Mandela et Amstrong : deux destins hors norme , un même combat au service de l’humanité

« Vaincre la pauvreté n’est pas un geste de charité. C’est un acte de justice. Il s’agit de protéger les droits humains fondamentaux. Toute personne, partout dans le monde, a le droit de vivre dans la dignité, libre de toute crainte et de toute oppression, libérée de la faim et de la soif, et libre de s’exprimer et de s’associer comme elle l’entend. »
Nelson Mandela

« Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité. »
Neil Armstrong

Ce mois de juillet a vu plusieurs fêtes d’indépendance (Etats-Unis, Algérie,Prise de la Bastille , Revolutiuon egyptienne de Nasser) . Pour notre part nous voulons fêter deux héros du XXe siècle qui ont marqué cacun à sa façon la conscience humaine. Il s’agit de Neil Armstrong, le premier homme qui a marché sur la lune, il y a quarante ans et Nelson qui s’est batttu contre l’apartheid, a prôné la réconcliation, a dirigé l’Afrique du Sud le temps d’un mandat , s’est retiré très sagement gardant de ce fait , son aura intacte et son exemple toujours d’actualité .

Ainsi, l’Amérique a fêté lundi 20 juillet les héros de la conquête lunaire avec, en point d’orgue, la réception à la Maison-Blanche des trois astronautes de la mission Apollo 11, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins qui seront honorés par le président Barack Obama en personne. Ils seront suivis, jusqu’en 1972, par dix autres de leurs compatriotes. Pour réussir cet exploit, les Américains, forts de leur prospérité et de leur avance technologique, investiront dans l’ensemble du programme Apollo la bagatelle de 25,4 milliards de dollars, soit l’équivalent de 150 milliards de dollars actuels (106 milliards d’euros) ! Il y a 40 ans, Apollo 11 « démystifiait la Lune ». Le 20 juillet, les États-Unis fêtent fièrement les 40 ans de leur conquête de la Lune par de nombreuses célébrations, festivités et expositions durant une semaine, au moment même où le pays s’interroge sur l’avenir de ses vols spatiaux habités.

Le jour de l’anniversaire, le lundi 20, l’équipage d’Apollo 11 sera reçu à la Maison-Blanche par le président Barack Obama. Depuis 1969 et l’exploit accompli par Neil Armstrong, les Etats-Unis consacrent un budget de plus en plus conséquent pour la Nasa. L’objectif Lune est toujours en vue. 40 ans après les premiers pas sur la Lune, le 21 juillet 1969, la National Aeronautics and Space Administration (Nasa) continue d’investir beaucoup d’argent dans la conquête spatiale. Son budget atteindra 18,7 milliards en 2010 contre 17,8 milliards en 2009. A titre de comparaison, le budget de l’Agence spatiale européenne (ASE), créée en 1975, est aujourd’hui d’environ 2,95 milliards d’euros, ce qui représente un peu plus de 4 milliards de dollars.(1)

Qui est Neil Armstrong ?

« Avant la fin de cette décennie, un homme posera le pied sur la Lune et retournera sur Terre en toute sécurité. » C’est par ces mots prononcés le 25 mai 1961 que le président John Fitzgerald Kennedy donne naissance au plus fabuleux programme spatial du XXe siècle : Apollo. En pleine guerre froide, il s’agit de répondre au défi lancé par les Soviétiques qui ont déjà envoyé dans l’espace le satellite Spoutnik en 1957, puis le premier homme, Iouri Gagarine, un mois avant ce discours. Iouri Gagarine à bord de Vostok 1, le 12 avril 1961, devint le premier homme à voyager dans l’espace. John Glenn avec Mercury sera le premier Américain, le 20 février 1962. Le Russe Alexi Leonov sera le premier à faire une sortie dans l’espace avec Voskhod 2 le 18 mars 1965. Le premier Américain s’y retrouvera le 3 juin 1965 avec Edward White à bord de Gemini 4. Huit ans plus tard, le 21 juillet 1969, à 2 h 56 GMT, Neil Armstrong sera le premier homme à fouler le sol lunaire. Un exploit qui n’aurait jamais été possible sans le travail acharné de plusieurs centaines de milliers d’ingénieurs stimulés par la folie du projet. Une voix nasillarde, celle de Armstrong, déformée par la liaison radio, annonce : « Ici la base de la Tranquillité. » Des hommes sont sur la Lune.(2)

Au moment de faire leurs adieux à la Lune, Armstrong et Aldrin avaient collecté 22 kilogrammes de roches lunaires, soit de quoi remplir une petite valise. Les cinq missions Apollo suivantes ont encore augmenté cette collection, qui totalise aujourd’hui 382 kilogrammes, répartis en 2200 échantillons. Les chances de découvrir une forme de vie sur Mars ont encore augmenté, car de l’eau à l’état de glace a été découverte sous la surface de la Planète rouge. Mais l’eau ne suffit pas. Mars peut-elle fournir les ressources nécessaires à une éventuelle installation de colonies humaines ? Autrement dit, peut-elle être colonisée par les hommes ?(3)

Nul doute que l’effervescence médiatique qui règne autour du quarantième anniversaire de son premier pas sur la Lune doit laisser Neil Armstrong de marbre. Véritable héros de la conquête spatiale, l’astronaute américain au destin hors normes est à la ville un homme discret, voire taiseux. ´´Je ne mérite pas toute cette attention´´, évacue-t-il aux journalistes qui le sollicitent. Depuis le 20 juillet 1969, il est célèbre. Il est - pour l’éternité - le premier être humain à avoir posé le pied sur une planète autre que la Terre. L’auteur aussi de : ´´Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité´´. Et pourtant, quarante ans après l’alunissage du module lunaire Eagle suivi par près d’un milliard de téléspectateurs, et ses deux heures et demie passées à marcher sur la Lune, Neil Armstrong demeure un mystère. Car, peu de temps après le retour d’Apollo 11 et une tournée mondiale triomphale de quarante-cinq jours, le héros s’en est allé. Boudant honneurs, argent et sollicitations, Neil Armstrong a accepté un modeste poste de professeur de génie électronique à l’université de Cincinnati, dans l’Ohio, où il n’a émis qu’un voeu : qu’on ne lui demande plus d’autographes. Neil Armstrong raconte aussi qu’il a souffert. Ce héros que le monde enviait, que la postérité invitait, a connu la déprime, le divorce, l’isolement, l’endettement et même l’effroi quand il a su que son coiffeur revendait 3000 dollars ses mèches de cheveux. (...) Neil Armstrong avoue s’être sauvé en devenant prof, en gérant dans l’ombre sa PME, en mangeant au fast-food du coin. « Je ne suis qu’un habitant de la Terre », écrit-il. En quarante ans, l’astronaute américain n’a livré que deux interviews télé et n’a consenti à une biographie qu’à condition de ne pas avoir à y étaler ses sentiments : ´´Je ne mérite pas toute cette attention.´´

« Né il y a presque soixante-dix-neuf ans à Wapakoneta, au fin fond de l’Ohio, Neil Armstrong obtient sa licence de pilote à 16 ans. Avant même son permis de conduire. Il devient pilote de chasse à 21 ans pendant la guerre de Corée. Lors d’une sortie, son avion sera criblé de balles avant de perdre une partie de son aile. Il devient pilote d’essai sur la base d’Edwards, en Californie. Là où sont réunis les meilleurs. (...) En 1969, il est choisi en tant que premier ´´astronaute civil´´ avec Edwin Aldrin Jr et Michael Collins pour prendre les commandes du vol Apollo 11. Qui n’était pas destiné à être historique. Une énigme, cet homme qui s’est rué un soir dans les flammes de sa maison en feu pour sauver son fils Rick coincé à l’intérieur ? (...) Un technocrate à sang-froid qui, après avoir - encore une fois - échappé à la mort lors d’un crash aérien, plia son parachute avant de se rendre à son bureau pour rédiger un rapport ? Un extraterrestre, lui qui dut alunir à la main, avec moins de vingt secondes au compteur, lorsque les ordinateurs de bord se mirent en alerte "code 1202" - un code inconnu des astronautes pourtant surentraînés ? »(4)

Nelson Mandela : La légende

Un autre personnage qui a marqué le siècle est sans conteste Nelson Mandela. Il n’est pas allé sur la Lune mais il a promis la lune aux combattants de l’apartheid et il a tenu parole. Il rentre dans la légende pour n’avoir jamais transigé avec la liberté, pour avoir tenté et réussi la réconciliation entre les Noirs et les Afrikaners et enfin pour avoir quitté le pouvoir d’une façon élégante. Pour Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture au Mali « Mandela est un grand homme. Un homme de conviction et de courage qui a su libérer son pays. Un homme qui a redonné confiance à son peuple et à l’ensemble des peuples opprimés, malgré les résistances. Nelson Mandela est aussi un grand homme qui a su quitter le pouvoir au moment opportun. Cela est important, parce que les héros des luttes de libération nationale qui s’accrochent à leur projet finissent comme Mugabe (...) Aujourd’hui, on cherche à faire la comparaison entre Mandela et les dirigeants africains actuels. Je ne poserai pas le débat dans ces termes. Parce que l’histoire de l’Apartheid et la nature du combat ont changé. Aujourd’hui, nous avons affaire à un ennemi invisible. Avec l’Apartheid, vous êtes en face de l’oppresseur. Vous êtes maltraité du fait, tout simplement, de la couleur de votre peau ».

« L’Apartheid est maintenant mondial. Les murs qu’on érige devant les migrants africains et nos pays sous-développés, les directives de retour des immigrés que l’Union européenne vient d’adopter et l’incapacité de cette Union européenne, donneuse de leçons, de reconnaître le droit des peuples d’Europe à revendiquer une construction européenne autre que le tout-marché, prouvent qu’on n’est pas en démocratie, ni chez eux ni ici. Les notions de démocratie, de bonne gouvernance et de droit de l’homme, ne sont instrumentalisées que pour nous endormir. (...) On ne peut pas ne pas admirer Mandela en raison de son itinéraire. Mais la question de l’exemplarité, la force de l’exemple, exige des circonstances identiques. La nature du capital mondial, prédateur et violent, ne permet d’être autre chose que des béni-oui-oui. Mandela est parti au bon moment. (...) Donc, on ne peut pas se pencher sur la nature du pouvoir, sans tenir compte de l’environnement global dans lequel nous évoluons. Et cet environnement est uniquement tiré par le marché et la logique du profit. Tout dirigeant africain qui ne joue pas cette carte dans l’état actuel des rapports de force est montré du doigt ».(5)

Quand Amnesty International lui discerna en novembre 2006 le prix « Ambassadeur de la conscience », il fit un discours tout en finesse où on sent la profonde conviction : « Dans une atmosphère chaleureuse, en compagnie d’amis comme Nadine Gordimer, je suis devenu Ambassadeur de la conscience pour Amnesty International. Le fait que cette distinction ait été inspirée par un poème du grand écrivain irlandais Seamus Heaney, De la république de la conscience, qui nous rappelle à tous notre devoir, me touche particulièrement. Mon souhait est que cette distinction puisse aider les militants partout dans le monde à maintenir une lueur d’espoir pour les prisonniers oubliés de la pauvreté. Comme l’esclavage ou l’apartheid, la pauvreté n’est pas naturelle. Ce sont les hommes qui créent la pauvreté et la tolèrent, et ce sont des hommes qui la vaincront.(...) Tant que la pauvreté persistera, il ne saurait y avoir de véritable liberté. Amnesty International a raison de s’élever contre les violations des droits humains qui engendrent et aggravent la pauvreté. » « Ce que je veux arriver à voir, c’est un environnement dans lequel les jeunes gens de notre pays ont une chance réelle de développer les possibilités inhérentes qu’ils ont en eux pour inventer une vie meilleure pour eux-mêmes. C’est de cela qu’il s’agit lorsqu’on parle de développement. »(6)

Lors de son 90e anniversaire le 18 juillet 2008, une pluie d’hommages a salué Nelson Mandela, symbole de liberté et de réconciliation, illustrant la vénération mondiale intacte pour « un vieil homme sans pouvoir ni influence » comme il a plaisanté lui-même. Les messages, émus, qui emplissaient les médias sud-africains ou le site www.happybirthdaymandela.com, dédié à l’anniversaire, se sont amplifiés au jour de ses 90 ans.(7)

De tous les secteurs de la société, « une nation (a) dit son amour », comme l’a résumé un titre du Johannesburg Times. Autre message fort, celui du Frederik de Klerk, dernier président blanc et colauréat du prix Nobel de la paix (1993) qui voit en Mandela « l’une des plus grandes personnalités du XXe siècle », alliant « assurance, grâce et humilité », « discipline et persévérance », « sagesse et connaissance de l’être humain ». Hors Afrique du Sud, le président américain George W.Bush a souhaité vendredi un bon anniversaire à Mandela, « grand exemple de courage, d’espoir et du pouvoir de la liberté », quelques jours seulement après l’avoir retiré des listes terroristes américaines. « J’applaudis le rôle de premier plan qu’il joue sur des questions essentielles en Afrique du Sud et dans le monde. M.Mandela est un grand exemple de courage, d’espoir et du pouvoir de la liberté », a écrit M.Bush.

Le président russe Dmitri Medvedev a félicité dans un télégramme l’homme d’Etat « devenu pour des millions de gens dans le monde un symbole de la résistance au racisme et à l’apartheid, une légende vivante ». L’ancien président américain Bill Clinton a loué « la puissance de l’exemple » de Mandela qui « donne aux gens partout dans le monde une source de force, sur leur propre long chemin vers la liberté », clin d’oeil au titre de l’autobiographie de Mandela. La chancelière allemande Angela Merkel lui a écrit une lettre de voeux : « Comme peu de gens, vous représentez l’idéal de la liberté, de la justice et de la réconciliation par-delà tout ce qui sépare. » En une pirouette caractéristique, Mandela a répondu à tous ces honneurs en un bref message radiodiffusé vendredi : « Nous sommes honorés de votre volonté de souhaiter un joyeux anniversaire à un vieil homme à la retraite, qui n’a plus ni pouvoir ni influence », a-t-il déclaré, feignant d’ignorer sa popularité.

Pour son 91e anniversaire fêté par un mégaconcert à...New York, des grands de la chanson tels Aretha Franklin, Gloria Gaynor, Steevie Wonder ont chanté. Pour sa part, l’ancien président a demandé à la population de l’Afrique du Sud de fêter l’événement en faisant de bonnes actions. Ce samedi a été proclamé « Journée Mandela » en Afrique du Sud. Il s’agit d’une première édition, puisque la fondation qui porte son nom entend répéter l’événement chaque année. Nous aussi en tant qu’Algériens, mettant à profit la présence de l’Afrique à Alger à l’occasion du 2e Festival panafricain, nous adressons au président Mandela un message de reconnaissance pour son combat pour l’Afrique, pour l’avoir faite « rentrer dans l’histoire » n’en déplaise à Hegel et à ses émules, et pour lui avoir redonné dignité. Puisse son sacerdoce pour la justice, la paix et l’alternance au pouvoir servir d’exemple de par le monde. Bon anniversaire monsieur le président !

Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique Alger


 
P.S.

1.Marc Mennessier : Il y a 40 ans, l’Amérique décrochait la Lune Le Figaro 20/07/2009
2.Jean-Luc Goudet : Apollo 11 : des hommes sont sur la Lune Futura-Sciences Le 20 juillet 2009
3.Dana Mackenzie  Un grand pas pour la recherche spatiale . New Scientist21.07.2009
4 Neil Armstong, le silence du héros Le Grand Journal 19/07/2009
5.Aminata Traoré : Et si Mandela… 22 juillet 2008 http://www.alterinter.org/article23...
6.Prix Ambassadeur de la conscience : Propos de Nelson Mandela A.I n° : 285 ÉFAI 3 11 2006
7.AFP Mandela, vieil homme "sans pouvoir ni influence", mais salué comme un géant18/07/2008

 
 
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1 commentaire
  • Oulala !!!

    Avant de valoriser Amstrong, il faudrait nous expliquer certaines anomalies troublantes

    Avec l’argent du programme Apollo, on aurait pu solutionner, si on l’avait voulu, la faim sur la planète.

    Et on s’apprête à recommencer le même genre de conneries. Et en visant Mars en prime.

    Demandez leur ce qu’en pensent ceux qui meurent de faim ou de misère ? Quel choix budgétaire est prioritaire ?

    Les "petites" exploitations et vulgarisations pour certains (pas la majorité) de certaines recherches faites pour la Nasa (dirigée à l’époque par un ex-nazi pas très aimé des Londoniens survivants) n’étaient-elles pas faisables pour moins cher ?

    Si on organisait un réferendum mondial ?

    Evidemment ceux qui en vivent sont pour ;-((((