Copenhague, le Happy end politique...

En cette fin de semaine où Copenhague avec son sommet onusien sur le réchauffement planétaire a été au centre des baragouins médiatiques de toutes sortes, plusieurs petites perles ne manquent pas d’orner la couronne des rois histrions de l’actualité. Tout d’abord, il ne faut pas en douter, les chefs d’État sont des hommes et femmes de bien qui veulent sauver la planète. La preuve, ces braves, malgré la neige, malgré leur lourde charge, eux qui peinent si dur pour servir leurs peuples en s’enrichissant par banques et comptes interposés, peuvent bien jouer leur rôle au nom des nations qu’ils représentent magistralement en défendant les intérêts de leurs exploiteurs, leurs bourreaux, sacrificateurs autorisés de la planète pour la "croissance économique des États" !

Ainsi, la chose la plus belle qui soit arrivée à Copenhague fut la sublime prestation histrionique de nos chers représentants. Forts de l’appui de la masse informe des individus, citoyens par omission de nos pays, ils ont encore une fois chié une belle parodie d’amour de l’humanité et de la vie leur défense bouffonne de nos droits collectifs à la vie et à un environnement sain. Et, parce que très honorables oracles qu’ils sont de nos misères, nos faiblesses et nos peurs, ils ont pu rassurer ceux de la foule incrédule, qu’ils sont nos protecteurs et qu’ils agissent et veillent à notre avenir planétaire dont le réchauffement du climat est une menace majeure en tant qu’indice de mille déséquilibres de la nature par la faute de l’homme. Ainsi, le simple individu doit se charger de couvrir et de prendre la surexploitation des ressources par les compagnies milliardaires pour la prospérité des Pdg et des grands actionnaires qui jettent leur curée aux politiciens bons orateurs de leur ordre de production et de consommation.

Nous sommes désormais dans le capitalisme écolo, la ploutocratie verte où sous prétexte de protection de l’environnement, sans rien demander de substantiel aux compagnies pétrolières, commerciales énergivores de toutes sortes il faut demander aux individus ordinaire de diminuer le peu de ressources qu’ils consument tout en les extorquant par d’autres taxes ultérieures comme celle que l’on projette sur le carbone sans oublier celles qui sont déjà en train d’être imposées pour redresser l’économie en crise par la faute des banquiers, des financiers, des grands négociants et de leurs complices politiciens après tous les milliards durement acquis des nations qu’on a versés à ces ploutocrates pour leur jouissance privée.

Pour revenir à Copenhague, à n’en pas douter, la chose est belle, le simulacre fascinant, la scène psychédélique. Comme une eschatologie écologique collective qui ne peut que produire la rémission de tous les crimes écologiques des compagnies, vraies maîtresses des états et des politiciens, Obama (puisque lui, le roi de l’occident, l’a exigé) et ses amis ont pu trouver un accord final heureux qui doit renouveler la foi en ses délégués du plus simple individu affublé de pouvoir démocratique par les urnes, travesti de citoyenneté fictive, rêvant de souveraineté à travers « ses politicards représentants » dans un monde rendu marché aux fictions qui masquent les cauchemars !

Le « citoyen » n’est plus qu’un intervenant imaginaire et virtuel désinformé qui croit participer à son destin par la délégation de ses pouvoirs dans la société et l’État, en oubliant que délégation sans outil de contrôle effectif des délégués par les délégants, est toujours synonyme de déperdition et d’aliénation des vrais droits citoyens auxquels les tyrans substituent la mièvrerie et la faraude finauderie du spectacle des sommets politiques pour égayer les individus bernés de citoyenneté factice.

La politique ploutocratique, cette ironie de la citoyenneté asservie par le spectacle et l’information désinformante…

Copenhague est et restera à tout analyste digne de ce nom, un cinoche de niques politiques où les dirigeants du monde fors des dérangeurs du type de Chavez et de Morales, se sont payé la tête des machines anthropomorphes qui se laissent croire encore citoyens malgré tout le mensonge avéré qu’on leur fait gober et qu’ils acceptent voire légitiment au quotidien.

Et parmi les crises à foison de notre temps, disons que peut-être la plus terrible est la crise du sens, symptomatique d’une grave crise d’humanité dans un monde où les êtres déshumanisés, les choses anthropomorphes de nos cités, acquiescent par acte de foi au système délétère et mensonger, à être réduits en amas de réflexes collés à la bêtise de l’ordre économique sans recul réflexif, sans volonté d’action révolutionnaire, comme une « aboulie » autopunitive choisie par lâcheté ! Autopunition qui n’a d’autre nom que l’aliénation, cette pire crise qui soit de la liberté collective et de la citoyenneté au nom de laquelle, les individus appuient leurs prétendus élus qui, pour être leurs élus, ne sont guère choisis par eux et donc ne sauraient représenter leurs intérêts de peuple.

Devant un tel miracle de conformisme, crions vive le happy end hollywoodien de la politique-farce des sommets internationaux !

Vive la complaisance molle des peuples dont l’inertie consensuelle des intelligences et le silence des consciences soumises facilitent l’imposture et l’insulte à l’humanité !

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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1 commentaire
  • Copenhague, le Happy end politique... 21 décembre 2009 14:28, par vieilledame

    superbe article !
    mais j’écoutais une dame savante (je veux dire une chercheuse qui cherche à sauver l’université démocratique) ce matin sur France Culture qui venait de découvrir que, vue la politique d’enlisement de la communication, de la "vérité si je mens", il n’était plus révolutionnaire de dire la vérité, ça ne servait plus à rien, puisque celle-ci était aussitôt triturée et régurgitée complètement détournée et falsifiée, mais avec des apparences à démoraliser le meilleur orateur révolutionnaire !
    Il me semble que cette glu qui nous désespère ne doit pas, cependant, nous rendre hostiles au peuple. Vous avez encore les moyens de réagir, moyens intellectuels et moyens financiers (eh, oui, à partir d’un certain degré de pauvreté (et je l’expérimente) on est dans un tel état d’urgence et d’anxiété qu’on n’est plus très intelligent : on a du mal à prendre du recul, et on a du mal à changer de tactique (tactique de la survie au jour le jour).
    Enfin, ne méprisez pas ceux qui sont dans la panade. Essayez plutôt de trouver d’autres moyens que internet (qui justement n’est pas accessible à beaucoup de pauvres) - et d’autres moyens que des discours très intelligents, mais marqués par un vocabulaire qui les rend inaccessibles au plus grand nombre. (Cependant, n’y mettez pas fin, car, comme surement beaucoup d’autres, je me régale !).
    Je rêve que tous les intellectuels même (surtout) les plus brillants se mettent au soutien scolaire...
    ça pourrait être un début de communication... non ?

    Voir en ligne : histoires de baragouins

 
 
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