Onu – Non Violence ou l’appel déchirant d’une chimère…

La seule posture harmonieuse du non-violent, est celle du guerrier intraitable de la justice et de l’équité qui préviennent la plupart des violences en enrayant l’injustice que garantissent le droit et les chartes. L’injustice et ses manques d’équité, est la violence générative qui, diaboliquement, génère la plupart des réponses brutales qu’adressent les victimes violentées par les ordres politique, économique ou religieux les agressant. CLM

En choisissant le 2 octobre, anniversaire de naissance de Gandhi, journée internationale de la non violence, l’Onu joue-t-elle les vestales malgré la nudité qui l’affecte ? Je refuse de le croire, car la non violence est et restera un idéal, un point de mire dans un monde perfectible, qui est aussi, malheureusement, lieu de toutes formes de situations conflictuelles. En attirant notre attention sur la non violence, l’organisation planétaire a sans doute voulu nous rappeler le statut « téléologique » c’est-à-dire de projection lointaine et donc de démarche dynamique de la paix individuelle, sociale et mondiale qu’implique le concept face aux agitations de tous ordres, aux pulsions agressives qui agitent les hommes et les peuples. En effet, tant que les violences situationnelles et de fait maquilleront de paix, les guerres exterminatrices qu’elles livrent aux humains sous toutes latitudes, les violences létale et vitale s’affronteront entre agresseurs et défenseurs de la vie, et la grande part de souffrance sociale, évitable à l’échelle humaine, sévira comme bien plus qu’une malencontre fatale, qu’un fait marginal de primitifs antisociaux, mais comme problème systémique et institutionnel, comme phénomène inhérent au mode de vie de la société soi disant civilisée où nous vivons, comme écharde voire balafre omniprésente de la vie sociale et internationale. La pauvreté, l’exclusion pernicieuse, les discriminations de tous ordres, les misères de toutes sortes, l’incommunication et la sollicitation des instincts les plus bas tels l’égotisme, la mesquinerie, l’ignoble esprit de compétition en toutes choses, constituent l’effigie diabolique d’un monde dont le mode de vie est lui-même violence létale, agression générative institutionnelle, terreau de toutes les brutalités et agressivités de classe et d’individus dans les carcans aux murs invisibles que sont nos sociétés inhumaines. Sociétés de violences incriminées décriées antisociales, telles les méfaits des criminels en série et des prédateurs sexuels ou les charniers terroristes. Société aux multiples violences systémiques exterminatrices dites de droit comme les concussions et intimidations policières, le vol des ressources communes des peuples par la clique privée des voyous banquiers avec leurs complices politiciens et commerçants, sans omettre ici les violences sourdes légalisées comme celle de l’avortement qui, s’il est un acquis juridico-légal, demeure un épineux problème moral, un dilemme logique et existentiel dans le contexte d’une humanité qui prétend exiger la primauté de la vie. Car au moment où l’on parle parfois excentriquement de respect de la vie animale et du droit animal, où la vie même d’un insecte nuisible semble précieuse pour des militants de plus en plus nombreux, peut-on, sans hypocrisie, sans attitude éthique contradictoire, sans rature mentale ou cécité sélective, prôner le droit à l’avortement non thérapeutique en même temps que le droit à la vie de tout être vivant ?

A-t-on le droit de prétendre, quoiqu’exagérément, que tuer une mouche volant au-dessus d’un plat est une abomination, un crime contre la nature, en même temps que l’on consacre celui d’assassiner des fœtus humains ? Le droit inaliénable de la femme sur son corps, son droit suprême au confort et à la disposition de soi, prime-t-il celui de l’enfant conçu à naître, ce premier des droits de l’homme. La question urgente ici, est : de l’inconfort de la femme et de la vie d’un être humain en devenir, qu’est-ce qui prime, par delà les religions et le droit, sur le plan de la morale en général et de la bioéthique en particulier où se corse l’idéal de non violence et de respect de la vie ? La question doit être débattue avec toute la froideur intellectuelle nécessaire pour éviter l’incursion de tout amalgame machiste ou féministe aux idées arrêtées. Car le monde est trop souvent une scène de farces et d’incohérences où des histrions des deux sexes se permettent de tout dire sans le moindrement y ajuster leur plus petit geste, le plus infime de leur comportement, manifestant à la fois un tartuffe verbal et une « autruche » morale. (Je mets autruche entre guillemets car cet oiseau ne cache point vraiment sa tête à l’approche du danger puisqu’il ne fait qu’écouter les vibrations dans le sol en s’en approchant). Preuve, qu’il n’y a que des animaux humains à se voiler la face quand leurs aberrations les gênent et à se servir de leurs inconséquences voire leurs crimes comme arguments d’accusation, armes de colère et d’arrogance pour masquer leur honte !

Pour le reste, en revenant à l’Onu, je pense qu’ayant trempé à des conflagrations comme la première guerre du golfe, la guerre en Afghanistan, sans oublier son inaptitude au Rwanda, elle doive se purifier de ses manquements et vraiment devenir la voix de la paix à tout le moins internationale sans patauger à défendre un système mondial politico-économique criminel, présidé par quelques états charognards du nord, autoproclamés « communauté internationale », la dépositaire de l’idéal non violent en se défaisant de l’emprise maléfique des grandes puissances qui la prennent en otage et la mêlent à toutes leurs inhumanités.

Violence pacifique et violence pugnace…

L’homme est une somme de Violence Vitale et de Révolte Vivifiante contre la létalité des néants envahissants du monde.

Les attentats terroristes devenus faits divers dans les journaux, sont l’emblème d’un monde dont l’empreinte est essentiellement le malaise. La sauvagerie immédiate du terrorisme comme face extrême toujours désavouable de la violence, ne doit point nous faire oublier la violence permanente des systèmes et sociétés où trime la majorité humaine. Ici, une question essentielle doit nous interpeller, à savoir, pourquoi tous ces violents sur l’échiquier du monde ? En abordant la question récurrente de la violence létale, dans un monde où les attentats spectaculaires retiennent de loin bien plus fortement l’attention que l’hécatombe des majorités paupérisées par la faim et l’exclusion du moindre droit, je ne peux m’empêcher - non violent raisonnable, qui sais que la justice a pour prix, la révolte et la défaite des mufles ploutocrates, agressifs et pragmatiques - de voir la nécessité de la réaction humaine dite violente. Je ne peux que constater qu’il est une violence systémique et administrative qui peut se permettre de légiférer et une violence révoltée qui effraie et est dénoncée. Comme toujours, les criminels dominants des structures qui dirigent le monde incriminent les conséquences et entretiennent les causes du mal. En vérité, la brutalité ne signifie pas nécessairement la létalité. Je dis que la violence violente, si vous me passez cette redondance, est celle des agresseurs car l’autre, la juste violence de qui se défend ou se cherche contre les forces létales quelles qu’elles soient, métaphysiques, politiques, économiques, sociales, est en fait démarche de paix, violence non violente. Guerre pour vaincre le mal et conquérir le Bien qui pacifie. Violence vitale contre violence létale, combat toujours polarisé par essence et manichéen à justice.

En appelant la non violence de ses vœux d’organisation créée précisément pour entretenir la paix mondiale, l’Onu nous dévoile en fait le mensonge de nos sociétés, l’hypocrisie de nos élites maniérées mimant le raffinement dans la plus grotesque des grossièretés criminelles contre l’humanité. Et pour être en harmonie avec ce vœu pieux que l’occident proclame urbi et orbi, il lui faut commencer par cesser sa politique économique agressive imposée aux peuples, responsable de la plupart des violences sociales et désastres humanitaires par la misère qu’elle engendre. Cesser aussi l’éco-violence que constitue la politique financière du crédit exponentiel qui condamne l’économie des peuples à la croissance et donc à la surexploitation des ressources qui détruit l’environnement, extermine les espèces animales et végétales, épuise la constitution minérale du globe et menace la vie humaine. Il nous faut aussi dénoncer la violence meurtrière du harcèlement administratif où l’État menace l’individu endetté ou suspect de quelque illégalité mineure, poursuit de pauvres gens et porte parfois des citoyens en détresse au suicide ou à la déchéance, alors que les déchets du crime contre l’humanité comme les tenants de l’establishment financier et économique pillent et torturent le monde par la pauvreté artificielle et ses funestes conséquences…

Car tant que les peuples devront lutter contre des agresseurs idéologiques nationaux et internationaux imposant la violence offensive des politiques économiques et sociales dégradantes de l’homme, la violence juste et défensive sera la seule voie, l’unique recours de dignité et de survie des peuples.

La société d’aujourd’hui est une putain pudibonde qui caresse la chimère de la non violence dont elle est elle-même, la pire des ennemies par ses pulsions prédatrices et déprédatrices qui font primer le thanatos de l’accumulation et des clivages qui s’en suivent par toutes les fractures sociales subséquentes, sur l’éros du partage. Coupable de s’opposer de fait à la paix du bien-être collectif et de la justice.

Et si, d’instinct, je refuse tout ce qui réduit les choses à vivre au quotidien à un quantième d’anniversaire célébrant comme une relique de musée visitée une fois l’an, je salue, malgré toutes mes réserves de réaliste rêveur, la journée mondiale de la non violence.

Je parle de la sorte car il faut préserver la saine vision du monde chez le lecteur de ces lignes, puisqu’avec les scolarisés-lumpen surmédiatisés qui confondent le savoir-faire et l’application avec une quelconque compréhension du monde, l’opinion libre risque d’être encore et encore galvaudée par les propagandes officielles érigées en référent universel d’éthique et de logique contre le sens vrai des choses.

La non violence entre agression idéologique et aliénation…

La non-violence officielle des sociétés occidentales et de l’Onu, leur bras idéologique et séculier, n’est que l’avers trompeur, ironique du revers combien odieux et effroyable d’agression permanente contre les peuples et contre la planète !

Puisse venir, par l’engagement des hommes de bonne foi, l’heure de la congruence des actes avec les chartes pour que la saleté maquillée de mots, cesse de régner et de transformer le monde en laboratoire d’horreurs, en Messaline jouant les vertueuses !

En attendant, la non violence reste la chimère d’une oligarchie mondiale et de ses échos petits-bourgeois, voulant à la fois la sujétion du monde par l’agressivité des politiques économiques appliquées et la passivité inactive des peuples et des hommes en guise de paix et de non violence. C’est le propre de l’occident agresseur du monde que de prôner une chose et son contraire en politique internationale !

En vérité, la non violence politique de l’agresseur économique est un mensonge oligarchique pour abêtir le peuple ; tandis que la non violence du peuple esclave des oligarques, réduit à l’asservissement économique avec toutes les servitudes qui en sourdent, n’est qu’aliénation et réification d’individus acceptant perversement leur indignité et leur servitude.

Il n’y a pas de non violence sans liberté. La paix en contexte de servitude n’est que léthargie d’aliénés !

La non violence ne peut non plus naître dans un monde où le concept d’identité est faux et biaisé par des impropriétés excentriques telles le rang social, la nationalité, l’ethnie, la religion institutionnelle, la culture, ces ferments de discordes et de haines, une fois qu’ils sont érigés en repères.

Seules les valeurs transcendantes de spiritualité, d’intellectualité, d’amitié, d’amour et surtout de justice sociale et interétatique, sauront surmonter les pièges de ressentiments tapis au sous-sol des altérités et permettront de faire de celles-ci, des voies d’enrichissement où chaque identité individuelle et collective s’améliore et s’élève en invitant autrui à son ascension.

Seule l’équité sociale et internationale de la justice sociale et interétatique expurgera les identités et les cultures de toutes sortes, de leurs défauts, purifiant leur face hideuse et violente contre la vie et contre l’homme.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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