L’histoire fable convenue 2

Give me back the Berlin wall
Give me Stalin and St. Paul
I’v seen the future, brother : It is murder

(The Future by Leonard Cohen)

Le lecteur non préparé trouvera sans doute ces mots inacceptables. Comment ?... regretter la disparition d’un tyran responsable de tant de tragédies, même si elles ne sont pas encore toutes établies ; d’un psychopathe responsable des procès de Moscou, de la mortelle dékoulakisation des années trente, de l’envoi de centaine de milliers d’homme et de femmes dans les camps de travail ; d’un pseudo généralissime qui ne fut pas loin de provoquer la défaite de son pays contre les nazis pendant cette horrible guerre qui engendra jusqu’à 30 millions de morts d’après l’estimation des nouveaux historiens allemands ; d’un piètre politicien qui ne sut pas faire en 1948 de la Tchécoslovaquie une vitrine pour le régime, qui bloqua Berlin, qui… etc. Qui pourrait entendre ce regret du Mur et de Staline sans rugir ? Personne. Et pourtant...

L’histoire n’est pas une chose qui relève du sentiment des hommes, une chose qui relève des appréciations que les hommes ont porté sur elle quand elle se faisait ou après qu’elle se soit faite pour, évidemment, essayer d’en deviner l’improbable futur. L’histoire se moque des sentiments des hommes, des pensées des hommes et des corps des hommes. Au choix, elle est une ogresse ou une fée mais pas une intelligence ou une force humaines. C’est ce que Marx essayait de saisir lorsqu’il lui attribuait des lois comme on en donnait alors aux liquides ou au gaz. Il comprenait l’impuissance des hommes, il voyait bien que plus ils s’agitaient pour ceci ou pour cela, plus ils atteignaient le contraire de ce qu’ils voulaient. Sinon le contraire tout de suite, du moins le contraire assez vite. C’était le fameux effet pervers, le retour de bâton.

Prenons des exemples. La royauté française à la fin du XVIIIe siècle était usée, fatiguée. La noblesse qui la soutenait, la soutenait comme la corde le pendu. Nombreux étaient les nobles qui se sentaient fils des Lumières, qui souhaitaient sincèrement l’abolition des privilèges, du moins les plus criants. Quand le mécanisme révolutionnaire s’enclencha, comme tout mécanisme il fut pris d’inertie, conserva une vitesse acquise que personne ne put ou ne sut ralentir. On tua le roi. Son propre frère vota sa mort. Il eut mieux valu amoindrir son rôle, le tempérer avec des organes de contrôle, établir ce qu’on appelle une monarchie tempérée ou parlementaire. On ne le fit pas. Que vit-on ensuite ? On vit surgir un nouveau roi plus néfaste que le premier, mais dans l’excès inverse : Napoléon. Il conduisit la France, parait-il, à une certaine grandeur. Pour le prouver on met en avant le code napoléon, les lycées, l’école polytechnique, etc. Vu de plus haut et de plus loin, la plupart des historiens pensent qu’il fit tout empirer et que sans Talleyrand -ce serpent opportuniste, pour employer un langage qu’aurait apprécié Staline-, au congrès de Vienne en 1815 la France eût tout perdu de sa grandeur parmi les nations européennes, grandeur que la folie corse avait réduite à néant. Joseph de Maistre, philosophe catholique de l’histoire, estimait que la Révolution avait été conduite par le diable en personne. Dans une Europe dévastée par ses soldats, notre Napoléon était appelé le "Robespierre à cheval". Pour le pape il était l’anti-christ.

Une monarchie tempérée eut sans doute évité à la France les extrêmes. Extrêmes qui ont produit le régime présidentiel dans lequel un Sarko talonnettes plastronne sans être inquiété, joue après Mitterrand, Giscard, Pompidou et de Gaulle, à "Napoléon le petit". La France, les Français, aiment les rois qu’ils soient de sang bleu ou de sang bistre. Les Russes ont aimé leur petit père des peuples, leur Staline, les Allemands adorèrent Bismarck et s’agenouillèrent devant Hitler. Le peuple, quoi qu’il en dise, et quel que soit le nom qu’on lui donne -les masses, les citoyens, le petit peuple, ceux d’en bas-, aime être dirigé par une personne à poigne et admet que pour une bonne omelette il faut casser des œufs. Il accepte la démocratie tout en la décriant. Sa philosophie politique navigue entre le cause toujours quand les vaches sont grasses et le ferme ta gueule, quand elles sont maigres. Et il choisit très vite le ferme ta gueule pour des raisons d’efficacité même et surtout si c’est la sienne qu’on ferme. Il est un peu maso. Voilà comment Sarko a été élu et voilà comment les sarkos du futur le seront. Louis XVI est mort parce qu’il fut trop mou et mené par le bout du nez par son autrichienne de femme. Aujourd’hui, il serait un père de la nation, président du Sénat, et poserait avec madame Royale sur Paris Match. Un autre exemple. La conquête de l’Algérie et ses séquelles actuelles que tous les pouvoirs se sont bien gardé de soigner. Une banlieue avec des Arabes, un lieu du ban, un endroit banni, c’est bon pour faire peur au peuple comme aux bourgeois et pour favoriser la trique. Si les banlieues n’avaient pas existé toute la classe politique les aurait inventées, ne serait-ce que pour blablater dessus à l’infini et se nourrir des troubles qu’elles engendrent. En 1830, le prolétariat proliféra. Ils pensent qu’à ça les prolos, c’est connu, il se montent dessus à longueur de temps. (Voyez en Palestine, ils font des gosses par pur antisémitisme). D’un autre côté, les besoins et les ambitions du capitalisme naissant, trouvèrent en ce pays un eldorado sur lequel colon et administrateur régnèrent cent trente ans. Le burnous sua, les matières premières traversèrent la mer et la bombe fit boum à Reggane. Puis, comme on pouvait pas donner la nationalité française à tous ces bougnoules, on rentra chez soi. Des haines naquirent, des rancoeurs apparurent. Pour que les Pieds Noirs se sentent pas trop dépaysés, on invita le bougnoule qu’on avait exploité chez lui, généreusement, à venir nettoyer les chiottes chez nous. Pas rancunier, il nous prit au mot. Pour éviter les MST, Giscard fit venir sa mousmé. On en a maintenant plus de cinq millions et dans certains quartiers on préfèrerait avoir des jeunes filles russes pour voisin. C’est le Retour de l’histoire. Elle rigole en douce l’Histoire même si c’est pas marrant pour les gens concernés. Elle se fout de notre gueule l’Histoire, non parce qu’elle est un mécanisme déshumanisé, mais parce que les hommes n’ont pas été à la hauteur de l’Histoire, de leur histoire. Ils n’ont pas su la guider l’histoire comme aujourd’hui les politiques n’ont pas su guider les Madoff et autres aigrefins. Au contraire, ils les ont encouragés. Ensuite, ils les sacrifient pour faire croire au bon peuple qu’il y a une justice. La France a donc ses bougnoules et ses charmantes new muslims voilées, qui d’ailleurs nous changent un peu du string dans la raie de nos demoiselles "blanches", qu’elles soient de la banlieue ou des beaux quartiers. A bien y réfléchir le voile est un progrès à condition que les meufs se mettent pas dans la tête de remplacer les sacs Balmain par les Sacs Burqua. Un visage enveloppé d’un foulard blanc c’est beau, une absence de visage sous du noir ça inquiète le citoyen. Bref, comme dit Hortefeux, un ça va mais beaucoup ça craint. C’est craignos même, mais c’est pas un charter par ci par là qui résoudra le problème. Pour le coup il faudrait des trains et des ferry à Gibraltar. On les a baisés de 1830 à 1962, ils nous baisent pour un temps indéfini et si en Arabie saoudite on peut pas construire des églises, chez nous on construit des mosquées. Le malheur c’est qu’elles sont pas si belles que Sainte Sophie à Istanbul.

Où est l’Histoire dans tout ça me direz-vous ? Je l’ai déjà dit : l’histoire c’est l’incapacité des hommes à faire l’Histoire, à relever les défis de l’Histoire et c’est dans cette incapacité que se loge le monstre devenu histoire quand l’Histoire n’est pas faite par les hommes, que les hommes laissent à l’histoire rouler sa mécanique. Elle devient alors une Loi, un engrenage produisant de la mort, la mort des hommes qui ne furent pas assez Historiens. Le petit malin me dira : Ah oui, c’est facile de refaire l’histoire, mais si elle s’est faite comme ça c’est qu’elle pouvait pas se faire autrement ! C’est pas faux, c’est même assez juste. Qu’aurait pu être 1917 sans Lénine et l’Urss sans Staline ? Pouvait-on imaginer qu’un pays presque encore esclavagiste deviennent en deux générations un modèle d’humanisme ? Qu’un pays accoutumé au travail forcé n’ait pas recours aux "zeks" à une grande échelle pour construire un empire et en faire la deuxième puissance au monde ? Staline était fou ? Oui, sans doute mais un Gorbatchev aurait-il construit le "socialisme" ? Reagan était un idiot patenté, mais quel président aurait pu se laisser le mieux manipuler par le complexe militaro-industriel et ruiner l’épargne populaire au profit de Wall street, sinon un histrion ? On cherche vraiment dans l’histoire les grands hommes qui le furent vraiment, c’est-à-dire ceux qui firent l’histoire au lieu de se laisser faire par elle. Lincoln, parait-il, en fut. De Gaulle dit-on aussi, et c’est vrai que si on le compare à un ballamou ou à un sarkö, on n’a pas de mal à lui tresser une couronne. Staline fut un piètre général disiez-vous, oui, mais si les lignes allemandes ne s’étaient pas étirées jusqu’à Moscou et Stalingrad, croyez-vous que la Russie eut vaincu les Boches ? On a pu calculer qu’au plus fort de l’offensive il eut fallu plus de deux cent trains par jour pour alimenter l’armée allemande en matériel et en munitions. Combien y en eut-il dans la réalité ? C’est d’avoir attiré les Allemands si loin de leurs bases qui permit aux Russes de vaincre, donc… ce fut une haute stratégie de se laisser enfoncer au juin 1941, de laisser les Allemands croire qu’ils allaient manger la Russie toute crue et paf !... comme pour Napoléon en 1812, l’ours russe à mangé l’horrible loup. Mais cela fut-il voulu par Staline ? C’est là toute la question, et elle est loin d’être résolue ! D’autres stratégies eussent été certainement possibles. Lesquelles ? L’histoire ne retient que ce qui s’est fait, et donc, presque toujours, ce qui s’est mal fait... par défaut d’esprit historien !

J’ai raconté dans une autre article intitulé "Les non dits de la seconde guerre mondiale" combien le débarquement fut un pari, combien l’échec était redouté, voire considéré comme inéluctable. Il faut comprendre qu’il fut un coup de pub des Usa. Churchill voulait attaquer par les Alpes puisque l’Italie était libérée mais l’Américain lui a dit : Niet Winston, ça sera par la mer ? Pourquoi donc Roosevelt ? Parce que nous être grande puissance maritime ! Winston se tint coi dans son coin. Il ne pigeait pas cet obèse à cigare qu’il fallait débarquer le plus loin possible pour laisser le Russko s’épuiser en Europe, pour laisser une chance au Reich de capituler avant l’effondrement total, pour laisser croître la menace communiste et ensuite se présenter en sauveur du monde libre, pour… De fait les Russes ont supporté quasiment seuls le fardeau de la guerre. Pour prendre Berlin, ils ont eu 300 000 tués tandis qu’un peu avant, les Amerlos se prenaient une pâtée en Ardennes à cause de quelques tankistes allemands teigneux et, encore, un peu avant, avaient eu quelques des noyés à Omaha. Il fallait que les barges américaines servent à quelque chose non ? Que le savoir faire acquis dans le Pacifique se montre dans l’Atlantique, isnt’ it ? Pearl Harbour voulait Omaha.

Question : Si les alliés avaient pris Berlin, est-ce qu’on aurait eu toutes les emmerdes qu’on a eu ensuite ? Est-ce que les francs maçons de l’est se seraient lancés dans la maçonnerie sur 200 kilomètres ? C’est donc bien l’incurie occidentale, l’absence de sens stratégique occidental, qui fit de l’Europe de l’est un glacis soviétique et pas la méchanceté bolchevique. De plus Hitler avait senti qu’il n’était pas impossible de négocier avec ces Us proches du Klu Klux Klan, c’est pourquoi il leur offrit une plage blanche en Normandie pour leur démonstration. Ce fut un succès. Caen fut rasé, le pays ravagé par les bombes américaines ; il put ainsi être reconstruit à neuf. Imaginez qu’Hitler ne se soit pas suicidé par dépit amoureux, Adenauer l’eût sans doute embauché dans son gouvernement à la place de cet incapable de Franz Josef Strauss. Le procès bidon de Nuremberg n’aurait pas non plus eu lieu. Quelle idée ! faire un procès à la guerre ? aux guerriers ? aux criminels de guerre ? Vous voyez autre chose vous que des criminels pendant une guerre où à peu près tout est permis comme par exemple à Gaza cet hiver, en Afghanistan cet été, ou en Irak l’automne dernier, ou au Vietnam il y a trente cinq ans. Vous avez entendu parler d’un procès de Saïgon où furent jugé les affreux qui produisirent et répandirent des poisons sur les forêts du Vietnam, poisons qui font encore des enfants difformes. Faudra-t-il ressusciter Hitler pour qu’il les passe au four ces petits monstres ? Les poudres de ces messieurs qui saupoudrèrent les forêts et les hommes dedans, c’était moins criminel que le Zyklon B ? Les dommages causés au Vietnam, au Cambodge et au Laos vaudraient à eux seul dix mille twin towers ! Mais chut !... nous sommes tous américains comme disait un autre Corse en 2001. Il avait pas tort, nous sommes complices de l’imbécillité étasunienne, ce splendide Way of Death.

J’exagère ? Eh oui, parfois on se laisse emporter. Voyez : l’autre semaine je m’en suis pris à la Merkel. Un lecteur attentif m’a dit qu’il ne fallait pas insulter. Il avait raison. Rions donc avec François Morel, ce preux journaliste de France Inter qui nous conte ce matin, 19.11, une histoire de parapluie. A Berlin pour l’anniversaire de la chute murale, il pleuvait. Feldgrau saxon, grisaille thuringienne, morne plaine souabe… Merkli tenait son parapluie elle-même. Cossard Talonnettes par contre, se le faisait tenir par un con. Oui, vous avec bien lu, le journaliste a dit un con. Toute la différence entre l’Allemande réformée et le Français juif catho est dans "qui tient quoi". Une le tien, l’autre se le fait tenir. Un tien vaut mieux que deux tuloras. Je propose que dans cent ans on mette la photo du couple sur le drapeau européen, ça aurait une autre allure que le compas et le marteau de la Stasi, non ? ça humaniserait le Reich Europe des vingt sept pour Mille Ans…

Stalin or St. Paul / Would you like to see the future, brother ? Have a glance in the History ? Look, murder is waiting you ! Cosette


 
 
 
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