Palestine 2009 : Que restet-il de l’héritage symbolique de Yasser Arafat ?

« On pense parfois que la guerre menée par l’armée israélienne contre le peuple palestinien est compliquée et sans solution. Ce n’est pas vrai. Dans cette guerre, il y a un occupant et un occupé. (...) Tout a commencé avec un mensonge historique : la Palestine n’était pas « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Un peuple vivait là et il n’est pas parti de son plein gré. Il a été expulsé en 1948 et c’est aujourd’hui en grande partie un peuple de réfugiés. »

Pierre Stambul (Site de l’UJFP/ Site Altermonde -le village)

Il y a cinq ans disparaissait un des hommes qui a marqué la cause des opprimés. A sa façon, Arafat a incarné la résistance, la diplomatie, la tempérance et le refus du fait accompli. Comme De Gaulle qui a refusé l’ordre hitlérien, il a refusé l’ordre israélien. Pendant plus d’un demi- siècle, il lutta avec toutes les armes possibles. Comme Che Guevara, il a pris les armes. Son keffieh, symbole de l’identité palestinienne, est passé à la postérité, le porter est un signe de reconnaissance de cette cause.

Petit rappel : qui est Arafat ? Yasser Arafat, est né le 24 août 1929 dans la ville du Caire et décédé le 11 novembre 2004 à Clamart en France, de son vrai nom Mohamed Abdel Raouf Arafat al-Qudwa al-Husseini, dirigeant du Fatah puis également de l’Organisation de libération de la Palestine. À partir de 2001, après l’échec du sommet de Taba et le déclenchement de la Seconde Intifada, il perd progressivement de son crédit auprès d’une partie de son peuple qui lui reproche la corruption de son Autorité. Il se retrouve isolé sur la scène internationale tandis que les Israéliens élisent Ariel Sharon au poste de Premier ministre de l’État d’Israël, amenant un durcissement de la position israélienne vis-à-vis du dirigeant palestinien contraint à ne plus quitter Ramallah. Cet isolement n’est rompu qu’à la veille de sa mort, quand il est emmené d’urgence à Clamart, en région parisienne, où il décède en 2004.

La guerre des Six-Jours change la donne géopolitique au Proche-Orient et constitue le véritable point de départ de la « carrière » de Yasser Arafat. Le 17 juillet 1968, la charte de l’OLP est modifiée avec l’ajout de 7 nouveaux articles suite à la guerre de 1967 et devient la Charte nationale palestinienne, adoptée au Caire qui déclare le territoire de la Palestine mandataire comme « indivisible » et comme la « patrie du peuple arabe palestinien ». Cette charte est considérée par les Israéliens comme une véritable déclaration de guerre, car elle définit le but de l’organisation dans l’anéantissement de l’État d’Israël par la lutte armée en lui niant toute légitimité d’existence. En septembre 1970, chassé de Jordanie par les troupes du roi Hussein de Jordanie, Arafat s’établit au Liban. L’armée libanaise tente en 1969 de reprendre le contrôle des camps, mais elle est trop faible. Le sommet arabe organisé à Alger en novembre 1973 admet implicitement l’idée d’une démarche progressive vis-à-vis d’Israël, en évoquant la libération prioritaire des territoires occupés en 1967. Le 14 mai, l’ONU reconnaît l’OLP par 105 voix contre 4 comme représentant du peuple palestinien. Le 13 novembre 1974, Yasser Arafat fait un discours devant l’Assemblée générale des Nations unies. Il y défend l’idée d’un État unique démocratique où vivraient chrétiens, juifs et musulmans.(1)

En 1982, en pleine guerre du Liban, Arafat échappe à la mort en quittant de justesse un immeuble réduit à terre par une bombe israélienne. Il est forcé de quitter Beyrouth, assiégée par l’armée israélienne, le 30 août 1982, à bord d’un navire vers la Grèce puis la Tunisie, ce qui désorganise, en partie ses rentrées financières. Un an après, Arafat revient à Tripoli au Liban. Dès le mois de septembre, les partisans de Arafat sont repoussés par des dissidents de l’OLP. Arafat et 4000 de ses partisans quittent Tripoli sur des bâtiments grecs protégés par la marine française. Il installe son quartier général à Tunis. Arafat évite la mort le 1er octobre 1985 lorsqu’un avion de chasse israélien F-15 bombarde le siège de l’OLP à Tunis où devait se tenir un meeting entre les dirigeants du mouvement, meeting auquel Arafat arrive en retard.(1)

En 1988, la première Intifada, ou « révolte des pierres », éclate en Cisjordanie et sur la Bande de Ghaza. Le 13 décembre 1988, devant l’Assemblée générale des Nations unies à Genève, Arafat en appelle à une résolution pacifique du conflit israélo-arabe sur base des résolutions 181, 242 et 338 et rappelle le rejet par le Conseil national palestinien et par l’OLP de toute forme de terrorisme. Le 13 septembre 1993, la Déclaration de Principes dite « Accords d’Oslo », est signée à la Maison-Blanche sous l’égide du président Bill Clinton. Le monde entier retient la poignée de main historique échangée entre le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. L’accord dit « Oslo II », conclu en septembre 1995, permet la tenue d’élections générales en janvier 1996. Arafat est élu le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin est assassiné lors d’une assemblée pour la paix à Tel Aviv.(1)

En juillet 2000, le sommet de Camp David entre Yasser Arafat et Ehud Barak évoque la reconnaissance d’un État palestinien. Il achoppe néanmoins sur de nombreux points. La seconde Intifada est initiée en septembre 2000, à la suite de l’échec des discussions israélo-palestiniennes : La visite du parlementaire du Likoud, Ariel Sharon, sur l’Esplanade des mosquées/Mont du Temple est vécue par eux comme une provocation. En février 2001, Ariel Sharon est élu Premier ministre tandis qu’aux États-Unis, George W.Bush est élu président. Ariel Sharon ne cherche pas à poursuivre les négociations avec Yasser Arafat qu’il ne juge pas comme un interlocuteur valable. Les attentats du 11 septembre 2001 précipitent les États-Unis dans la « guerre contre le terrorisme ». Sharon, qui avait juré en 1982 de tuer Arafat, déclare : « Nous aussi avons notre Ben Laden. » Yasser Arafat va passer les dernières années de sa vie enfermé dans la Mouqataâ, son QG de Ramallah, encerclée par les forces israéliennes. L’Union européenne exige de Yasser Arafat une dénonciation catégorique et « en langue arabe » du terrorisme, ce qu’il fait le 16 dé-cembre 2001.(1)

En vertu des réformes exigées par Israël et les États-Unis, Yasser Arafat doit se résigner, en février 2003, à nommer un Premier ministre qui sera Mahmoud Abbas. Un bras de fer oppose rapidement Arafat à son Premier ministre Mahmoud Abbas. Au centre des divergences, la Feuille de route pour la paix et la proposition de Mahmoud Abbas de nommer Mohammed Dahlan au poste de ministre de l’Intérieur. En 2004, Ariel Sharon franchit une étape supplémentaire en déclarant, le 2 avril, que son adversaire n’a « aucune assurance » sur la vie. Le journaliste israélien Uri Dan rapporte, dans son livre Ariel Sharon : entretiens intimes avec Uri Dan, une conversation téléphonique qui se serait alors tenue entre Ariel Sharon et George W.Bush, Sharon informant Bush qu’il ne se sentait plus tenu par la promesse qu’il lui avait faite en mars 2001 de ne pas toucher à la vie d’Arafat. Bush lui aurait répondu qu’il fallait laisser le destin de Arafat entre les mains de Dieu, ce à quoi Sharon avait répondu que parfois, « Dieu a besoin d’une aide ».

En octobre 2004, Arafat se plaint de douleurs à l’estomac et de vomissements. Malgré une première intervention chirurgicale dans son quartier général de la Mouqata’a à Ramallah, en Cisjordanie, le 25 octobre, sa santé continue à se dégrader. Le 29 octobre 2004, gravement malade, Yasser Arafat quitte Ramallah pour rejoindre la Jordanie, d’où il se rend en France, à bord d’un avion médicalisé. Il est hospitalisé dans l’hôpital d’instruction des armées Percy à Clamart. Il décède officiellement à Clamart le 11 novembre 2004, à 3 h 30, heure de Paris.(1)

Amnon Kapeliouk, journaliste qui connaît Arafat, écrit « ...Dans leur article, les journalistes Amos Harel et Avi Isacharoff, soulignent que, pour de nombreux médecins, les symptômes faisaient plutôt penser à un empoisonnement. (...) Le 18 août 2004, j’ai personnellement assisté au discours du président Arafat devant le Conseil législatif palestinien, réuni à la Mouqata’a. Debout, la voix forte, il n’avait pas l’air malade. Le 28 septembre, lors du quatrième anniversaire de l’Intifada Al-Aqsa, je le revois pour la dernière fois. Il me salue avec l’accolade habituelle et prend de mes nouvelles. Tout va bien, al-hamdou li-llah, mais vous, Abou Ammar, vous avez perdu beaucoup de poids en peu de temps. »

« Son visage est amaigri, et il semble flotter dans ses vêtements. « Ce n’est rien », répond-il. Au mois d’octobre, son état de santé se dégrade. le 3 novembre, il sombre soudain dans le coma. Il souffre d’une série de symptômes graves, attribués à une toxine inconnue que les médecins français ne parviennent pas à détecter. Le 11 novembre, le président Yasser Arafat ferme les yeux pour toujours. Médecin des rois hachémites, le Jordanien Ashraf Al-Kourdi suivait également Abou Ammar, dont il connaissait par coeur le dossier médical. Lui aussi, peu après le décès de son patient, déclara percevoir des indices d’empoisonnement. (...) Douleurs dans les reins et l’estomac, absence totale d’appétit, diminution des plaquettes, perte de poids considérable, taches rouges sur le visage, peau jaune : « N’importe quel médecin vous dira qu’il s’agit là de symptômes d’empoisonnement (2). » »

Pour l’histoire, Arafat a failli être empoisonné par ses propres « frères palestiniens ». Kaddoumi accuse Mahmoud Abbas et Mohamed Dahlane d’avoir voulu tuer Arafat. Leïla Mazboudi écrit : Ayant accusé Abou Mazen et son ancien chef de la police préventive, Mohammad Dahlane, de faire partie du complot israélien pour tuer Arafat et d’autres dirigeants palestiniens, à la base d’un texte que lui aurait envoyé le leader défunt en personne, le chef du département politique de l’OLP compte révéler encore plus d’indices pour étayer ses accusations. Celui-ci détient des enregistrements vocaux du défunt Arafat, durant le blocus imposé par Israël au siège de l’Autorité palestinienne dans la Moukataâ, et précisément lorsqu’il a évincé Abbas qui était alors Premier ministre. (..).(3)

Que reste-t-il de son héritage ? Depuis la mort de Yasser Arafat, son ancien Premier ministre, Mahmoud Abbas, est devenu son successeur à la tête de l’OLP et de l’Autorité palestinienne. Il faut ajouter à ce bref rappel la naissance du Hamas. Une grande partie du monde connaît superficiellement l’histoire du Hamas telle qu’elle est présentée par les médias occidentaux, l’histoire des kamikazes, les résultats d’élections, le déni de ce vote démocratique par les gouvernements occidentaux et plus récemment, la prise de pouvoir du Hamas sur le dysfonctionnement gouvernemental de la Bande de Ghaza. Le Fatah est directement associé aux échecs de l’Autorité palestinienne. Avec la reprise de la seconde Intifada en septem-bre 2000, le Fatah recule et c’est le Hamas qui en tire profit. Ainsi, depuis la mort de Yasser Arafat et le lancement de la démocratisation des territoires occupés, le Hamas devient un adversaire sérieux du Fatah. Le Hamas gagne les élections législatives palestiniennes de 2006 et pour la première fois, le Fatah perd le pouvoir. Si on ajoute à cela l’exaspération causée par la corruption au sein de l’Autorité palestinienne (principalement le Fatah), on comprend la prise en main manu militari de la Bande de Ghaza par le Hamas. Après la boucherie de décembre- janvier à Ghaza et qui a fait 1400 morts- Israël refuse de reconnaître le rapport Goldstone sur sa responsabilité. Rien, écrit René Naba, absolument rien, ne sera épargné à celui que l’on a surnommé parfois, à juste titre, « le plus célèbre rescapé politique de l’époque contemporaine », et ce prix Nobel de la Paix, un des rares arabes à se voir attribuer un tel titre, boira la coupe jusqu’à la lie. Le chef palestinien décédera pourtant le 11 novembre 2004, sans n’avoir cédé rien sur rien, sur aucun des droits fondamentaux de son peuple, pas plus sur le droit de disposer de Jérusalem comme capitale que sur le droit de retour de son peuple dans sa patrie d’origine. (...) »(4)

« De tous les grands pays arabes, seule l’Algérie accordera un soutien sans faille à la guérilla palestinienne, « Zaliman kana aw Mazloum », oppresseur qu’il soit ou opprimé, selon l’expression du président Boumediene. L’Egypte fait la paix avec Israël et l’Amérique se lie par la clause Kissinger, qui subordonne tout contact avec l’OLP à des conditions équivalant, selon les Palestiniens, à une capitulation sans condition. (...) 2003, l’invasion américaine de l’Irak offre à Ariel Sharon l’occasion de confiner Yasser Arafat dans sa résidence administrative, avec la complicité honteusement passive des pays occidentaux.(4)

« Sa stature sans commune mesure avec celle de son terne successeur, Mahmoud Abbas, un bureaucrate affairiste sans envergure et sans charisme, hante encore la conscience occidentale, cinq ans après sa mort. L’implosion politique de Mahmoud Abbas, le 5 novembre 2009, à six jours de la commémoration du décès de Yasser Arafat, justifie a posteriori le scepticisme du chef historique des Palestiniens à l’égard des pays occidentaux et porte condamnation de la complaisance de son successeur à l’égard de la duplicité occidentale, en même temps qu’elle révèle la servilité de la diplomatie américaine et de son chef, Hillary Clinton, secrétaire d’Etat, à l’égard d’Israël. Carbonisé par ses atermoiements dans l’affaire du rapport Goldstone sur Ghaza et par la rebuffade américaine à propos des colonies de peuplement, sa renonciation à une nouvelle mandature présidentielle apparaît d’autant plus cruellement pathétique qu’elle a coincidé avec une cinglante leçon de courage que lui ont assénée de jeunes Palestiniens et des pacifistes israéliens en opérant, non sans risque, une percée dans le mur d’apartheid à l’occasion de la commémoration du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, une action qui a retenti comme un camouflet à Mahmoud Abbas et à Israël, un défi à la léthargie des instances internationales, un cadeau posthume à Yasser Arafat, initiateur de la lutte armée palestinienne. »(4)

Faute d’ailleurs d’avoir préparé sa succession, la Palestine se retrouve plus que jamais orpheline, Celui que ses concitoyens considèrent comme un second Moïse n’est pas entré dans la Terre pro-mise. Qui redonnera la Terre à ces Palestiniens qui acceptent moins de 22% de la Palestine originelle ? L’espoir placé en l’Amérique d’Obama a été vite balayé par la réalité. Il n’y aura pas d’arrêt de colonisation, Israël continuera à expulser les citoyens de leurs habitations. Ainsi va le monde...

1.Yasser Arafat : Encyclopédie Wikipédia

2.Amnon Kapeliouk : Yasser Arafat a-t-il été assassiné ? Le Monde Diplomatique - Novembre 2005

3.Leïla Mazboudi : Kaddoumi va divulguer les enregistrements. Al-Manar- 24 juillet 2009

4.René Naba : Yasser Arafat, Mister Palestine for ever. 07/11/2009

Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


 
 
 
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