{id_article}
 

Participer, c’est accepter

Sources : Pièces et main d’oeuvre

Il y a vingt ans, le gouvernement socialiste avait
décidé la suppression des postes et
télécommunications pour créer France Télécom et
la Poste. Modernisation, compétition économique,
impératifs technologiques. Les Français, attachés à
leurs PTT, renâclaient. Comment les soumettre ? En
montant un simulacre de démocratie : un débat
public. "La réflexion sur les difficultés rencontrées
pour décider de grandes opérations ou mener de
profondes réformes (à l’occasion du "renouveau du
service public"), ont (sic) conduit à initier de
grands débats. Celui mené, en 1989, sous la
responsabilité de Hubert Prévot a accompagné la
transformation des services du ministère des postes
et télécommunications en deux entités : France
Télécom et la Poste."
 [1]
On sait ce qu’il advint des PTT, de France Télécom
et de la Poste.

Ce succès, entre autres, mena à la création en 1995
d’un organe chargé de le renouveler chaque fois que
le pouvoir aurait besoin de faire accepter
l’inacceptable : la Commission nationale du débat
public. En 2002 celle-ci fut aménagée en "Autorité
administrative indépendante", dont l’imposture est
démontée ci-dessous.
La CNDP fait partie des outils d’acceptabilité des
nouvelles technologies à la disposition des
décideurs, pour vaincre la méfiance de citoyensconsommateurs
échaudés par trop de scandales
techno-industriels : amiante, vache folle, OGM.
Ses débats publics répondent parfaitement aux
préconisations des inventeurs de la "démocratie
technique". Des sociologues jaunes, spécialisés
dans l’acceptabilité de l’innovation, qui proposent
aux décideurs des dispositifs pour gérer les
"controverses".

Vous craignez une opposition aux
nanotechnologies ? Michel Callon, de l’Ecole des
Mines, ingénieur en rapport de forces, vous
transforme les réfractaires en acteurs du débat
grâce à ses "procédures de dialogue avec le
peuple"
 [2].

Mode d’emploi : n’entrez pas dans la confrontation
directe, tâchez d’"organiser, maîtriser les
débordements sans vouloir pour autant les
empêcher".
Montez des "forums hybrides", mêlant
scientifiques et "profanes", pour favoriser les
compromis. Multipliez les débats publics. Admirez
le résultat avec ce cas concret : "Le nucléaire qui en
sortira sera socialement, politiquement et même
techniquement complètement différent du nucléaire
qui aurait été décidé en dehors des forums
hybrides. Parler "du" nucléaire en général n’a
aucun sens. Jouer au jeu de ceux qui sont pour et
de ceux qui sont contre est encore plus inepte."
Ce
miracle qui transforme votre problème-nucléaire en
solution-nucléaire s’appelle une forfaiture.
Chacun voit qu’il n’y a pas plus de "démocratie
technique" que de roue carrée : la démocratie est la
participation de tous aux choix politiques, quand la
technique est l’affaire des spécialistes. Cette
chimère politique a été bricolée, on s’en doute, par
des experts pour fourguer leurs services à une
démocratie "en crise".
Quand les sciences humaines se vendent à
"l’innovation", elles deviennent plus royalistes que
le roi. Jamais Michel Callon et ses semblables ne
recommandent d’introduire le politique dans la
technique, de rappeler aux scientifiques leur
responsabilité sociale. Leur solution au contraire
consiste à imposer la logique technicienne au corps
social, à encourager chaque citoyen à faire valoir
son expertise. La "démocratie technique", c’est la
négation du politique.

Revenons à France Télécom, brillamment
transformée en société de droit privé grâce au débat
public, et dont les salariés jouissent désormais d’un
management expéditif. Dans les laboratoires de
recherche & développement de l’opérateur
collaborent des sociologues des usages, dont la
mission est de concocter les dispositifs
d’acceptabilité pour vous vendre les futurs objets
communicants. Mission remplie admirablement, à
en juger par le succès du téléphone portable et
autres smartphones. Connaissez-vous le credo de
ces pros de la manipulation ? "Faire participer,
c’est faire accepter."
C’est dire si les Verts et toute
la piétaille associative-de-bonne-volonté les
enchanteront en se ruant dans les débats de la
CNDP sur les nanotechnologies cet automne.

Voilà qui explique pourquoi le président de ladite
commission a pris la peine de nous écrire pour nous
inviter une fois de plus à prendre part à son débat.
Participer, c’est accepter. Voilà pourquoi nous
appelons au boycott et au sabotage de cette
opération de propagande.


Notes

[11 Site de la Commission nationale du débat public :
www.debatpublic.fr

[2in Agir dans un monde incertain – essai sur la
démocratie technique, co-écrit avec Pierre Lascoumes et
Yannick Barthe (Seuil, 200


 
P.S.

Edito de la revue : "Aujourd’hui le nanomonde"

 
 
Forum lié à cet article

2 commentaires
  • Participer, c’est accepter 13 octobre 2009 10:48, par Farewell

    C’est assez étrange !... Je suis a priori globalement d’accord avec cet article.

    Mais ensuite après quelques relectures plus approfondies, un peu de recul et d’esprit critique, je constate qu’il est employé pour convaincre dans ce papier la même méthode de persuasion que celle dénoncée... Curieux n’est-ce pas ?!... Comme quoi les méthodes de captation et de séduction intellectuelles sont largement répandues et partagées sur le grand échiquier de la pensée dirigée...

  • Participer, c’est accepter 15 octobre 2009 12:30

    je n’ai rien compris à l’article
    il n’y a aucune démonstration

    vous laissez sous-entendre que le débat n’a pas eu lien
    mais vous ne montrez rien ET vous ne proposez pas de solution au problème que vous semblez souligner.
    Exemple : qui doit trancher sur le nucléaire ? les experts qui savent de quoi ils parlent mais ne sont pas représentatifs ? ou le peuple qui ne connait pas tous les tenants du problème mais qui est représentatif ?

    zaga qui doit surement être bête

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes