G 8 vs 188 : Opulence vs misère

« Les promesses n’engagent que ceux qui y croient »

Propos attribués à Jacques Chirac

Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique Alger

Le G8 (pour « Groupe des huit ») est un groupe de discussion et de partenariat économique de huit pays parmi les plus puissants économiquement du monde : États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada et Russie. Ensemble, ils représentent 61% de l’économie mondiale. Dans le monde en 2007, le G8 comprend 13,1% (870 millions d’habitants) de la population mondiale (6,7 milliards d’habitants) et produit environ 58% (31.500 milliards de $) du PIB mondial (54.500 milliards de $) De plus, ces huit pays industrialisés représentent environ plus de 70% des dépenses militaires mondiales. Samedi matin, les ministres du G8 se sont réunis à Trieste : ils on traité en plus des questions financières et de l’énergie, de trois dossiers.

D’abord une déclaration sur « l’Afghanistan et sa dimension régionale » traite de tous les problèmes rencontrés dans cette région du monde, de celui des réfugiés, au contrôle des frontières et à la lutte contre le trafic des armes et de la drogue...Ils ont évoqué dans ce contexte le sort d’environ 2,5 millions de réfugiés qui ont fui l’offensive menée par l’armée pakistanaise pour déloger les taliban de trois districts de la vallée de Swat et ses environs, dans le nord-ouest du pays...Les ministres vont aussi se pencher sur la prochaine présidentielle en Afghanistan, prévue le 20 août. Pas un mot de l’ingérence des 75.000 soldats de la coalition et des centaines de morts de civils, notamment des enfants attribués à des bavures : les drones sans pilotes faisant ainsi des ravages. Qu’on se rassure, on nous dit que le Commandement ordonne des enquêtes. Les familles qui ont été endeuillées sont bien avancées. Les Afghans sont ingrats : c’est pour la bonne cause, l’Occident et sa démocratie aéroportée va débarrasser les femmes afghanes de la burqa : cette prison ambulante. Le deuxième sujet qui préoccupe les grands de ce monde c’est l’Iran. Après avoir espéré vainement une chute d’Ahmadinejad au profit du « réformateur » Moussaoui, ils pensent affaiblir l’Iran en lui intimant l’ordre de mettre de l’ordre sans toucher à un cheveu des manifestants, dont il faudra bien un jour évaluer la part de la sincérité qui revient au mouvement de protestation, tout à fait légitime au demeurant, et celle qui revient aux services de sécurité occidentaux, comme n’arrête pas de le dénoncer le clergé iranien.

Durant cette réunion, la Russie a mis en garde contre le risque d’« isoler » le régime de Téhéran alors que Rome et Paris appellent à une position « ferme » sur les violences post-électorales en Iran. Sergueï Lavrov a estimé que « l’isolement de l’Iran » était « une approche erronée », à l’issue d’un entretien avec le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini. Le nucléaire iranien doit figurer au menu des discussions. Une réunion à cinq (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne et Italie) est prévue vendredi pour évoquer ce dossier de prolifération et le traitement diplomatique qui doit, à ce stade, lui être réservé. Le choix semble traduire les difficultés que rencontrent les Occidentaux dans leur volonté d’arrimer Moscou et Pékin à une politique commune sur l’Iran. La Russie et la Chine ont fait savoir récemment qu’elles refuseraient de passer à une stratégie de sanctions accrues, à l’ONU, contre Téhéran, même au cas où les ouvertures américaines ne seraient pas suivies d’effet.

Dernier point : la pression, nous dit-on, s’est encore accentuée sur le gouvernement israélien avec les appels à un gel total de la colonisation dans les territoires palestiniens, lancés par les pays du G8 et par le Quartette sur la paix au Proche-Orient. Le Quartette « appelle les autorités israéliennes à arrêter la colonisation ». Le G8 et le Quartette ont en outre réaffirmé le principe de deux Etats pour deux peuples (...) ainsi que leur soutien à l’organisation d’une conférence internationale sur le Proche-Orient à Moscou en 2009 afin de relancer le processus de paix. On remarquera au passage que nulle part on ne parle de sanction contre Israël qui défie tout le monde même la France qui a pris le train américain en marche. Il n’y aura pas une résolution de plus du Conseil de sécurité dont on sait comment Israël a traité les dizaines de précédentes.

Pour en revenir au plat de résistance s’agissant de l’énergie, dans une déclaration commune publiée à l’issue du sommet du G8 consacré à l’énergie à Rome (Italie), les pays concernés, la Commission européenne et les ministres des quinze pays invités ont notamment insisté sur le fait que la crise économique et financière actuelle ne devait pas retarder les investissements et les projets énergétiques programmés. Ils sont essentiels à la reprise économique, souligne la déclaration. Avec pour thème « Au-delà de la crise : vers un nouvel ordre mondial de l’énergie », concernant le changement climatique, les ministres des huit pays les plus industrialisés et l’Union européenne se sont engagés à contribuer au succès de la convention des Nations unies sur le Changement climatique et à la conférence de Copenhague à la fin 2009 et ont demandé de promouvoir les investissements destinés à améliorer l’efficience énergétique, les infrastructures, la diversification des sources d’énergies et l’innovation technologique.(1)

Enfin, s’agissant de la crise financière, les ministres du G8 pensent que le temps est venu de commencer à parler de « stratégies de sortie de crise », indiquent les ministres des Finances du G8. Les ministres des Finances du G8 réunis en Italie évoquent des stratégies de sortie de crise mais appellent à poursuivre les efforts de relance. Le communiqué final n’évoque en revanche pas les tests de résistance des banques. Les ministres des Finances du groupe des Huit ont salué samedi les premiers signes de « stabilisation » de l’économie mondiale dans leur communiqué final. « Il y a des signes de stabilisation dans nos économies (...), mais la situation reste incertaine et des risques significatifs continuent de peser sur la stabilité économique et financière », écrivent les ministres. Selon le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, le chômage atteindra un « pic début 2011 », à cause du décalage entre le retour de la croissance prévu « début 2010 » et son impact sur le marché du travail.(2)

Comme le rapporte le site altermondialiste, les pays industrialisés ont tout fait pour saboter la Conférence des Nations unies sur la crise économique et financière mondiale et ses conséquences sur le développement, qui s’est tenue du 24 au 26 juin à New-York - date choisie curieusement par l’Italie pour convoquer la réunion des ministres du G8. Pour Attac, cette conférence aurait pu être l’occasion de mobiliser l’ensemble des 192 États membres autour d’un projet planétaire de sortie du modèle néolibéral dominant - dont la faillite est avérée -, en vue de la construction d’un autre monde plus juste, plus démocratique, plus solidaire et plus respectueux des impératifs écologiques. Cela ne sera malheureusement pas le cas, et les grands pays industrialisés, derrière lesquels se font sentir les pressions des transnationales, en portent totalement la responsabilité. Le rapport Stieglitz contient des analyses rarement formulées à ce niveau sur la responsabilité des inégalités dans la gestation de la crise et sur l’incapacité du marché à s’autoréguler. Il formule également des propositions intéressantes sur la régulation du système financier international, sur la résorption de la dette des pays pauvres, etc. Mais les États-Unis et les pays membres de l’Union européenne se sont ingéniés à vider le projet de déclaration finale de la majeure partie des recommandations du rapport Stieglitz. Alors qu’il s’agissait de promouvoir le G-192 comme instance de décision internationale, ils ont réussi à réintroduire la primauté du G-20. Enfin, pour mieux banaliser le statut de cette réunion, ils n’y ont dépêché aucun chef d’État ou de gouvernement.(3)

Nous remarquons au passage que le sort des 188 pays restants n’intéressent pas le G8, voire son avatar le G20 où on donne l’illusion à une douzaine de pays que ce sont des pays émergents. Chaque jour, plus de deux milliards de dollars sont dépensés pour financer l’armement qui sécurisera l’accès des entreprises aux matières premières et aux marchés. Plus de 1200 milliards de dollars sont dépensés en armement et Jacques Diouf n’arrête pas de quémander 60 milliards de dollars pour lutter contre la famine. Il annonce d’ailleurs qu’un milliard de personnes souffre de malnutrition. Quand on sait que la publicité aux Etats-Unis se chiffre à 400 milliards de dollars et à 30 milliards en France, on se demande jusqu’où ira l’égoïsme des nantis. Les ingérences multiples font que les pays africains ont très peu de chance de se relever, pourtant leurs matières premières attirent les convoitises de tous les pays industrialisés sans oublier la Chine. L’Union européenne est en train de construire une forteresse. Des milliers de réfugiés venant d’Afrique atteignent chaque mois les îles Canaries ou les côtes italiennes. La plupart d’entre eux sont aussitôt ré-expulsés vers leurs régions d’origine. Même des réfugiés en provenance de zones de guerre, telles que l’Irak ou l’Afghanistan, sont renvoyés à la boucherie. A la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, un mur de 1100 kilomètres est sur le point d’être construit pour empêcher l’immigration. Les travailleurs immigrés sont utilisés comme une force de travail bon marché. En effet, la peur d’être expulsé permet de maintenir leurs salaires et leurs conditions de travail au plus bas.

S´agissant justement de l´aide à l´Afrique, les pays riches du G8 avaient promis de débloquer 60 milliards de dollars en cinq ans pour lutter contre le sida et la malaria, démentant d´insistantes rumeurs selon lesquelles ils allaient se dédire. De plus, Le G8 a confirmé son engagement pris au Sommet de Gleneagles (Ecosse), en 2005, d´accroître de 25 milliards de dollars par an son aide au développement pour l´Afrique d´ici 2010. Pour ce qui est de la crise alimentaire, les dirigeants du G8 ont fait part de leur préoccupation sans toutefois annoncer de nouvelles mesures financières pour les pays les plus touchés par la crise alimentaire. Selon les calculs d´Oxfam, qui tient pour acquis que l´argent sera versé sur 5 ans, l´augmentation de l´aide globale n´aura atteint que 23 milliards de dollars en 2010, alors que le G8 avait promis une augmentation de 50 milliards à Gleneagles (Angleterre) en 2005. En dollars constants, il s´agissait de faire passer l´aide publique au développement (APD) de 80 à 130 milliards de dollars. Entre 2006 et 2007, l´aide publique au développement a baissé de 8,4%. Les objectifs ne seront pas atteints. Comparons cette aide tant convoitée de 50 milliards de dollars au marché des armes, qui est de 1200 milliards de dollars, vendues justement par les pays du G8 aux PVD qui s´endettent pour s´entre-tuer. Cette aide représente à peine 4%.

De plus, on estime les dépenses publicitaires mondiales à 385 milliards de dollars US. La France a dépensé en publicité, en 2006, 22 milliards d’euros, soit l´équivalent de l´aide promise à l´Afrique. Les pays développés font l´aumône d´une main et reprennent d´une autre le double à travers les dettes, ce qui fait que ces pays ont des systèmes éducatifs défaillants et de santé approximatifs.(4) Ce déni de dignité a fait réagir l’Eglise. Dans une lettre ouverte aux chefs d’Etat et de gouvernement à la veille du sommet en Italie (8-10 juillet), les présidents des conférences épiscopales des pays membres du G8 (Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie, Grande-Bretagne et Etats-Unis) écrivent : « Paradoxalement, les pauvres sont ceux qui ont le moins contribué à la crise économique qui afflige notre monde aujourd’hui, mais c’est eux qui, très probablement, souffriront le plus de ses ravages, car relégués aux marges d’une pauvreté écrasante...Les pays du G8 devraient assumer leurs responsabilités en encourageant le dialogue avec les autres grandes puissances économiques de manière à prévenir de nouvelles crises financières. » « Les évêques demandent aux Etats de » tenir leurs engagements concernant l’augmentation des aides au développement en vue de réduire la pauvreté mondiale et d’atteindre les « Objectifs du millénaire », notamment dans les pays africains, d’ici 2015. C’est en collaborant de façon constructive avec les pays en voie de développement, ajoutent-ils, que les pays riches pourront les aider à « devenir des agents actifs de leur croissance [1], en participant aux réformes politiques, gouvernementales, économiques et sociales au service du bien commun ». Inquiets de « l’impact que pourrait avoir le changement climatique sur la vie des plus démunis », les évêques demandent des « engagements concrets » : « protéger les plus défavorisés et la planète ne sont pas des idéaux contradictoires mais des priorités morales pour toutes les personnes de ce monde ». « C’est, indiquent-ils, la forme du bien commun au XXIe siècle. »(5)

C’est à se demander en définitive à quoi sert le G8. La question même de son utilité se trouve posée de manière aiguë. Aujourd´hui, le monde a changé en une mondialisation affichée, et un jeu de puissance incertain. Le G8 conduit à se poser de façon obsessionnelle la question de sa dimension. On ne peut comprendre l’utilité du G8 seul, il faut le remplacer dans une stratégie planétaire mise en place par les puissants. Le premier cercle de commande est justement le G8, ses outils financiers économiques et commerciaux sont on l’aura compris, la Banque mondiale, le FMI dont on a annoncé plusieurs fois la mort, et l’OMC.

Le bras armé est sans nul doute l’Otan et le G8 se transforme souvent en G7 pour les grandes décisions excluant de ce fait, la Russie. Depuis l’année dernière et pour impliquer les pays de la Bric (Brésil, Inde, Chine et Russie), on invente le G20. De plus, pour faire bonne mesure on adoube quelques pays tels que l’Arabie Saoudite dont le rôle se limite à recycler ses pétrodollars pour le FMI mais aussi à mettre au pas l’Opep. Que deviennent les organisations internationales ? Mis à part le Conseil de sécurité bien tenu, les autres ronronnent sans réelle prise sur les évènements, c’est le cas du Pnud, Unicef, FAO...mais aussi de l’Unesco dont on se demande réellement à quoi elle sert.

En définitve les Africains ces "Damnés de la Terre" n’ont rien à atendre des pays industrialsiés qui ont bâti leur opulence à des degrès divers sur l’asservissement des peuples du Sud et il est faut de croire à a culpabilisation qui veut que cela fait un demi siècle que ces pays sotn indépendants. Ce que l’on oublie de dire c’est que les anciennes puissances sont plus que jamais là sous d’autres formes , c’est au choix le néocolonialsme pur et dur car le Colon n’est plus là l est remplacé par des hommes liges que sont généralement les chefs d’Etat africains qui à des degrès divers fondent des dynasities "républicaines" ont pour sacerdoce de mourir en fonction.

Le Néococolonialisme c’est aussi l’ingérence faussement humanitaire dont le concept été forgé sous forme de "devoir d’ingérence" qu’un certain french Doctor a théoriser , notamment en portant un sac de riz devant les caméras du monde , quad la Somalie était encore un pays. Assurèment la boutade prêtée à Jacques Chirac est plus que jamais d’actualité. les promesses d’aumone n’engagent que les naïfs africains

1.Le Sommet du G8 consacré à l’énergie se clôture Actu-Environnement.com - 26/05/2009

2.J.B. Le G8 salue des signes de stabilisation de l’économie. (lefigaro.fr) Avec AFP 13/06/2009

3.Attac.Comment saboter une conférence des nations unies http://www.france.attac.org/spip.ph...

4.Chems Eddine Chitour : Le G8 prélude au gouvernement mondial ? Mille Babords 13/07/2008

5.G8 : Cinglante leçon des évêques catholiques à l’égoïsme des pays riches 26.06.2009

Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique Alger


 
 
 
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