Camus, la proclamation des contraires…

« Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme » (Albert Camus in L’homme révolté.

Je n’entends guère critiquer l’œuvre de Camus dans ce bref propos, néanmoins je choisis cette phrase susmentionnée, vraiment très révélatrice de la morale sociale de Camus. De quel mépris s’agit-il dans l’énoncé de l’auteur en exergue ? Car à bien y regarder, c’est l’acceptation, que dis-je, la reddition permanente de l’État et de la société face à des groupuscules riches se servant de leur puissance industrielle, commerçante et bancaire pour soudoyer tous, altérer la politique en accaparant les partis politiques et en subvertissant le leadership politique à la source, qui entretient le fascisme, la tyrannie et la mort de la citoyenneté. C’est de là que vient le crime d’État qu’est la ploutocratie contre les peuples.

J’aime bien la littérature camusienne au plan strictement esthétique. Toutefois, le grave problème de Camus penseur, c’est justement ce genre d’envolée aphoristique mal nuancée et frisant la radicalité hiératique voire pontificale, sans conséquence en appui aux classes dominantes bourgeoises selon une morale démocratique n’allant guère au-delà de la démocratie bourgeoise essentiellement oligarchique et tellement ostraciste, tellement méprisante des majorités ! L’urbi et orbi intellectuel à la fois apophtegmatique et exclusif de Camus, traduit bien sa troublante posture d’intellectuel qui dit une chose et son contraire, sorte d’orateur athéiste de l’absurde en même temps proclamateur d’un sens artificiel par une douteuse révolte : "il faut imaginer Sisyphe heureux"...

Nihilisme à jamais inassumé et insensé ! Impossible constitution d’une vision en accord avec elle-même. Et sur le plan politique, sévissent tous les manques de la vision camusienne de l’absurde. La même dissension logique de la "métaphysique" camusienne, altère la vision politique de l’écrivain de l’Homme révolté, qui oublient que les maîtres des structures, minorité extrêmement restreinte, agissent férocement par leurs rationalités criminelles imposées comme sens du monde à l’État et à la nation, jusqu’à s’imposer oligarchie et esclavagiste dans la « démocratie » dite formelle.

Tout cela teinté d’une vision de droite qui confond cyniquement et méchamment les horreurs hitlériennes ou staliniennes avec l’idéal socialiste. Un combat déloyal et sans scrupule au marxisme au communisme et à la vraie gauche, jetée comme un enfant avec le bain qui l’aurait nettoyé, au nom des errements du stalinisme, des avatars gauchistes, les singeries pseudo socialistes dont la société capitaliste est porteuse et qu’elle finance afin de dénigrer la lutte des peuples en quête de libération vis-à-vis de l’infernale ploutocratie oligarchique !

En fait, c’est le contraire que nous devons prôner, car nul homme politique sérieux ne devrait diriger sans un mépris dans son action d’homme d’État à l’égard des catégories obscènes qui sévissent dans la cité. Le mépris des néonazis, des xénophobes, des racistes, des extrémistes de tous poils, est une nécessité politique qui doit se traduire non dans la persécution obscure, illégale et fascisante de ces catégories par le pouvoir en place mais dans l’élaboration de politiques intelligentes et éclairées qui permettent mentalement et idéologiquement à la société globale de les marginaliser à jamais. Il faut aussi une création de lois et des dispositions constitutionnelles, juridico-légales permettant à la société par ses chartes de se protéger de ces monstres !

Et dans la tératogénie sociale - la pire des monstruosités, le pouvoir de l’argent accaparé par quelques-uns contre tous ainsi asservis pour la gloire de quelques familles et individus-surhommes-structurels, ceux que j’appelle les ploutocrates - devrait être éradiqué par une justice retrouvant sa vérité et son sens.

En vérité, sans le mépris politiquement actif et avéré du mal, celui-ci sévira toujours et encore dans la cité. Il faut une politique éducationnelle, législatrice et juridico-légale sans complaisance qui arme le peuple et protège l’État et la Nation contre les abominables catégories de l’ombre qui façonnent le mal social et asservissent tous.

Chez l’homme politique au pouvoir, c’est une vertu que le mépris refusant l’encanaillement idéologique. C’est un sublime dédain que celui qui porte le politique de valeur à combattre les oligarques qui monopolisent tout en asservissant tous.

C’est donc l’absence de ce mépris qui est veulerie et qui, mine de rien, sans s’en rendre compte, est fascisante parce qu’exposant la société globale à au maintien et à l’empirement de la monstruosité des antisociaux cossus et de leur idéologie criminelle.

Vive le mépris des oligarchies et, en même temps, ce qui est son corollaire politique révolutionnaire : vive l’avènement d’une intégration de tous dans les bénéfices du Bien commun monopolisé par quelques riches monstres criminels autorisés, responsables de multiples malheurs à l’échelle nationale et planétaire, s’érigeant « légalement » en surhommes sur un monde aliéné qu’ils détruisent et qui - par l’action complice des structures politiques, didactiques et médiatiques - les flagorne et les idolâtre !

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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