Xavier Mathieu et les gants blancs

Les salariés de Continental ont mené ces derniers mois une lutte sans nul doute stimulante et inspirante pour l’ensemble des salariés français. Malgré tout, il est difficile de ne pas voir dans le combat mené et ses résultats plutôt amers, une bataille isolée et inachevée. Xavier Mathieu, délégué CGT des Contis, a fait part de ce constat d’une manière rugueuse, attribuant les échecs, pour partie, au manque de soutien de la part de Bernard Thibault et autres responsables des différents syndicats. Faut-il ne retenir dans ses propos que leur caractère vigoureux et jeter le bébé avec l’eau du bain ? C’est l’option choisie, semble-t-il, par les leaders des confédérations majeures du syndicalisme....

Porté par le regret et la colère, Xavier Mathieu, responsable CGT chez les salariés de Continental, a poussé quelques coups de gueule, dénonçant fortement l’absence des représentants majeurs de la CGT pendant la lutte des Conti, sur France Info et ailleurs. « La CGT, on les a pas vus. Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases. Ils servent juste qu’à ça, toute cette racaille ». « Trouve-moi une interview (...) où il cite le mot "Continental". Jamais ! », a t-il ajouté, plus tard.

Evidemment du microcosme politico-patronal ont fusé les commentaires de pompiers incendiaires chargés de la démolition continue des syndicats, bien relayés par la presse tenue par les grands financiers.

Côté « salariés », les silences prudents ont alterné avec les brèves laconiques, bientôt recouvertes par les déplorations mesurées, puis moins mesurées, sur l’enfantillage, la grossièreté du propos. Avant que n’arrive la réprobation générale des principaux concernés, les responsables syndicaux, notamment de la CGT. Bernard Thibault n’a pas jugé utile de répondre aux propos du Conti, se sentant apparemment injurié. Silence bien étayé par le diagnostic du CCN de la CGT qui a rejeté en bloc la forme et le fond de son délégué syndical chez les Contis.

Ultime fin de non-recevoir, les Amis de l’Humanité ont signalé par voie de presse à Xavier Mathieu, invité pour discuter aimablement des rapports entre « Le psychanalyste, le juge, le professeur et le militant ouvrier » à la fête de l’Huma, qu’il n’était plus le bienvenu, au nom du « débat sans insulte ».

Difficile de comprendre les réactions, semble-t-il choquées, de Thibault et autres qui semblent entendre le propos de Mathieu comme une critique portée aux personnes, indépendamment de leurs statut et fonction. Le pluriel employé par Xavier Mathieu – « les Thibault » - montre clairement que son attaque n’avait rien de personnel et dénonçait des attitudes répandues, le nom cité n’apparaissant que comme une manière de mieux identifier un comportement général des responsables syndicaux au plus haut niveau.

Personne n’a pourtant semblé prendre de distance, distinguer la vigueur de la forme par rapport au fond du discours. Personne n’a semblé tenir compte, non plus, du fait que Xavier Mathieu n’a pas cessé de rappeler qu’il est syndiqué depuis 18 ans à la CGT, une affiliation et un combat qu’il considère toujours comme essentiels.

Ne reste finalement qu’une dure critique évacuée au prétexte qu’elle porterait une charge « affective » qui ne peut être entendue dans des organisations syndicales et donc écoutée, encore moins prise au sérieux. Ciment de rejet, à prise rapide, ou silence (FO) et dénigrement de l’attitude syndicale de Mathieu (CFDT).

La cause serait donc entendue, il serait temps de passer à autre chose, grand braquet à vitesse médiatique. Xavier Mathieu n’aurait rien dit de significatif, il aurait juste fait preuve d’une impolitesse rare desservant objectivement le syndicalisme, l’union syndicale, et faisant le jeu du patronat comme du pouvoir sarkozyste.

Il n’en demeure pas moins dans nos mémoires que la très grande mobilisation sociale convoquée et réussie par deux fois par les confédérations syndicales, en début d’année, a sombré sans retour. Sans que les têtes syndicales semblent tenter de maintenir le navire collectif à flot. Sans qu’elles paraissent vouloir mettre le fer au feu, étendre la mobilisation ou hausser l’intensité du combat

Il n’en demeure pas moins que le délégué CGT des salariés de Continental n’est pas le seul à souligner les travers de responsables majeurs des centrales syndicales. De secteurs multiples du privé et du public montent les voix de simples citoyens, de salariés et de responsables syndicalistes locaux stigmatisant, sur le Net ou ailleurs, l’apathie apparente des dirigeants syndicaux. Le coup de gueule du délégué CGT de Goodyear, portant même dénonciation que celle du délégué CGT des Contis, a eu également une grande audience, pour ne citer que l’un des plus relayés.

Il n’en demeure pas moins que les confédérations syndicales ne donnent toujours aucune perspective de lutte globale, capable de redonner de l’espoir. Pas de plate-forme de combat déterminée et commune, pas de calendrier de luttes réunies, pas même de discours de résistance déterminé.

Il n’en demeure pas moins que marginaliser, disqualifier les propos du délégué syndical des Contis pour une insulte, c’est oblitérer la dureté et la durée de son combat contre une direction résolue. C’est négliger également le sentiment d’inexistence et de fragilité qui accompagne toujours un salarié, dans une vie professionnelle qu’il passe son temps à ne pas perdre, faute de pouvoir espérer, aujourd’hui, la pérenniser, la développer. Constat plus particulièrement juste pour un syndicaliste qui est, plus que jamais, soumis au rejet patronal, s’il n’adopte pas le régime du compromis ou ne cède pas à la compromission. Constat qui peut aider à mesurer la rigueur du climat sur le terrain et les exigences que nécessairement il suscite.

Il n’en demeure pas moins que l’expression populaire s’embarrasse rarement de politesses. Elle délaisse ce protocole de mots policés, pour avoir constaté qu’il sert trop souvent à contourner la vérité. En l’occurrence, repousser en bloc les propos de Xavier Mathieu pour injure, c’est nier la critique de fond qu’il porte à ses cibles et rester dans la politesse politicienne.

Il n’en demeure pas moins que les critiques sévères lancées par le syndicaliste Conti et d’autres soulignent en creux combien les salariés sont aujourd’hui dos au mur, combien ils ont besoin de soutien.

L’avenir des luttes semble dans l’ornière, ce n’est pas faute d’avoir des citoyens, salariés, syndicaux qui se battent sur le terrain. Les confédérations syndicales sont un moteur essentiel pour enclencher de nouveau une dynamique positive par la popularisation, les liens et la coordination qu’elles ont pour fonction d’établir dans les luttes sociales. Si leurs responsables refusent d’accepter ce travail et les obligations qui en découlent, leur dénonciation ne fera que s’amplifier.

Ce ne sont pas d’espérances lénifiantes sur écran dont nous avons besoin ni de négociations entre Charybde et Scylla, mais d’une fédération résolue des cibles premières du capitalisme, les salariés, aujourd’hui encore plus qu’hier.

En première ligne, les syndicats constituent le moyen majeur de cette coordination des hommes, de leurs volontés et de leurs capacités de combat. Si leurs responsables mouillent la chemise en paroles et en actes, alors la fin de l’histoire n’est pas écrite.


 
 
 
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3 commentaires
  • Insulte et respect 2 septembre 2009 18:55, par Philosophe

    Ce mot de "racaille" n’est pas n’importe quelle insulte. C’est l’insulte favorite adressée par Sarkozy et l’extrême droite aux banlieues, aux jeunes et aux travailleurs.

    Les jeunes de banlieue et les travailleurs ont droit au respect. Les dirigeants syndicaux aussi. Ne pas répondre, ne pas mettre ses pieds dans ce cloaque, c’est ce qu’il y a de mieux à faire face aux insultes.

    Par ailleurs, quand on se plaint de ne pas avoir assez été soutenu, alors que d’autres l’ont été, il est bon de chercher comment on a pu décourager ce soutien plutôt que d’accuser la méchanceté des autres.

    • Insulte et respect des esclaves salariés 3 septembre 2009 21:45, par leplatane

      Ce n’est les dirigeants syndicaux qui font peser la balance d’un côté ou de l’autre, c’est leur base. Et les dirigeants syndicaux sont d’autant plus efficaces quand ils arrivent à mobiliser leur base par des stratégies claires et efficaces. Or il est clair que c’est la tactique du piétinement qui prédomine dans les hautes sphères de la centrale de Montreuil. Car ayant analyser l’histoire de la CFDT, les dirigeants de la CGT se sont aperçu que l’on pouvait se maintenir dans une stratégie de collaboration avec le patronat sans perdre sa place d’interlocuteur priviligié, surtout avec la réforme de la représentativité. L’exercice consistant malgré tout à ne pas perdre sa crédibilité n’est pas facile. Les propos de Mathieu sont parfaitement clairs, l’insulte ne fait que souligner une situation qui n’a que trop durer. La situation est la suivante, dans une période où l’on assiste à un chantage des banques "too big to fail" sur les populations, une part des travailleurs réclament un autre mode d’action que les défilés " traîne savate ". Mathieu a parfaitement mis à jour la duplicité des dirigeants de la CGT. Mais il semblerait qu’il ne soit rien passer, on a mis au banc le grossier personnage pour continuer une politique progressive et sociale de type larvaire. Si de la larve on attend un bel insecte, on sait fort bien que la larve prospère dans le pourrissement. Et en ce qui concerne le pourrissement… on est servi, si vous voyez ce que je veux dire.

      Voir en ligne : http://lesarbresdestrasbourg.blogsp...

  • Xavier Mathieu et les gants blancs 8 septembre 2009 01:52, par eva R-sistons

    Hommage à Xavier Mathieu : Avec lui, une grande page de télévision

    http://anti-fr2-cdsl-air-etc.over-b...

    eva

    Voir en ligne : Hommage à Xavier Mathieu

 
 
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