Iran : de l’objectivité à la condamnation systématique en passant par le vide

Ainsi donc, il y aurait eu une fraude électorale en Iran ! Dont acte. Mais où sont les preuves de cette affirmation née d’une presse aussi unanime que suspecte.
Nous les attendons avec une impatience d’autant plus sereine que nous ne sommes pas, sur le fond, favorable au régime iranien.

Mais ne pas être favorable à un régime, combattre politiquement son idéologie, s’élever avec force lorsque les droits de l’homme sont bafoués, n’altèrent pas l’objectivité nécessaire à une analyse éclairée d’une situation beaucoup plus complexe que ne voudraient bien l’écrire certains. Tous les dirigeants de la gauche et plus particulièrement du Front de Gauche se sont engouffrés dans un suivisme qui fait peine à voir à un moment où, justement, il eut été préférable de se démarquer de la meute des loups hurlant avec tout ce que l’impérialisme sait créer en matière de mensonge et de manipulation de masse.

La vérité comme si vous y étiez

Tout y est pour une mise en scène optimale et médiatiquement crédible :
- La fraude annoncée, sans aucune preuve, mai puisque les médias le disent....
- Les manifestants que l’on matraque. On a les mêmes en France et en Europe. Il n’est qu’à visionner les vidéos des manifestations étudiantes, paysannes (ou d’infirmières sous le gouvernement Jospin) pour voir avec quelle violence le pouvoir français réprime les manifestations au pays des droits de l’homme sous l’oeil complice des médias étrangement aphones. La brutalité n’est ni le propre d’un homme ni celui d’un gouvernement, mais l’expression de ce qu’il convient d’appeler par son nom : le fascisme. Ce qui fait la fierté de Sarkozy et de certains gouvernements de gauche doit-il faire la Honte d’Ahmadinedjad ?
- Une jeune fille morte. Qui se souvient de la mort de Rachel Corrie délibérément écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne le 16 mars 2003 ? Peu de personnes en fait, tant la presse a été silencieuse sur cet assassinat. Qui se souvient aussi de la manipulation médiatique concernant les charniers de Timişoara ? Chacun garde en revanche en mémoire les manifestations de la place Tian’anmen.
- Internet qui subitement redevient un outil de la liberté en Iran après avoir été un repère de pédophiles ou un outil qui favorise le terrorisme en France et en Europe, au point que le gouvernement Sarkozy se croit obligé de légiférer sur son utilisation et faisant voter la loi HADOPI, qui ne concerne pas que le téléchargement illégal, comme la communication gouvernementale tend à le laisser croire !

A la gauche de la gauche, ni Monsieur Mélenchon, qui a publié un article surprenant de légèreté et exempt de toute analyse géopolitique, ni Madame Buffet qui a signé une pétition pour le moins intrigante, aux côtés de personnalités qui n’ont aucune leçon de démocratie à donner à quiconque, n’ont fait preuve d’originalité dans l’analyse de cette après élection qui mérite beaucoup plus qu’une adhésion sans réserve aux thèses d’une fraude massive, toujours pas démontrée. L’hypothèse d’une intervention des services secrets de pays occidentaux et de la CIA n’a jamais été prise en compte et à aucun moment le doute n’a traversé ces esprits que l’on aurait souhaité et cru beaucoup plus éclairés quand il s’agit de mener une réflexion géopolitique.

Nous aurions préféré, de leur part, une vision du monde un peu moins sentimentale et donc, nourrie d’une réflexion politique intégrant les enjeux géopolitiques du moment et à terme. Et notre adhésion au concept de front de gauche nous oblige à une critique sans concession et à une vigilance de tous les instants.

Céder à l’affectif, aller dans le sens du courant, est assez contre productif et même catastrophique quand il s’agit d’élever un débat nécessaire et de porter un projet politique fort, susceptible de transformer la gauche à défaut de pouvoir transformer la société.

Une décennie riche en fraudes et en manipulation et tous genres

Pour ce qui est des fraudes électorales, de la manipulation électorale et de celle des esprits, les dernières décennies abondent d’exemples pour le moins intéressants et qui n’ont pas soulevé l’ire de celles et ceux qui affirment haut et fort vouloir prendre part à la direction des affaires publiques... de la façon la plus démocratique qui soit. L’anecdote voudrait que l’on se gausse, ici, en se mémorisant les irrésistibles contorsions de la direction du PS en vue de valider une élection interne pour se désigner un premier secrétaire. Un parti qui, somme toute, sait de quoi il parle quand il s’agit de dénoncer les manquements à la rigueur d’une élection.

La plus grande démocratie du monde (autoproclamée)

Depuis le 11 septembre 2001, la « plus grande démocratie du monde » autoproclamée n’a cessé de plonger dans une espèce de paranoïa collective qui a permis de justifier les pires excès en matière de resserrement des libertés individuelles et collectives. Le Patriot Act, a plongé les USA dans un obscurantisme aussi répressif que régressif qui n’a rien à envier à certaines dictatures que ce pays combat pourtant avec vigueur. Guantanamo, les prisons volantes, l’usage systématique de la torture, la peine de mort - moins spectaculaire que la pendaison mais tout aussi efficace -, etc. Ce même 11 septembre qui, renforcé par le mensonge d’état affirmant que l’Irak possédait des armes de destruction massive, a permis son occupation avec la bénédiction de l’ « Axe du bien ». Combien de morts ? Combien d’enfants tués ? Combien de jeunes filles violées ? Qui demande des comptes ?
Et pour que Bush junior achève le travail initié de longue date par son père et mis en œuvre par lui même, il lui fallait bien deux mandats et... une fraude électorale pour parvenir à être réélu en 2004. Nous n’avons pas souvenance d’avoir entendu nos « grands intellectuels », notre gôche caviar ou nos chiens et chiennes de garde à gauche de la gauche appeler au rassemblement et aux manifestations de rue pour dénoncer cette prise de pouvoir quelque peu surprenante de G.-W. Bush. Il est vrai que Al Gorre, pantin médiatico-politique et éco-tartufe s’il en est, avait reconnu sa défaite... et Bush sa victoire.
Ainsi va la démocratie dans les plaines du Far West et au pays du Mac Do. Et ce qui est autorisé au USA est par nature interdit dans tous les autre pays qui lui sont hostiles et doublement interdit dès lorsqu’il s’agit de peuples arabes, musulmans. Ou encore dans ces nations atteints de ces tares qui relèguent au ban des nations celles et ceux qui dans leur profonde différence ne relaient pas l’idéologie du capitalisme roi et de la toute puissance des banques dont le contrôle a définitivement échappé aux Etats. La nébuleuse à la tête de laquelle un hypothétique Ben Laden – plus virtuel qu’en chair et en os – trônerait et tirerait les ficelles est bien devenue l’instrument au service de la peur nécessaire à faire avaler toutes les couleuvres et coups tordus initiés par des services secrets qui sont tous détenteurs, quels que soit le lieu où ils se trouvent, de la signature authentifiée d’Al Qaida.

Au pays des droits de l’homme (revus et corrigés par l’UMP)

2002 en France fut une année faste en manipulations et retournements de l’opinion. Cette année là, Monsieur Chirac, en grande difficulté, rebondit sur toutes les affaires à sensation pour les édifier en affaire d’Etat. Une agression montée de toutes pièces par sa prétendue victime dans le métro, juive de surcroit, et les journaux s’enflamment et hurlent à l’antisémitisme. Un papy agressé dans les jours qui précèdent les élections et c’est le jack pot ! Le Pen arrive en seconde position au premier tour. Et la grande manipulation dans laquelle s’engouffrent et cautionnent tous les partis, sans exception et tous les syndicats... de manière unitaire conduit à une manifestation monstre le 1er mai, et... à l’élection de Jacques Chirac avec 82 % des suffrages au 2ème tour. La vigilances des donneurs de leçon d’aujourd’hui a pour le moins été mise en défaut en ces mois d’avril, mi 2002. Une leçon de démocratie venait d’être donnée, le Front National avait été écarté ! C’est ainsi que s’écrit l’Histoire.

2005, lors d’un référendum organisé par le gouvernement en place, le peuple rejette avec 54,67% des suffrages exprimés le traité constitutionnel européen. Le 4 février 2008, le parlement réuni en congrès adopte contre l’avis du peuple ce que les Français avaient rejeté démocratiquement. Ce déni de démocratie historique rend désormais peu crédibles les déclarations de Monsieur Sarkozy sur la démocratie en général et sur le respect du suffrage universel en particulier. Mais qui s’en soucie dans la presse ?

2007, le scénario change : la stratégie de la peur est toujours présente et la complicité du PS qui offre à l’UMP en ordre de marche, une Ségolène Royal plus gaffeuse que jamais et au charisme particulièrement émoussé conduit à la victoire de Monsieur Sarkozy largement aidé par des médias outrageusement acquis à sa cause.

Et cétéra et exception à la règle 

Et l’on pourrait citer la Révolution Orange de 2004 en Ukraine, la Révolution des Roses en Géorgie, etc.

Le capitalisme a d’immenses ressources pour adapter la démocratie à ses objectifs et pour adapter le résultat des élections à ses besoins... humains.

Une exception dans ce marigot : le Venezuela. Depuis l’arrivée de Chávez au pouvoir, toutes les consultations électorales placées sous le contrôle d’une impressionnante armada d’observateurs internationaux ont été déclarées exemptes de toute fraude et autre manipulation. Mais cette rigueur électorale ne suffit pas à dédouaner Monsieur Chávez aux yeux des médias internationaux qui ne cessent de le présenter comme un dangereux dictateur imposant un régime totalitaire à son peuple. Curieuse analyse en contradiction avec une réalité électorale et celle du terrain que nous connaissons et qui est bien différente.

La démonstration est ainsi faite, à partir de ce cas particulier, que la manipulation des esprits et le mensonge sont deux stratégies systématiquement utilisées pour déstabiliser un régime ou un pouvoir hostile aux USA en particulier et au capitalisme en général.

Pour ce qui est de l’Iran, pays qui n’a de cesse d’être dans la collimateur d’Israël et des USA et depuis peu de la France, chacun aura compris que pour mener à bien une stratégie de domination du Proche Orient, il convient d’éliminer les états récalcitrants. Israël qui est le porte avion des USA dans la région se sent menacé par une supposée arme nucléaire iranienne, mais les pays limitrophes d’Israël n’ont aucun droit de se sentir menacés par l’État hébreux possesseur d’un arsenal atomique imposant ! Là encore, nous avons rarement entendu nos intellectuels et nos responsables politiques de gauche appeler à manifester pour demander le désarmement de l’État belliciste et religieux d’Israël, lui aussi, qui s’est tout de même illustré par un crime de guerre commis à Gaza en ce début d’année, doublé, on peut le supposer d’un crime contre l’humanité. Et dans la bande de Gaza, non seulement les journalistes sont interdit d’accès, mais aussi les citoyens du monde et les ONG quand ce n’est pas la voiture de l’ambassadeur de France qui est canardé par des soldats israéliens. Et ça, mesdames et Messieurs, ce n’est pas de la dictature, ce n’est pas une atteinte aux droits de l’homme ! C’est sans doute un bel exemple de démocratie

Le droit international et les droits de l’homme à géométrie variable nous semblent être une notion particulièrement à la mode par ces temps de crise généralisés des consciences et de la pensée et, même les responsables politiques, y compris à gauche de la gauche n’y échappent pas. Et faire une fixation sur l’Iran en faisant l’impasse sur les crimes abominables commis par un autre état de la région nous semble être de nature a cautionner, de fait, le sionisme et l’intégrisme religieux juif et à condamner un peu trop vite – mais on condamne toujours très vite l’islam, même en l’absence de preuves – un peuple qui à le droit imprescriptible de décider lui même de son avenir, même si celui ci est lié à la religion islamique.

René Balme
Maire de Grigny
Le 27 juin 2009


 
P.S.
 
 
Forum lié à cet article

2 commentaires
 
 
Les derniers articles
 
Thèmes