Étasunianisme, démocratisme et Santé patraque…

(Prendre la fiente d’oiseau pour des œufs)

En suivant les rebondissements, véritable jeu de paume institutionnel auquel donnent lieu les réformettes du système de santé étasunien -d’ailleurs sans cesse ravalées, amenuisées pour les rendre commodes au mode étriqué des institutions - proposées par Obama par manière de respect de sa promesse électorale, je ne peux m’empêcher de constater la misère humaine globale de la société hypercapitaliste étasunienne. On croit souvent que le capitalisme est forgeur de misère au sens strict et économique du mot, je dois ici souligner que la pire misère capitaliste, c’est de vider l’homme de toute substance autre que sa référence au pécuniaire, à l’odeur irrésistible de l’oseille. L’amour puant et insidieux de l’argent pour l’argent. L’essentialisation de ce qui n’est qu’un moyen d’échange. J’en arrive même à me demander si on peut appeler les Etats-Unis, un pays. Car un pays doit être plus qu’une couleur figurant sur le planisphère, qu’un empire de sales banquiers maffieux, un ordre de marchands prédateurs, un système d’industriels esclavagistes faisant travailler des enfants de Thaïlande à 1 dollar par jour, une horde de criminels militaires toujours prêts à envahir massacrer autrui lorsque l’idéologie impérialiste échoue… Un pays est plus qu’un système de laboratoires scientifiques ou technologiques car on peut monter des laboratoires avec l’argent d’investisseurs ou de mécènes n’importe où dans des « no mans lands » des terres inhabitées comme l’Antarctique sans que cela ait rien à voir avec la présence d’un pays.

Un pays se reconnaît d’abord par sa propension à réunir ses habitants par des idées et actions humanisantes instituées en valeurs et axiologie, à les mettre en commun dans une convivialité fraternisante qui fait appel à ce qu’il y a d’élevé dans l’homme. Un pays implique une société avec une culture d’humanisation permanente des individus qui la composent. Or humaniser l’individu pour la société, c’est le porter à dépasser son individualisme mesquin pour l’ouverture sans intérêt au bien commun. Ce qui est à des années-lumière de l’establishment actuel où les vautours de l’économie et de la désinformation sont rendus maîtres dans la transformation de l’homme en dépouille ambulante, chose utilitaire du système économique.

Si j’ai fait cette entrée en matière plutôt longue pour un bref billet que je ne considère guère comme un article, c’est juste parce que l’imbécillité médiatique ayant réduit la démocratie au renouvellement cyclique d’élections de figurants de l’ordre des riches, larbins fidèles et impudents bien stipendiés pour éponger les attaques contre les systémiques de l’oligarchie. Nos politiciens sont avant tout, pour la plupart, des tampons spongieux enrichis et rassérénés de tous privilèges, pour absorber les responsabilités des insanités de la poignée des surhommes maîtres du système toxique, et qui se prêtent aux « critiques médiatiques » dans le cirque des logomachies tape-à-l’œil pour donner vie à cette illusion grotesque, cette fumisterie moqueuse que l’on nomme ici liberté d’expression, à laquelle on réduit la démocratie.

Les démêlés obamaïques avec tout le toutim de la société étasunienne ; les déclarations ulcérées de nombreux travailleurs qui ragent à l’idée de devoir « financer la santé d’autrui » par une taxe, les critiques des médias, des commerçants et des pasteurs protestants contre ce qui n’est qu’infime réforme pour doter le pays d’un système de santé minimal pour les moins nantis, sont symptomatiques du niveau d’humanité des gens dans le système du marché. Car si malgré sa petitesse, ses limites restreintes, son caractère étriqué qui ne saurait suffire pour nous faire prendre Obama vraiment au sérieux, la mentalité sauvage d’un « pays » qui se veut civilisateur, n’y est pas prête, cela doit dessiller les yeux des peuples qui fantasment encore sur un capitalisme étasunien ou autre à visage humain !

Les peuples doivent appréhender le sens d’un système fondé uniquement sur le primat de l’argent, et qui, tant qu’il sévira, fera de l’être humain, la dernière chose méprisable sur terre, l’ultime souci de la race de chacals qu’est celle des banquiers, des commerçants cossus qui en profitent avec la connivence des politiciens véreux à leur service et de la petite-bourgeoisie immonde qui l’ovationne et vit pour elle.

Quand toute la démocratie est une dictature systémique au service des riches, dictature qui remplace les autocraties des despotes du passé ; et quand la liberté d’expression médiatique vole autour des politiciens sans oser se brûler à dénoncer les crapules maîtresses des structures de la finance et du crédit, à moins d’être copromanes et de prendre de la fiente d’oiseau pour des œufs, il ne reste aux peuples qu’à se révolter.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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