Biographie de Pavel Munch

Quel lien unit réellement Pascal Morin et Munch ?

Pascal Morin, dont le nom ne vous est pas inconnu depuis la publication des Amants américains - au Rouergue, déjà, qui ont vu très tôt en ce jeune professeur de lettres au Lycée Voltaire, de cinéma et de littérature contemporaine à la New York University, à Paris, un possible hussard (il faudra bien qu’un jour Nimier soit vengé !) - Morin, donc, clôt avec son quatrième roman son cycle naturiste qui a successivement abordé les thématiques de l’eau, du feu, de l’air et de la terre. Car ici nous parlerons de glaise, d’un matériau qui permet de modeler, de sculpter les formes et d’abord les corps.

Pavel - qui n’est pas tout de suite Munch, car il n’a pas encore croisé Le Cri - a depuis toujours ce goût pour la terre. Biographe fripon, le narrateur marchera donc sur les traces de son sujet jusqu’à remonter à sa tendre enfance et à subodorer qu’il aimait à se nourrir de la terre, quand sa mère le laissait seul jouer sur une couverture, au fond du jardin, dans un hameau du sud de la France, le temps qu’elle étende sa lessive. Et le jeune Pavel de grandir seul parmi les paysans et une vieille anglaise, pas si excentrique mais totalement libérale, qui sera son premier modèle, son premier nu ...
Puis les rencontres appelant les rencontres, Pavel ira passer l’été au Levant, dans une communauté de naturistes. Entre drogues et soirées arrosées, il restera sobre et constituera une armée de plus de deux cents figurines qui encercleront la propriété.
Beau comme un dieu grec, et attiré par les garçons depuis le collège, il se donnera finalement aux deux sexes pour faire son apprentissage, tout en gardant un penchant pour les hommes. Il les découpe de son œil vif, scrute chaque centimètre pour appréhender dans sa totalité la complexité du corps qu’il tente de rendre dans ses sculptures. Mais d’emblée il se fixe en opposition à la morale, à la technique, à la mode. Il imprime sa force, son audace, sa vision et le succès l’emporte jusqu’à Paris où il finira par se faner devant tant de vacuité et de fats qui ne comprennent rien à rien ... Car il est tout à fait conscient que "les gens s’intéressent davantage au discours sur les œuvres qu’aux œuvres elles-mêmes."

Le narrateur - qui se nomme Morin mais ne semble pas être le même qui a signé le livre, quoique - se lie d’amitié avec cet homme qu’il a croisé par hasard à la conscription puis qu’il a suivi de loin sans jamais rater une seule exposition. Ils partagent la même amertume face à cette société qui se délite. Mais Morin veut pousser Munch dans ses derniers retranchements, qu’il continue son œuvre quoi qu’il lui en coûte ; mais ce dernier n’est pas dupe : "Ça ne t’énerve pas de signer des livres pour des gens qui ne les ont pas lu, de les raconter à des gens qui ne les liront pas ?"
Tout est dit.
Dans ce récit minutieux qui retrace la biographie fictive d’un immense artiste, Pascal Morin fait le bilan - et le procès - du milieu culturel actuel qui ne célèbre une œuvre que parce qu’il parvient à la mercantiliser, à la pervertir sans jamais la comprendre. La logorrhée qui accompagne les grandes manifestations ne sont là que pour noyer le sujet et le spectateur, voire faire mousser le critique qui, bien souvent, n’a rien compris ...
Une œuvre, surtout celle d’un peintre ou d’un sculpteur, doit se (re)sentir, se vivre, provoquer une émotion ; non découler sur un discours de la méthode pour justifier une côte qui n’a d’intérêt que pour l’intermédiaire qui n’aura jamais rien fait de sa vie, sauf de prendre des commissions ...

Salutaire, piquant et léger, ce roman d’une grande sensualité se dévore jusqu’à la dernière ligne dans un jeu de miroirs sans tain qui emporte le lecteur dans un questionnement : oui, quel lien unie réellement Morin et Munch ?


 
P.S.

Pascal Morin, Biographie de Pavel Munch, coll. "la brune", Le Rouergue, août 2009, 156 p. - 15,50 €

 
 
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