Hadopi face à la "Génération gratuité"

Que faut-il penser de cette génération qui passe le plus clair de son temps à télécharger des films et des musiques piratés, et à n’écouter que ces musiques et à ne regarder que ces films pour lesquels elle ne donnerait pas un Euro si d‘aventure elle y était contrainte ?

Pour sûr, cette génération sera vertueuse parce que... écolo : “Comment ça ! Vous vous brossez les dents en laissant couler l’eau ?!! Mais quel sorte d’homme êtes-vous ? Vous n’avez pas honte ?”

Ecolo et puis, un rien hygiéniste aussi : “ Qui c’est ce taré incontrôlable qui fout le bordel ?! Débarrassez-nous en au plus vite !”

Pour le reste, on est libres mais... prévenus : inutile de chercher à éveiller en elle un intérêt quelconque pour ce qui s‘avèrera payant.

***

La marchandisation de tout ce qui peut a priori faire l’objet d’une transaction commerciale, c’est la société de consommation arrivée au sommet de sa maturité avec pour seule préoccupation la dévalorisation de tout ce qui peut représenter ou prétendre à une valeur autre que marchande ; et son corollaire a pour nom : la gratuité.

Surtout ne pas y voir là une contradiction ou un paradoxe qui trahiraient un manque de cohérence !

“Si tout ce qui a un prix n’a pas de valeur“, aujourd’hui, tout ce vaut et rien ne vaut la peine de débourser quelque argent pour ce rien qui ne vaut pas plus que ce que peut valoir tout le reste.

Et cette gratuité exigée - sinon souhaitée -, sera accordée à quel prix ?

Au prix de tout ce qu’on lui fera payer en échange de cette gratuité qui concerne des secteurs d’activités totalement dévalorisés et désincarnés : journaux gratuits pour la liquidation du métier de journaliste, télévision publique sans garantie de financement, musiques, films tous devenus interchangeables à souhait...

Nul doute, ceux qui regardent ces films et écoutent ces musiques ne s’y sont pas trompés ; c’est la raison pour laquelle ils ne souhaitent pas les acheter s’ils peuvent l’éviter ; même si l’on pourra tout de même déplorer le fait que seuls ces musiques et ces films semblent retenir leur attention.

Car, les véritables enjeux sont ailleurs, et pour commencer : dans tout ce qui a été acquis de haute lutte et que le marché a investi au galop, à savoir : ce qui était hier encore accessible à tous et qui aujourd‘hui ne l‘est qu’à la condition d’être capable de payer rubis sur ongle.

Aussi, toute communication autour de la gratuité avec son message subliminal “Mais... payez donc ! puisqu’on vous dit que c’est gratuit !” a de bonnes chances de faire la fortune de quelques uns avant d’en flouer un très grand nombre, à l’heure où tout espoir de ré-investissement dans de nombreux domaines culturels aujourd’hui délaissés ou privés d’exigence et d’excellence, semble à jamais perdu.


 
 
 
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1 commentaire
  • Hadopi face à la "Génération gratuité" 27 juin 2009 22:45, par mememene

    Mais alors, l’être humain serait-il donc plus complexe que le mouton ?
    Et voila qu’il semble communiquer en bande, s’organiser, échanger ses avis et même ... créer ses propres modèles.
    Comment ose-il puisqu’on lui dit que c’est ce qu’on vend qu’il faut acheter !!!
    Si ça continu, il va falloir ajouter la " qualité " dans la balance... Zut, il va falloir bosser dur maintenant.

 
 
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