Le Sarkozysme en France : Une politique pour la bourgeoisie, contre le peuple-classe.

"Thatcher et Reagan ont sauvé la démocratie du règne de la rue, sans violence disproportionnée. L’Europe a cruellement besoin de dirigeants de cette trempe" écrit Drieu Godefridi pour l’Institut Hayek. La France a mis presque trente ans pour installer Nicolas Sarkozy comme destructeur final de l’Etat social. La gauche française n’a pas remporté la bataille idéologique et politique à l’issue de ces trente ans. Le social-libéralisme de Mitterrand à Jospin, tout en essayant de combiner l’eau et le feu, avait bien fait avancer le néolibéralisme en France . Désormais avec Nicolas Sarkozy le MEDEF - le syndicat des entreprises et des entrepreneurs - dispose enfin de l’homme qui va porter l’estocade finale contre les conquêtes de la Résistance et achever la construction de l’Etat néolibéral, celui qui aura tout libéralisé, privatisé et marchandisé afin de maintenir une courbe montante pour les profits. Le concurrentialisme généralisé est un des traits de la société néolibérale construite avec l’aide de l’Etat modeste. Lire ici "La nouvelle raison du monde" de Pierre Dardot et Christian Laval. Cette politique sert ouvertement les très riches, la bourgeoisie. Elle ne s’en tient pas là.

1 - Bourgeoisie et peuple-classe : le grand écart réalisé et assumé

Le peuple-classe (1) est le peuple résiduel une fois enlevé la bourgeoisie qui est la seule vraie classe à la fois subjective et objective. Elles est la classe dominante qui sait qu’elle domine et qui s’emploie à renforcer son unité et sa domination. Le MEDEF n’est que l’un de ses outils de reproduction. Le sarkozysme en est un autre.

Le peuple-classe est lui une quasi classe. On enlève "à la louche" 5 millions de bourgeois au 65 millions de français il reste un peuple hétérogène qui subit le déclassement social. Le sarkozysme taille à la hache dans ce peuple-là ! Cet aspect de quasi classe de ce peuple résiduel , que j’ai moi-même souligné dans plusieurs articles a été repris en critique par Pierre Ruscassie (2). Cette critique amicale a permis de montrer que la notion de peuple-classe est précisément un outil utile en réponse aux ruptures du sarkozysme.

2 - Peuple-classe, une catégorie pour penser la mobilisation politique pour la justice sociale et fiscale.

Elles est un outil de facture altermondialiste qui a vocation à s’adresser à la gauche politique. Pourquoi ? Parce que le syndicalisme des grandes confédérations qui peine déjà à faire converger travailleurs du privé et travailleurs du public n’a pas pour objet de faire converger travailleurs indépendants et travailleurs salariés. Par ailleurs si l’on place le patronat des petites unités de moins de 10 salariés au sein du peuple-classe on comprend alors que syndicalement cela fasse des problèmes. Le petit patronat doit souvent (pas toujours) sa relative bonne aisance financière à une exploitation dure de ses travailleurs (petits salaires proches du smic et dépassement des 35 heures).

Il en est différemment lorsque l’on quitte les lunettes syndicales pour des lunettes politiques de gauche. Il s’agit ici d’une gauche qui prend pour projet non seulement de stopper le déclassement social général mais aussi de protéger les couches sociales les plus fragilisées sans accroitre le déclassement social des couches moyennes. Pour le dire de façon imagée, il ne s’agit pas de déshabiller Pierre - les couches moyennes pour habiller Paul -le prolétaire - ou d’autres formules de ce genre du type le privé contre le public. Ce qui suppose de vouloir frapper les riches au portefeuille, de changer les règles et normes du travail, de défendre les services publics et la Sécurité sociale. Si la gauche doit créer un nouveau statut du travail salarié (NSTS) pour sécuriser l’emploi privé cela ne doit pas se faire au détriment du statut public des fonctionnaires. Cela ne doit pas non plus être le signe d’un acquiescement aux licenciements à tout crin ! Pas même à une flexibilité rêvée par le MEDEF.

3 - Le peuple résiduel objet de déclassement et de désaffiliation

Jamais la bourgeoisie ne s’est autant détachée du reste de la population. Ce n’est pas ici du seul fait du sarkozysme mais de la responsabilité de toute une génération de politique. Cet enrichissement des riches est constitutif du néolibéralisme. Simplement, ce qui fait écran à cette perception ce sont tous ceux - haut fonctionnaires adeptes du pantoufflage, cadres supérieurs du privé, journalistes appointés, etc... - qui forment la couche d’appui de la bourgeoisie car ils sont très bien rémunérés pour cette tâche. Il n’en demeure pas moins que les riches sont plus riches et que les couches moyennes aisées (au-dessus de 3000 euros par mois jusqu’à environ 5000 euros) ont subi un fort déclassement social pour ceux qui sont licenciés (3), ou qui passent au statut de travailleurs indépendants prolétaires (4), que les prolétaires (à moins de 3000 euros par mois) subissent aussi très fortement la crise, leur crise. Objectivement le peuple-classe acquière donc une pertinence. C’est précisément - pour la gauche j’entends - quand ce peuple-là acquière une pertinence et une visibilité que se pose la question subjective, celle de favoriser des convergences possibles, des mobilisations communes.

4 - Nicolas Sarkozy, l’homme providentiel de la bourgeoisie !

Mais dans le même temps surgit l’homme providentiel de la bourgeoisie qui prend pour axe politique principal l’empêchement d’une conscience de classe populaire élargie - pas au sens de "classes populaires" (5), donc d’une formation subjective de ce peuple-classe. C’est ainsi qu’il faut comprendre la politique de rupture sarkozyste. C’est un point capital à saisir pour la gauche française.

Cet homme et son équipe vont appuyer partout ou çà fait mal, partout ou les divisions matérielles (sociales) et culturelles sont encore vivantes malgré les déclassements sociaux en cours. Car, évidemment, on sait qu’il existe une division horizontale (de type stratificationniste) et verticale (petits patrons à moins de 10 salariés contre travailleurs salariés) qui est très conflictuelle au sein de ce peuple-classe (sans bourgeoisie). Il y a aussi la différence de mentalité et de conditions matérielles de vie entre les travailleurs indépendants et les travailleurs salariés.

Jamais en France un homme politique a autant soutenu publiquement la bourgeoisie. Disons, car il y a toujours des historiens à critiquer ce genre de formule : cela fait bien longtemps qu’un Président de la République prenait pour valeur et pratique ostentatoire d’afficher son gout du luxe et ses fréquentations de l’autre France, celle d’en-haut ! On trouvera toujours des proximités entre le sommet des institutions politique et le monde des affaires mais ces proximités étaient discrètes. En République le soutien à la classe dominante est nécessairement discret. Il y a comme une vertu politique des grands dirigeants à présenter une République du centre. Hypocrisie dira-t-on. C’est un peu ce qu’a dit Nicolas Sarkozy qui a rompu avec cette hypocrisie.

5 - La politique de la rupture au sein du peuple-classe !

En ce sens, Sarkozy est l’homme politique français qui a annoncé haut et fort une telle rupture avec le passé. Avec lui on allait voir ce qu’on allait voir ! Plus de transparence. On a vu ce que d’autres cachaient mais tout cela n’est pas neutre. On a vu qu’il fréquentait publiquement la grande bourgeoisie et le monde des affaires des le lendemain de son élection. Nicolas Sarkozy a passé on s’en souvient quelques jours de repos au large de Malte, avec sa famille, sur un yacht de luxe appartenant à l’homme d’affaires Vincent Bolloré. Cela a eu un impact important car le symbole disait la vérité des institutions . La République comme la démocratie sous N Sarkozy est de facture bourgeoise et libérale, cela doit se savoir. La démocratie telle qu’elle fonctionne permet cet usage césariste (6) et antipopulaire (7).

Première leçon à l’attention des tranches supérieures des couches moyennes : Les riches ne sont pas des prédateurs qu’il faut constamment surveiller et limiter mais des entrepreneurs de croissance qu’il faut soutenir et protéger. Tout au plus va-t-il vouloir "moraliser" le capitalisme. La chose étant impossible il a rapidement changer d’orientation pour porter le regard sur la fraude sociale d’en-bas. Vous savez ces smicards ou ces chômeurs qui trichent. Du coup les gros tricheurs d’en-haut passaient dans la clandestinité et restaient dans les paradis fiscaux. Le sarkozysme, c’est la morale faite à ceux d’en-bas : les prolétaires doivent s’accrocher et travailler. Voilà la culture sans pitié du travail pour la droite sarkozyste. Pas question de partager le travail avec les chômeurs via une nouvelle RTT, pas question d’un partage des richesses qui frappe les riches et donne aux prolétaires. Assez rapidement donc il est apparu que le sarkozysme protégeait ceux d’en-haut et stigmatisait et fragilisait ceux d’en-bas. Comment ? De plusieurs façons.

D’abord il y eu la poursuite de la politique néolibérale mais en mode assumé : la RTT du PS a été récupéré par l’intensification du travail . Va-t-on rectifier cette perversion par une nouvelle RTT ? Non bien au contraire. Le premier sarkozysme au pouvoir fut la mise au travail et la compétition généralisée. On sait que forcément certains ne vont pas suivre. Tant pis ! Dans une course il n’y a pas que les champions qui caracolent en tête il y a aussi ceux qui trainent derrière à basse vitesse et surtout ceux qui restent sur la ligne de départ ! Que fait-on des travailleurs à basse vitesse et des travailleurs au chômage ? Quel revenu ? Quelle formation ? N Sarkozy ne connait qu’une réponse à l’instar de la leader du MEDEF : soit ils accélèrent et montent en tête soit ils disparaissent. C’est ce que Darwin disait pour le monde animal mais pas pour les humains (8). Le sarkozysme a bien un fort relent de politique néolibéral de sélection celle issue idéologiquement d’un mélange de Hobbes "l’homme est un loup pour l’homme" complété par du Spencer : on aide pas les pauvres, on les laisse mourir. L’Etat ne saurait être social mais modeste, tel que le veut le MEDEF.

Ensuite il y eu la monstration de divers ennemis intérieurs : Pour légitimer ouvertement une politique de soutien aux riches en pleine crise économique il faut aussi montrer un ennemi au sein du peuple, du peuple non bourgeois. Et c’est là l’autre volet de la rupture sarkozyste. La rupture initiée par Sarkozy a été de formaliser de multiples divisions au sein du peuple-classe : entre ceux qui se lèvent tôt et les autres, les fonctionnaires qui acceptent la réduction drastique des missions de service public et les autres, les bons étrangers intégrables et les autres. Les trois gros boucs émissaires du sarkozysme sont les migrants, les fonctionnaires et les chômeurs. Par contre il brosse le poil des entrepreneurs (fin aout 2007, 10 jours après le déclenchement de la crise financière ), des cadres travaillant nettement plus de 35 heures. En pleine crise venue du monde de la finance, il a montré du doigt les parasites d’en-bas et couvert les parasites d’en-haut. Ce procédé, indigne, est aussi celui typique du fascisme. Avant de punir celui qui vole une pomme occasionnellement il faut punir ceux qui volent des bœufs systématiquement sinon la République devient bananière.

6 - La gauche à l’offensive maintenant !

Le point de rupture est-il atteint ? Début 2010, après un grand débat sur l’identité nationale qui tourne au bide le sarkozysme montre qu’il arrive au point critique. Désormais çà passe ou çà casse ! Si çà passe, Margaret Thatcher deviendra une tendre et gentille dirigeante à côté de Nicolas Sarkozy. Et nous vivrons comme des porcs (9). Si çà casse alors, c’est qu’une vraie gauche aura accomplie sa mission envers le peuple-classe. Si dans une certaine mesure "nous ne pouvons pas faire reproche au loup de manger l’agneau, puisque c’est dans sa nature même de le faire" alors c’’est donc à une logique prédatrice autant qu’à des prédateurs que la gauche doit s’attaquer et ce en instituant une autre logique égalitaire et fraternelle.

Christian Delarue

1 Comme suite du débat avec Pierre Ruscassie je met plus l’accent sur la définition du peuple-classe comme peuple résiduel que comme catégorie sociopolitique intermédiaire. Le peuple-classe, une catégorie sociopolitique intermédiaire

2 Travailleurs salariés, travailleurs indépendants, une solidarité à construire. P Ruscassie 3 Note sur la captation financière sur les salaires et sur l’économie.

4 L’auto-entrepreneur prolétaire, un travailleur indépendant, sans code du travail C Delarue ou ici

5 "Classes populaires" ? : Recherche prolétaires et peuple-classe désespérément.

6) Déconstruire le césarisme démocratique du sarkozysme 7 Démocratie libérale et hypocrisie : une combinaison nécessaire

8 Darwin dans le champ politique

9 Pour ne pas vivre comme des porcs, nous devrons refuser le sarkozysme ! - Dazibaoueb


 
 
 
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