Sarkozy de Nagy-Bocsa - Chabot : une paradoxale tension

Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa vient de sermonner brutalement et longuement Arlette Chabot, responsable au plus haut niveau de la télévision publique, animatrice de débats électifs, de magazines et, aujourd’hui, membre du conseil d’administration de la Fondation d’entreprise France Télévisions ainsi que du Siècle, un club parisien de la « classe dirigeante ». Autant dire une pièce maîtresse qui a permis son élection et soutient, aujourd’hui, son action. Les deux protagonistes ont-ils changés ? Chabot, d’un regard Sarkozyste, mérite-elle ce savon ? Retour sur le parcours des deux protagonistes et réflexions sur un paradoxe apparent.

Un brin de nostalgie nous effleure au souvenir de la complicité affichée entre le locataire de l’Elysée et la préposée aux tours de table socio-politiques pour la télévision publique. C’était le bon temps, la communicante et le politicien se faisaient la bise en regardant dans la même direction, le pouvoir.

Arlette et d’autres organisèrent un véritable matraquage médiatique deux années durant pour asseoir les thèmes du prétendant à l’Elysée. Insécurité, coûts de l’éducation, des transports, de la santé, nécessité du gros bâton en banlieue, lutte impérieuse contre le terrorisme dans le sillage du Texan born again, etc.

D’insécurité en incivilités, reportages et débats partiels, JT partiaux exemplifiaient le message sarkozyste ad nauseam, à coups de faits-divers élus au rang de philosophie sarkozyste et de reportages-choc dans des des quartiers, « sensibles » selon la rhétorique embarquée de l’époque.

Cette télé au frontisme en voie de décomplexion conditionnait un public suffisamment assommé par la crise en lui proposant un modèle de société binaire : un seul fil rouge, la peur, une seule solution Sarkozy.

La République à venir sur les décombres du sens abattu par le PAF restait occultée. Trop tard, les français découvriraient la nouvelle République relookée Versace, dure aux chômeurs inutiles et aux ouvriers mécontents de se voir jeter dehors comme des chiens, dure à la racaille peu française et aux fonctionnaires parasites. La France en rupture.

Tout ça ne date pas d’hier, on le sait. La télévision publique n’a cessé depuis plusieurs années de craquer, de rompre avec le journalisme. Les Chabot et autres personnels communiquants pour Pouvoir ambitieux ont proliféré sur les restructurations des régies et des personnels en machins privés, en mercenaires d’émotions, d’émissions minables à grand profit.

La télé publique et ses responsables se donneront, après la rupture, une charte. Dernier renvoi post-gueule de bois. Un bout de papier destiné à mettre au propre des ambitions destinées au placard. La télévision faisait son grand bond en arrière, surtout sans se regarder.

De toute façon, Chabot et autres fidèles de NSNB (Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa) allaient prendre de plus en plus loin, de plus en plus haut, voire ne prendraient pas la moindre question. De temps en temps, de brefs communiqués-syndromes nous laisseraient deviner les derniers combats autour de France Télévisions.

Il s’agissait la plupart du temps de fins de non-recevoir aux sceptiques, ou de réponses cinglantes aux contradicteurs. Arlette Chabot prenait de l’envergure. De plus en plus de poids, on le sentait bien, au sein de la maison « contes et images de la France Nationale ». Pour le grand bien de la férule sarkoïde.

Le putsch médiatique réussit. Il faut dire que la France désorientée, affaiblie se voyait prête à n’importe quelle aventure, depuis l’injection à dose massive du libéralisme dans la politique. Peu importait la solution. En finir avec la crise, nom de Dieu ! Cette crise vieille de trente-cinq ans, dont ni la droite ni la gauche n’avaient attaqué les racines : l’augmentation massive de l’exploitation, baptisée « productivité », l’orientation systématique vers le profit, la répression comme couvercle universel, la destruction du capital naturel au bénéfice de la croissance.

Ce putsch a ouvert les vannes au lepénisme libéral, à une télévision au service quasi-intégral d’une idéologie au pouvoir, comme les médias sud-américains sont des créatures de grands propriétaires, hommes d’affaires, pour la plupart.

Qui pourrait dire, aujourd’hui que quelque chose a changé, depuis ce jour de 2007, dans la position de Chabot ou de NSNB ?...

L’homme présidentiel est tel qu’en lui-même. Autoritaire, volontiers cassant, obsédé par son image et intégralement au service de la vision de ses guides, anciens et actuels. Ces membres du gotha patronal international révérant, promouvant, imitant l’exceptionnalité auto-attribuée du coeur capitaliste du monde, les USA.

Pratiquement, il défendra jusqu’au bout et au-delà l’idée d’un capitalisme rugueux mais définitivement bon pour les français, malgré eux. Volonté que doit impérativement étayer un parti fort, au service d’un seul chef, évidemment. Coûte que coûte. Aux français. La violence, même euphémisée, du combat avec son ennemi siamois de Vilepin en témoigne.

Incidemment, NSNB se voit en passe, aujourd’hui, d’en finir sans bruit avec l’imagerie Bisounours de la Vème : le président de tous les français.

Il commande à la dure une cohorte destinée à satisfaire ses maîtres d’ouvrage et à enrôler le maximum de français dans un lepénisme assumé puisque ministériel. Il applique à toute vitesse un ultra-libéralisme économique fanatique, qui jamais ne remet en question sa ligne. Ligne bifide. L’une consiste à démanteler tout ce qui est Etat, sauf les flics et l’armée, l’autre tend à faire une opportunité commerciale - de préférence pour sa base de milliardaire du CAC - de chaque loi, chaque projet présenté aux assemblées soumises et au Premier Ministre empêché.

Ses idées et pratiques ne changeront pas et ne viseront nullement à je ne sais quelle justice sociale ou solidarité. NSNB, ça été dit, possède des alliés et des ennemis. Jamais il ne les laisse en repos, et il méconnaît une voie possiblement oecuménique. En ce sens, il est un homme du bipartisme. La différence étant qu’il est prêt à tout pour gagner, ne serait-ce qu’à débaucher les adversaires, en mettant gloriole et gros salaire, responsabilités et pouvoir dans la balance.

Arlette Chabot, elle, est plus que jamais imbue de ses certitudes. Il n’est pas rare d’entendre l’écho de clashs et d’évictions sommaires des subordonnés pas assez subordonné à l’info-light. Une tendressse particuliere pour les syndicalistes, semble-t-il. Elle s’emporte, et cloue l’éventuel questionneur, comme les doutes émis. Si, naturellement, dans ce grand petite paysage télé, des journaliste ont encore l’audace de lui demander des informations, des précisions, sinon des comptes.

Elle "traduit" sa familiarité avec NSNB particulièrement aux moments électoraux, où elle ne laisse à personne le soin de valoriser le Président et ses poulains. Ellen ne cesse, par ailleurs, de suivre au jour le jour les possibles dérapages de l’actualité contre le cadre de Pensée et les hommes de cette Pensée. Elle aplanie ou nie, c’est selon. Toujours dans le même sens. Dernièrement encore, les « occultations » de documents concernant les libations de Borloo témoignent d’une indulgence active pour le pouvoir en place et ses hommes. L’anecdote a été divulguée et décrite, laissant très peu de place au doute. Elle a quand même nié, avec hauteur et énervement.

Pour ce qui est de la mise en œuvre d’une télé "bunkérisée", il y a n’y aucun doute non plus sur sa progression.

Sous nos yeux, celle-ci s’est muée en instrument d’influence réservée à un panel d’une trentaine de personnes tous-débats. Toutes militantes sinon séduites par l’idéologie et les projets du Pouvoir. Profil déclinable en cultureux, économiste, communiquants, philosophes, animateurs, pipoles, etc. Chabot donnant le "la" dans ses "débats" électoraux et magazines ponctuels, sans compter son exercice quotidien du grand pouvoir qu’elle exerce d’une manière et avec des résultats qui restent, comme la télé publique au citoyen, opaques.

Telle qu’en elle même Arlette Chabot n’a pas cédé un pouce. A peine plus concise aujourd’hui que durant son fameux « débat », ou Marine le Pen et d’autres lui reprochèrent de faire les questions et les réponses, côté sarkozyste du manche. Débat ou plusieurs des invités l’accusèrent, à demi- mots puis à grands mots, devant son tropisme "maîtresse d’école" évident, de faire du "groupir" obligé. Mais également, et sans doute plus grave, de confondre l’agora, le sentiment citoyen avec les pulsions et les illuminations d’un oracle sondeur sur le plateau.

Bref, ils lui reprochèrent très vivement de reléguer la représentation et la critique en sortant de son rôle professionnel. Rôle de professionnel qui est, tout le monde en conviendra, de poser des questions qui ne soient pas fermées sur une direction et laisser s’épanouir les réponses, tout le spectre des réponses, à parts égales.

Il n’est donc pas étonnant que revienne de plus en plus, de plus en plus souvent, dans les conversations de la Cité et sur l’agora du Net, la critique. Encore plus forte, à mesure que les yeux se descillent sur la réalité du sarkozysme, la faillite de l’information publique.

Débats et autres assemblées univoques persévèrent pourtant sans complexes. C’est dans l’air de la télé publique sans doute...On bétonne tranquille, avec télé-propaganda. Circulez, Arlette Chabot ne voit rien.

Pourtant, le putsch médiatique est devenu transparent aux français, la crise majeure, les solutions ordinaires inopérantes, voire nuisibles.

Alors pousser vers l’avant le radeau médiatique témoigne-t-il d’une écoute, d’une distance critique, d’une adhésion à l’essentiel des devoirs du journaliste ? On continue comme de rien à France Télévision.

Ainsi sont occultés par exemple les défaillances majeures d’un projet "planétaire", comme tant d’autres, de NSNB.

On verra, donc, des animateurs ou contradicteurs qui omettront de rappeler que cette taxe n’est finalement qu’une taxe. De plus. Contrairement, une fois de plus, aux promesses assénées par le candidat Sarkozy. Ce beau monde oubliera aussi de dire, ou d’inviter les gens qui voudraient dire que la taxe consiste à faire principalement payer les consommateurs, alors que 98% de la pollution engendrant le changement climatique est produite par les entreprises. De même n’apparaîtra pas en débat le fait qu’elle ne peut changer les comportements réellement, parce qu’elle repose sur un substrat matériel. Changer, dans l’esprit commerçant des hommes de l’Elysée et Matignon, veut dire changer de magasin. Acheter encore et toujours, d’autres matériels de chauffage, d’autres voitures, d’autres maisons, etc. Hors, ô surprise, les français, comme les américains et la grande majorité des pays ont eu leur portefeuille asséché depuis un certain ouragan financier et le travail d’une crise économique endémique.

Des constats difficilement contestables mais incompatibles avec le logiciel survitaminé du chef de l’état UMP. Ils ne s’incarneront pas, non plus, dans les papotages communautaires France Télévision, qu’Arlette Chabot s’obstine contre toute raison à appeler « débats ».

A ce prix assez terrifiant pour la citoyenneté, il semble bien que Chabot à fait plus et mieux, dans le genre « ORTF : le retour ».

Alors, pourquoi donc Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa s’est-il essuyé les pieds sur ce bon soldat, qui voyait déjà ses orteils malmenés avec les "affaires" Boorlo et autres Hortefeux ? Les vifs reproches du sanguin de l’Elysée méconnaîssent, sans conteste, une fidèle. Il risquent donc d’enrayer une arme décisive, permanente, dans le combat de l’UMP pour inventer sa propre réalité. Et nous la faire avaler. Après discussion.

Que peut occulter ce paradoxe apparemment complet ?

Il n’est pas interdit de penser qu’il s’agit d’une manière fracassante de restaurer l’image de Chabot et la travestir en responsables du PAF maltraitée pour son indépendance.

Chabot requinquée c’est, quelque part, France Télévisions qui est restaurée. Avec les attributs consubstantiels : indépendance, service public. La main-mise toujours accrue du pouvoir sarkozyste se glisse en douceur derrière le divorce apparent. Coup tentant pour l’élyséen, qui se délecte à maquiller toute action, pour enfumer tout le monde et garder la main.

Il est fort douteux que cette option fonctionne, français échaudé craignant l’eau froide. D’autant que certains invariants sont imperméables au coups de com.

La télévision publique est discréditée au plan info, débats, magazines, c’est une réalité que même les sondages bidons ne peuvent dissimuler. Son audience, au plan général de "l’info", baisse en permanence.

Les dernières mesures prises n’ont pas invalidé ce constat.

Supprimer la pub a laissé encore plein de programmes financés par la pub et surtout une télé qui ira quémander à l’Elysée. Nommer le président de France Télévisions n’augure pas d’une autonomie ranimée, non plus. Les français ont, à juste raison, l’impression que structurellement France Télévisions est la voix de l’UMP et des marques. Chabot étant une puissante "petite main" pour faire tourner la machine à désinformer.

N’importe quel français un peu objectif peu voir la répétition des mêmes pour les mêmes questions attendues, appelant les mêmes réponses qui sont, miraculeusement, celles qu’a donné, ou va donner le pouvoir sarkozien.

Quatre-vingt pour cent des personnes invitées en débat ou autre "mag-info", sont des membres de l’UMP et/ou appartiennent aux structures du pouvoir en place, et/ou partagent les convictions de l’UMP, quand elles n’adhèrent pas au paradgime libéral, volontariste et autoritaire.

"L’affaire Chabot"ne peut être pensée comme un "coup" politique , ou de com, à moins de voir des intentions suicidaire dans l’action du locataire de l’Elysée.

Quand la gamme des possibles a été jouée, l’impossible reste la seule voie admissible.

Une impossible raison à double facette.

Le hasard. Sarkozy de Nagy-Bocsa était particulièrement énervé. Chabot passait par là, elle a reçu. La vie est vraie calvaire aux alentours de l’Elysée.

La rupture. Sarkozy de Nagy-Bocsa, constatant que les français qui l’aiment sont de loin les moins nombreux, a décidé de tourner radicalement casaque en effaçant totalement les arètes de sa personnalité, comme leur traduction au quotidien de l’action politique.

La problématique brimade subie par Arlette Chabot, c’était pour rire.

C’était pour rire, ok ?!!


 
 
 
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