"La rencontre amoureuse" ou comment "fabriquer" son couple

Tomber amoureux...

Le coup de foudre... des « regards, -des- émotions, -du- plaisir, -de la- douceur... ». Un ensemble de « mises en place actives de représentations, de sensations, d’émotions très vite relayées par des actes et des échanges »... Les premiers instants de l’amour... Un mélange de magie, d’alchimie, de « charme »....

L’amour... L’affaire d’un « Décalage ». L’histoire d’une « création » et d’une inventivité qui se nourrit constamment d’imagination. Le tout formant un microcosme amoureux crée dans l’immédiat par les deux amants, à l’image d’un monde fait d’ « images », de « représentations », « de sujets de conversation », d’ « échanges, de croyances, d’idées ». Un petit univers fait d’émotions, de plaisir, de douceur dont le couple reconnaît d’emblée la présence -et qu’il voudra- amplifier et enrichir , écrit Quentin Debray, spécialiste de la psychologie cognitive et comportementale dans sa récente étude sur la psychologie de la rencontre amoureuse. Un livre documenté de 207 pages, structuré en quatre parties à travers lequel l’auteur s’attache à étudier le microcosme amoureux, ses avantages, ses inconvénients, ses crises, son cheminement tout au long de la vie du couple en se basant sur des enquêtes, des travaux récents et sur l’expérience qu’il a accumulé dans le cadre de sa pratique professionnelle.

Le microcosme amoureux se forme selon le principe d’homogamie...

Selon Q. Debray, le microcosme amoureux se forme selon un ensemble d’éléments dont la fonction est de permettre la communication entre les membres du couple et d’assurer sa continuité voire sa pérennité.

Ainsi, le choix du conjoint, du concubin, de l’amant, du copain s’opère selon le phénomène d’homogamie dans différents domaines. Et à l’auteur de préciser que d’une manière générale, les couples s’unissent sur la base de caractéristiques, de valeurs et de croyances communes, en l’occurrence l’âge, la religion, le capital économique, social, le statut professionnel, les caractéristiques psychologiques, la connivence culturelle, philosophique, artistique... autant d’éléments qui leur permettent de s’organiser, d’échanger des points de vue, et de se positionner dans la société. Et si les couples se constituent sur des bases communes et partagées, il semble important de noter que le choix s’élabore également sur le principe d’acquisition des particularités de l’autre. L’un étant la partie manquante de l’autre. L’un complétant l’autre. Le but étant de s’enrichir réciproquement de manière à constituer un univers complet.

Le microcosme amoureux s’entretient...

Faire couple n’est pas chose aisée. Pour faire vivre le microcosme amoureux, il faut faire preuve « d’invention permanente », le cultiver le nourrir, l’embellir. Bref, l’entretenir. Car comme l’affirme Q. Debray, de nos jours, faire couple ne consiste pas à s’insérer dans une procédure conventionnelle, mais bien à réaliser une oeuvre, et une oeuvre qui souhaite s’accomplir à partir d’un terrain vierge, débarrassé des obligations familiales. C’est pourquoi, à défaut d’habitudes, de coutumes, de morale qui jouaient le rôle de « cohérence invisible", le couple doit jouer un rôle actif dans le processus « d’entretien du microcosme amoureux en endossant le rôle de créateur, de novateur, d’entrepreneur. Au gré de son imagination, ses envies, ses désirs, ses fantasmes...

Comment aider les couples à développer leur relation amoureuse et à renforcer leurs liens ?

Ce livre dont les titres s’annoncent plutôt comme des conseils regorge d’exemples qui pourraient être appréhendés comme des propositions d’aide dans le but de permettre aux couples d’entretenir et d’enrichir leur relation amoureuse. A chaque point, l’auteur adopte une démarche dans laquelle il expose les aspects positifs et négatifs des différents comportements examinés.

Ainsi, de son point de vue, « l’investissement des corps à des fins de beauté et d’épanouissement du couple » contribue au renforcement de la relation. Cependant, le culte du corps risque d’avoir des effets contraires si ce comportement est pratiqué avec excès.

Par ailleurs, la tendresse, cette part délicieuse de la geste amoureuse » qui « s’oppose au désir sexuel de par son effet apaisant, pacificateur et notamment lorsqu’elle est « sincère » joue un rôle important dans le développement du couple. Mais de par son effet « anesthétique », elle est susceptible de devenir source d’ennui et de soumission à la volonté de l’autre notamment lorsque celui qui l’utilise cherche à obtenir le confort et la sécurité qu’il échange contre sa dépendance ».

La sexualité fortifie les couples et renforcent leurs relations. Mais selon Q. Debray, lorsqu’elle est excessive et atypique -elle- brise les couples. Ainsi, le comportement sexuel excessif (l’hypersexualité) et l’addiction sexuelle ainsi que les « perversions » sexuelles qu’elles soient « soft » ou « dures », c’est-à-dire le recours régulier à la pornographie par le biais des livres et des films -ou encore – l’usage du vibromasseur que l’auteur compare « aux impulsions boulimiques ou à la dépendance alcoolique » sont considérées comme étant néfastes car elle détruisent le couple et instaurent des rites obligatoires dans un domaine qui doit rester libre et créatif, explique Q. Debray.

« La clause détotalisation » du couple, c’est-à-dire- son « retrait de la totalité sociale » et ainsi sa rupture avec les contraintes sociales est-il un comportement qui favorise le renforcement des liens du couple et son épanouissement ? Pas tout à fait selon Q. Debray qui soutien l’idée selon laquelle l’isolement du couple engendre de l’ennui, de la routine, de la stérilité car « le couple isolé, sans boussole, se trouve parfois fragile, cantonné dans des habitudes, vulnérables à telle ou telle influence... ». Ainsi, dans ce contexte d’éloignement du monde social et d’isolement, « la République amoureuse » se transforme en « autarcie » engendrant ainsi le « monothéisme amoureux » où les couples sont « laissés libres et sans rivalité », dans un monde clos où le désir, la fusion, la tendresse s’adressent toujours au même personnage sans qu’aucune anxiété ne les pimente.

« Les mésaventures du microcosme amoureux »

Si à ses débuts la relation amoureuse produit des effets charmeurs, fascinants, ensorcelants, dans un monde où il flotte un air de bonheur... -et- un esprit magique..., il se trouve qu’au fur et à mesure de l’écoulement du temps, cet univers enchanteur devient morose, routinier, désagréable voire conflictuel. Et ce sont quelques uns des facteurs qui contribuent à précipiter le microcosme amoureux dans une situation de crise que Q. Debray s’attache à examiner dans cette partie. Ainsi, l’un des points concerne l’amour fusionnel et ses effets néfastes sur la vie du couple. Dans ce type de relation, le « couple bastion » (Kellerhals, 2004) ou encore « le couple étouffoir » (Chaumier, 1999) vit à l’intérieur d’un monde qui prend l’allure « d’une république amoureuse autarcique ». Un univers clos où les deux membres sont solidaires, bien organisés, discrets, indépendants l’un de l’autre, à la recherche réciproque « de stabilité, de sécurité », évitant d’aérer « leur vision du monde ». Cependant, le refuge dans une union salvatrice et compensatoire contribue à appauvrir le microcosme amoureux générant de l’ennui, une perte de goût pour la communication, l’échange et le partage avec le monde extérieur avec le risque d’une « dérive paranoïaque ».

Le second point concerne la question de l’infidélité qui selon l’auteur est causée par l’attraction d’un nouveau microcosme et l’usure de l’ancien qui se caractérise essentiellement par la monotonie et l’usure de la vie conjugale. Ainsi, l’infidélité qui « est affaire de nouveauté » à tous points de vue : renouvellement des sentiments, nouveauté des émotions, des corps, des sensations, des échanges, des représentations suppose la création d’un nouveau microcosme qu’il faudra construire, investir, entretenir...

« Le microcosme comme domaine thérapeutique... »

Que faire lorsque la communication entre les membres du couple devient impossible et que les incompatibilités caractérielles et les troubles de la personnalité intensifient les conflits conjugaux ? Comment répondre aux crises conjugales ? Que faire pour surmonter les difficultés et les souffrances et améliorer la communication et la vie à deux ?

Dans cette partie du livre, l’auteur propose des méthodes de gestion des crises conjugales qui déstabilisent le fonctionnement du microcosme amoureux et ce, en s’appuyant sur des études de thérapeutes conjugaux, de psychologues, cognitivites, comportementaux et d’autres. Ainsi, le lecteur pourra y découvrir une panoplie de principes thérapeutiques conjugaux, de techniques, d’approches et de méthodes psychologiques telles que la méthode de la thérapie conjugale pragmatique (Robert Liberman et Co...) qui est une action expressive et pédagogique dont le but est de favoriser les échanges émotionnels, verbaux et non verbaux ; la technique de l’extinction (Solovey et Mayer (1990-2005) dont l’objectif consiste à demeurer peu réceptif, non violent et neutre dans les moments d’hostilité et de mauvaise humeur de manière à surmonter les attitudes culpabilisantes et méprisantes qui génèrent de la tension et de l’agressivité dans les échanges ; la méthode de l’Intelligence émotionnelle, une approche qui permet de travailler sur les émotions, d’identifier leur source, les comprendre et de les renouveller afin de fortifier le couple et améliorer les rapports conjugaux.

D’une manière générale, ces approches et méthodes poursuivent un objectif commun : aider le couple à surmonter les crises conjugales et faciliter le renouvellement des sentiments, élargir le microcosme amoureux et fainsi avoriser une entente d’ordre spirituel notamment.

Bien que certaines idées de ce livre peuvent paraître dépassées, allant jusqu’à déplaire, il semble pourtant important de préciser que globalement, le contenu est intéressant à plusieurs égards. Grâce à l’expérience professionnelle de l’auteur, la rencontre amoureuse nous permet de nous immerger dans le monde intimiste d’une catégorie sociale bien déterminée, en l’occurrence les middle classes et de saisir de l’intérieur leurs attitudes, leurs comportements ainsi que la nature de leurs crises conjugales nous éclairant ainsi sur les difficultès de faire couple de nos jours. Et en nous nous invitant à sortir de soi pour aller à la rencontre d’autres expériences de vie, de leurs difficultés et malaise, l’auteur nous incite à rentrer dans soi et de nous livrer à une introspection. Car si ce livre nous permet de prendre connaissance des autres, il favorise par dessus tout une attitude de self réflexion remettant en question notre rapport à notre vie intime ainsi que les représentations profondèment ancrées dans nos habitus.

Par ailleurs, au delà des questions liées aux problèmes des couples et des crises conjugales, le livre, dans sa troisième partie notamment, nous livre une panoplie de techniques, de méthodes et d’approches psychologiques qui aideraient à gérer les problèmes, les tensions et les conflits qui surgissent dans la vie quotidienne.

Et pour les lecteurs/trices qui souhaitent poursuivre leur recherche et approfondir leurs connaissance sur le couple et son évolution de nos jours, l’auteur met à leur disposition une bibliographie multidisciplinaire en langue française et anglaise.

Quentin Debray, La rencontre amoureuse, Editions Le Cavalier Bleu, collection « Idées reçues », Août 2009, 18 €.


 
P.S.

 
 
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