L’intervention de Jean Marie Nomertin au meting du LKP

La transcription de l’intervention du secrétaire général de la CGTG lors du meeting improvisé au soir de la première journée de mobilisation du LKP.

Byen bonswa,

Ce meeting n’était pas prévu : nous avons pris la décision à 11H00. Nous tenions à ce meeting pour faire le bilan de cette journée. Faute nous ne saurons pas quoi faire demain…

C’est vrai qu’il n’y a pas eu de grève générale totale. Mais qu’ils le veuillent ou non, il y a eu une grève générale en Guadeloupe ce mardi 24 novembre.

Et nous pouvons être satisfaits de cette journée, malgré la pression qu’ils ont exercé sur certains, malgré la présence des manblos (forces de répression) : nous pouvons quand même être fiers de nous, fiers de notre mobilisation.

Et cela, nous le disons avec force, car nous ne croyons pas que dans quelque autre pays, où les travailleurs lutteraient depuis le 20 janvier, où les grèves dureraient autant, il y aurait une telle mobilisation. Et notons qu’ils ont oublié une chose : de donner les statistiques comme ils savent si souvent le faire. Parce qu’ils savaient que celles-ci leur seraient défavorables.

Nous avons à être fiers de nous, mais aussi à convaincre les autres pour que demain nous soyons plus nombreux ; car c’est l’avenir qui se joue.

[…]

Donc, camarades, on ne fait pas grève par plaisir, mais la grève est nécessaire. Car nous avons en face des forces qui nous ont déclaré la guerre. Contrairement à eux, nous n’avons pas d’armes : militairement nous ne les gagnerons pas. Mais notre force c’est de leur répondre coup pour coup à partir de la force que nous représentons dans les entreprises. C’est-à-dire notre capacité à bloquer et à paralyser un pays.

Nous avons déjà fait la démonstration que nous pouvons le faire. Il nous faudra le faire encore plus dans les jours et mois à venir. Parce que c’est la seule façon de les battre : par la mobilisation et la grève totale. Nous disons que nous leur avons donné deux rendez-vous. Nous avons aujourd’hui franchi un palier, et demain nous nous devons de franchir le second.

Et là, je dois dire deux mots sur la déclaration de Willy ANGELE [président du MEDEF Guadeloupe] affirmant que les Tours Opérateurs avaient annulé des séjours vers la Guadeloupe en raison des deux jours de grève. Mais posons-lui la question de savoir où ces touristes pouvaient bien loger puisque tous les hôtels de Guadeloupe sont remplis de manblos. C’est cela la vérité : il manque des places aujourd’hui dans les hôtels, car ceux-ci sont occupés par les manbos ! Il est donc normal qu’ils aient annulé ces vols de touristes, car l’Etat développe une nouvelle forme de tourisme : des touristes munis de fusils FAMAS et de matraques pour mater les nègres ! Et là, nous disons que nous n’avons peur de quiconque ; même si le préfet a fait sa grande déclaration [ma mission première est d’assurer l’ordre public].

Au LKP nous avons franchi un palier : nous avons pris l’engagement et le serment de lutter ; mais de lutter pour aller jusqu’à la victoire. Nou pa pati pou jouwé. Il est important de comprendre les raisons pour lesquelles nous disons cela.

Nous avons tiré les leçons de toutes les luttes menées. Les leçons de la grève de 1910, lorsque des Guadeloupéens ont été fusillé. Les leçons de la grève de février 1952, lorsque des travailleurs ont été assassinés. Et celles de Mai 1967

Aujourd’hui, deux camarades ont perdu la vie lors de la grève du LKP : Jacques BINO et Steeven FISTON. Deux camarades qui ont perdu la vie et c’est eux qui nous donnent la force de continuer la lutte. Et pas de camarades en prison.

Parce que sur la planète, au moment où nous mettions en place le LKP, sans même savoir alors que ce mouvement prendrait ce nom, il y avait des révoltes notamment en Egypte, en Haïti, au Bangladesh… contre la famine. Et durant notre grève, il ya a eu des révoltes à Madagascar, en Thaïlande, et un début de révolte en Guinée, là où le dénommé CAMARA commet des massacres.

Et c’est cela notre force : nous l’avons démontré ce matin. Nous ne sommes pas tombés dans leur piège…

Alors s’il nous fallait faire une comparaison : tout le monde parle aujourd’hui de la future Coupe du Monde de football en Afrique du Sud… Mais si les gouvernements de L’ANC ne s’étaient pas battus contre un gouvernement cynique, contre un pouvoir cynique. Un gouvernement soutenu par des grandes puissances,…, il n’y aurait pas de coupe du monde aujourd’hui ! Si les camarades de L’ANC (sans même parler de Mandela qui était emprisonné), si les milliers de jeunes qui ont perdu la vie, si les milliers de travailleurs qui ont laissé la vie dans les ghettos de Soweto, y compris aussi dans les combats inter-ethniques (car il y avait aussi des pro afrikaners au sein des différentes ethnies), s’ils s’étaient arrêtés en chemin… : Aujourd’hui, il n’y aurait pas de coupe du monde en Afrique du Sud.

Et donc, camarades, nous sommes sur la même lignée. Si nous voulons en finir avec la pwofitasyon, nous ne devons pas cesser de lutter et nous devons aller de l’avant !

Et c’est pour cela que nous disons camarades, que nous n’avons pas le choix si nous voulons que les choses changent. Elie [Domota] me disait à l’instant que RCI [Radio Caraïbes International] l’avait appelé pour l’informer que LUREL [président du Conseil régional de Guadeloupe] avait publié un communiqué affirmant que c’est grâce à son intervention que le Sénat était revenu sur la décision initiale de l’Etat minorant le revenu supplémentaire temporaire d’activité (RSTA) de la prime pour l’emploi (PPE).[1]

Nous rappelons - internet sert aussi à cela – que dès début mars, nous avons affirmé que le RSTA est une conquête de la lutte, et ne figurait pas au programme du gouvernement. Et l’article 6 du protocole de l’accord Jacques BINO, distingue le RSTA du RSA. Mais nous avons aussi affirmé que la prime pour l’emploi à verser durant ces trois années [durant lesquelles l’Etat prendrait en charge 100 euros d’augmentation de salaires] ne serait pas prise en compte, ne serait pas supprimée du fait du gain des 200 euros d’augmentation des salaires. Alors, de grâce, Monsieur, LUREL, ne revendiquez que ce que vous avez fait. Et comme vous n’avez pas fait grand chose, ne revendiquez pas la victoire du LKP : Sé tannou… Apa taw !

Camarades, nous devons donc continuer la lutte ! Petit à petit, maille après maille, nous gagnons ! Et nous allons encore gagner sur les contrats aidés demain à 17H00 à la préfecture [réunion du LKP avec la mission interministérielle sur les contrats aidés dépêchée en Guadeloupe] !

Ansanm nou ké lité, Ansanm nou ké gannyé !

A demain !

Jean-Marie Nomertin,
Meeting LKP
Pointe à Pitre le mardi 24 novembre 2009


 
 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes