine simpliste et heureusement contraire à la réalité.

On peut ainsi lire, au fil des lignes, que le Venezuela est gouverné par un « régime » « autoritaire et étatiste », « centralisé et militarisé », qui n’honore pas ses engagements internationaux, qui transforme en « traîtres » les « camarades » critiques, « exerce une vendetta contre ses opposants », les « harcèle » et réduit « chaque jour un peu plus l’espace de la démocratie », tout cela grâce à « un Parlement à sa dévotion », une compagnie pétrolière qui est un « Etat dans l’Etat » et au fait que « les médias privés sont dans le collimateur ».

Dans son « analyse », Monsieur Langellier juge tout de même utile de retranscrire l’opinion de membres du Gouvernement qu’il décrit, en expliquant que « récemment », notre Ministre des Finances déclarait « qu’au Venezuela ressurgit le rêve de l’Union Soviétique » : une phrase là aussi sortie de son contexte, mais qui sert son dessein de donner l’image d’un pays archaïque, aux antipodes de notre volonté affirmée de construire un modèle novateur et moderne de réelle redistribution de la richesse, participatif et démocratique.

Alors que si peu se sont émus, pendant les années 80 et 90, de la terrible expérimentation des politiques ultra-libérales sur notre continent et de leurs conséquences désastreuses sur le niveau de vie des latino-américains, certains commentateurs démontrent aujourd’hui un aveuglement idéologique lorsqu’ils attaquent notre politique de reconstruction de l’Etat, de services publics forts et efficaces à lutter contre les effets sociaux de la crise économique et financière actuelle.

Par ailleurs, il n’est pas juste de dénoncer une faiblesse grandissante de la démocratie au Venezuela, alors que depuis 1998, il est le pays à avoir connu le plus grand nombre de consultations électorales, que parallèlement à ces consultations se sont consolidés les mécanismes de participation citoyenne et populaire, et que notre pays à été pionnier dans la mise en place du référendum révocatoire qui permet aux électeurs de mettre librement fin au mandat de tout élu : un processus auquel le Président Hugo Chavez s’est courageusement soumis, chose que beaucoup omettent de mentionner lorsqu’ils l’accusent d’autoritarisme ou de persécution des opposants.

Je tiens à vous réaffirmer, Monsieur le Directeur, notre réelle disposition à apporter des compléments d’information à vos lecteurs qui puissent leur permettre de mieux connaître la réalité de notre pays. Nous serions honorés de pouvoir nous exprimer dans votre quotidien, si vous le souhaitiez, par exemple au sein de sa rubrique d’opinions.

En espérant que vous comprendrez nos motivations, je vous prie, Monsieur le Directeur, d’agréer l’expression de notre très haute considération.

Jesús Arnaldo Pérez

Ambassadeur


 
 
 
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2 commentaires
  • Monsieur l’Ambassadeur,

    Vous vous méprenez sur les intentions de notre quotidien de référence. En fait M. Langelier parle manifestement de la France, et la recension que vous en faites dans ce paragraphe :

    On peut ainsi lire, au fil des lignes, que le Venezuela est gouverné par un « régime » « autoritaire
    et étatiste », « centralisé et militarisé », qui n’honore pas ses engagements internationaux, qui
    transforme en « traîtres » les « camarades » critiques, « exerce une vendetta contre ses
    opposants », les « harcèle » et réduit « chaque jour un peu plus l’espace de la démocratie », tout
    cela grâce à « un Parlement à sa dévotion », une compagnie pétrolière qui est un « Etat dans
    l’Etat » et au fait que « les médias privés sont dans le collimateur ».

    le démontre amplement. Les contraintes ci-dessus décrites ont simplement obligé cet auteur à recourir à un pays de fiction, comme jadis Montesquieu avec la Perse, pour pouvoir exprimer sa critique. C’est à dessein qu’il a choisi un pays, le vôtre, dont il pouvait penser que l’ensemble de la rédaction de son journal ignorait tout.

  • Rien de bien surprenant Mr l’ambassadeur. Pour moi qui vient d’un pays d’Afrique subsaharienne sous le joug de la "francafrique", croyez moi la manipulation du journal Le Monde, on connait. Elle a atteint si j’ose dire son paroxysme avec la ferme volonte d’empecher le citoyen francais de savoir que ses dirigeants etaient TOUS compromis dans le genocide tutsi au Rwanda.Le Monde quai d’orsay, on connait et je ne suis pas le moins du monde surpris par cet article. Ce qu’ils appellent "information" est d’abord et avant tout l’organisation de la diversion et de la desinformation pour que les lecteurs globalement manipules pour reagir d’une certaine facon devant certains mots ne comprennent rien a un evenement, ce qui conduit a l’occultation de la GENESE des "problemes" et a l’identite des vrais auteurs du DESORDRE.

    Cela s’appelle tout simplement de la MANIPULATION !
    Mais il arrive un jour ou meme le serpent se renverse... Nous y arrivons de plus en plus car aucun mensonge n’est eternel, mais surtout parce qu’il existe de + en + des sites comme celui ci pour nous proposer un point de vue coherent de la realite.
    Au fait le Monde a t’il publie ce droit de reponse ?

 
 
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