L’âge mûr ou la reproduction réactionnaire du social.

Seule la juste révolte menée à terme rendra l’homme de l’actuelle civilisation réifiante à l’humanité. CLM

À l’abord d’un tel sujet, je tiens à préciser, pour éviter toute méprise pouvant venir de quiproquos intellos, que je ne cible guère l’homme âgé en tant que tel, ce qui serait de l’âgisme plat et mesquin, mais la tyrannie d’une poignée d’hommes d’âge mûr, qui ont créé ou maintenu l’ordre social infect en l’imposant par toutes sortes de combines et d’astuces tyranniques structurelles de manipulation et d’utilisation des plus jeunes pour le système qu’ils ont fondé ou dont ils ont hérité et que l’infime minorité de leurs rejetons biologiques, leurs héritiers, exploitent en profitant du reste du monde, en perpétuant l’imposture diabolique de l’asservissement de toute la société dont ils jouissent.

C’est donc le règne d’un nombre étriqué de privilégiés, ce qui est l’antithèse des droits de l’homme et de la justice malgré ses justifications par le droit bourgeois, maintenu comme indépassable depuis des générations. J’ai toujours un amusement dédaigneux à entendre les vieux ankylosés du fonctionnement social, théoriciens, politiciens, guides de conscience, faire la leçon aux générations montantes de ce qu’il faut pour le bonheur du monde. L’expérience et la « sagesse » de nos devanciers générationnels, adultes mûrs, semblent à ce point leur conférer une telle prégnance et emmétropie idéelle, qu’ils aient toute la formule magique, la recette efficace pour garder en vie le monde et orienter les plus jeunes nécessairement plus ou moins ignares et fous, sur la voie de leur inexorable lumière d’aînés !

Le monde tel qu’il est : « juste », « égalitaire en droit », « sans exploitations ni privilèges malsains », « respectueux de l’autonomie de penser », « sans violences ouvertes et cachées », « sans prostitutions de corps, d’esprit et de conscience », « sans marginalisations », « sans bête surexploitation des ressources pour la croissance économique exténuante des masses et tuante pour l’environnement », « sans racisme ni discriminations systémiques et autres », chante et prouve vraiment les bonnes valeurs de nos illustres et braves parents. Franchement, après avoir fait de la terre un enfer tantôt nu tantôt décoré, et de la société, une déchetterie, la plupart de nos chers aînés devraient avoir la décence de constater leur échec humain global, et nous laisser tenter autres choses qu’eux sans se sentir obligés d’intervenir.

Nos bons prédécesseurs nous font l’obole de leur savoir-faire, c’est bien, mais qu’ils s’en tiennent sans nous demander de leur ressembler, sans nous enjoindre de substituer leur savoir-faire à notre savoir idéel et prospectif acquis entre autres, de notre esprit critique cherchant réparation des conséquences de leurs erreurs, leurs errements voire la déchéance humaine plurielle due à la société qu’ils ont conçue… Car l’avenir ne peut être affranchi que s’il rompt avec le monde sclérosé d’aujourd’hui tellement tributaire de l’hier peaufiné et psalmodié par nos parents. La justice ne peut naître que du démantèlement de l’ordre oligarchique et ploutocratique que la minorité dirigeante des ancêtres et leurs instruments structurels et humains (professeurs, parents, spécialistes, chefs de culte) ont aidé et aident à instituer, à renouveler et à maintenir. La malédiction d’un fonctionnalisme pragmatique a, en effet, toujours régulièrement esquinté l’élan de l’esprit des générations nouvelles vers le nouveau et l’action révolutionnaire qui agitent leur conscience avant que celle-ci ne devienne un rouage fonctionnel de la machine systémique.

Le drame est que les quelques profiteurs héritiers du règne de leurs pères oligarques, savent que leurs intérêts sont dans le maintien et la reproduction de l’ordre social. Alors, ayant hérité des structures de l’asservissement, il leur est facile de donner l’impression du nouveau, en s’appuyant sur les institutions de transmission du « savoir » notamment l’école et l’université, la presse pour laisser croire tout en snobant le populo, que l’amélioration des méthodes de domination administrative des hommes et les percées des sciences et technologies enfantent une ère nouvelle au profit de l’homme et de la société. Pourtant ces percées et progrès ne font qu’étayer et asseoir l’optimisation des mêmes vieilles pratiques placées dans le cachet nouveau de pseudo-théories et pseudo-trouvailles telles le néolibéralisme, le déficit zéro, le choix des bons métiers qui rapportent, l’individualisme libertaire… Et dans cette imposture, où sévit l’allégation idéologique de l’idiote illusion d’indépendance de l’individu par rapport aux semblables alors que le système des oligarques ploutocrates contrôle tout dudit individu totalement réifié et instrumentalisé - les jeunes gens, vieillis avant l’âge , vivant des mânes décharnés de leurs aïeux - reprennent en fantômes, sans s’en rendre compte, les mêmes vieilleries de clivages sociaux et d’imbécillités discriminantes de la société de classes voire de castes inavouées de leurs ancêtres. La sclérose intellectuelle et la palilalie idéologique de notre génération en font le laboratoire des cons de la relève des monstres du statu quo ante et du statu quo. D’ailleurs, de la force de révolte contre l’infamie du monde, les jeunes de nos sociétés occidentales n’ont retenu que le folklorisme-spectacle de la contreculture. Le punk, le funk, le rock, le rap, le piercing, le tatouage ne sont en fait acceptés et promus que parce qu’ils sont totalement inoffensifs à l’ordre qu’ils prétendent défier. Pis encore, ils donnent l’impression d’une société tolérante alors que l’institution sociale est extrêmement répressive...

À moins d’associer une action planifiée efficace contre la pesanteur de l’ordre, aucun mouvement de jeunes même franchement révolté, ne peut se dire révolutionnaire. Car le système demeure encore le dieu maudit, l’idole infecte qui trône au-dessus de cette illusion de liberté au moment où il sacrifie notre droit au bien-être global, droit sacré qu’il triture imparablement, impitoyablement dans la froideur de sa logique du profit de quelques-uns au détriment de tous.

Qu’attend cette génération pour réagir et agir ? Chère nouvelle génération du 21ème siècle, allons-nous continuer à idolâtrer les quelques vampires qui, depuis toujours, de pères en fils, enfoncent leurs crocs au cou des consciences pour tenter de vider tous de leur humanité et de leur dignité afin de transformer la société victime de leur morsure, en dépouilles et ombres mouvantes, servantes de leur ordre établi ? Après tant de claironnements de la laïcité de la société, de la sécularisation du monde, après le renversement des religions institutionnelles de leur trône répressif et l’affirmation de la seule vraie place de la religion authentique qu’est le temple vivant de l’homme pratiquant sa foi en toute liberté de conscience sans manipulation d’églises ou de prêtres, comment se fait-il que la plupart des hommes, presque tous, après la mise à l’index, l’hiératisme envahissant des siècles passés, soient aujourd’hui si idolâtres, iconolâtres, systémolâtres, ploutolâtres, au point de défendre avec l’infamante énergie de l’ineptie et de l’aliénation, une petite poignée de crapules, véritables curie accapareuse des vies et des libertés par sa mainmise structurelle sur le bien commun ?

Rejetons le modèle petit-bourgeois

« C’est avec les jeunes imbéciles qu’on fait des vieux cons ». Jean Ferrat

Nous sommes pris au lasso d’une société petite-bourgeoise, où le petit-bourgeois, c’est-à-dire l’espèce de personnalités la plus répandue dans nos sociétés formatée par l’éthique idéologique bourgeoise, fait tout pour s’intégrer dans la société tout en la critiquant. Pétri de morale humaniste, le talon d’Achille qui rend haïssable le petit-bourgeois, est qu’il est un as de l’intégration, un peu comme ces sortes d’organismes viraux, as de l’adaptation, fut-ce au prix de l’assimilation de son être global par l’ordre social. Il constate les horreurs inacceptables du système social, mais, après, par lâcheté et par fonctionnalité, il travaille avec acharnement pour quelques miettes de glorioles et d’aise pécuniaire, à tout donner pour faire vivre le système inhumain et maudit. Et pis encore, il combat celui qui ose s’insurger contre le système. Le petit-bourgeois, en vérité, est la matrice où les germes des aînés de la servitude sociale et leur ordre établi, se reproduisent contre tous. Et, faut-il que je le dise, s’intégrer dans un système sale et injuste n’est pas de l’intégration mais de la reddition-assimilation aux forces ténébreuses de la déshumanisation. De la lâcheté renonciatrice des appels intérieurs à se fonder une personnalité par l’individuation assumée.

Il faut dire que le systémique a cela de fort, c’est qu’il conditionne les hommes jusqu’à rendre systématique son fonctionnement dans les réflexes sociaux des individus.

À cette phase de notre histoire planétaire, où nous sommes à une sorte de cumul de toutes les infamies de consommation, de prostitution intellectuelle et corporelle, le maintien de ce qui est, signifie l’acceptation éhontée du système social par la jeunesse actuelle. L’heure est au coup de pied dans la baraque systémique. Coup de pied que doit accompagner un autre monde selon une nouvelle axiologie au service de l’homme et non de quelques crapules néo-esclavagistes cachées dans le confort des structures du crédit, du travail et de l’économie en général que servent nos propres élus, d’avance acquis à leur système infâme, que nous ne faisons que légitimer par l’illusion du vote dans un mode électoral et politique dont nous n’avons nul contrôle après les élections...

Je sais, ces choses simples sont pour nos devanciers profiteurs d’âge mûr et leurs héritiers et leurs larbins et aliénés, impies voire insensés. Mais ce qui est insensé, impie voire imbécile selon les crapules de la tyrannie sociale, devrait retenir notre attention pour y voir si ce n’est pas la peur du chambardement qu’il porte, qui le fait dénigrer par les rois maudits de la société.

Car à convaincre les générations montantes d’immaturité et d’imbécillité quand elles osent manifester leur refus des horreurs passées-présentes, pérennes de la société par la toxique idéologie dominante, on finit vraiment par en faire des sots savants fonctionnels pour l’insanité délétère du mode étatico-social.

L’ordre établi, quel que soient ses justifications économiques, morales, éthiques avec tous les chantages d’automaintien, toutes les menaces du pire - si jamais il s’effondre, ainsi que le soutiennent ses profiteurs et ses larbins - est un ordre malsain de servitude, de servage voire d’esclavage que seuls des idolâtres soumis, fiers de leur sujétion par des seigneurs de l’économie et de la finance, veulent maintenir pour continuer à garrotter la société. Ce n’est un plaisir que pour les bons domestiques imbus de leur infériorité, de leur essence serve de l’ordre en cours, ordre indépassable aux yeux crevés de leur conscience aveugle et malsaine. Eux, chosifiés par l’idéologie qui laisse croire sans le dire, à une humanité supérieure des riches essentiellement nés pour régner et à une humanité inférieure des non possédants toujours plus ou moins sous-hommes. C’est en fait une forme de racisme économique masochistement acquiescé par ses propres victimes. C’est la religion des dénaturés convaincus de la justesse et justice de la domination des inférieurs naturels qu’ils sont par des supérieurs naturels que sont les maîtres charognards de l’économie.

Penser le nouveau, se repenser comme conscience dans la société et non comme fonction, voilà une piste essentielle à la libération…

Car penser, c’est se repenser soi comme même ou différent selon l’état spirituel et ontologique global digne ou non que l’on perçoit de soi-même, et ensuite, questionner son rapport au social.

Dans un contexte socio-civilisationnel qui programme l’homme pour en faire une fonction dans la structure oppressive du marché selon sa dualité travail-consommation, aujourd’hui, l’expurgation du mental doit se faire par de nouvelles idées fondées dans le primat de l’homme sur les structures. Car pour appliquer au travail et aux biens et services du marché, ce que le Christ a si brillamment dit du sabbat, disons que : c’est le travail et les choses de la consommation qui sont faits pour l’homme et non l’homme pour eux.

Ainsi posée, la chose est claire. Reste la nouvelle fronde fulminante de cette génération, qui, si elle est finalement lancée dans la juste colère du juste révolté, émiettera, pulvérisera ce monde d’artifices où les prédateurs et charognards de l’argent nécessairement sale en nos systèmes d’économie malsaine inhumaine, se croient rois et inattaquables !

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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