Linguistes, Machinistes et l’Esperanto

Les linguistes en rigolent, les informaticiens, encore plus....puisqu’ un jour ils auront résolu le problème de toutes les traductions ! les éditeurs n’y tiennent sans doute pas non plus ! Pourtant on exprime très mal ses émotions en dehors de sa langue maternelle, alors pourquoi perdre son temps à apprendre plusieurs langues difficiles, sans jamais atteindre la perfection ni l’universalité ?

Curieux, quand on discute de l’espéranto avec des linguistes ou même de simples professeurs de langues, ils sont contre ! J’ai même trouvé un petit ouvrage vantant les langues étrangères, vivantes ou mortes, qui s’intitulait "Espéranto Desespéranto" (de : Anna Moï), ce titre était le seul endroit où le mot était employé, et quasiment, son seul argument ! Les informaticiens, eux croient à la machine à traduire, donc plus besoin de faire d’efforts du tout...le problème sera réglé...plus tard ? (il a bien existé des dictionnaires numériques de poche...ils n’ont pas eu le succès attendu). Il y en a de plus sérieux, notamment l’évolution que ne manquera pas d’avoir cette langue, par les emprunts qu’elle fera aux autres, c’est évident pour les racines, moins pour les mots, mais ça l’est moins pour sa grammaire qui est simple et sans exceptions, contrairement aux grammaires des langues naturelles qui n’ont pas su se débarrasser des tournures grammaticales difficiles et des règles de prononciation anciennes, qui ont abouti à la création de nouvelles voyelles, comme en grec ancien. Ces grammaires sont le cauchemar des élèves du secondaire...et des touristes ! Je pense que ceux qui auront appris l’espéranto jeunes en primaire (et une année suffit) auront à coeur de devenir et de rester plus qu’inter-compréhensibles ; cette langue leur servira pour tous leurs voyages, et documents généraux (modes d’emploi, affiches de sécurité, signalisations routières et citadines etc..) ce qui les incitera à essayer de comprendre, et d’analyser les différences entre leur propre langue maternelle et celle de leurs hôtes. L’emploi de l’Esperanto dans les procédures d’approche de l’aviation éviterait quelques accidents... Il semble difficile d’échapper à une sorte d’Académie du dictionnaire, pour éviter l’intrusion de racines multiples pour un même verbe, comme, en français, le verbe aller, je vais, il ira, ou même : je suis été, qui compliquent passablement l’apprentissage, en augmentent le "par coeur" et cloisonnent la population en communautés linguistiques culturelles exclusives, comme les nobles romains qui parlaient grec ou la haute société russe qui parlait français, les clergés qui parlaient latin, slavon, arabe littéraire, sanscrit etc...ou les chercheurs qui sont obligés d’écrire leurs communications en anglais. L’histoire a montré que l’inorganisation n’a conduit qu’au mythe de la tour de Babel. La Lingua Franca, chère au commerce méditerranéen permettait surtout, comme dans les enchères publiques, de coder les intentions des acteurs de façon à les rendre inintelligibles au quidam ou aux concurrents. Dommage qu’à l’époque Zammenhof n’ait pas existé ! Mais il est vrai qu’à l’époque on sortait tout juste de l’alphabet !... écrire était rare et... payant ! La barrière que mettent les administrations françaises à l’espéranto, notamment l’Alliance Française, risque de se retourner contre elles, car les meilleurs dictionnaires d’espéranto n’existent plus qu’en anglais ! quel bel avenir ces français sectaires nous réservent ! Qui voudra apprendre l’espéranto devra aussi apprendre l’anglais ! Quand le parlement européen comprendra-t-il qu’il faut débattre en espéranto ? un député nouvellement élu a plus de chance de comprendre un débat en espéranto qu’un débat en 5 à 7 langues, toutes aussi inconnues, et pas toujours bien traduites, n’offrant souvent qu’un bref résumé. Quand l’apprentissage en classe primaire d’un espéranto élémentaire sera-t-il sinon autorisé du moins non-interdit ? et cela dans toute l’Europe, voire le monde entier ? Citons le cas de l’Indonésien, qui est une langue artificielle construite sur 200 dialectes locaux, qui est apprise à l’école et parlée par 130 millions de personnes depuis 1945 alors que sa création date des années 30 ! Il y a même une fête de l’orthographe, la bahasa ! Les locuteurs de l’Espéranto ne sont, eux, que quelques 3 millions...Au travail ! non seulement pour l’apprendre, mais surtout pour la faire apprendre. Autre exemple de langue artificielle : l’hébreu moderne, sans doute un peu moins simple, car empétré dans ses traditions culturelles, trop spécifique, et sectaire, pour prétendre à une vocation internationale.

Bibliographie simple :

- 1- L’essentiel de l’esperanto, Bristol glacé de 8 pages AEDIS n° 169 
- 2- L’enseignement des langues étrangères comme politique publique François GRIN Professeur, Université de Genève Directeur adjoint, SRED N° 19 Septembre 2005
- 3- Site multilingue d’information <>
- 4- Esperanto France <>
- 5- <>
- 6- Esperanto express de Renée Triolle Editions Dauphin
- 7- Méthode "Assimi" d’Esperanto


 
 
 
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2 commentaires
  • Linguistes, Machinistes et l’Esperanto 23 septembre 2009 10:10, par JoJo

    L’auteur dit :
    "Pourtant en exprime très mal ses émotions en dehors de sa langue maternelle",
    et je dirais même plus simplement :
    "On s’exprime très mal en dehors de sa langue maternelle".

    Pourtant, il faut bien comprendre et se faire comprendre même lorsque l’on ne partage pas la même langue maternelle.

    La solution n’est-elle pas dans la question ?
    Pourquoi plutôt que de s’échiner à apprendre à la perfection une langue (généralement l’anglais) que quasiment aucun apprenant ne sera capable de maitriser à la perfection, pour ne pas dire plus simplement ne sera même pas capable d’utiliser pour exprimer quelques idées simples, n’emploierait-on pas le temps d’études des langues à l’apprentissage passif de plusieurs langues (c’est à dire comprendre une langue sans la parler) ?
    L’expérience montre qu’en cinq à dix fois moins de temps passé à tenter vainement d’apprendre la pratique d’une langue, il est possible d’en acquérir une connaissance passive permettant de comprendre l’essentiel, voire les nuances, d’une langue. Certes, il n’est pas possible d’apprendre toute les langues de la planète, mais en apprenant passivement les langues de nos voisins ou les langues des pays vers lesquels on voyage, la compréhension entre citoyens du monde ferait un grand pas.
    Cette solution s’appelle l’intercompréhension et pour peu qu’on la pratique, on verra qu’elle est beaucoup plus efficace que n’importe quelle lingua franca.

    L’auteur de l’article propose l’espéranto comme lingua franca. Certes, l’espéranto serait, par sa neutralité ou ses qualités linguistes, bien plus adapté que l’anglais qui nous est actuellement imposé par le marché du libéralisme sauvage. Mais l’espéranto a t-il une chance de remplacer l’anglais, qui lui même a pris la place du français, et sera, l’histoire est impitoyable, un jour remplacé par une autre langue à une échéance non prédictible mais néanmoins certaine ?
    L’histoire montre que les langues qui se sont imposées dans le passé, l’ont fait par la puissance d’un empire (le grec, le latin, le français, l’anglais...). Et l’espéranto malgré ses qualités intrinsèques réelles, ne dispose d’aucun soutien qui puisse lui permettre de lutter face à des mastodontes comme les États-Unis, ou demain face à des puissances émergentes.

    Qu’en conclure ?
    Faut-il rejeter l’idée de lingua franca ?
    Faut-il rejeter l’idée que l’espéranto pourrait devenir lingua franca ?

    Je ne le pense pas. Une lingua franca est parfois utile, à condition de ne pas vouloir en faire une langue universelle de communication internationale. Et si l’on a besoin d’un lingua franca, autant utiliser une langue adaptée à cette usage. Et si pour cette usage, aucune langue n’est parfaite, autant en utiliser une moins mauvaise que les autres, et je reconnais que dans cette usage, l’espéranto a quelques longueurs d’avance sur l’anglais.

    Mais n’oublions pas que la base de la communication humaine, c’est l’intercompréhension dans un contexte de pluralité linguiste. Et pour cela, il faut apprendre à comprendre l’autre. Il faut donc apprendre à comprendre les langues des gens avec qui l’on veut communiquer.

    Et pour cela la clé du succès ce n’est pas l’unilinguisme ou le bilinguisme à sens unique, c’est le multilingue, le vrai, celui où le nombre de langues comprises et le plus important. En matière de langues, la quantité prime sur la quête utopique de la perfection.

    • Linguistes, Machinistes et l’Esperanto 24 septembre 2009 10:04, par Lenovateur

      Bien évidemment l’inter-compréhension s’installe toujours au cours d’une tentative de dialogue, surtout s’il n’y a rien d’autre que des gestes, des sourires, ou des grimaces ! Elle fonctionne d’autant mieux que les langues sont plus proches, mais quid des langues asiatiques, africaines ou amérindiennes ? Il faut quand-même s’atteler à semer des germes pour l’avenir aussi utopique que cela paraisse aujourd’hui....et il y a des bonnes volontés qui s’y mettent.

 
 
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