A propos du Téléthon 2009

Communiqué du syndicat CGT SNTRS :
CNRS-INRIA, INSERM-IRD, INED-INRETSINRP

Pour les recherches valorisables, l’Etat mobilise des moyens, …

Le gouvernement ne cesse de restructurer l’organisation et le financement de la recherche publique pour mieux l’asservir aux stratégies des industriels et de l’Etat. Le plan stratégique de l’Alliance Nationale des Sciences de la Vie et de la Santé, qui regroupe tous les Etablissements de recherche de ce secteur, et le Comité Stratégique des Industries de Santé, qui s’est tenu à l’Elysée le 26 octobre 2009 avec les 13 dirigeants des majors pharmaceutiques présents en France, prévoient de transférer aux laboratoires publics une grande partie de la Recherche-Développement (R&D) des industries pharmaceutiques.

Pour aider au pillage des laboratoires publics par les industriels, le gouvernement mobilise des moyens conséquents. Sur les 35 milliards € du grand emprunt, 16 milliards seraient affectés directement pour la recherche et la formation (25 milliards d’euros en comptant les aides indirectes). 2 milliards € seraient attribués spécifiquement aux sciences de la vie. De telles sommes constituent des moyens puissants pour contraindre les laboratoires à délaisser la recherche fondamentale pour se consacrer à la valorisation. La dérive de l’Inserm et du CNRS vers la R&D et la recherche clinique va amplifier la politique des créneaux si préjudiciable à l’avancée des connaissances.

Mais pour les recherches à long terme, il recourt à …la charité !

La recherche sur le traitement des maladies génétiques repose essentiellement sur la charité. L’Etat finance peu ces recherches car elles ne sont pas susceptibles de déboucher à court terme sur des traitements qui ne rapportent pas assez de profits pour les grands groupes pharmaceutiques. Le Téléthon finance la recherche sur les maladies génétiques et l’aide au handicap dû à ces maladies.

Le handicap
Le gouvernement se désintéresse du handicap comme le montre sa décision de fermeture fin 2009 du Centre Technique National d’Etude sur le Handicap et les Inadaptations (CTNERHI). Ce centre, crée en 1975, a pour objet permanent d’« éclairer le ministre des affaires sociales sur les besoins des enfants adultes et handicapés ou inadaptés, les méthodes de prévention et d’observation en matière de handicap ou d’inadaptation, l’efficacité des politiques publiques ». A cet effet, le Centre « entreprend ou suscite, soit à la demande du ministre soit à la demande de personnes publiques ou privées, soit à sa propre initiative, toutes les enquêtes ou travaux nécessaires ». Les personnels du centre n’ont aucune information quant à leur devenir !

Le gouvernement s’appuie sur la charité télévisuelle pour compenser la casse du système de santé. Les plus faibles se retrouvent dans une situation de dépendance vis-à-vis des donateurs. Quand on voit le nombre de malades laissés pour compte, de familles abandonnées avec un parent malade, quand on voit l’Etat diminuer l’aide aux personnes dépendantes et fiscaliser les accidentés du travail, l’appel à la générosité publique avec ses bons sentiments ses discours moralisateurs suscite un malaise. Evidement nous avons beaucoup de gratitude et de respect pour les généreux donateurs, mais la charité au 21e siècle ne peut ni compenser ni encore moins se substituer à un système de santé structuré sur la solidarité collective

Les maladies génétiques
Le Téléthon récolte environ 100 millions d’euros par an. Son faible bilan thérapeutique comparé aux espoirs suscités ne plaide pas en faveur d’une recherche structurée par des campagnes médiatiques organisées par des associations de malades ou de parents de malades. La recherche nécessite du temps, de l’humilité, elle ne peut reposer sur l’émotion, le sensationnel. Le Téléthon renforce la politique de créneaux, en ne finançant que des projets finalisés. Or la thérapie génique se heurte à bon nombre de problèmes fondamentaux. Quant aux cellules souches, la recherche fondamentale doit encore progresser pour envisager leur utilisation en thérapie cellulaire. Il est très réducteur de ne concevoir les thérapies des maladies génétiques qu’en terme de thérapies géniques et cellulaires. Face aux espoirs suscités, les organisateurs du Téléthon sont condamnés à surenchérir chaque année afin d’entretenir la machine à récolter les fonds.

L’impérieuse nécessité de la recherche fondamentale

La finalisation à outrance, en ne tenant pas compte de la nécessité de la recherche fondamentale, réduit considérablement les possibilités d’application. Il faut desserrer l’étau de la finalisation qui enserre la recherche publique. Si l’AFM veut réellement contribuer au traitement des maladies génétiques, elle doit financer les recherches fondamentales non finalisées qui contribuent à faire progresser la compréhension des mécanismes inducteurs des pathologies et ne pas se limiter à une vision réductrice de la recherche.

Villejuif, le 1er décembre 2009


 
 
 
Forum lié à cet article