REOPEN Mathieu Kassovitz et Jean-Marie Bigard fracturent la thèse officielle et la procédure de débat

Le mercredi 28 octobre 2009, on a clairement mis en doute, sur une chaîne publique et de grande audience, le rapport officiel du gouvernement des Etats- Unis sur les événements du 11 septembre 2001. Celà avait été le cas à de rares moments, et jamais dans un débat fortement contradictoire d’une certaine durée.

Malgré l’heure tardive et un débat handicapé par le refus non-motivé de France 2 d’intervenants majeurs, la volonté de réouverture de l’enquête sur les causes et les modalités de l’attentat du 11 septembre 2001 à New-York a pu commencer à s’imposer et se faire entendre.

C’est une percée dans le dispostif discréditant qui dominait les médias jusqu’a présent. C’est également une remise en question du modèle de débat dominant l’espace télévisuel qui a surgi.

Retour sur cet événement et éléments de déchiffrage des acquis pour les tenants de la réouverture du dossier "11 septembre 2001", comme pour les partisans de débats véritables et véritablement démocratiques au sein du PAF.

Le 11 septembre 2001, les différentes attaques aboutirent à la chute des deux tours abritant le World Trade Center, de celle où reposaient les dossiers de la CIA, sans oublier la destruction de la façade du Pentagone. L’affaire se conclue par près de 3000 morts et une suspicion grandissante contre le gouvernement américain, quant à ses responsabilités dans le drame.

Conséquence rapidement tirée et répétée par les officiels, les ennemis de l’enquête gouvernementale sont les ennemis de l’Amérique, serrons les rangs, faisons de notre unité nationale un bras armé à projeter contre les terroristes intérieurs comme extérieurs.

Patriot Act, corpus de lois sécuritaire luttera contre tout ce qui peut servir la « menace terroriste » sur le territoire américain. La doctrine des « états-voyous » propulsera contre les ennemis extérieurs l’isolationnisme combattant des USA, enfourché par le texan droit dans ses bottes.

Ainsi orientés et utilisés, les événements new-yorkais de ce mois de septembre ont eu, jusqu’à aujourd’hui, des conséquences dramatiques pour la coexistence pacifique mondiale, l’inflation de la production et de la vente d’armes, ainsi que l’autoritarisme des états.

Parallèlement, le choc et l’image du choc, la boucle télé des tours a poussé tous les dirigeants occidentaux à faire assaut de patriotisme, à l’exception notable du duo Chirac-Villepin. La plupart, à la remorque du matamore US, se sont gonflés de sécuritaire, vanté d’une vision ultra-autoritaire où la population avait juste à suivre et se priver, en fermant à double-tour sa mémoire et ses doutes.

Ce sont, fondamentalement, les structures et la dynamique de concertation de l’ensemble de la planète, localement et globalement, qui ont été mises en sommeil par le 11 septembre.

Ce sont, au niveau citoyen, les libertés individuelles, les libertés civiles qui ont été frappées par cette espèce de « situation d’exception » initialement imposée au Congrès US, le pistolet propagandiste de l’unité nationale sur la tempe.

A été mis à mal rien moins que le maintien d’une idée, d’une ambition pour le monde exempte de barbarie, par cet événement unique, depuis déjà huit années. Huit années de désastreuses conséquences pour la paix, la liberté, la survie même d’un monde à concevoir en commun.

Gain pour l’équipée mexicaine néo-conservatrice : une inflation sans précédent du terrorisme sur les multiples fronts mis en place avec l’alliance occidentale contre l’ « Axe du mal », des échecs systématiques dans l’élimination des menaces, une radicalisation de l’opposition au poing de fer dans un gant de fer, une dette écologique grandissante suite aux destructions militaires massives, une économie US ruinée qui se dirige aujourd’hui vers un stade catatonique sous le regard distant des élites gavées.

On mesure l’importance de l’acte fondateur. On conçoit qu’il soit réinterrogé, à la mesure des exigences des victimes, des professionnels ayant assisté à l’événement, des officiels même ayant participé à cette opération, et des élus états-uniens ou étrangers, tous demandant que la lumière soit enfin faite sur les zones d’ombre d’un traumatisme majeur.

Questionnement dont l’inflation planétaire n’est que la simple et logique conséquence des suites politiques, économiques et militaires que les autorités américaines et leurs alliés ont donné, au pas de charge, à l’attentat qui a frappé New-York.

Déterminés à ne pas bouger d’un cheveu, les médias officiels français, à de rares exceptions, ont déroulé articles, interviews et films pour accréditer la vision de l’événement validée par le pouvoir US, consciemment ou par ignorance, laxisme, suivisme. Ils ont longtemps purement et simplement laissé hors-champ le phénomène Reopen.

Les journalistes et essayistes reconnus tentant de relayer les doutes, les questions et les exigences formulés par ceux qui osaient mettre en question le 11 septembre, après la période de tétanisation devant l’emballement belliciste orchestré par Bush, ont été ignorés, diabolisés (Meyssan) ou marginalisés (Laurent).

Malgré une croissance des éléments de doute portés par le mouvement 9/11 Truth Movement, une augmentation de leur audience, tout cela fortement relayé par des ouvrages et par le Net, les médias et la majorité des politiques français ont persisté regarder ailleurs. Il ne s’agissait pas d’un complot, ni même d’une connivence, bien entendu. Mais les accusations simultanées et les termes repris abondant, le résultat était le même.

Devant une inexplicable faillite de l’Etat US, devant les doutes citoyens, comme leurs confrères US, ils ont opposé un refus granitique. Circulez il n’y a rien à voir, rien à expliquer, tout simplement im-pensable, ont-ils décliné sur tous les tons, des années durant.

Après cette longue phase de rejet, ils ont lancé contre les obstinés la phase "dénigrement", les qualifiants régulièrement d’ « affabulateurs, fous, paranoïaques » et autres épithètes.

Comme ces infamants propos ne suffisaient pas, on a vu surgir, sous la plume et dans les paroles des tenants de la ligne officielle, une rhétorique d’attaque. Les porteurs de questions seraient à la solde de mouvements d’extrême-droite, d’islamo-fascistes, etc.

Dernièrement sont entrés dans la danse les marqueurs littéralement excommuniants tels « complotistes », « antisémites » et « négationnistes ».

La demande d’éclaircissement du drame n’ont pas disparu, bien au contraire. Des voix de par le monde entier la relaie, de plus en plus nombreuses. Victimes et citoyens, mais aussi scientifiques, parlementaires, et même chefs d’Etat exigent des USA qu’il réouvrent l’enquête et aillent au bout.

Nolens volens, se créent çà et là, aujourd’hui, des interstices dans le bunker médiatique. Quelques journaux et magazines, jusqu’à présent embarqués, osent un papier, un interview sulfureux. On pose quelques questions interdites, on essaye un titre hors-ligne, on tente un invité marginal.

Il semble être l’heure pour que la presse reconnue et la télévision de grande audience fassent sauter leur propre cadenas. Sur un sujet majeur encore plus que sur les autres les medias installés ne peuvent faire plus longtemps l’impasse. C’est une réponse que chaque citoyen attend d’une presse auto-proclamée baromètre de la démocratie. Ils ne pourront longtemps éviter de la donner sous peine de voir leur crédibilité, partant leur audience déjà bien entamée, se déliter complètement.

Le 28 octobre 2009 au soir, une occasion s’est présentée sur France-Télévisions. Un émission-débat de grande écoute promettait de donner enfin la parole aux questionneurs du 11 septembre 2001. Débat et démocratie allaient-ils enfin se rejoindre dans l’agora pixélique ?

D’un côté du plateau se trouvaient Mathieu Kassovitz et Jean-Marie Bigard, respectivement cinéaste/acteur et humoriste. Face à eux, Frédéric Bonnot journaliste appartenant à la rédaction de l’émission et Hervé Gattegno, chef du service investigation au Point, conseiller éditorial de la même émission.

Le débat concerné ne commença que vers minuit, précédé qu’il était par deux débats d’une importance supérieure. L’un consacré à un ennemi public en cavale et l’autre mettant en scène un humoriste dont l’humour ne fait pas l’unanimité.

On constata dès le début que le dit débat avait rétréci au lavage. Devant nos yeux, deux chaises vides. Deux invités majeurs ne seraient pas de l’empoignade.

Eric Laurent qui publia en 2005 l’argumenté « La face cachée du 11 septembre » et le chercheur Niels Harrit, co-auteur dans la revue scientifique "Open Chemical Physics Journal", d’une étude écrite par neuf chercheurs internationaux démontrant la présence d’explosifs (nano-thermite, explosif militaire) dans les décombres du World Trace Center, pourtant pressentis au départ pour épauler Mathieu Kassovitz et Jean-Marie Bigard, n’avaient pas été acceptés par France 2.

Guillaume Durand informait, la veille de l’émission, le site Reopen 911 que « pour des raisons indépendantes de sa volonté, organiser un débat argumenté sur ce sujet [n’était] pas possible ». Durant le débat il argua des difficultés probables à faire tenir le débat dans le temps imparti avec des invités supplémentaires...

Pour ce qui est du débat lui-même, au chapitre positif on peut souligner que Kassovitz et Bigard s’exprimèrent hors du schéma, désormais bien ancré, qui veut qu’une intervention ne dure pas plus qu’un spot pub, c’est-à-dire environ trente secondes, sous peine, paraît-il, de saturer l’auditeur.

Ce ne fut pas sans haute lutte de la part des deux rescapés de l’élagage directorial. Quand ils démêlaient enfin les questions à rallonges de Gattegno, ils devaient se battre contre des coupures permanentes infligées par leurs deux contradicteurs et des incises visant à reprendre la parole, empêchant ainsi le débatteur de poursuivre (Bonnaud).

Durand n’étant pas en reste, qui tançait régulièrement les deux rebelles, au prétexte qu’il parlaient trop ou trop fort, ou ne répondaient pas à ses questions, voire à celles de ses journalistes, quand il daignait leur accorder importance.

Autre acquis essentiel de ce moment de télévision, Matthieu Kassovitz et Jean-Marie, avec peine sans doute, portèrent tout de même quelques doutes conséquents sur la place publique.

Sur l’avion de ligne qui aurait heurté le Pentagone, sur l’absence incompréhensible de la chasse américaine dans le ciel pendant plusieurs heures, sur l’effondrement trop régulier des tours pour paraître normal, sur des documents retrouvés intacts, notamment au coeur de l’explosion ayant secoué la facade du Pentagone, sur les compétences extraordinaires de pilotes des terroristes, ils allumèrent à plein le projecteur malgré les tirs de barrage des tenants de la thèse officielle.

Acquis de portée plus générale, ils débordèrent le débat.

Durand avait pourtant cadré les choses, détaillant d’un ton professoral la chronologie à laquelle se conformeraient les échanges. Jean-Marie Bigard fit exploser cet agenda d’emblée en imposant de donner la chronologie qu’il jugeait importante, celle des événements du 11 septembre, heure par heure, et minutes par minute pour certains.

Victoire analytique qui lui permit de mettre en lumière l’absence inexplicable de la protection aérienne des Etats-Unis durant toute la séquence des événements.

Plus qu’une mise en lumière d’une faille majeure du dispositif anti-terroriste US, que le rapport officiel reconnaît mais n’explique pas ou mal, il s’agissait bel et bien d’un bouleversement dans la gestion du débat.

Le calendrier de l’ordonnateur se vit mis à mal, mis à l’ombre. De ce moment, il est apparu que l’ordre du pouvoir dans ce débat changeait de main. Par la suite, Durand se vit ensuite constamment mis en difficulté dans la gestion des interventions, des questions, comme des temps de parole. Ce, par l’une comme l’autre des parties en présence.

Part d’ombre de ce changement, le cadrage implacable que Durand et autres animateurs exercent ordinairement sur un débat, déterminant ainsi son issue comme son déroulement. Cadrage gravement fissuré ce 28 octobre. Une subversion qui bousculait pour notre plaisir le puissant et son ordre. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison du dépit de l’animateur qui laissa tomber le flegme condescendant qu’il arbore pour crier « Taisez-vous ! ».

A l’horizon intéressant de ce changement, même partiel, des modalités de ce débat, on peut apercevoir une situation où le débateur serait majeur.

Les modalités de son intervention, comme les arguments qu’il voudrait développer deviendraient supérieurs à ceux de l’ordonnateur qui aurait à se plier, comme cela s’est vu souvent en ce débat, à la simple et légitime volonté d’un invité de répondre aux questions comme il le souhaite et de reformuler tout ou partie du débat à sa convenance.

S’est exprimé en ce débat une volonté d’autonomie, de refus d’une parole bridée. L’explosivité et l’évidence de cette esquisse d’un nouveau paradigme saute aux yeux. Sans doute parce que nous n’avons plus ou presque l’occasion d’apprécier un tel changement. Sûrement parce que nous n’avons pas oublié ce que peut être un débat véritable.

Avec la cruciale exposition des failles du rapport officiel sur l’attentat du 11 septembre, ce sont bel et bien les conditions de possibilité de la parole démocratique qui ont été mises sur la table par Mathieu Kassovitz et Jean-Marie Bigard.

Si le débat de mercredi 28 octobre a servi à quelques chose c’est bien à révéler que l’exigence démocratique d’ouverture sur un fait majeur de l’histoire contemporaine mondiale passe aussi par la réouverture de l’appareil médiatique au vrai débat contradictoire et à armes égales


 
 
 
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2 commentaires
  • A mon sens le débat du 28 octobre sur les événements du « 11 septembre » a une portée qui va bien au-delà de
    la révélation d’un désir de transparence démocratique.

    Le combat de Jean-Marie Bigard et de Mathieu Kasovitz, qui est également celui de beaucoup d’autres plus silencieux, montre combien l’humanisme monte en même temps que la barbarie.
    En même temps que l’absence d’humanité, le culte du matériel et les exigences hégémoniques poussent certains à la déshumanisation de la pensée et à aux actes barbares, une forme gigantesque de solidarité humaine émerge.
    « Désormais ce qui touche l’humain me touche », c’est ainsi que je vois ce combat pour une totale clarté sur le « 11 septembre ».

    "Quelle que soit l’endroit ou l’Homme habite, quelle que soit sa condition sociale, son sexe, son ethnie,
    sa religion, dés lors que l’individu est menacé, je me battrait pour sa survie ». C’est ainsi que je l’entends.

    Il ne s’agit plus seulement d’aller secourir les soudanais, les bangladeshi, les kossovars et temps d’autres,
    il s’agit de défendre l’Homme y compris le plus riche de la planète parce qu’il est humain et que le respect de la vie s’impose sur la nécessaire suprématie économique.

    Que le « 11 septembre » soit ou non le résultat d’un complot est crucial à tous points de vue bien évidemment, mais que du fond de l’Europe, des voix se lèvent pour défendre l’humain me réjouit et me donne enfin confiance en l’Homme.

    Du reste, lors du débat du 28 octobre, les opposants à nos deux « Dom Quichottes » ont bien plus augmenté mes doutes qu’ils ne les ont atténués. A l’avenir, il conviendrait de mieux choisir les défenseurs du « secret défense ». Leurs positionnements, et arguments ont suscité en moi des
    questionnements sur l’élection même de W.Bush.

    Rarement dans un pays démocratique un candidat est élu en ayant moins de voix que son challenger. Cela poserait peut-être la question de l’absence de candidats prêts à mettre en place un tel événement…
    Cela poserait encore la question de savoir qui, aux USA, élit réellement les présidents ?

    Le travail que font Kassovitch et Bigard est celui qui aurait du être fait par l’opposition américaine
    à savoir les démocrates.

    Si un jour les doutes sur les événements du « 11 septembre » s’avèrent légitimes, nous pourrons alors nous interroger sur l’antériorité de cette programmation ? Sur l’énormité du consensus éventuel sur une telle décision au sein de toute la classe politique américaine mais également étrangère.

    Ce serait énorme, cela donnerait le vertige et je préfère m’en tenir aux actes de solidarité de nos deux
    protagonistes qui sont déjà une belle leçon d’humanité .

    M.Doyen

    • L’humanité est en marche, espérons que son avancée deviendra de plus en plus significative.
      Le fond du problème, vous l’avez bien compris, est l’incidence que peut avoir la réouverture d’une enquête sur les nouveaux faits mis à jour et les responsabilités corrélatives.
      Pour l’heure, l’enquête doit être réouverte parce qu’elle contient un certain nombres de faits inexpliqués et de témoins oubliés. Et parce qu’un grand nombre de citoyens le demandent, aux Etats-Unis et dans le monde entier. Pour la démocratie américaine elle doit être reprise. Pour les citoyens du monde également, tant ce qui a été construit et développé, sur la base des attentats du 11 septembre 2001, par les autorités américaines a changé la vie de millions de gens sur la planète.

 
 
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