Dove, Capitalisme-publicité ou l’ironie de l’angélisme.

De la plus belle définition, l’angélisme est l’ironie de la morale via la surenchère propagandiste de l’éthique systémique selon l’apparence du bien entretenue et projetée par les pires ennemis de l’humanité. CLM

Dans un spot publicitaire de la compagnie de soins de beauté et de confiserie Dove, les chaînes de télévision commerciales nous montrent une fille à peine pubère, où la bienfaisante compagnie Dove dénonce pour le bien de l’humanité, la pression exercée par la publicité sur les jeunes filles à partir de l’image corporelle qu’on leur présente comme étalon esthétique. Et, profitant de l’intervalle, pour promouvoir son savon, Dove nous dit sympathiquement, caritativement que chaque achat d’un de ses propres savons, contribuera à un fonds d’aide Dove aux filles psychologiquement et somatiquement atteintes parce que victimes des pressions publicitaires ! Ah ! Quel pathétique amour de l’humanité ! Là, la nature du signe social ne manque pas d’interpeller la conscience du sémiologue ou de tout intéressé aux communications de masse. Il faut redire ici, ce que j’ai déjà expliqué dans d’autres textes, que signe et symbole se distinguent respectivement par leur naturalité et artificialité ; le premier étant un émanant de la présence d’une réalité et donc de l’être qu’il révèle alors que le second, est tout simplement projeté, imprimé sur une idée, une vision que l’on veut matérialiser par le message. Toutefois, dans la société de manipulations innombrables et divers du sens pour créer un monde d’apparences auxquelles croit l’individu, on est parvenu au façonnement de faux signes, d’artifices sémiologiques qui, sans être symboles parce qu’émanant de la réalité, existent pour tromper les majorités voire dérouter l’herméneute sémiologue non assez perspicace qui voudrait saisir les signes de ladite réalité. Le monde du signe, dans l’occurrence sociale, est subverti. Le signe vrai qui émane de la nature des choses et faits, côtoie le signe faux inscrit dans la conception même de ces choses et faits par les idéologues de l’institution sociale. D’où, seule l’identification des vrais signes, permettra la lecture authentique de la réalité sociale. Et, il ne faut pas oublier que le vrai signe, lorsqu’il est identifié dit toujours vrai, fut-il le signe de la fausseté qui révèle le caractère faux de l’étant dont il s’exhale. Le cas de la publicité télévisée de Dove dont je parle, en est une preuve patente. Pourquoi ? Parce que précisément, ce sont ces sortes de compagnies de beauté qui ont altéré le rapport des gens et surtout celui des femmes à leur corps et à la beauté, produite industriellement et commercialement en esthétique-archétype médiatique qui, si elle n’est pas atteinte par l’individu, fait de celui-ci un être qui paraît mal, et donc un être inférieur dans notre contexte social où tout est avant tout, apparence. Là où les canons esthétiques des sociétés étaient (sont encore) victimes des ethnocentristes et des racistes rejetant comme laid tout ce qui n’est pas de leur ethnie, de leur race, les commerçants de produits de beauté ont inventé, je dirais, ajouté l’ère de la laideur artificielle et de la beauté standardisée. Désormais, un type de corps est beau et parfait, tous les autres doivent être travaillés comme des objets pour atteindre le standard. De cette propagande faussement somatologique, sont nés de graves souffrances psychologiques des manipulés tentant d’ajuster leur vie aux modèles incarnant la médiatique beauté-étalon proposée et imposée tout à la fois.

Ces maladies regroupées sous le nom de dysmorphobie constituent carrément des formes d’affections somato-psychiques qui peuvent aller de l’anorexie à l’obsession de la gym, en passant par la boulimie, l’achat compulsif de produits cosmétiques et dermatologiques non thérapeutiques, juste pour avoir les cheveux, le teint facial et la peau qu’il convient sans oublier les aliments qui aident à mincir et à garder l’adamantin trophée de la minceur. Et pire, dans tout cela, cette sorte de règne du corps mince « sportif et beau » non seulement rend malade mentalement et somatiquement, il finit aussi par altérer le comportement relationnel dans la société. Le monde serait celui des humains au corps sportif soi disant beau pouvant se moquer voire humilier et rejeter celui des humains non sportifs et « laids ».

Misères mentales du capitalisme

Ces sortes de misères sont en fait le lot du capitalisme marchand qui crée à satiété « un hallucinant univers parallèle de la beauté et de la santé médiatisée » contrôlant les mentalités et comportements de consommateurs toujours au détriment de l’équilibre humain par la dénaturation du rapport à soi des individus dont l’estime de soi se fixe à des objets de consommation fussent-il, l’image corporelle, le masquage des rides et ridules, la minceur idéologique, tous devenus produits à consommer, transformant le corps humain en chose. Ce qui est aussi évidemment la destruction du rapport sain de l’humain à autrui, par une sorte d’excommunication de fait des non embringués dans cette galère marchande, car quiconque (homme ou institution sociale) a un rapport biaisé voire pathologique à soi, ne peut avoir de relations saines avec autrui.

Et les criminels sont sanctifiés par le succès !

Pour revenir à Dove, disons que ce n’est rien de nouveau sous la ténèbre sociale. Sauf qu’aujourd’hui, à la différence des siècles précédents de l’histoire occidentale, l’œil et le feu des caméras en font une sorte d’incantation cultuelle dans la messe des icônes de télévision et de revue. Du reste, c’est un trait naturel du capitalisme, que de transformer les pires impropriétés en messages moraux et de faire des malfaiteurs à succès des moralistes et idoles. Ainsi, de ces industries automobiles grandes pollueuses devenues par la force de la propagande médiatique, des porte-flambeaux de l’environnement ! Comme pour les criminels avérés de l’histoire du Far West, qui ont lavé leur argent en bâtissant un empire et en investissant une certaine part du butin de leurs vols et meurtres dans les hôpitaux et des œuvres caritatives rentables ; comme les colons et fils de colons qui inventent l’ordre de l’aide internationale pour aider les pays pauvres pour la plupart économiquement exterminés pendant des siècles par le colonialo-esclavagisme et continuent de l’être par les multiples formes pernicieuses de l’impérialisme ; comme les banquiers qui prennent les ressources naturelles et laborieuses du monde et ensuite deviennent les bienfaiteurs de la société en « favorisant » la création d’entreprises et donc d’emplois par le crédit bancaire alloué aux entrepreneurs… Dans le monde sale et abject de l’économie, les seuls salauds, les (perdants) « losers » comme on dit en notre belle Amérique du nord, sont ceux qui, privés d’argent parce qu’ils n’ont ni pillé ni tué, deviennent des bons à rien, des fainéants, des salariés précaires et méprisés, de la paille inessentielle dans la balance d’une société de poids lourds crapuleux et cyniques de la malversation honorée !

Dans un système où toute l’économie est malsaine et immorale, c’est de l’angélisme impudent et manipulateur, de la discrimination de criminels officiels autorisés et glorifiés contre des criminels décrétés illégaux que de traiter d’argent sale, la fortune des narcotrafiquants. Puisque comme du dealer des pires narcotiques, les seigneurs de l’économie se targuant de leur puissance, lavent l’argent des crimes du crédit et de la manipulation publicitaire réifiante de l’homme, au prétexte de leur incontournable utilité pour le financement des affaires ou l’emploi des non possédants. Les plus crapuleux, les plus cruels, les plus criminels dirigeants de l’ordre établi contre l’humanité, sont, par la thaumaturgie de l’argent et des structures qu’il permet de créer, les anges bénis du monde ! Car, prendre tout ce qui appartient au monde, provoquer rareté, pauvreté et misère pour ensuite agir comme bienfaiteur qui jette en pâture des miettes de bienfaisance aux victimes, voilà le visage moral de notre monde contemporain.

Vive le bien, vive la morale grimaçante des criminels bénis de la fortune ! À celui qui pille, manipule et finalement possède et accumule, oui, à celui qui « réussit », au nom des lois et de la morale tronquée, la société et ses médias dans le behaviourisme collectif qui est le leur, se passant des origines et des causes premières de l’enrichissement, dressent l’autel du culte adorateur, vouent leur religion idolâtre du succès et du pouvoir !

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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